Nouveau calendrier pour l’entreposage des déchets

Selon le Fukushima Minpo, le ministre de l’environnement a rencontré les conseils municipaux d’Ôkuma et Futaba, le 21 novembre dernier, pour leur faire part du nouveau calendrier pour l’entreposage des déchets issus de la décontamination sur le territoire de leur commune. Le volume de déchets qui devraient y être transportés est estimé à 15,2 millions de mètres cubes.

Le rythme prévu, qui dépend surtout de l’acquisition des terrains pour l’entreposage, est de 1,8 millions de mètres cubes en 2018, 4 en 2019 et 6 en 2020, ce qui fait un total de 12,5 millions de mètres cubes si l’on compte les déchets qui y sont déjà. Le ministre espère que le transport des déchets sera terminé en 2021.

Mais les travaux de décontamination se poursuivent par endroit et n’ont pas commencé dans la zone dite de retour difficile. Le volume total de déchets devrait donc augmenter. Par ailleurs, dans son dernier bilan mis en ligne, qui n’a pas beaucoup évolué depuis le bilan précédent, le ministère de l’environnement signale qu’il n’a signé de contrat que pour 654 hectares, soit 40% des terrains privés.

Le quotidien régional ne rapporte aucun propos du ministre quant à l’avenir de ce site d’entreposage et à la reprise promise des déchets au bout de 30 ans.

Le Haut Commissariat pour les Droits de l’Homme de l’ONU s’intéresse aux victimes de la catastrophe de Fukushima

Le Haut Commissariat pour les Droits de l’Homme de l’ONU s’est intéressé au Japon. Concernant les victimes de la catastrophe nucléaire à la centrale de Fukushima daï-ichi (il faut cliquer sur F pour accéder aux documents en français), il note :

Le Comité des droits économiques, sociaux et culturels a constaté avec inquiétude qu’il n’avait pas été suffisamment pourvu aux besoins particuliers des groupes défavorisés et vulnérables pendant la phase d’évacuation et au cours des travaux de relèvement et de reconstruction qui ont suivi le grave séisme qui a frappé l’est du Japon et l’accident nucléaire de Fukushima. Il a recommandé au Japon d’adopter une approche fondée sur les droits de l’homme en ce qui concernait les interventions en cas de catastrophe, l’atténuation des risques et les opérations de reconstruction […].

Le Rapporteur spécial sur le droit à la santé a recommandé au Japon de rendre publiques les informations relatives aux catastrophes dès que celles-ci se produisaient et de veiller à la participation effective et sans exclusive de la population aux processus de prise de décisions concernant les politiques et le cadre réglementaire en matière d’énergie nucléaire.

Plusieurs organisations sont intervenues auprès du Haut Commissariat :

IUVENTUM relève que l’état d’urgence décrété à la suite de l’accident de la centrale nucléaire de Fukushima-Daiichi, en vigueur depuis mars 2011, autorise le Gouvernement à fixer les normes de sécurité. Si d’importants efforts de décontamination ont été faits, de nombreux lieux n’en ont pas bénéficié, ce qui fait que certains lieux décontaminés risquent d’être à nouveau contaminés. Alors qu’un rapport récent montre que le taux de radioactivité dans l’air est plus élevé à Fukushima qu’ailleurs, le Gouvernement renvoie les personnes qui avaient été évacuées dans les zones contaminées où la radiation est supérieure à 1 mSv/an. Greenpeace recommande au Japon de diffuser des informations exactes et aisément accessibles au sujet de la radiation et des niveaux de risque et de réduire le niveau annuel acceptable d’exposition supplémentaire dans les zones touchées par l’accident à un maximum de 1 mSv/an, ce qui correspondrait à la norme internationale.

Et d’ajouter :

IUVENTUM demande instamment au Japon de maintenir son aide financière aux évacués volontaires de la catastrophe de Fukushima. Greenpeace note avec préoccupation que la catastrophes a des conséquences psychologiques d’une grande ampleur et potentiellement fatales, en particulier pour les femmes et les filles, qui sont en outre, du fait de leur vulnérabilité face aux effets des radiations sur la santé, particulièrement pénalisées aux plans économique et politique par les politiques de reconstruction actuelles. HRN est préoccupé par la situation des enfants diagnostiqués comme souffrant d’un cancer de la thyroïde, ou dont on pense qu’ils en sont atteints, et invite instamment le Japon à améliorer la surveillance sanitaire et les services de santé.

