Les riverains s’opposent aux projets de réutilisation des terres contaminées

Le gouvernement japonais a lancé un vaste chantier de décontamination qui consiste à racler les sols sur quelques centimètres, à couper les herbes et émonder les arbres. Les déchets organiques sont incinérés et les cendres gérés comme des déchets industriels spéciaux. Quant aux sols, il n’y pas moyen de réduire les volumes qui pourraient atteindre une vingtaine de millions de mètres cubes. Pour le moment, il est prévu de les entreposer sur un site de 16 km2 tout autour de la centrale de Fukushima daï-ichi. Voir notre article sur la gestion des déchets issus de la décontamination.

Comme le gouvernement s’est engagé à reprendre ces déchets au bout de 30 ans, il cherche des solutions pérennes. Il n’a pas trouvé mieux que de réutiliser ces sols pour construire des routes, digues… Les experts consultés et l’Autorité de Régulation Nucléaire étaient réticents, mais le ministère de l’environnement s’obstine, en avançant des arguments économiques. Il n’en est qu’à la phase de tests.

Ainsi, lors d’une réunion publique à Nihonmatsu, les personnes présentes se sont toutes opposées au projet d’enterrer 500 m3 de déchets radioactifs sous 200 m de route, selon l’Agence Kyodo, reprise par le Japan Times. La contamination, de 1 000 Bq/kg en moyenne, est inférieure à la limite de 8 000 Bq/kg. Rappelons qu’avant la catastrophe, la limite pour réutiliser des matériaux était de 100 Bq/kg. Il est prévu d’enterrer ces déchets à plus de 50 cm de profondeur et de les recouvrir de sols propres et d’asphalte.

Les autorités ont déjà procédé à des essais à Minami-Sôma et en prévoient d’autres à Iitaté. Il semble plus facile de convaincre les riverains dans les zones qui ont été évacuées, car, même si le retour est permis, il n’y pas beaucoup d’habitants…

Stagiaires vietnamiens privés de prime de risque sur les chantiers de décontamination

Un stagiaire vietnamien avait récemment dénoncé la compagnie qui le formait car il avait été envoyé sur des chantiers de décontamination et de démolition sans que cela soit prévu dans son contrat. Il a expliqué n’avoir reçu aucune information relative aux risques liés à la radioactivité.

Le 6 avril, le ministère de l’environnement a annoncé que plusieurs stagiaires vietnamiens envoyés sur ces chantiers n’avaient pas reçu la prime de risque auxquels les décontamineurs ont droit. Selon le Maïnichi, qui rapporte cette information, la compagnie a pourtant indiqué aux autorités avoir payé cette prime. Le ministère du travail et des affaires sociales enquête.

Dans un autre article paru quelques jours plus tard, le Maïnichi précise que la compagnie a retenu pour un total de 1,6 millions de yens (12 000 €) de primes en 7 mois à trois stagiaires vietnamiens envoyés sur des chantiers de décontamination. La prime est de 4 600 yens (35 €) par jour. Cela représente une grosse somme au Vietnam.

Trois entreprises ont été punies dans cette affaire et elles ne peuvent plus répondre à des appels d’offres publics pendant un mois.

Depuis, une association de soutien a annoncé que trois autres Vietnamiens ont été envoyés en « stage de formation » sur les chantiers de décontamination. Cela fait un total de 4 stagiaires soutenus.

Un stagiaire vietnamien envoyé sur des chantiers de décontamination sans information sur les risques liés aux radiations

Le Japon a mis en place un système de formation pour des étrangers dans les entreprises japonaises afin qu’ils acquièrent des compétences utiles pour leur pays d’origine. Un jeune Vietnamien de 24 ans, venu au Japon pour bénéficier de ce programme dans une entreprise de construction dit avoir été envoyé sur des chantiers de décontamination et de démolition en zone évacuée sans être informé des risques liés aux radiations. Il est défendu par le syndicat Zentoïtsu et par une association d’aide aux migrants (Solidarity Network with Migrants Japan, SMJ).

Après son arrivée en septembre 2015, il aurait été envoyé à Kôriyama plus d’une douzaine de fois entre octobre 2015 et mars 2016 pour décontaminer des zones résidentielles. Il aurait ensuite été envoyé à Kawamata, commune alors évacuées, sur des chantiers de démolition. Il a quitté la compagnie en novembre 2017, par crainte pour sa santé. Le syndicat l’aide dans ses démarches pour obtenir une prime de risque et son salaire jusqu’à la fin de son contrat. Selon le syndicat, il était payé 140 000 yens (environ 1 000 euros) par mois alors que les Japonais faisant un travail similaire auraient gagné environ 3 fois plus avec les primes de risque.

Un stagiaire n’aurait pas dû être envoyé sur un chantier à risque sans son consentement. La compagnie doit soumettre un plan de formation au ministère de la justice avant d’accepter un stagiaire. Les autorités vérifient si ce travail correspond bien au programme soumis, car il n’est pas interdit d’envoyer un stagiaire sur un chantier de décontamination. On peut se demander en quoi une formation à la décontamination peut être utile au stagiaire une fois de retour dans son pays. Pour en savoir plus, voir le Japan Times.

La compagnie, basée à Morioka, a déclaré au Maïnichi avoir informé le stagiaire, lors de l’interview au Vietnam, qu’il pouvait être amené à travailler sur des chantiers de décontamination et qu’il avait bénéficié d’une formation comme ses collègues japonais avant d’entrer sur le chantier. La compagnie reconnaît qu’il n’y avait pas d’interprète lors de cette formation.

Suite à cette affaire, les autorités ont décidé d’interdire les stagiaires étrangers sur les chantiers de décontamination dans les zones touchées par les retombées radioactives. Les compagnies qui participent à ce programme de formation devront signer un engagement en ce sens.

 

Chiffres clés pour le septième anniversaire

A l’approche du septième anniversaire de la catastrophe nucléaire à la centrale de Fukushima, voici quelques chiffres clé tels qu’ils apparaissent dans les médias et les sites officiels. Cet article sera mis à jour au fur et à mesure de leur apparition. Une version antérieure de cet article a été traduite en anglais par Hervé Courtois.

Les chiffres clés publiés à l’occasion du sixième anniversaire sont ici.

Situation des réacteurs

Les travaux visent essentiellement à sécuriser les réacteurs accidentés qui sont encore menaçants. A proximité, les débits de dose sont tels que le temps de séjour doit être très limité, ce qui complique les travaux.

