Fukushima 6 ans après : rapport de Greenpeace

Greenpeace vient de publier un rapport en anglais et en japonais sur la catastrophe de Fukushima intitulé « Pas de retour à la normale ». Il fait une étude des doses potentielles des habitants qui rentreraient dans les zones évacuées, avec un focus sur Iitaté-mura. Le communiqué de presse est aussi en anglais.

Le rapport se base sur de nombreuses mesures sur place et fait des évaluations de dose sur la vie entière. A noter que les mesures sur les échantillons ont été effectuées par le laboratoire citoyen Chikurin, fondé grâce au soutien de l’ACRO.

Les autorités ont prévu de lever l’ordre d’évacuer à la fin du mois de mars à Iitaté-mura, sauf dans les parties classées en zone de retour difficile, ainsi que dans le district de Yamakiya à Kawamata. L’indemnisation s’arrêtera dans un an. Cela concerne plus de 6 000 personnes à Iitaté qui font face à un dilemme, comme dans les autres territoires contaminés.

Greenpeace rappelle que la décontamination ne concerne que les zones proches des habitations et les cultures et que la forêt couvre 75% de cette zone montagneuse. Même dans les zones où les travaux de décontamination ont été effectués, les doses restent élevées. L’organisation a effectué des mesures de contamination des sols et de dose dans 7 habitations afin d’estimer l’exposition des personnes qui rentreraient. Cela varie entre 39 et 183 mSv sur 70 ans à partir de mars 2017. Cela peut dépasser la limite de 1 mSv/an qui est la limite de dose en temps normal et la dose totale de 100 mSv à partir de laquelle les autorités japonaises admettent qu’il y a augmentation du risque de cancer. Les doses prises au début de la catastrophe ne sont pas prise en compte dans ce calcul.

Par ailleurs, dans ses calculs, le gouvernement estime que le débit de dose est réduit de 60% dans les habitations grâce à l’effet d’écran des murs. Mais les mesures faites par Greenpeace dans une maison montrent que la réduction de l’exposition n’est pas aussi forte.

Toutes les données sont dans le rapport de Greenpeace.

Vidéo de la centrale nucléaire de Fukushima daï-ichi

Le quotidien Asahi a mis en ligne un reportage vidéo sur la centrale de Fukushima daï-ichi. c’est en japonais.

On voit d’abord le réacteur n°1 où il y a 150 microsieverts par heure à proximité, puis le réacteur n°3 où le débit de dose à proximité monte à 335 microsievert par heure. On voit ensuite le réacteur n°2 et des images récentes de TEPCo sur l’intérieur de l’enceinte de confinement. Puis les cuves avec l’eau contaminée, suivies d’images d’archive sans les cuves. Il est expliqué que le stock d’eau augmente de 200 m3 par jour actuellement (voir les dernières données de TEPCo à ce propos). Il y a près d’un millier de cuves actuellement.

A la fin du reportage, on voit que les conditions de travail et de vie sur le site se sont améliorées et qu’il n’y a plus besoin de masque intégral partout.

L’article associé à la vidéo est aussi disponible en anglais depuis le 13 février.

Premiers tests de réutilisation de sols radioactifs

Selon les données officielles, les travaux de décontamination devraient engendrer environ 22 millions de mètres cubes de déchets radioactifs pour lesquels les autorités sont toujours à la recherche de solutions définitives. Voir notre article sur le problème sans fin des déchets radioactifs.

La première étape va consister à regrouper les terres radioactives sur un entreposage centralisé qui va couvrir une surface de 16 km2. Cela avance lentement puisque, selon le dernier décompte officiel, les autorités n’ont pu signer de contrat qu’avec 580 propriétaires fonciers, pour une surface totale de 250 hectares, soit à peine 15,6% de la surface totale. Les autorités se sont engagées à ne pas y laisser les déchets radioactifs plus de 30 ans.

La seule proposition concrète a été d’en recycler une partie dans des ouvrages de construction, comme des routes, digues… Le gouvernement a adopté cette politique le 1er juillet 2016, malgré les réserves des experts consultés. Il y a un risque élevé de perte de mémoire avec des déchets qui resteront radioactifs très longtemps car la limite de libération pour réutiliser les sols radioactifs est maintenue à 8 000 Bq/kg. Cette limite de libération était de 100 Bq/kg avant l’accident.