HRN est l’organisation Human Rights Now basée à Tôkyô : sa contribution est ici en anglais. IUVENTUM est une organisation allemande. Enfin, la contribution de Greenpeace est accessible depuis ce communiqué en anglais.

Dans son rapport, le Japon n’est guère prolixe sur la situation des personnes déplacées par la catastrophe nucléaire :

Le Gouvernement offre aussi une aide technique et financière à la préfecture de Fukushima. Il a ainsi versé une subvention de 78,2 milliards de yen au Fonds pour la santé des habitants de Fukushima mis sur pied par la préfecture pour aider la population à prendre en charge leur santé à moyen et à long terme.

Selon Greenpeace, présente sur place à Genève, plusieurs pays sont intervenus en séance pour soutenir les victimes de la catastrophe nucléaire. Les diverses parties préparent actuellement des documents pour se répondre mutuellement. A suivre…

Le Japon veut rouvrir le centre d’Ôkuma en 2022

La ville d’Ôkuma, dans laquelle il y a une partie de la centrale de Fukushima daï-ichi, est classée en zone de retour difficile. Mais, le gouvernement, qui veut reconquérir tous les territoires à tout prix, veut autoriser le retour des habitants dans le centre de la commune, à partir de 2022, comme pour la commune voisine de Futaba.

860 hectares, situés à environ 4 km de la centrale accidentée, vont être décontaminés. Cela représente à peine 18% de la surface des territoires classés en zone de retour difficile à Ôkuma. Le gouvernement compte sur le retour de 1 500 personnes et l’installation d’un millier de travailleurs du nucléaire engagés dans le démantèlement. Il espère aussi 130 agriculteurs.

Ces chiffres sont complètement fantaisistes. Il est peu probable que 1 500 personnes retournent à Ôkuma plus de 10 ans après la catastrophe nucléaire. Quant aux travailleurs, après avoir été exposés à la radioactivité sur leur lieu de travail, ils seront encore exposés sur leur lieu de résidence, sans que cela soit pris en compte.

3ième livre blanc de l’UNSCEAR sur Fukushima

L’UNSCEAR, qui est le Comité scientifique des Nations Unies sur les effets des radiations, vient de publier son troisième livre blanc sur la catastrophe de Fukushima.

Il s’agit essentiellement d’une revue de la littérature scientifique dans des revues à comité de lecture à partir de la sélection de quelques articles. Les choix sous-jacents à la sélection des articles n’est pas expliquée et c’est forcément une source de biais scientifique dans les conclusions du rapport. Par ailleurs, ce livre blanc ignore toutes les mesures et les études faites par des laboratoires citoyens.

Il note, cependant une absence d’évaluation scientifique de la décontamination. Il est temps de se poser la question, maintenant que c’est presque terminé, à l’exclusion des zones qualifiées de « retour difficile ».

Autrement, ce rapport n’apporte pas grand chose.

Ouverture du centre d’entreposage des déchets radioactifs sans solution pérenne

Le vaste chantier de décontamination du Japon devrait engendrer environ 22 millions de mètres cubes de déchets radioactifs après incinération des déchets organiques. Voir notre reportage de 2016 sur le sujet. Ces déchets doivent être entreposés temporairement sur un centre de 16 km2 tout autour de la centrale de Fukushima daï-ichi en attendant de leur trouver une solution pérenne.

Alors que les travaux de décontamination sont presque terminés, sauf dans les zones dites de « retour difficile », le ministère de l’environnement vient d’ouvrir officiellement l’ « Installation d’entreposage provisoire ». Légalement, ces déchets ne doivent y rester que 30 ans, mais les habitants des deux communes concernées, Futaba et Ôkuma, n’y croient pas et pensent que cela va devenir un centre de stockage définitif. Le coût de ce centre est estimé à 1 100 milliards de yens (8,5 milliards d’euros).

