Chiffres clés pour le septième anniversaire

A l’approche du septième anniversaire de la catastrophe nucléaire à la centrale de Fukushima, voici quelques chiffres clé tels qu’ils apparaissent dans les médias et les sites officiels. Cet article sera mis à jour au fur et à mesure de leur apparition.

Les chiffres clés publiés à l’occasion du sixième anniversaire sont ici.

Situation des réacteurs

Les travaux visent essentiellement à sécuriser les réacteurs accidentés qui sont encore menaçants. A proximité, les débits de dose sont tels que le temps de séjour doit être très limité, ce qui complique les travaux.

Réacteur n°4

La cuve était vide le 11 mars 2011 et il n’y a pas eu de fusion du cœur, mais une explosion hydrogène a détruit le bâtiment réacteur. Depuis décembre 2014, la piscine de combustible du réacteur a été vidée et les travaux sont arrêtés car il n’est plus menaçant.

Les quelques débits de dose disponibles à l’intérieur du bâtiment réacteur sont ici exprimés en mSv/h, sachant que les limites sont en mSv/an. Ils datent de 2016.

Réacteur n°3

Il y a eu une fusion du cœur et une explosion hydrogène a détruit le bâtiment réacteur. Tous les débris de la partie haute ont été retirés à l’aide d’engins télécommandés. Un nouveau bâtiment en en cours de finition. Le retrait des combustibles devrait débuter cette année et se terminer en 2019.

Les premières images prises à l’intérieur de l’enceinte de confinement ont conduit à réviser le scénario de fusion du cœur.

Les quelques débits de dose disponibles à l’intérieur du bâtiment réacteur sont ici exprimés en mSv/h, sachant que les limites sont en mSv/an. Ils datent de 2016.

Il y aurait entre 188 et 394 tonnes de corium dans ce réacteur, avec une valeur nominale à 364 tonnes pour le réacteur n°3. Ce dernier contient du combustible MOx, à base de plutonium. Pour en savoir plus.

Réacteur n°2

Il y a eu fusion du cœur, mais le bâtiment réacteur est entier. TEPCo n’a pas commencé à retirer les combustibles usés de la piscine. La compagnie a envoyé plusieurs robots dans l’enceinte de confinement afin de localiser le corium, ce mélange de combustible fondu et de débris.

Plusieurs séries d’images ont été mises en ligne par la compagnie. Celles prises en janvier 2017 ont été analysées et remises en ligne en décembre 2017. On y voit un trou béant juste sous la cuve, fort probablement dû au passage du combustible fondu. Celles obtenues en janvier 2018 au fond de l’enceinte montrent ce que TEPCo pense être du corium et des fragments d’assemblage de combustible.

Les débits de dose à l’intérieur de l’enceinte de confinement sont létaux en quelques minutes. Les derniers résultats publiés suite à l’exploration de janvier 2018 sont assez surprenant : pas plus élevés à proximité de ce que TEPCo pense être du corium, mais plus élevés à l’extérieur.

Les quelques débits de dose disponibles à l’intérieur du bâtiment réacteur sont ici exprimés en mSv/h, sachant que les limites sont en mSv/an. Ils datent de 2016.

Il y aurait entre 189 et 390 tonnes de corium dans ce réacteur, avec une valeur nominale à 237 tonnes. Pour en savoir plus.

Réacteur n°1

Il y a eu une fusion du cœur et une explosion hydrogène a détruit le bâtiment réacteur. Ce bâtiment avait été recouvert d’une nouvelle structure en 2011, qui a été entièrement démantelée en novembre 2016. TEPCo a commencé à retirer les débris de la partie haute du réacteur, pour, ensuite, reconstruire une nouvelle structure afin de vider la piscine de combustibles.

Les débits de dose à l’intérieur du bâtiment réacteur sont ici exprimés en mSv/h, sachant que les limites sont en mSv/an. Ils datent de 2016.