Réacteur n°4

La cuve était vide le 11 mars 2011 et il n’y a pas eu de fusion du cœur, mais une explosion hydrogène a détruit le bâtiment réacteur. Depuis décembre 2014, la piscine de combustible du réacteur a été vidée et les travaux sont arrêtés car il n’est plus menaçant.

Les quelques débits de dose disponibles à l’intérieur du bâtiment réacteur sont ici exprimés en mSv/h, sachant que les limites sont en mSv/an. Ils datent de 2016.

Réacteur n°3

Il y a eu une fusion du cœur et une explosion hydrogène a détruit le bâtiment réacteur. Tous les débris de la partie haute ont été retirés à l’aide d’engins télécommandés. Un nouveau bâtiment en en cours de finition. La construction du toit, de forme cylindrique, est terminée. Le retrait des combustibles devrait débuter cette année et se terminer en 2019.

Les premières images prises à l’intérieur de l’enceinte de confinement ont conduit à réviser le scénario de fusion du cœur.

Les quelques débits de dose disponibles à l’intérieur du bâtiment réacteur sont ici exprimés en mSv/h, sachant que les limites sont en mSv/an. Ils datent de 2016.

Il y aurait entre 188 et 394 tonnes de corium dans ce réacteur, avec une valeur nominale à 364 tonnes pour le réacteur n°3. Ce dernier contient du combustible MOx, à base de plutonium. Pour en savoir plus.

Réacteur n°2

Il y a eu fusion du cœur, mais le bâtiment réacteur est entier. TEPCo n’a pas commencé à retirer les combustibles usés de la piscine. La compagnie a envoyé plusieurs robots dans l’enceinte de confinement afin de localiser le corium, ce mélange de combustible fondu et de débris.

Plusieurs séries d’images ont été mises en ligne par la compagnie. Celles prises en janvier 2017 ont été analysées et remises en ligne en décembre 2017. On y voit un trou béant juste sous la cuve, fort probablement dû au passage du combustible fondu. Celles obtenues en janvier 2018 au fond de l’enceinte montrent ce que TEPCo pense être du corium et des fragments d’assemblage de combustible.

Les débits de dose à l’intérieur de l’enceinte de confinement sont létaux en quelques minutes. Les derniers résultats publiés suite à l’exploration de janvier 2018 sont assez surprenant : pas plus élevés à proximité de ce que TEPCo pense être du corium, mais plus élevés à l’extérieur.

Les quelques débits de dose disponibles à l’intérieur du bâtiment réacteur sont ici exprimés en mSv/h, sachant que les limites sont en mSv/an. Ils datent de 2016.

Il y aurait entre 189 et 390 tonnes de corium dans ce réacteur, avec une valeur nominale à 237 tonnes. Pour en savoir plus.

Réacteur n°1

Il y a eu une fusion du cœur et une explosion hydrogène a détruit le bâtiment réacteur. Ce bâtiment avait été recouvert d’une nouvelle structure en 2011, qui a été entièrement démantelée en novembre 2016. TEPCo a commencé à retirer les débris de la partie haute du réacteur, pour, ensuite, reconstruire une nouvelle structure afin de vider la piscine de combustibles.

Les débits de dose à l’intérieur du bâtiment réacteur sont ici exprimés en mSv/h, sachant que les limites sont en mSv/an. Ils datent de 2016.

Il y aurait entre 232 et 357 tonnes de corium dans ce réacteur, avec une valeur nominale à 279 tonnes. Pour en savoir plus.

Réacteurs 5 et 6

Les réacteurs 5 et 6 étaient partiellement déchargés le 11 mars 2011 et un générateur diesel de secours était encore fonctionnel, ce qui a permis d’éviter la fusion du cœur. Ces réacteurs sont maintenant entièrement déchargés et vont être démantelés.

Contamination de la centrale

Les derniers débits de dose sur le site de la centrale publiés par TEPCo datent de février 2017 :

L’eau souterraine reste aussi contaminée. Chiffres à venir.

Eau contaminée

Le combustible qui a fondu et percé les cuves doit toujours être refroidi. A cette fin, TEPCo injecte 72 m3 d’eau par jour dans chacun des réacteurs 1, 2 et 3 à cette fin (source). Cela fait un total de 216 m3/j. Cette eau se contamine fortement au contact du combustible fondu et s’infiltre dans les sous-sols des bâtiments réacteur et turbine où elle se mélange à l’eau des nappes phréatiques qui s’y infiltre.

Au début de la catastrophe, les infiltrations s’élevaient à environ 400 m3 par jour, qui se contaminaient et qu’il fallait entreposer dans des cuves. Inversement, l’eau des sous-sols, fortement contaminée, fuyaient vers la nappe puis l’océan.

Pour réduire les infiltrations d’eau souterraine, TEPCo pompe en amont des réacteurs, avant que cette eau soit contaminée et la rejette directement dans l’océan. Elle a aussi construit une barrière tout le long du littoral et pompe les nappes phréatiques au pied des réacteurs. Une partie de cette est partiellement décontaminée et rejetée dans l’océan. Une autre partie, trop contaminée, est mélangée à l’eau pompée dans les sous-sols des réacteurs pour être mise dans des cuves après traitement, en attendant une meilleure solution.

La dernière barrière mise en place est le gel du sol tout autour des 4 réacteurs accidentés, sur 1,4 km dans le but de stopper les infiltrations. Après de nombreux déboires, le gel est terminé depuis novembre 2017, mais l’effet reste limité. Même l’Autorité de Régulation Nucléaire, la NRA, doute sérieusement de l’efficacité de cette technique qu’elle considère désormais comme secondaire.

La mise en place du mur gelé a coûté 34,5 milliards de yens (265 millions d’euros) aux contribuables auxquels il faut ajouter plus d’un milliard de yens (8 millions d’euros) par an pour l’électricité.

Il y a un an, lors de notre précédent bilan, TEPCO pompait quotidiennement 135 m3 d’eau contaminée dans les sous-sols des bâtiments réacteurs et turbine, en plus de celle qu’elle injectait pour le refroidissement et 62 m3 des nappes phréatiques, ce qui faisait un total de 197 m3 qui s’accumulaient quotidiennement dans des cuves après traitement (source). C’est plus en cas de pluie, voire beaucoup plus lors des typhons.