Selon le dernier bilan officiel relatif à la décontamination et aux déchets engendrés, daté d’octobre 2017, les travaux de décontamination sont terminés dans la zone évacuée, sauf pour la partie dite de retour difficile. C’est le gouvernement qui était directement en charge des travaux dans ce qu’il a appelé en anglais la Special Decontamination Area (SDA). Voir la carte officielle :

Le gouvernement a provisionné environ 1 300 milliards de yens (10 milliards d’euros) pour la décontamination de cette zone qui a impliqué 13 millions de travailleurs et engendré 8,4 millions de mètres cubes de sols contaminés à stocker auxquels s’ajoutent les autres déchets.

Ailleurs, dans les zones non évacuées que le Japon a qualifié en anglais d’Intensive Contamination Survey Area (ICSA), ce sont les communes qui avaient la charge des travaux. La décontamination n’y est pas encore terminée, mais les chiffres sont tout aussi pharaoniques : 17 millions de travailleurs et 7,2 millions de mètres cubes de sols contaminés à gérer, dont 6,8 viennent de Fukushima, pour un coût total d’environ 1 700 milliards de yens (13 milliards d’euros). Sur les 92 communes concernées, 84 ont terminé les travaux de décontamination. Ils sont terminés dans toutes les provinces, sauf à Fukushima, où ils sont terminés à 90%. Seules 8 communes sont encore concernées. Voir la carte officielle :

On arrive à un total de 30 millions de travailleurs, ce qui paraît peu plausible, même s’il y a les mêmes chiffres sur ce document en japonais (p. 14). Ce doit être le nombre de contrats de travail, sachant qu’ils étaient tous en CDD. Cela fait toujours beaucoup de monde : en comptant 30 contrats par personne, on arrive à 1 million de travailleurs ! Il est étonnant que les autorités ne connaissent pas le nombre de travailleurs engagés dans les travaux de décontamination alors qu’elles sont supposées enregistrer les doses de radiation prises.

Il y a eu de nombreux scandales sur les chantiers de décontamination, avec de nombreuses violations du droit du travail. Rien dans le rapport officiel à ce sujet, si ce n’est que les autorités ont collé des auto-collants sur les casques des travailleurs avec un message de remerciement dessiné par des enfants dans le cadre de la campagne des « casques thanks »…

Paradoxalement, même si ces travaux de décontamination sont presque terminés, à l’exclusion de la zone de retour difficile, les autorités n’ont pas fait évoluer les chiffres relatifs au volume de déchets attendus qui sont les mêmes depuis des années : 22 millions de mètres cubes après incinération des déchets organiques, dont 20 millions de mètres cubes de sols. Le volume de cendres radioactives devrait être d’environ 1,5 millions de mètres cubes.

Pour la seule province de Fukushima, il y aurait déjà 15 millions de mètres cubes de sols contaminés répartis sur 150 000 sites. Les déchets des autres provinces doivent y rester, même si les autorités ne trouvent pas de site de stockage.

Pour ce qui est de l’installation d’entreposage provisoire (Interim Storage Facility ou ISF) que le gouvernement vient officiellement d’ouvrir, seulement 40% des 16 km2 (ou 1 600 hectares) de terrains ont pu être achetés. Sur les 1 810 propriétaires identifiés, 1 139 ont accepté de vendre ou de louer leur terrain, pour une surface totale de 624 hectares.

Les autorités y ont déjà transféré environ 230 000 m3 de sols contaminés à titre expérimental durant l’année 2016, soit environ 38 000 voyages en camions, et devrait y transporter le double en 2017. Elles estiment que le volume transféré sera compris entre 5 et 12,5 millions de mètres cubes en 2020, année des Jeux olympiques. cela fait entre 1 et 2 millions de transports par camion…

Pour la suite et le stockage définitif des déchets en dehors de Fukushima, c’est toujours aussi flou, même si tout doit être prêt pour 2045. Les autorités devraient présenter en 2018 leur stratégie de « recyclage » qui va consister à réutiliser les terres qui ont moins de 8 000 Bq/kg pour des travaux de construction. Cette solution inquiète tout le monde. Les experts consultés avaient émis des réserves, mais le ministère est passé outre. Même l’Autorité de Régulation Nucléaire a, en janvier 2017, émis des réserves et a demandé des garanties. Mais cette solution permettrait d’économiser 1 500 milliards de yens (11 milliards d’euros)… Les premiers essais ont débuté en février 2017.