Il y aurait entre 232 et 357 tonnes de corium dans ce réacteur, avec une valeur nominale à 279 tonnes. Pour en savoir plus.

Réacteurs 5 et 6

Les réacteurs 5 et 6 étaient partiellement déchargés le 11 mars 2011 et un générateur diesel de secours était encore fonctionnel, ce qui a permis d’éviter la fusion du cœur. Ces réacteurs sont maintenant entièrement déchargés et vont être démantelés.

Contamination de la centrale

Les derniers débits de dose sur le site de la centrale publiés par TEPCo datent de février 2017 :

L’eau souterraine reste aussi contaminée. Chiffres à venir.

Eau contaminée

Le combustible qui a fondu et percé les cuves doit toujours être refroidi. A cette fin, TEPCo injecte 72 m3 d’eau par jour dans chacun des réacteurs 1, 2 et 3 à cette fin (source). Cela fait un total de 216 m3/j. Cette eau se contamine fortement au contact du combustible fondu et s’infiltre dans les sous-sols des bâtiments réacteur et turbine où elle se mélange à l’eau des nappes phréatiques qui s’y infiltre.

Au début de la catastrophe, les infiltrations s’élevaient à environ 400 m3 par jour, qui se contaminaient et qu’il fallait entreposer dans des cuves. Inversement, l’eau des sous-sols, fortement contaminée, fuyaient vers la nappe puis l’océan.

Pour réduire les infiltrations d’eau souterraine, TEPCo pompe en amont des réacteurs, avant que cette eau soit contaminée et la rejette directement dans l’océan. Elle a aussi construit une barrière tout le long du littoral et pompe les nappes phréatiques au pied des réacteurs. Une partie de cette est partiellement décontaminée et rejetée dans l’océan. Une autre partie, trop contaminée, est mélangée à l’eau pompée dans les sous-sols des réacteurs pour être mise dans des cuves après traitement, en attendant une meilleure solution.

La dernière barrière mise en place est le gel du sol tout autour des 4 réacteurs accidentés, sur 1,4 km dans le but de stopper les infiltrations. Après de nombreux déboires, le gel est terminé depuis novembre 2017, mais l’effet reste limité. Même l’Autorité de Régulation Nucléaire, la NRA, doute sérieusement de l’efficacité de cette technique qu’elle considère désormais comme secondaire.

Il y a un an, lors de notre précédent bilan, TEPCO pompait quotidiennement 135 m3 d’eau contaminée dans les sous-sols des bâtiments réacteurs et turbine, en plus de celle qu’elle injectait pour le refroidissement et 62 m3 des nappes phréatiques, ce qui faisait un total de 197 m3 qui s’accumulaient quotidiennement dans des cuves après traitement (source). C’est plus en cas de pluie, voire beaucoup plus lors des typhons.

Maintenant que le gel du sol est terminé, ces flux se sont réduits. Selon le dernier bilan publié par la compagnie, 75 m3 d’eau souterraine s’infiltrent quotidiennement dans les sous-sols des réacteurs auxquels il faut ajouter 15 m3 par d’eau souterraine pompée trop contaminée pour être traitée directement avant rejet en mer. Cela fait donc un total de 90 m3 par jour. Ces valeurs correspondent à une semaine sans pluie. En cas de fortes précipitations, c’est beaucoup plus, même si TEPCo a asphalté et bétonné tous les sols afin de limiter les infiltrations (source).

L’eau pompée dans les sous-sols est traitée puis entreposée dans des cuves sur le site de la centrale. TEPCo retire 62 radioéléments, mais il reste notamment le tritium, de l’hydrogène radioactif, qu’il est difficile de séparer. La compagnie annonce avoir déjà traité 1 891 070 m3 d’eau contaminée, ce qui a généré 9 219 m3 de déchets liquides très radioactifs et 597 m3 de boues radioactives. Une partie de cette est utilisée pour le refroidissement et le reste est stocké dans des cuves. Selon la compagnie, le stock d’eau traitée ou partiellement traitée s’élève à 1 037 148 m3 auxquels il faut ajouter 35 010 m3 d’eau dans les sous-sols des bâtiments réacteur et turbine (source). Il y a près d’un millier de cuves pour garder cette eau qui occupent presque tout le site de la centrale.