Maintenant que le gel du sol est terminé, ces flux se sont réduits. Selon le dernier bilan publié par la compagnie, 75 m3 d’eau souterraine s’infiltrent quotidiennement dans les sous-sols des réacteurs auxquels il faut ajouter 15 m3 par d’eau souterraine pompée trop contaminée pour être traitée directement avant rejet en mer. Cela fait donc un total de 90 m3 par jour. Ces valeurs correspondent à une semaine sans pluie. En cas de fortes précipitations, c’est beaucoup plus, même si TEPCo a asphalté et bétonné tous les sols afin de limiter les infiltrations (source).

L’eau pompée dans les sous-sols est traitée puis entreposée dans des cuves sur le site de la centrale. TEPCo retire 62 radioéléments, mais il reste notamment le tritium, de l’hydrogène radioactif, qu’il est difficile de séparer. La compagnie annonce avoir déjà traité 1 891 070 m3 d’eau contaminée, ce qui a généré 9 219 m3 de déchets liquides très radioactifs et 597 m3 de boues radioactives. Une partie de cette est utilisée pour le refroidissement et le reste est stocké dans des cuves. Selon la compagnie, le stock d’eau traitée ou partiellement traitée s’élève à 1 037 148 m3 auxquels il faut ajouter 35 010 m3 d’eau dans les sous-sols des bâtiments réacteur et turbine (source). Il y a près d’un millier de cuves pour garder cette eau qui occupent presque tout le site de la centrale.

Que faire de cette eau traitée ? Après avoir envisagé plusieurs pistes peu réalistes, il ne reste que le rejet en mer. La concentration en tritium serait d’un à cinq millions de becquerels par litre, ce qui est plus que la limite autorisée, fixée à 60 000 Bq/L. Mais, il suffit de diluer, comme cela est fait en fonctionnement normal. Le problème est plutôt du côté du stock total, estimé à 3,4 PBq (3,4 milliards de millions de becquerels), ce qui représente de l’ordre de 150 années de rejet à la limite autorisée.

A titre de comparaison, l’autorisation de rejet en mer de l’usine Areva de La Hague est, pour le tritium, de 18,5 PBq et les rejets effectifs de ces dernières années variaient entre 11,6 et 13,4 PBq par an. Le stock de tritium de Fukushima représente donc 3 mois et demi de rejets à La Hague. De quoi rendre jalouses les autorités japonaises !

En revanche, on ne connait pas la concentration des autres radioéléments après filtrage. filtrés. C’est pourtant important pour faire une étude d’impact avant rejet. Toyoshi Fuketa, le président de l’Autorité de Régulation Nucléaire, a demandé à ce qu’une décision soit prise cette année, en précisant que le rejet en mer est la seule solution. La préparation du rejet devrait prendre deux à trois ans, selon lui, et TEPCo va rapidement manquer de place (source).

Travailleurs

A la centrale nucléaire de Fukushima daï-ichi

Du 11 mars 2011 au 31 mars 2016, 46 956 travailleurs ont été exposés aux rayonnements ionisants sur le site de la centrale accidentée de Fukushima daï-ichi, dont 42 244 sous-traitants. Ce sont les sous-traitants qui prennent les doses les plus élevées, avec une moyenne qui varie de 0,51 à 0,56 mSv par mois entre Janvier et Février 2016. C’est entre 0,18 et 0,22 pour les salariés de TEPCo.

Il y a aussi 1 203 personnes qui ont une limite plus élevée pour pouvoir continuer à pénétrer sur le site. Leur dose moyenne cumulée depuis le début de l’accident est de 36,49 mSv et la valeur maximale de 102,69 mSv.

• Le 1er avril 2016, TEPCo a remis tous les compteurs à zéro. Ainsi, 174 travailleurs qui avaient dépassé la limite de dose de 100 mSv sur 5 ans peuvent revenir. Depuis cette date, jusqu’au 31 décembre 2017, 18 348 personnes ont travaillé en zone contrôlée, dont 16 456 sous-traitants (90%). Impossible de savoir combien d’entre eux ont déjà été exposés lors des cinq premières années. Durant cette période, les sous-traitants ont pris une dose moyenne cumulée de 4,29 mSv, avec un maximum à 60,36 mSv, alors que les employés de TEPCo ont pris une dose moyenne cumulée de 1,79 mSv avec un maximum à 22,85 mSv. Les sous-traitants ont ainsi pris 95,4% de la dose collective cumulée qui est de 74 hommes.sieverts (source).

TEPCo a mis en ligne de nombreuses autres données sur les doses prises, avec des répartitions par âge, année… Lien direct vers la page en anglais.

TEPCo a réduit les primes de risques versées aux intervenants car les débits de dose ont baissé sur le site. Ce sujet serait l’un des principaux griefs du personnel engagé sur place. Elle pouvait atteindre 20 000 yens (150 €) par jour, même si, pour les sous-traitants, cette prime était ponctionnée à chaque niveau de sous-traitance, pour être réduite, parfois, à moins de la moitié. En mars 2016, TEPCo a divisé le site de la centrale accidentée en 3 zones, rouge, jaune et verte, en fonction du niveau de risque. Mais pour de nombreux intervenants, ce zonage n’a pas de sens : des débris de la zone rouge sont transférés dans la zone verte. Les poussières soulevées par les engins ne respectent pas les délimitations… Ainsi, les sous-traitants font porter des équipements de protection comme des masques dans la zone verte, même si TEPCo ne l’exige pas (source).

Sur les chantiers de décontamination

Dans les zones évacuées, c’est le gouvernement qui est maître d’œuvre des chantiers de décontamination et dans les zones non évacuées, ce sont les communes. Le bilan mensuel du ministère de l’environnement (source, page 16) fait état de :

  • 13 millions de décontamineurs dans les zones évacuées et
  • 17 millions de décontamineurs dans les zones non évacuées selon les données transmises par les communes.

Ces chiffres sont complètement irréalistes. Il s’agit probablement du nombre de contrats signés. Ce qui signifie que les autorités ne connaissent pas le nombre de décontamineurs et qu’elles ne connaissent donc pas les doses individuelles.

Un suivi dosimétrique individuel a été introduit en novembre 2013 pour les décontamineurs (source en japonais) qui travaillent en zone évacuée et qui sont soumis aux mêmes limites de dose que les travailleurs du nucléaire (explications en anglais). Les données pour l’année 2016 font état de 36 000 décontamineurs. On est loin des millions de décontamineurs rapportés par le ministère de l’environnement. La majorité d’entre eux (87%) a reçu une dose inférieure à 1 mSv/an et la dose la plus élevée est comprise en 7,5 et 10 mSv. Il y a aussi des données par nombre de chantiers ou par zone.