Réouverture d’un tronçon de la ligne de train Jôban, entre Naraha et Tomioka

La ligne de chemin de fer Jôban, qui longe le littoral a été endommagée par le séisme de 2011, partiellement détruite par le tsunami et fortement contaminée, par endroits, par les rejets radioactifs de la centrale de Fukushima daï-ichi. Sa remise en service partielle, tronçons après tronçons, est un marqueur des efforts de reconstruction et c’est un symbole fortement médiatisé pour les politiques. A Minami-Sôma, la réouverture partielle de la ligne avait accompagné la levée de l’ordre d’évacuer en juillet 2016. Plus au Nord, la ligne a été surélevée dans les zones proches du littoral à cause des tsunamis, et a rouvert en décembre 2016.

C’est une nouvelle portion de cette ligne qui vient de rouvrir, entre la station Tatsuta à Naraha et Tomioka, où l’ordre d’évacué a été levé fin mars 2017. Cette nouvelle portion fait 6,9 km et il y a 11 aller-retours par jour.

Le littoral de Tomioka, détruit par le tsunami, est devenu, à proximité de la centrale de Fukushima daï-ni, un centre de gestion des déchets radioactifs issu de la décontamination des territoires, avec entreposage, tri, incinération et bétonnage des cendres (voir notre reportage en photos). La nouvelle ligne passe à proximité, comme on peut le voir dans les médias japonais. Voir, par exemple, cette photo reprise du Maïnichi :

Fukushima 311 Voices signale que cette photo a disparu de la version japonaise du Maïnichi sous la pression de lecteurs. Voir aussi les explications de Nos Voisins Lointains 3.11.

L’ancienne gare a été détruite par le tsunami :

gare_Tomioka

La nouvelle ligne passe au même endroit, sans être sur-élevée comme c’est le cas plus au Nord. Surélever le train tout en laissant les déchets en bas aurait paru trop ridicule ? Voir d’autres photos du Maïnichi.

Sur cette autre photo du Maïnichi, le train passe à proximité d’un des incinérateurs de déchets issus de la décontamination, qui est situé le long du littoral, dans la zone ravagée par le tsunami :

Comme nous l’avons déjà signalé, le taux de retour des habitants à Tomioka est très faible et la ligne sera peu usitée : fin août, seulement 200 habitants, sur 13 300 avant la catastrophe sont rentrés.

Après Tomioka, vers le Nord, il reste une portion de 21 km qui passe par les zones dites de « retour difficile » et pour laquelle la compagnie Japan Rail (JR) espère une réouverture avant la fin mars 2020, juste avant les jeux olympiques. En attendant, un service de bus fait la liaison.

Malversations liées à la décontamination

Trois hommes, dont un yakuza membre du célèbre Yamaguchi-gumi, ont été arrêtés car ils sont soupçonnés d’avoir fourni illégalement de la main d’œuvre sur les chantiers de décontamination. Ils nient les faits tous les trois.

Selon l’Asahi, le Yakuza et un chef d’entreprise de Kôriyama auraient fourni deux travailleurs à un sous-traitant des chantiers de décontamination à Tomioka entre janvier 2015 et mars 2016 et reçu 160 000 yens (1 230 euros) de commissions en échange. De plus, le Yakuza et un autre homme sans emploi de Saïtama auraient prélevé illégalement environ 920 000 yens (7 000 euros) sur les salaires de ces deux hommes. Ils retiraient entre 2 000 et 3 000 yens à la paie quotidienne de 16 000 yens (120 euros) des travailleurs et se les partageaient tous les trois.

Ces trois personnes sont aussi soupçonnées d’avoir perçu environ 10 millions de yens (environ 77 000 euros) sur le dos d’une dizaine d’autres travailleurs fournis au même sous-traitant.