Que faire de cette eau traitée ? Après avoir envisagé plusieurs pistes peu réalistes, il ne reste que le rejet en mer. La concentration en tritium serait d’un à cinq millions de becquerels par litre, ce qui est plus que la limite autorisée, fixée à 60 000 Bq/L. Mais, il suffit de diluer, comme cela est fait en fonctionnement normal. Le problème est plutôt du côté du stock total, estimé à 3,4 PBq (3,4 milliards de millions de becquerels), ce qui représente de l’ordre de 150 années de rejet à la limite autorisée.

A titre de comparaison, l’autorisation de rejet en mer de l’usine Areva de La Hague est, pour le tritium, de 18,5 PBq et les rejets effectifs de ces dernières années variaient entre 11,6 et 13,4 PBq par an. Le stock de tritium de Fukushima représente donc 3 mois et demi de rejets à La Hague. De quoi rendre jalouses les autorités japonaises !

En revanche, on ne connait pas la concentration des autres radioéléments après filtrage. filtrés. C’est pourtant important pour faire une étude d’impact avant rejet. Toyoshi Fuketa, le président de l’Autorité de Régulation Nucléaire, a demandé à ce qu’une décision soit prise cette année, en précisant que le rejet en mer est la seule solution. La préparation du rejet devrait prendre deux à trois ans, selon lui, et TEPCo va rapidement manquer de place (source).

Travailleurs

A la centrale nucléaire de Fukushima daï-ichi

Du 11 mars 2011 au 31 mars 2016, 46 956 travailleurs ont été exposés aux rayonnements ionisants sur le site de la centrale accidentée de Fukushima daï-ichi, dont 42 244 sous-traitants. Ce sont les sous-traitants qui prennent les doses les plus élevées, avec une moyenne qui varie de 0,51 à 0,56 mSv par mois entre Janvier et Février 2016. C’est entre 0,18 et 0,22 pour les salariés de TEPCo.

Il y a aussi 1 203 personnes qui ont une limite plus élevée pour pouvoir continuer à pénétrer sur le site. Leur dose moyenne cumulée depuis le début de l’accident est de 36,49 mSv et la valeur maximale de 102,69 mSv.

• Le 1er avril 2016, TEPCo a remis tous les compteurs à zéro. Ainsi, 174 travailleurs qui avaient dépassé la limite de dose de 100 mSv sur 5 ans peuvent revenir. Depuis cette date, jusqu’au 31 décembre 2017, 18 348 personnes ont travaillé en zone contrôlée, dont 16 456 sous-traitants (90%). Impossible de savoir combien d’entre eux ont déjà été exposés lors des cinq premières années. Durant cette période, les sous-traitants ont pris une dose moyenne cumulée de 4,29 mSv, avec un maximum à 60,36 mSv, alors que les employés de TEPCo ont pris une dose moyenne cumulée de 1,79 mSv avec un maximum à 22,85 mSv. Les sous-traitants ont ainsi pris 95,4% de la dose collective cumulée qui est de 74 hommes.sieverts (source).

TEPCo a mis en ligne de nombreuses autres données sur les doses prises, avec des répartitions par âge, année… Lien direct vers la page en anglais.

Sur les chantiers de décontamination

Dans les zones évacuées, c’est le gouvernement qui est maître d’œuvre des chantiers de décontamination et dans les zones non évacuées, ce sont les communes. Le bilan mensuel du ministère de l’environnement (source, page 16) fait état de :

  • 13 millions de décontamineurs dans les zones évacuées et
  • 17 millions de décontamineurs dans les zones non évacuées selon les données transmises par les communes.