Les données les plus récentes en anglais, datées du 8 janvier 2018, concernent la période octobre 2016 – septembre 2017. Les doses sont rapportées par période de 3 mois alors que les limites sont annuelles. Il est donc difficile d’interpréter ces chiffres. S’il apparaît que la très grande majorité des décontamineurs ont reçu moins de 1 mSv sur 3 mois, on ne sait pas combien sont sous cette limite sur un an. La dose moyenne annuelle est, quant à elle, de 0,5 mSv.

Autres personnes exposées

Je n’ai pas trouvé de données officielles quant aux doses prises par les personnes qui ont continué à travailler en zone évacuée ou les nombreux policiers qui gardent les accès aux zones interdites et y patrouillent.

Cartographie de la pollution radioactive

• La dernière cartographie aérienne de la pollution radioactive autour de la centrale accidentée de Fukushima daï-ichi effectuée par les autorités date de novembre 2016 et est disponible en ligne sur le site dédié.

Les environs immédiats de la centrale nucléaire n’ont pas été recontrôlés, semble-t-il.

• Le « soil project » propose une carte basée sur des prélèvements de sols effectués par le réseau de stations de mesure et de laboratoires indépendants. Chikurin, le laboratoire monté au Japon avec le soutien financier et technique de l’ACRO est membre de ce réseau.

Liens vers la carte en anglais et en japonais.

• Cartes du « Projet de mesure de la radioactivité environnementale autour de Fukuichi (Fukushima daiichi) » : Ces cartes ont été traduites en français par l’association Nos Voisins lointains 3.11.

• Safecast : cette organisation utilise un radiamètre « maison » branché sur un smartphone pour mesurer le débit de dose ambiant. La carte regroupant les données est ici.

Décontamination

La décontamination des zones évacuées est sous la responsabilité du gouvernement. Ailleurs, là où l’exposition externe pouvait dépasser 1 mSv/an, ce sont les communes qui doivent s’en occuper. Voir le dernier bilan publié par le ministère de l’environnement.

Dans la zone évacuée, la décontamination est terminée, sauf dans la partie classée en « zone de retour difficile » où l’exposition externe pouvait dépasser 50 mSv/an. La décontamination n’a eu lieu que dans les zones habitées et agricole, pas dans les forêts. Le ministère annonce 22 000 habitations décontaminées, 1 600 ha de routes, rues, voies…, 8 500 ha de terrains agricoles et 5 800 ha de forêt à proximité des zones résidentielles.

Dans les zones non évacuées, 104 communes étaient initialement concernées, à Fukushima, Iwaté, Miyagi, Ibaraki, Tochigi, Gunma, Saïtama et Chiba et c’est passé à 92 par la simple décroissance radioactive. Les travaux de décontamination sont terminés dans 89 d’entre elles et restent à faire dans 3 autres. Le ministère annonce 418 582 habitations décontaminées à Fukushima et 147 656 dans les autres provinces, 11 958 équipements publics à Fukushima et 11 803 dans les autres provinces. Il est aussi question de 18 403 km de routes, rues, voies à Fukushima et 5 399 dans les autres provinces, 31 043 ha de terrains agricoles à Fukushima et 1 588 ha dans les autres provinces.

Pour les zones dites de retour difficile, le gouvernement va décontaminer un centre à Futaba et Ôkuma afin de pouvoir affirmer qu’il n’a abandonné aucune commune. La fin des travaux est prévue pour 2022. Qui va revenir après 11 années d’évacuation ? Pour Namié, dont une partie est aussi classée en zone de retour difficile, les travaux de décontamination vont débuter en mai 2018 afin de pouvoir lever l’ordre d’évacuer en mars 2023 ! Cela représente 660 hectares, qui couvrent 3,7% de la commune. Ces travaux en zone très contaminée vont engendrer une exposition des décontamineurs aux rayonnements ionisants. Comme il n’y a pas de seuil d’innocuité, le premier principe de la radioprotection impose la justification de ces expositions et cela n’a pas été fait.

Le ministère de l’environnement a budgété 2 600 milliards de yens (20 milliards d’euros) jusqu’en 2016 pour financer les travaux de décontamination. La moitié est pour les zones évacuées, sans prendre en compte la zone dite de retour difficile et l’autre moitié pour les zones non évacuées.

Déchets radioactifs issus de la décontamination

Voir notre reportage de l’été 2016 sur le problème des déchets issus de la décontamination. Les déchets organiques sont incinérés et les cendres doivent être stockés comme des déchets industriels. Les sols, quant à eux, doivent être entreposés pour 30 ans sur un site de 16 km2 autour de la centrale de Fukushima daï-ichi, le temps de trouver une solution définitive.

• Selon le ministère de l’environnement (source), la décontamination des zones évacuées a engendré 8 400 000 m3 de déchets contenant des sols radioactifs auxquels s’ajoutent environ  7 200 000 m3 dans les zones non évacuées (6 800 000 m3 à Fukushima et 400 000 m3 dans les autres provinces concernées).

• En ce qui concerne le site d’entreposage des sols contaminés de 16 km2 (1 600 hectares) d’une capacité de 22 millions de mètres cubes, le gouvernement n’a réussi à louer ou acheter que 48,4% de la surface, sachant que 21% des terrains appartenaient déjà au gouvernement ou aux communes (source). C’était 18% il y a un an (source).

Ce site n’accueillera que les déchets de Fukushima. Le ministère annonce avoir transféré 404 773 sacs d’un mètre cube environ sur ce site en 2017. On est encore loin des millions de mètres cubes, mais cela a nécessité 67 146 transports en camion. Et il faudra autant de transports pour les reprendre dans 30 ans… Le volume total entreposé pour le moment est de 633 889 m3.

Pour en savoir plus sur ce site d’entreposage.

• Pour les déchets radioactifs des autres provinces, les autorités privilégient l’enfouissement même si elles peinent à trouver des sites (source).

• En attendant, il y a des déchets partout, à perte de vue. Voir les photos de l’ACRO et les vidéos de Greenpeace.

Zones évacuées et personnes déplacées

• Les derniers ordres d’évacuer ont été levés au 1er avril 2017 et il reste surtout les zones dites de retour difficile où l’accès est interdit.

• En janvier 2018, 75 206 personnes étaient encore officiellement déplacées par la triple catastrophe (séisme, tsunami et accident nucléaire), dont 40 349 dans les trois provinces les plus touchées (Fukushima, Miyagi et Iwaté). Et 13 564 d’entre elles vivaient encore dans des logements préfabriqués, peu confortables.