Selon le Maïnichi, le gouvernement s’apprête à faire un premier test de recyclage des sols contaminés à Minami-Sôma pour faire du terrassement. Cela concerne un millier de sacs d’un mètre cube et le projet devrait coûter 500 millions de yens (4 millions d’euros). Les débits de dose seront mesurés.

Le maire de Minami-Sôma se serait opposé à la limite de 8 000 Bq/kg et aurait obtenu, en juin 2016, que soit utilisée une limite à 3 000 Bq/kg. C’est cette limite qui aurait été utilisée pour la réutilisation des débris du tsunami à Minami-Sôma, Namié et Naraha. 350 000 mètres cubes de débris auraient ainsi été réutilisés, notamment le long du littoral avant d’y planter des forêts pour protéger contre les tsunamis.

L’article n’indique pas comment ce seuil de 3 000 Bq/kg a été fixé.

L’Autorité de Régulation Nucléaire demande des garanties sur le recyclage des terres radioactives

La décontamination devrait engendrer 22 millions de mètres cubes de déchets radioactifs après incinération des végétaux. Il s’agit essentiellement de terre contaminées. Voir le dernier bilan mis en ligne par les autorités, page 23. Ils représentent un problème sans fin.

Officiellement, ils vont être entreposés une trentaine d’année sur un site de 16 km2 autour de la centrale de Fukushima daï-ichi avant de trouver mieux. Et comme les autorités ne savent pas où les mettre après, elles veulent recycler les terres contaminées pour faire des routes, digues… ce qui suscite de fortes inquiétudes. Mais le ministère de l’environnement n’a pas d’autre solution à proposer, il s’obstine et met en avant les économies réalisées grâce à cette option.

Selon le Maïnichi, le ministère de l’environnement a sondé l’Autorité de Régulation Nucléaire (NRA) à propos d’une saisie du « Radiation Council ». C’est obligatoire pour fixer des niveaux de référence en radioprotection. La NRA a refusé car le ministère n’a pas pu apporter les informations et garanties requises.

Le seuil envisagé pour la réutilisation serait, au maximum, de 8 000 Bq/kg, ce qui correspond au seuil introduit après la catastrophe de Fukushima à partir duquel ces déchets sont considérés comme radioactifs. Avant la catastrophe, le seuil de libération pour chaque césium était de 100 Bq/kg… La NRA a donc demandé au ministère des précisions sur la gestion des sols réutilisés et la durée de la surveillance. Elle voulait aussi en savoir plus sur les contrôles pour éviter les détournements et les stockages sauvages. La NRA s’inquièterait de l’utilisation de ces terres radioactives dans des cours, jardins ou pour des habitations etc… où il y aurait un risque plus grand d’exposition.

La NRA demande donc des garanties quant à la réutilisation de ces sols radioactifs avant d’autoriser la saisie du Radiation Council.

Dans un autre article, le Maïnichi a aussi révélé que la ministère de l’environnement avait coupé des passages gênants des verbatims des réunions qu’il a tenu à propos de la réutilisation des sols radioactifs avant de les publier pour répondre aux demandes d’accès à ces documents. Il apparaît aussi que le ministère a tout fait pour maintenir un seuil de recyclage élevé, malgré les risques calculés de dépasser 1 mSv/an.

Les solutions gouvernementales pour faire face au coût de la catastrophe nucléaire

Le gouvernement a récemment reconnu que les coûts de la catastrophe nucléaire de Fukushima avaient doublé. TEPCo rechigne à payer toute la décontamination alors que les coûts explosent. Ils atteignent déjà 4 000 milliards de yens, sans prendre en compte les zones les plus contaminées, dites de « retour difficile ».

Alors que dans l’ex-URSS, de vastes territoires ont été sacrifiés après la catastrophe de Tchernobyl, le gouvernement japonais s’y refuse et veut reconquérir tous les territoires, même les zones qualifiées de « retour difficile ». Dans les communes les plus contaminées, la reconquête commencera par un centre décontaminé, une sorte d’oasis, afin de pouvoir prétendre que la commune existe encore. Mais cela a un coût encore plus élevé que pour les autres territoires. Et puis, il n’y a pas de solution à long terme pour les déchets radioactifs. Le centre d’entreposage n’est prévu que pour 30 ans, officiellement. Mais, la reconquête des 7 communes concernées est difficile, voire impossible, même en maintenant la limite de dose la plus élevée des recommandations internationales (20 mSv/an).