Ces chiffres sont complètement irréalistes. Il s’agit probablement du nombre de contrats signés. Ce qui signifie que les autorités ne connaissent pas le nombre de décontamineurs et qu’elles ne connaissent donc pas les doses individuelles.

Un suivi dosimétrique individuel a été introduit en novembre 2013 pour les décontamineurs (source en japonais) qui travaillent en zone évacuée et qui sont soumis aux mêmes limites de dose que les travailleurs du nucléaire (explications en anglais). Les données pour l’année 2016 font état de 36 000 décontamineurs. On est loin des millions de décontamineurs rapportés par le ministère de l’environnement. La majorité d’entre eux (87%) a reçu une dose inférieure à 1 mSv/an et la dose la plus élevée est comprise en 7,5 et 10 mSv. Il y a aussi des données par nombre de chantiers ou par zone.

Les données les plus récentes en anglais, datées du 8 janvier 2018, concernent la période octobre 2016 – septembre 2017. Les doses sont rapportées par période de 3 mois alors que les limites sont annuelles. Il est donc difficile d’interpréter ces chiffres. S’il apparaît que la très grande majorité des décontamineurs ont reçu moins de 1 mSv sur 3 mois, on ne sait pas combien sont sous cette limite sur un an. La dose moyenne annuelle est, quant à elle, de 0,5 mSv.

Autres personnes exposées

Je n’ai pas trouvé de données officielles quant aux doses prises par les personnes qui ont continué à travailler en zone évacuée ou les nombreux policiers qui gardent les accès aux zones interdites et y patrouillent.

Cartographie de la pollution radioactive

• La dernière cartographie aérienne de la pollution radioactive autour de la centrale accidentée de Fukushima daï-ichi date de novembre 2016 et est disponible en ligne sur le site dédié.

Les environs immédiats de la centrale nucléaire n’ont pas été recontrôlés, semble-t-il.

Décontamination

La décontamination des zones évacuées est sous la responsabilité du gouvernement. Ailleurs, là où l’exposition externe pouvait dépasser 1 mSv/an, ce sont les communes qui doivent s’en occuper. Voir le dernier bilan publié par le ministère de l’environnement.

Dans la zone évacuée, la décontamination est terminée, sauf dans la partie classée en « zone de retour difficile » où l’exposition externe pouvait dépasser 50 mSv/an. La décontamination n’a eu lieu que dans les zones habitées et agricole, pas dans les forêts. Le ministère annonce 22 000 habitations décontaminées, 1 600 ha de routes, rues, voies…, 8 500 ha de terrains agricoles et 5 800 ha de forêt à proximité des zones résidentielles.

Dans les zones non évacuées, 104 communes étaient initialement concernées, à Fukushima, Iwaté, Miyagi, Ibaraki, Tochigi, Gunma, Saïtama et Chiba et c’est passé à 92 par la simple décroissance radioactive. Les travaux de décontamination sont terminés dans 89 d’entre elles et restent à faire dans 3 autres. Le ministère annonce 418 582 habitations décontaminées à Fukushima et 147 656 dans les autres provinces, 11 958 équipements publics à Fukushima et 11 803 dans les autres provinces. Il est aussi question de 18 403 km de routes, rues, voies à Fukushima et 5 399 dans les autres provinces, 31 043 ha de terrains agricoles à Fukushima et 1 588 ha dans les autres provinces.

Pour les zones dites de retour difficile, le gouvernement va décontaminer un centre à Futaba et Ôkuma afin de pouvoir affirmer qu’il n’a abandonné aucune commune. La fin des travaux est prévue pour 2022. Qui va revenir après 11 années d’évacuation ? Ces travaux en zone très contaminée vont engendrer une exposition des décontamineurs aux rayonnements ionisants. Comme il n’y a pas de seuil d’innocuité, le premier principe de la radioprotection impose la justification de ces expositions et cela n’a pas été fait.