En Octobre 2017, le nombre de personnes déplacées à Fukushima était officiellement de 54 579, dont 34 870 en dehors de la province (source). Ils étaient 164 865 en mai 2012. Il faut noter cependant, que les « auto-évacués », qui ont quitté des zones contaminées de leur propre chef, sans y être obligés par les autorités, ne sont plus pris en compte dans ce décompte, car ils ne bénéficient de plus aucune aide.

• Le taux de retour dans les zones où les ordres d’évacuer ont été levés est inférieur à 20% et plus de la moitié sont des personnes âgées. Plus précisément :

  • Namié : 490 personnes résidentes sur 17 954 habitants, soit 2,7% (source) ;
  • Iitaté : 505 résidents sur 6 509 habitants, soit 7,8% (source) ;
  • Tamura : 3 338 résidents sur 4 497 personnes originaires des zones évacuées (74%) et une population totale de 41 662 personnes (source) ;
  • district d’Odaka à Minami-Sôma : 2 469 résidents sur 12 842 avant la catastrophe, soit 19% (source) ;
  • Kawamata : 278 résidents sur 15 877 personnes enregistrée au 11 mars 2001, soit 1,8% (source) ;
  • Naraha : 2 105 résidents sur 8 011 personnes enregistrée au 11 mars 2001, soit 26% (source) ;
  • Tomioka : 376 résidents sur 15 960 personnes enregistrée au 11 mars 2001, soit 2,3% (source) ;
  • Katsurao : 209 résidents sur 1 567 personnes enregistrées au 11 mars 2011, soit 13% (source).

Par ailleurs, à Hirono, située entre 20 et 30 km de la centrale nucléaire, il y a 4 041 résidents sur 5 490 personnes enregistrées au 11 mars 2011, soit 74% (source). De nombreux travailleurs du nucléaire s’y sont installés.

• Quatre communes vont rouvrir des établissements scolaires combinant écoles élémentaires et collèges au 1er avril prochain, un an après la levée des ordres d’évacuer, mais selon le Maïnichi, seulement 4% des enfants devraient être de retour. Les villes de Namié et Tomioka vont maintenir des établissements en dehors de leur commune, là où les personnes déplacées se sont réfugiées, tandis que les villages d’Iitaté et Katsurao n’auront plus qu’un seul établissement scolaire sur le territoire de la commune car les personnes déplacées sont à moins d’une heure de route.

A Iitaté, il y avait 482 enfants scolarisés avant la catastrophe et seulement 75 devraient être de retour à la rentrée prochaine. Mais 90% d’entre eux n’habiteront pas Iitaté et viendront tous les jours par bus. Pour Katsurao, c’est 18 enfants qui seront de retour alors qu’ils étaient 83 avant la catastrophe. A Tomioka, seulement 16 enfants devraient être scolarisés sur le territoire de la commune alors qu’ils étaient 1 204 avant l’accident. A Namié, c’est 10 en 2018 contre 1 440 avant 2011.

Pour ces quatre communes, l’école est au cente de leur programme de revitalisation et tout sera gratuit, y compris la cantine et les excursions scolaires. Mais cela ne semble pas suffisant.

Selon le Yomiuri, si l’on prend en compte les zones où l’ordre d’évacuer a été levé et les établissements scolaires déjà rouverts, on arrive à un total de 531 enfants qui seront scolarisés dans 9 communes à partir de la rentrée prochaine. C’est à peine 8,6% du nombre d’enfants qui y étaient scolarisés avant la catastrophe nucléaire. Il n’y aura que 156 enfants en maternelle dans ces 9 communes, soit 7,8% de l’effectif précédant l’évacuation. Et c’est 0,5% dans les communes où l’école va rouvrir le 1er avril prochain.

Voici les taux de retour dans les écoles rapportés par le Yomiuri :

Vont rouvrir en 2018
Ont rouvert
Katsurao Yamakiya (Kawamata) Namié Iitaté Tomioka Miyakojimachi (Tamura) Kawauchi Naraha Odaka (Minami-Sôma)
16,1% 15,2% 0,5% 14,1% 1,1% 47,4% 38,6% 14,9% 11,5%

Impact sanitaire

• Décès : Selon la police, le nombre de victimes est de 15 895, dont 15 825 dans les trois provinces les plus touchées par le séisme et le tsunami, à savoir, Iwaté, Miyagi et Fukushima. Concernant ces dernières, 99,6% d’entre elles ont été identifiées. Plus de 50% avaient plus de 65 ans. 90,4% sont mortes noyées et 0,9% brûlées dans un incendie. La cause du décès demeure inconnue pour 703 victimes et il y a 2 539 disparus. Source. Il s’agit là des décès directs auxquels il faut ajouter 3 647 décès indirects liés à la triple catastrophe.

• Cancers de la thyroïde : L’université médicale de Fukushima effectue une campagne de dépistage par échographie des cancers de la thyroïde chez les jeunes de Fukushima. Les derniers résultats sont ici sur notre site. Cela a permis de découvrir un total de 197 cas de cancer de la thyroïde, dont 160 confirmés après chirurgie et un qui s’est révélé bénin après chirurgie.

Le bilan des trois campagnes de dépistage donne :

Première campagne Deuxième campagne Troisième campagne
Dépistage avec résultat

300 473

270 515

179 038
Examens complémentaires 2 090 1 788 573
Cytoponctions 542 205 31
Nombre de cancers suspectés 116 71 10
Nombre de cancers confirmés 101 52 7

A noter, que selon un fond de soutien, un cas de cancer de la thyroïde a échappé aux statistiques officielles (source). Selon ce même fond qui a effectué un suivi de 84 enfants ayant déclaré un cancer de la thyroïde, 8 d’entre eux ont dû subir une deuxième intervention chirurgicale après une rechute. Ils avaient entre 6 et 15 ans au moment de l’accident. Il réclame des statistiques officielles sur le nombre de rechutes.

Coût de la catastrophe

Les chiffres officiels relatifs au coût de la catastrophe ont été revus à la hausse en décembre 2016 pour atteindre 21 500 milliards de yens (175 milliards d’euros) et n’ont pas changé depuis. Cela inclut le démantèlement des réacteurs de Fukushima daï-ichi, à hauteur de 8 000 milliards de yens (65 milliards d’euros), 7 900 milliards de yens (64 milliards d’euros) pour les indemnisations, près de 4 000 milliards de yens (32,5 milliards d’euros) pour la décontamination et 1 600 milliards de yens (13 milliards d’euros) pour le centre d’entreposage temporaire des déchets radioactifs. Pour en savoir plus.