Le gouvernement est prêt à prendre la décontamination des zones les plus contaminées à sa charge alors que la loi indique que c’est TEPCo qui doit payer. Un nouveau projet de loi sera soumis l’an prochain au parlement, mais, dès 2017, le gouvernement prévoit déjà un budget de 30 milliards de yens. L’argument avancé est que TEPCo a indemnisé les populations des zones de « retour difficile » en considérant que les populations ne rentreront pas. Et donc, le gouvernement estime que c’est aux contribuables de prendre en charge la réhabilitation de ces zones.

Pour ce qui concerne les indemnisations, qui devraient s’élever à un total de 7 900 milliards de yens, le gouvernement avance l’argent sans intérêt. Heureusement que les taux sont bas ! Comme TEPCo n’est pas en mesure de rembourser avant longtemps, une partie de la somme sera ajoutée sous forme de taxe sur les réseaux électriques et donc pris en charge par les consommateurs. Cette contribution devrait débuter en 2020 et durer 40 ans pour s’élever à 2 400 milliards de yens (20 milliards d’euros).

Le gouvernement demande à TEPCo d’augmenter ses profits en partageant avec d’autres opérateurs son réseau électrique et son parc nucléaire. La compagnie doit proposer un nouveau plan en 2017, mais il n’est pas sûr que les concurrents veulent partager les coûts de l’accident.

Une autre piste pour faire baisser les coûts et d’ouvrir à l’international le chantier de sécurisation puis de démantèlement des réacteurs accidentés. Pour le moment, c’est la chasse gardée des compagnies japonaises qui souhaitent se placer sur le marché de démantèlement, alors qu’aucun réacteur japonais n’a été entièrement démantelé. De plus, par le passé, c’est un sous-traitant américain qui avait dénoncé les falsifications des rapports de sûreté de TEPCo. Mais cet aspect n’est jamais suggéré par les autorités japonaises, comme le regrette une dépêche de l’agence Bloomberg. Le village nucléaire japonais reste très fermé.

Démarrage des travaux d’aménagement du centre d’entreposage des déchets radioactifs

Le ministère de l’environnement a lancé les travaux d’aménagement du centre d’entreposage des déchets radioactifs issus de la décontamination. Ce site, de 16 km2 tout autour la centrale de Fukushima daï-ichi sur les communes de Futaba et Ôkuma, doit accueillir environ 22 millions de mètres cubes de déchets pour 30 ans seulement officiellement. En attendant, les déchets s’accumulent partout, sur 150 000 sites et marquent le paysage, ce qui n’est pas sans poser de problèmes.

A Katsurao, par exemple, où l’ordre d’évacuer a été levé en juin dernier, les déchets occupent près de 30% des 220 hectares de rizières.

A la fin octobre 2016, seulement 445 propriétaires terriens ont accepté de vendre ou louer leur terrain pour y mettre des déchets sur 2 360 concernés. La surface correspondante ne représente que 11% de la surface totale. La plupart des propriétaires qui hésitent ou refusent de céder leur terrain, craignent que les déchets y restent bien plus longtemps que les 30 années annoncées. En effet, le gouvernement ne sait pas où mettre les déchets après.

Les premiers déchets ne devraient pas arriver avant l’automne 2017, au plus tôt. Quelques travaux préliminaires ont déjà eu lieu et 70 000 m3 de déchets y sont déjà entreposés. Une partie du site est sur la zone dévastée par le tsunami. Les déchets y seront sans protection particulière en cas de nouveau tsunami.

Les coûts de la décontamination dépassent largement les prévisions

Selon la télévision publique japonaise, les coûts de la décontamination sont beaucoup plus élevés que ce qui était prévu. La chaîne explique qu’à la fin mars 2016, 19,5 milliards de dollars avaient déjà été dépensés. Le ministère de l’environnement et l’agence de reconstruction estiment qu’il faudra payer 17 milliards de dollars supplémentaires.