Le ministère de l’environnement a budgété 2 600 milliards de yens (20 milliards d’euros) jusqu’en 2016 pour financer les travaux de décontamination. La moitié est pour les zones évacuées, sans prendre en compte la zone dite de retour difficile et l’autre moitié pour les zones non évacuées.

Déchets radioactifs issus de la décontamination

Voir notre reportage de l’été 2016 sur le problème des déchets issus de la décontamination. Les déchets organiques sont incinérés et les cendres doivent être stockés comme des déchets industriels. Les sols, quant à eux, doivent être entreposés pour 30 ans sur un site de 16 km2 autour de la centrale de Fukushima daï-ichi, le temps de trouver une solution définitive.

• Selon le ministère de l’environnement (source), la décontamination des zones évacuées a engendré 8 400 000 m3 de déchets contenant des sols radioactifs auxquels s’ajoutent environ  7 200 000 m3 dans les zones non évacuées (6 800 000 m3 à Fukushima et 400 000 m3 dans les autres provinces concernées).

• En ce qui concerne le site d’entreposage des sols contaminés de 16 km2 (1 600 hectares) d’une capacité de 22 millions de mètres cubes, le gouvernement n’a réussi à louer ou acheter que 48,4% de la surface, sachant que 21% des terrains appartenaient déjà au gouvernement ou aux communes (source). C’était 18% il y a un an (source).

Ce site n’accueillera que les déchets de Fukushima. Le ministère annonce avoir transféré 404 773 sacs d’un mètre cube environ sur ce site en 2017. On est encore loin des millions de mètres cubes, mais cela a nécessité 67 146 transports en camion. Et il faudra autant de transports pour les reprendre dans 30 ans… Le volume total entreposé pour le moment est de 633 889 m3.

Pour en savoir plus sur ce site d’entreposage.

• Pour les déchets radioactifs des autres provinces, les autorités privilégient l’enfouissement même si elles peinent à trouver des sites (source).

• En attendant, il y a des déchets partout, à perte de vue. Voir les photos de l’ACRO et les vidéos de Greenpeace.

Zones évacuées

• Les derniers ordres d’évacuer ont été levés au 1er avril 2017 et il reste surtout les zones dites de retour difficile où l’accès est interdit.

Coût de la catastrophe

Les chiffres officiels relatifs au coût de la catastrophe ont été revus à la hausse en décembre 2016 pour atteindre 21 500 milliards de yens (175 milliards d’euros) et n’ont pas changé depuis. Cela inclut le démantèlement des réacteurs de Fukushima daï-ichi, à hauteur de 8 000 milliards de yens (65 milliards d’euros), 7 900 milliards de yens (64 milliards d’euros) pour les indemnisations, près de 4 000 milliards de yens (32,5 milliards d’euros) pour la décontamination et 1 600 milliards de yens (13 milliards d’euros) pour le centre d’entreposage temporaire des déchets radioactifs. Pour en savoir plus.

Cette somme ne comprend pas le coût du stockage des déchets issus du démantèlement de la centrale accidentée ni la création d’un îlot décontaminé dans les zones dites « de retour difficile » dont le seul but est la non disparition des villages concernés.

La facture de la catastrophe nucléaire pourrait être de 50 000 à 70 000 milliards de yens (420 à 580 milliards d’euros), ce qui est 3 fois plus élevé que l’estimation gouvernementale, selon une étude du Japan Center for Economic Research (source).

TEPCo a déjà reçu un total de 8 032,1 milliards de yens (59,5 milliards d’euros au cours actuel) d’avance pour les indemnisations. Cet argent est prêté sans intérêt (source).

Le gouvernement détient toujours 50,1% des parts de TEPCo.