Cette somme ne comprend pas le coût du stockage des déchets issus du démantèlement de la centrale accidentée ni la création d’un îlot décontaminé dans les zones dites « de retour difficile » dont le seul but est la non disparition des villages concernés.

La facture de la catastrophe nucléaire pourrait être de 50 000 à 70 000 milliards de yens (420 à 580 milliards d’euros), ce qui est 3 fois plus élevé que l’estimation gouvernementale, selon une étude du Japan Center for Economic Research (source).

TEPCo a déjà reçu un total de 8 070,5 milliards de yens (62 milliards d’euros au cours actuel) d’avance pour les indemnisations. Cet argent est prêté sans intérêt (source).

Le gouvernement détient toujours 50,1% des parts de TEPCo.

Parc nucléaire japonais

• Il y avait 54 réacteurs nucléaires de production d’électricité au Japon qui fournissaient environ 30% de l’électricité du pays.

Les réacteurs 1 à 4 de la centrale de Fukushima daï-ichi ont été détruits et les 5 et 6 arrêtés définitivement.

Un nouveau référentiel de sûreté a été introduit en juillet 2013 et aucun réacteur ne satisfaisait aux nouvelles exigences. Il a fallu revoir la sûreté, investir dans dans le renforcement de la tenue aux séismes et faire valider le tout. Depuis, 8 autres réacteurs ont été arrêtés définitivement, car leur remise en service coûte trop cher : Tsuruga 1 (Fukui), Genkaï 1 (Saga), Shimané 1, Ikata 1 (Ehimé), Mihama 1 et 2 (Fukui) et Ôï 1 et 2 (Fukui).

Le parc nucléaire japonais n’est donc plus officiellement constitué que de 40 réacteurs nucléaires. D’autres arrêts définitifs devraient suivre, comme les 4 réacteurs de Fukushima daï-ni noyés par le tsunami ou à Tsuruga à cause d’une faille sismique.

14 réacteurs nucléaires ont reçu une autorisation de remise en service, mais seulement 5 ont redémarré depuis la mise en place du nouveau référentiel de sûreté. Ikata 3 a été arrêté depuis, sur ordre de la justice, à cause du risque volcanique (source). Quatre réacteurs (Ôï 3 et 4 et Genkaï 3 et 4) ont vu leur redémarrage retardé suite à un scandale chez Kôbé Steel (source). Pour trois autres réacteurs (Mihama 3 et Takahama 1 et 2) qui ont plus de 40 ans, la remise en service n’est pas pour tout de suite car il y a beaucoup de travaux de renforcement de la sûreté prévus.

TEPCo a reçu un feu vert de l’autorité de régulation nucléaire pour Kasiwazaki-Kariwa 6 et 7, mais il lui faut obtenir l’accord des autorités locales et ce n’est pas gagné car le gouverneur de Niigata est contre (source). Se pose le problème, en particulier, de savoir si TEPCo a la culture de sûreté suffisante pour exploiter des réacteurs nucléaires après ce qui s’est passé à la centrale de Fukushima daï-ichi (source).

Il ne reste actuellement que 4 réacteurs nucléaires en activité au Japon : Takahama 3 et 4 exploités par Kansaï Electric à Fukui et Sendaï 1 et 2 exploités par Kyûshû Electric à Kagoshima.

• Le surgénérateur Monju a été arrêtés définitivement. Il n’a fonctionné que 250 jours depuis sa mise en service en 1994. Une fuite de sodium avait entraîné son arrêt en 1995. La culture de sûreté y est défaillante (source).

• Les autorités n’ont pas encore abandonné l’usine de retraitement située à Rokkashô-mura dans la province d’Aomori dont la mise en service cumule déjà 24 années de retard depuis 1997, année de la première date de mise en service prévue (source).

Cette usine est supposée séparer le plutonium pour le recycler dans le parc nucléaire actuellement à l’arrêt, à l’exception de 4 réacteurs. Elle n’est pas utile.

• Le charbon couvre maintenant 30% de la production d’électricité au Japon et cela augmente encore. Si tous les projets aboutissent, cela devrait atteindre 40%… alors que décembre 2017 marquait les 20 ans du protocole de Kyôto. Les engagements du Japon lors de la COP21, bien que modestes, pourraient ne pas être tenus.

Voir Fukushima

Blog montrant des photos d’Iitaté-mura avant et après la catastrophe nucléaire. La commune, classée parmi les 100 plus beaux villages du Japon, a été entièrement évacuées. L’ordre d’évacuation a été levé en 2017 sur un grande partie de son territoire.

• RMC découverte a diffusé un documentaire sur les premiers jours de la catastrophe nucléaire japonaise auquel nous avons participé. Il se base sur la reconstitution que nous avons faite sur ce site internet.

Ce documentaire peut être regardé en replay jusqu’au 14 mars 2018.

En Belgique, il sera diffusé jeudi 8 mars à 22h25 sur La Une et sur La Trois le 12/03 à 23h20 et le 15/03 à 10h55.

Rapports publié à l’occasion du 7ième anniversaire

• Greenpeace a publié un nouveau rapport accompagné de deux vidéos :

SimplyInfo.org Fukushima 7th Anniversary Report

Note de synthèse de l’IRSN, avec un point sur l’état des installations et un autre sur l’évolution du zonage post-accidentel.

L’IRSN affirme que les autorités japonaises ont pris des mesures de prise d’iode lors de la phase d’urgence. Ce n’est pas correct. L’ordre du gouvernement central de distribuer la prophylaxie à l’iode n’est jamais parvenu aux autorités locales et seuls quelques maires ont pris l’initiative de distribuer de l’iode.

Synthèse en anglais effectuée par le ministère des affaires étrangères du Japon

Les déchets radioactifs issus de la décontamination vont être enterrés

La gestion des déchets radioactifs issus de la décontamination est un casse-tête pour les autorités japonaises. A Fukushima, les sols radioactifs vont être entreposés pour 30 ans tout autour de la centrale accidentée, sur 16 km2, en attendant de trouver mieux. En dehors de la province de Fukushima, les autorités sont à la recherche de sites définitifs.

Dans la province voisine d’Ibaraki, 2 500 m3 de terres contaminées vont être enterrées sur le site nucléaire de Tôkaï-mura. Et à Tochigi, 350 m3 vont aussi être enterrés à titre expérimental sous un terrain de sport. Les autorités vont ensuite faire des mesures tout autour et publier les résultats à l’automne.