Par ailleurs, comme nous l’avions déjà signalé, la compagnie Hazama Ando Corp. avait surfacturé ses travaux de décontamination aux communes d’Iwaki et Tamura. Deux employés de la compagnie viennent d’être mis en examen, sans être arrêtés. Ils auraient reconnu les faits.

Selon le Japan Times, il leur est reproché d’avoir surfacturé les frais d’hébergement de 41 millions de yens (351 000 euros) et d’avoir soumis à la commune de Tamura un rapport falsifié totalisant 200 millions de yens (1,5 millions d’euros) de dépenses sur des chantiers qui ont eu lieu entre juillet et août 2015. Ils auraient donc ainsi extorqué un total de 76 millions de yens (585 000 euros) à la commune. C’est plus que ce qui avait été annoncé en juin.

Il ne semble pas y avoir de poursuites relatives à l’escroquerie d’Iwaki.

La compagnie reconnaît le sérieux de l’affaire mais nie une implication systématique dans cette affaire. Quant à la commune de Tamura, elle essaye toujours de récupérer les sommes trop payées.

De nombreuses personnes restent déplacées 6 ans et demi après le tsunami

Alors que le 11 septembre marque les six ans et demi de la triple catastrophe, les médias japonais publient quelques données sur les personnes déplacées et le nombre de victimes. Les séisme et tsunami sont responsables de 18 440 décès et disparitions auxquels il faut ajouter 3 500 décès indirects survenus par la suite à cause des mauvaises conditions de vie ou des suicides.

Il y a encore plus de 20 000 personnes dans les logements provisoires dans les trois provinces les plus touchées : 8 142 à Iwaté, 7 148 à Miyagi et 6 210 à Fukushima. Certains propriétaires terriens où sont installés des logements préfabriqués aimerait récupérer leur terrain et s’impatientent. A l’inverse, certaines communes dévastées par le tsunami ont pris du retard dans la reconstruction sur des terrains élevés.

Les personnes qui bénéficient de logements du parc public devraient subir une forte hausse de leur loyer l’année prochaine car le gouvernement a prévu de baisser ses aides pour les bas revenus au bout de 6 années dans le logement et de les terminer au bout de 11 années. Par ailleurs, les foyers dont le logement a été détruit ont droit à 3 années à loyer modéré dans le parc public, quel que soit leur revenu. Beaucoup y sont entrés en 2013.

Par exemple, une victime du tsunami vivant à Sendaï, dont le seul revenu est une pension d’Etat, paye 5 600 yens de loyer mensuel dans le parc HLM pour un F2. Ce sera 18 200 yens au bout de 11 années. Le revenu du foyer doit être inférieur à 80 000 yens pour bénéficier d’une telle aide. Cela concernerait 3 321 foyers à Iwaté, 9 272 à Miyagi et 4 101 à Fukushima. Une pétition a été lancée pour obtenir une prolongation des aides financières car le traumatisme causé par la catastrophe continue à handicaper de nombreuses personnes.

Certaines familles, qui reçoivent un soutien de la commune, ne sont pas concernées par la fin de ces aides financières.

Selon une étude du Maïnichi, le taux de retour ou d’installation dans les zones où l’ordre d’évacuer a été levé en mars – avril dernier est de moins de 10% et près de 50% des personnes qui sont rentrées ont plus de 65 ans. La proportion de personnes âgée y est environ deux fois plus élevée qu’avant la catastrophe. Les plus jeunes ont refait leur vie ailleurs ou craignent de rentrer avec des enfants à cause des radiations.

Le quotidien a interrogé 9 communes où des ordres d’évacuer ont été levés au printemps dernier. En juillet – août, seulement 5 951 personnes dans 2 970 foyers étaient rentrées. Parmi elles, 2 929, ou 49,2%, ont plus de 65 ans. Avant la catastrophe nucléaire, un peu plus de 60 000 personnes vivaient dans ces zones et 27,4% avaient plus de 65 ans.

C’est à Kawauchi que le taux de personnes âgées de plus de 65 ans est le plus élevé, avec 71,3% et c’est à Naraha qu’il est le plus faible, avec 37%. Avant la catastrophe de Fukushima, le taux le plus élevé du pays était de 60,5% à Nanmoku, dans la province de Gunma. Désormais 3 communes de Fukushima battent ce record.