Les déchets radioactifs issus de la décontamination vont être enterrés

La gestion des déchets radioactifs issus de la décontamination est un casse-tête pour les autorités japonaises. A Fukushima, les sols radioactifs vont être entreposés pour 30 ans tout autour de la centrale accidentée, sur 16 km2, en attendant de trouver mieux. En dehors de la province de Fukushima, les autorités sont à la recherche de sites définitifs.

Dans la province voisine d’Ibaraki, 2 500 m3 de terres contaminées vont être enterrées sur le site nucléaire de Tôkaï-mura. Et à Tochigi, 350 m3 vont aussi être enterrés à titre expérimental sous un terrain de sport. Les autorités vont ensuite faire des mesures tout autour et publier les résultats à l’automne.

En dehors de Fukushima, il y a un total de 330 000 m3 de sols contaminés répartis sur environ 28 000 sites, dont des parcs et des cours d’école.

Quelle surveillance à long terme est-elle prévue ? Quelles actions pour garder la mémoire des nombreux sites de stockage qui pourraient résulter de cette politique ?

Quand la NRA discute de l’avenir des territoires contaminés, elle propose de changer les normes pour faciliter la reconstruction

L’autorité de régulation nucléaire a étudié la situation dans les zones dites de retour difficile et le verbatim est en ligne en japonais uniquement. Les discussions, aussi disponibles en vidéo, s’apparentent à une conversation de pause café. Voir la page de la réunion.

Les experts commencent à regarder une carte de la contamination basée sur des relevés effectués à partir d’une voiture et à pied. Quelques points chauds en bord de route sont pris en compte et sont représentés par des triangles. La valeur la plus élevée atteint 8,48 µSv/h à Futaba, ce qui est très élevé. Que la NRA se contente de quelques relevés alors qu’il y a de nombreux autres résultats de mesure disponibles est pour le moins surprenant. Presque sept années depuis le début de cette catastrophe, il n’existe aucune synthèse officielle de toutes les données de la contamination qui intègrerait les mesures citoyennes au plus proche des préoccupations des populations. A noter qu’un réseau de laboratoires indépendants auquel appartient Chikurin, le laboratoire fondé avec le soutien de l’ACRO, a sa base de données commune.

Se contenter de quelques relevés effectués le long des routes et rues n’est pas suffisant : quid des terrains agricoles, jardins, aires de jeu… La variété des situations et des expositions éventuelles doit être évaluée sérieusement avec les personnes potentiellement concernées.

Comme les niveaux de pollution restent élevés et que la décontamination est peu efficace, certains commissaires de la NRA proposent de revoir le calcul de dose. Comme nous l’avons expliqué dans un article dédié, les normes internationales sont en sievert par an, et la mesure sur le terrain est en sievert par heure. Pour passer de l’un à l’autre, il faut considérer un budget temps. Le modèle fixé au début de l’accident pour effectuer le calcul entre les deux suppose que les résidents passent 8 heures par jour à l’extérieur et qu’à l’intérieur, le débit de dose est réduit de 60%. Ainsi, la limite de dose en situation normale, fixée au niveau international à 1 millisievert (mSv) par an correspond ainsi à un débit de dose moyen de 0,23 microsievert (µSv) par heure. Ce calcul est certes conservateur, mais la limite de 1 mSv n’est pas une limite d’innocuité, mais une limite à ne pas franchir. Il faut rester bien en dessous. Viser 1 mSv/an avec un calcul conservateur permet de s’assurer  que les doses réellement reçues seront bien inférieures.