C’est le gouvernement qui paye pour le moment, même s’il est prévu que TEPCo paye in fine. Cette dernière dernière rechigne. Le gouvernement veut maintenant se rembourser en vendant des actions TEPCo qu’il avait achetées en 2012, au moment de la nationalisation de la compagnie. Mais leur valeur devrait tripler pour pouvoir se rembourser.

Le ministère de l’industrie veut aussi faire payer les nouveaux entrants sur le marché de l’électricité, même s’ils n’exploitent pas l’énergie nucléaire en augmentant le coût du transport de l’électricité. Ces coûts seront alors reportés sur les consommateurs.

L’entreposage puis le stockage des déchets engendrés, à la charge du contribuable, devraient coûter quelques 10 milliards de dollars supplémentaires.

Le nombre de violations du droit du travail reste élevé sur les chantiers avec exposition aux rayonnements

Zerutech Tôhoku, une compagnie de Nihonmatsu, vient d’être épinglée par l’inspection du travail de Fukushima pour avoir émis de faux certificats de formation avant envoi de travailleurs sur des chantiers de décontamination. Elle a reconnu les faits.

Les travailleurs employés sur ces chantiers doivent recevoir une formation de 5h30 sur les risques liés aux rayonnements et les mesures de protection à prendre. Il n’y a pas d’évaluation après, ni de certificat à montrer aux commanditaires.

Le PDG de la compagnie, qui a été fondée en mars 2015 et qui intervient au quatrième niveau de sous-traitance à proximité de la ville de Fukushima, explique à l’Asahi qu’il a dû embaucher beaucoup de monde en peu de temps après avoir obtenu la décontamination d’un grand territoire. Entre 100 et 150 faux certificats ont été découverts. La compagnie a aussi émis 7 autres types de certificats nécessaires à l’utilisation d’une tronçonneuse ou d’autres appareils présentant des risques.

Le ministère du travail a publié un bilan des violations du droit du travail sur le chantier de la centrale de Fukushima daï-ichi et sur les chantiers de décontamination, entre janvier et juin 2016. Le document en anglais, repéré par Enerwebwatch, montre que le nombre de violations baisse très lentement.

Ainsi, 118 compagnies intervenant à la centrale de Fukushima daï-ichi ont été contrôlées et 53 (ou 44,9%) avaient violé le droit du travail. Ce taux était de 54% en 2015. Le nombre total de violations est de 94 : 16 concernent la sécurité et la santé au travail et 78, les conditions de travail (salaire, primes de risque, temps de travail…).

506 compagnies intervenant sur des chantiers de décontamination ont aussi été contrôlées et 271 d’entre elles, ou 53,6%, ont violé le droit du travail. Ce taux était de 64,6% en 2015. Le nombre total de violations est de 416 : 252 concernent la sécurité et la santé au travail et 164, les conditions de travail (salaire, primes de risque, temps de travail…).

Le rapport donne des détails sur le type de violations relevées.

La terre abandonnée

Le documentaire, La terre abandonnée, est sorti en Belgique. Il s’intéresse aux personnes qui sont restées à Tomioka ou qui ont choisi d’y revenir, malgré l’ordre d’évacuation. Voir la bande annonce.

Le réalisateur, Gilles Laurent, est décédé dans l’attentat de la station Maelbeek à Bruxelles le 22 mars 2016. Lire le portrait que lui consacre Le Soir.

Pour en savoir plus sur le film et sa diffusion, c’est ici.

La terre abandonnée
Un film de Gilles Laurent – 73′ – 2016 – Film d’auteur – CVB

Dans la zone évacuée autour de la centrale nucléaire de Fukushima, quelques rares individus vivent sur cette terre brûlante de radiations. Rythmé par les travaux de décontamination et le danger permanent, l’existence apparemment déraisonnable mais paisible de ces irréductibles nous rappelle qu’un bout de terre est, en dernier recours, notre lien le plus sûr au monde.

 

La province de Fukushima a créé un site Internet en français

La province de Fukushima a commencé à traduire son site Internet en de nombreuses langues étrangères, dont le français. Le contenu reste maigre pour le moment, mais il devrait s’enrichir avec le temps. Il y a déjà, des données sur la contamination des aliments et sur l’évolution des zones évacuées. Certaines données sont en anglais ou espagnol…

On trouve aussi quelques données lacunaires sur la santé des habitants, la décontamination