En dehors de Fukushima, il y a un total de 330 000 m3 de sols contaminés répartis sur environ 28 000 sites, dont des parcs et des cours d’école.

Quelle surveillance à long terme est-elle prévue ? Quelles actions pour garder la mémoire des nombreux sites de stockage qui pourraient résulter de cette politique ?

Quand la NRA discute de l’avenir des territoires contaminés, elle propose de changer les normes pour faciliter la reconstruction

L’autorité de régulation nucléaire a étudié la situation dans les zones dites de retour difficile et le verbatim est en ligne en japonais uniquement. Les discussions, aussi disponibles en vidéo, s’apparentent à une conversation de pause café. Voir la page de la réunion.

Les experts commencent à regarder une carte de la contamination basée sur des relevés effectués à partir d’une voiture et à pied. Quelques points chauds en bord de route sont pris en compte et sont représentés par des triangles. La valeur la plus élevée atteint 8,48 µSv/h à Futaba, ce qui est très élevé. Que la NRA se contente de quelques relevés alors qu’il y a de nombreux autres résultats de mesure disponibles est pour le moins surprenant. Presque sept années depuis le début de cette catastrophe, il n’existe aucune synthèse officielle de toutes les données de la contamination qui intègrerait les mesures citoyennes au plus proche des préoccupations des populations. A noter qu’un réseau de laboratoires indépendants auquel appartient Chikurin, le laboratoire fondé avec le soutien de l’ACRO, a sa base de données commune.

Se contenter de quelques relevés effectués le long des routes et rues n’est pas suffisant : quid des terrains agricoles, jardins, aires de jeu… La variété des situations et des expositions éventuelles doit être évaluée sérieusement avec les personnes potentiellement concernées.

Comme les niveaux de pollution restent élevés et que la décontamination est peu efficace, certains commissaires de la NRA proposent de revoir le calcul de dose. Comme nous l’avons expliqué dans un article dédié, les normes internationales sont en sievert par an, et la mesure sur le terrain est en sievert par heure. Pour passer de l’un à l’autre, il faut considérer un budget temps. Le modèle fixé au début de l’accident pour effectuer le calcul entre les deux suppose que les résidents passent 8 heures par jour à l’extérieur et qu’à l’intérieur, le débit de dose est réduit de 60%. Ainsi, la limite de dose en situation normale, fixée au niveau international à 1 millisievert (mSv) par an correspond ainsi à un débit de dose moyen de 0,23 microsievert (µSv) par heure. Ce calcul est certes conservateur, mais la limite de 1 mSv n’est pas une limite d’innocuité, mais une limite à ne pas franchir. Il faut rester bien en dessous. Viser 1 mSv/an avec un calcul conservateur permet de s’assurer  que les doses réellement reçues seront bien inférieures.

Des commissaires veulent remettre en cause ce calcul sous le prétexte que les personnes équipées de dosimètres ont enregistré des doses à 15% de celles obtenues par calcul. Et donc on peut accepter un débit de dose plus élevé. Là encore, cette affirmation ne repose sur aucune étude sérieuse : il s’agit d’un chiffre moyen et l’on doit protéger tout le monde. Les tests ont été effectués sur des personnes volontaires qui font attention à leur exposition, d’autant plus que leur dose est enregistrée et surveillée. Rien ne permet d’affirmer que toute la population se comportera de la même façon. Enfin, comme nous l’avons expliqué dans le rapport pour les 5 ans de la catastrophe les dosimètres et les radiamètres de terrain ne mesurent pas la même chose. Il y a 30 à 40% d’écart entre les deux. Et cela n’avait jamais été expliqué aux personnes concernées, comme nous l’avions révélé en janvier 2015, ce qui avait déplu à l’IRSN.

Le seul problème pour ces commissaires, qui proposent de passer à 0,8 voir 1 µSv/h au lieu de 0,23 µSv/h, c’est l’acceptabilité sociale du changement de méthode de calcul ! Avec aussi peu de sérieux dans l’évaluation et l’argumentation, pas étonnant que le public n’ait pas confiance.

Cette volonté de changer de thermomètre est un aveu d’échec. Ce qu’il y a d’inquiétant dans cette histoire, c’est que la NRA soit plus préoccupée par la reconstruction que par la protection des populations concernées. Jamais, il n’est question des enfants qui sont plus sensibles aux radiations par exemple.

Rappelons que la limite de 1 mSv/an est un objectif à long terme, sans calendrier précis, fixé par les autorités japonaises et que la politique de retour est basée sur une limite 20 fois plus élevée, qui correspond à la valeur haute des recommandations de la CIPR relatives à ce qui est généralement nommé « une situation existante », à savoir une pollution difficile à réduire. 20 mSv se traduisent par une limite de 3,8 microsieverts par heure (µSv/h) par la même méthode de calcul.

L’enjeu de la proposition de la NRA concerne donc la limite pratique à très long terme. Dit autrement, cela signifie accélérer la fin de la catastrophe en changeant la limite acceptable ou réduire les exigences en terme de décontramination. Selon nos informations, ce sujet est à l’ordre du jour du prochain « National Radiation Council » du MEXT, à savoir le ministère en charge des sciences et technologies.

Il y a fort à parier qu’une fois le calcul changé, il va être appliqué à la limite haute de 3,8 µSv/h qui ne fera pas plus 20 mSv/h, mais peut-être 5 mSv/an. Ainsi les autorités auront réduit la limite apparente pour le retour des populations sans rien changer sur place par une simple modification des règles de calcul !

Début des travaux de démolition et de décontamination à Futaba en zone très contaminée

Les communes de Futaba et d’Ôkuma, sur lesquelles est implantée la centrale accidentée de Fukushima daï-ichi, sont les plus touchées par les retombées radioactives. Elles sont presque entièrement classées en zone dite de retour difficile. Mais, les autorités japonaises ne veulent pas accepter leur disparition et vont y créer un petit centre qui devrait ouvrir en 2022 dans chacune de ces communes.

Les travaux de démolition des maison abandonnées depuis bientôt 7 ans et de décontamination viennent d’être lancés à Futaba. Il est prévu de détruire 55 habitations et immeubles et de décontaminer sur 7 hectares seulement pour cette première phase qui doit durer jusqu’en juillet.

Mis à part quelques tests, ce sont les premiers travaux en zone dite de retour difficile.