Des commissaires veulent remettre en cause ce calcul sous le prétexte que les personnes équipées de dosimètres ont enregistré des doses à 15% de celles obtenues par calcul. Et donc on peut accepter un débit de dose plus élevé. Là encore, cette affirmation ne repose sur aucune étude sérieuse : il s’agit d’un chiffre moyen et l’on doit protéger tout le monde. Les tests ont été effectués sur des personnes volontaires qui font attention à leur exposition, d’autant plus que leur dose est enregistrée et surveillée. Rien ne permet d’affirmer que toute la population se comportera de la même façon. Enfin, comme nous l’avons expliqué dans le rapport pour les 5 ans de la catastrophe les dosimètres et les radiamètres de terrain ne mesurent pas la même chose. Il y a 30 à 40% d’écart entre les deux. Et cela n’avait jamais été expliqué aux personnes concernées, comme nous l’avions révélé en janvier 2015, ce qui avait déplu à l’IRSN.

Le seul problème pour ces commissaires, qui proposent de passer à 0,8 voir 1 µSv/h au lieu de 0,23 µSv/h, c’est l’acceptabilité sociale du changement de méthode de calcul ! Avec aussi peu de sérieux dans l’évaluation et l’argumentation, pas étonnant que le public n’ait pas confiance.

Cette volonté de changer de thermomètre est un aveu d’échec. Ce qu’il y a d’inquiétant dans cette histoire, c’est que la NRA soit plus préoccupée par la reconstruction que par la protection des populations concernées. Jamais, il n’est question des enfants qui sont plus sensibles aux radiations par exemple.

Rappelons que la limite de 1 mSv/an est un objectif à long terme, sans calendrier précis, fixé par les autorités japonaises et que la politique de retour est basée sur une limite 20 fois plus élevée, qui correspond à la valeur haute des recommandations de la CIPR relatives à ce qui est généralement nommé « une situation existante », à savoir une pollution difficile à réduire. 20 mSv se traduisent par une limite de 3,8 microsieverts par heure (µSv/h) par la même méthode de calcul.

L’enjeu de la proposition de la NRA concerne donc la limite pratique à très long terme. Dit autrement, cela signifie accélérer la fin de la catastrophe en changeant la limite acceptable ou réduire les exigences en terme de décontramination. Selon nos informations, ce sujet est à l’ordre du jour du prochain « National Radiation Council » du MEXT, à savoir le ministère en charge des sciences et technologies.

Il y a fort à parier qu’une fois le calcul changé, il va être appliqué à la limite haute de 3,8 µSv/h qui ne fera pas plus 20 mSv/h, mais peut-être 5 mSv/an. Ainsi les autorités auront réduit la limite apparente pour le retour des populations sans rien changer sur place par une simple modification des règles de calcul !

Début des travaux de démolition et de décontamination à Futaba en zone très contaminée

Les communes de Futaba et d’Ôkuma, sur lesquelles est implantée la centrale accidentée de Fukushima daï-ichi, sont les plus touchées par les retombées radioactives. Elles sont presque entièrement classées en zone dite de retour difficile. Mais, les autorités japonaises ne veulent pas accepter leur disparition et vont y créer un petit centre qui devrait ouvrir en 2022 dans chacune de ces communes.

Les travaux de démolition des maison abandonnées depuis bientôt 7 ans et de décontamination viennent d’être lancés à Futaba. Il est prévu de détruire 55 habitations et immeubles et de décontaminer sur 7 hectares seulement pour cette première phase qui doit durer jusqu’en juillet.

Mis à part quelques tests, ce sont les premiers travaux en zone dite de retour difficile.

Des déchets radioactifs à perte de vue

Le vaste chantier de décontamination à Fukushima engendre une énorme quantité de déchets radioactifs. Les autorités en attendent 22 millions de mètres cubes après incinération des déchets organiques (voir le dernier bilan officiel). D’ici 2021, 15,2 millions de mètres cubes devraient être entreposés « provisoirement » sur un site de 16 km2 qui entoure la centrale accidentée, sur les communes d’Ôkuma et Futaba. En attendant, ces déchets s’entassent un peu partout, parfois à perte de vue.