La taille moyenne des foyers dans ces zones est réduit à celle que l’on observe à Tôkyô : 2,02 personnes par foyer en 2015. C’était 3,04 avant la catastrophe.

Ces chiffres montrent que le nombre de personnes âgées isolées ou dépendantes va encore augmenter dans ces zones et cela représente un défi pour les pouvoirs publics qui font face à une pénurie d’employés. A Katsurao, seulement 5 des 94 pompiers volontaires sont rentrés.

A Futaba, commune presque entièrement classée en « zone de retour difficile », une petite partie vient y est classée de « centre de reconstruction » depuis le 15 septembre. Le but est de rouvrir en 2022, comme nous l’avons déjà rapporté. Le gouvernement compte sur le retour de 1 400 personnes d’ici 2027 et l’installation de 600 autres…

Selon un sondage rapporté par le Fukushima Minpo, plus de 70% des personnes qui habitent dans les 7 communes du district de Futaba disent craindre une récurrence de l’accident nucléaire et les déchets qui doivent être entreposés pour 30 ans sur 16 km2 autour de la centrale accidentée.

Futaba veut lever l’ordre d’évacuer dans une petite zone à partir de 2022

La commune de Futaba, où est située une partie de la centrale de Fukushima daï-ichi, est, à 96%, classée en zone de retour difficile, car l’exposition externe pouvait y dépasser 50 mSv par an. Les élus locaux espèrent une levée très partielle de l’ordre d’évacuer au printemps 2022. Il se sera passé onze années depuis l’évacuation. C’est la première des sept communes ayant un territoire classé en zone de retour difficile à présenter un calendrier.

La loi prévoit la création de centres de reconquête qui seront décontaminés en priorité afin d’y rétablir les premiers services. C’est à la commune de faire la proposition et c’est le gouvernement qui engagera les travaux. Le plan proposé par la municipalité consiste en une petite zone de 555 hectares au centre ville autour de la gare, qui représente 11% de la surface de la commune. Il est aussi question d’y construire de nouvelles habitations.

Le but est de ne plus être une ville fantôme, mais les travaux sont colossaux, comme on peut le voir sur ces images tournées par l’Asahi dans les zones de retour difficile où l’on voit comment la végétation a tout envahi. Les élus espèrent le retour de 2 000 personnes dans les cinq années qui suivront. Il se sera alors passé 16 années depuis l’ordre d’évacuer. Mais qui viendra y habiter ? Cette obstination de la reconquête est incompréhensible.

La commune espère aussi rouvrir en 2020 les 4% de son territoire qui ne sont pas classés en zone de retour difficile et où l’exposition externe était comprise entre 20 et 50 mSv par an. La ville y invitera des compagnies engagées à la centrale accidentée mais ne prévoit pas d’y installer des habitations.

Rappelons qu’une partie de la commune va aussi être transformée en centre d’entreposage des déchets issus de la décontamination, où ils devraient y rester officiellement 30 ans.

Nouvelle arnaque à la décontamination

Hazama Ando Corp., une compagnie de construction engagée dans des travaux de décontamination, a reconnu avoir demandé à une compagnie sous-traitante de surfacturer les travaux à Iwaki et Tamura. Le PDG a présenté ses excuses.

Le coût de l’hébergement et le nombre de personnels engagés dans le contrôle du rayonnement ambiant et les travaux de décontamination ont été surestimés. La compagnie a demandé 7 500 yens par nuit au lieu de 5 000 à Iwaki pour 15 000 personnes au lieu de 11 000. Iwaki aurait donc payé 53 millions de yens (427 000 euros) indus.

Pour Tamura, la nuit était facturée 5 500 yens au lieu de 5 000 et le nombre de travailleurs déclarés 10 000 au lieu de 5 600. La commune aurait donc payé 27 millions de yens (soit 218 000 euros) indus.

C’est une enquête interne à la compagnie qui aurait conduit à la découverte qu’un de ses employés aurait ordonné à une compagnie sous-traitante de surfacturer les frais d’hébergement.