Des déchets radioactifs à perte de vue

Le vaste chantier de décontamination à Fukushima engendre une énorme quantité de déchets radioactifs. Les autorités en attendent 22 millions de mètres cubes après incinération des déchets organiques (voir le dernier bilan officiel). D’ici 2021, 15,2 millions de mètres cubes devraient être entreposés « provisoirement » sur un site de 16 km2 qui entoure la centrale accidentée, sur les communes d’Ôkuma et Futaba. En attendant, ces déchets s’entassent un peu partout, parfois à perte de vue.

Nous avons publié, il y a un peu plus d’un an, un reportage sur toute la chaîne de gestion de ces déchets, avec des photos et des vidéos. Greenpeace Japon vient de mettre en ligne des images de ces déchets vus du ciel :

Greenpeace Allemagne aussi si vous préférez l’Allemand :

Une note en anglais de Greenpeace fait aussi le point sur les déchets radioactifs.

La décontamination, presque terminée officiellement, sauf dans les zones dites de « retour difficile », ne concerne que les zones habitées qui deviennent des oasis au milieu des montagnes et des forêts qui couvrent 75% du territoire de la province de Fukushima. La décontamination de petites zones dans les territoires les plus contaminés est prévue pour ne pas rayer de la carte deux communes, même si les habitants ne rentreront pas. L’obstination de la reconquête, jusqu’à l’absurde.

Nouveau calendrier pour l’entreposage des déchets

Selon le Fukushima Minpo, le ministre de l’environnement a rencontré les conseils municipaux d’Ôkuma et Futaba, le 21 novembre dernier, pour leur faire part du nouveau calendrier pour l’entreposage des déchets issus de la décontamination sur le territoire de leur commune. Le volume de déchets qui devraient y être transportés est estimé à 15,2 millions de mètres cubes.

Le rythme prévu, qui dépend surtout de l’acquisition des terrains pour l’entreposage, est de 1,8 millions de mètres cubes en 2018, 4 en 2019 et 6 en 2020, ce qui fait un total de 12,5 millions de mètres cubes si l’on compte les déchets qui y sont déjà. Le ministre espère que le transport des déchets sera terminé en 2021.

Mais les travaux de décontamination se poursuivent par endroit et n’ont pas commencé dans la zone dite de retour difficile. Le volume total de déchets devrait donc augmenter. Par ailleurs, dans son dernier bilan mis en ligne, qui n’a pas beaucoup évolué depuis le bilan précédent, le ministère de l’environnement signale qu’il n’a signé de contrat que pour 654 hectares, soit 40% des terrains privés.

Le quotidien régional ne rapporte aucun propos du ministre quant à l’avenir de ce site d’entreposage et à la reprise promise des déchets au bout de 30 ans.

Le Haut Commissariat pour les Droits de l’Homme de l’ONU s’intéresse aux victimes de la catastrophe de Fukushima

Le Haut Commissariat pour les Droits de l’Homme de l’ONU s’est intéressé au Japon. Concernant les victimes de la catastrophe nucléaire à la centrale de Fukushima daï-ichi (il faut cliquer sur F pour accéder aux documents en français), il note :

Le Comité des droits économiques, sociaux et culturels a constaté avec inquiétude qu’il n’avait pas été suffisamment pourvu aux besoins particuliers des groupes défavorisés et vulnérables pendant la phase d’évacuation et au cours des travaux de relèvement et de reconstruction qui ont suivi le grave séisme qui a frappé l’est du Japon et l’accident nucléaire de Fukushima. Il a recommandé au Japon d’adopter une approche fondée sur les droits de l’homme en ce qui concernait les interventions en cas de catastrophe, l’atténuation des risques et les opérations de reconstruction […].

Le Rapporteur spécial sur le droit à la santé a recommandé au Japon de rendre publiques les informations relatives aux catastrophes dès que celles-ci se produisaient et de veiller à la participation effective et sans exclusive de la population aux processus de prise de décisions concernant les politiques et le cadre réglementaire en matière d’énergie nucléaire.

Plusieurs organisations sont intervenues auprès du Haut Commissariat :

IUVENTUM relève que l’état d’urgence décrété à la suite de l’accident de la centrale nucléaire de Fukushima-Daiichi, en vigueur depuis mars 2011, autorise le Gouvernement à fixer les normes de sécurité. Si d’importants efforts de décontamination ont été faits, de nombreux lieux n’en ont pas bénéficié, ce qui fait que certains lieux décontaminés risquent d’être à nouveau contaminés. Alors qu’un rapport récent montre que le taux de radioactivité dans l’air est plus élevé à Fukushima qu’ailleurs, le Gouvernement renvoie les personnes qui avaient été évacuées dans les zones contaminées où la radiation est supérieure à 1 mSv/an. Greenpeace recommande au Japon de diffuser des informations exactes et aisément accessibles au sujet de la radiation et des niveaux de risque et de réduire le niveau annuel acceptable d’exposition supplémentaire dans les zones touchées par l’accident à un maximum de 1 mSv/an, ce qui correspondrait à la norme internationale.

Et d’ajouter :

IUVENTUM demande instamment au Japon de maintenir son aide financière aux évacués volontaires de la catastrophe de Fukushima. Greenpeace note avec préoccupation que la catastrophes a des conséquences psychologiques d’une grande ampleur et potentiellement fatales, en particulier pour les femmes et les filles, qui sont en outre, du fait de leur vulnérabilité face aux effets des radiations sur la santé, particulièrement pénalisées aux plans économique et politique par les politiques de reconstruction actuelles. HRN est préoccupé par la situation des enfants diagnostiqués comme souffrant d’un cancer de la thyroïde, ou dont on pense qu’ils en sont atteints, et invite instamment le Japon à améliorer la surveillance sanitaire et les services de santé.

HRN est l’organisation Human Rights Now basée à Tôkyô : sa contribution est ici en anglais. IUVENTUM est une organisation allemande. Enfin, la contribution de Greenpeace est accessible depuis ce communiqué en anglais.

Dans son rapport, le Japon n’est guère prolixe sur la situation des personnes déplacées par la catastrophe nucléaire :

Le Gouvernement offre aussi une aide technique et financière à la préfecture de Fukushima. Il a ainsi versé une subvention de 78,2 milliards de yen au Fonds pour la santé des habitants de Fukushima mis sur pied par la préfecture pour aider la population à prendre en charge leur santé à moyen et à long terme.

Selon Greenpeace, présente sur place à Genève, plusieurs pays sont intervenus en séance pour soutenir les victimes de la catastrophe nucléaire. Les diverses parties préparent actuellement des documents pour se répondre mutuellement. A suivre…