Nous avons publié, il y a un peu plus d’un an, un reportage sur toute la chaîne de gestion de ces déchets, avec des photos et des vidéos. Greenpeace Japon vient de mettre en ligne des images de ces déchets vus du ciel :

Greenpeace Allemagne aussi si vous préférez l’Allemand :

Une note en anglais de Greenpeace fait aussi le point sur les déchets radioactifs.

La décontamination, presque terminée officiellement, sauf dans les zones dites de « retour difficile », ne concerne que les zones habitées qui deviennent des oasis au milieu des montagnes et des forêts qui couvrent 75% du territoire de la province de Fukushima. La décontamination de petites zones dans les territoires les plus contaminés est prévue pour ne pas rayer de la carte deux communes, même si les habitants ne rentreront pas. L’obstination de la reconquête, jusqu’à l’absurde.

Nouveau calendrier pour l’entreposage des déchets

Selon le Fukushima Minpo, le ministre de l’environnement a rencontré les conseils municipaux d’Ôkuma et Futaba, le 21 novembre dernier, pour leur faire part du nouveau calendrier pour l’entreposage des déchets issus de la décontamination sur le territoire de leur commune. Le volume de déchets qui devraient y être transportés est estimé à 15,2 millions de mètres cubes.

Le rythme prévu, qui dépend surtout de l’acquisition des terrains pour l’entreposage, est de 1,8 millions de mètres cubes en 2018, 4 en 2019 et 6 en 2020, ce qui fait un total de 12,5 millions de mètres cubes si l’on compte les déchets qui y sont déjà. Le ministre espère que le transport des déchets sera terminé en 2021.

Mais les travaux de décontamination se poursuivent par endroit et n’ont pas commencé dans la zone dite de retour difficile. Le volume total de déchets devrait donc augmenter. Par ailleurs, dans son dernier bilan mis en ligne, qui n’a pas beaucoup évolué depuis le bilan précédent, le ministère de l’environnement signale qu’il n’a signé de contrat que pour 654 hectares, soit 40% des terrains privés.

Le quotidien régional ne rapporte aucun propos du ministre quant à l’avenir de ce site d’entreposage et à la reprise promise des déchets au bout de 30 ans.

Le Haut Commissariat pour les Droits de l’Homme de l’ONU s’intéresse aux victimes de la catastrophe de Fukushima

Le Haut Commissariat pour les Droits de l’Homme de l’ONU s’est intéressé au Japon. Concernant les victimes de la catastrophe nucléaire à la centrale de Fukushima daï-ichi (il faut cliquer sur F pour accéder aux documents en français), il note :

Le Comité des droits économiques, sociaux et culturels a constaté avec inquiétude qu’il n’avait pas été suffisamment pourvu aux besoins particuliers des groupes défavorisés et vulnérables pendant la phase d’évacuation et au cours des travaux de relèvement et de reconstruction qui ont suivi le grave séisme qui a frappé l’est du Japon et l’accident nucléaire de Fukushima. Il a recommandé au Japon d’adopter une approche fondée sur les droits de l’homme en ce qui concernait les interventions en cas de catastrophe, l’atténuation des risques et les opérations de reconstruction […].

Le Rapporteur spécial sur le droit à la santé a recommandé au Japon de rendre publiques les informations relatives aux catastrophes dès que celles-ci se produisaient et de veiller à la participation effective et sans exclusive de la population aux processus de prise de décisions concernant les politiques et le cadre réglementaire en matière d’énergie nucléaire.

Plusieurs organisations sont intervenues auprès du Haut Commissariat :

IUVENTUM relève que l’état d’urgence décrété à la suite de l’accident de la centrale nucléaire de Fukushima-Daiichi, en vigueur depuis mars 2011, autorise le Gouvernement à fixer les normes de sécurité. Si d’importants efforts de décontamination ont été faits, de nombreux lieux n’en ont pas bénéficié, ce qui fait que certains lieux décontaminés risquent d’être à nouveau contaminés. Alors qu’un rapport récent montre que le taux de radioactivité dans l’air est plus élevé à Fukushima qu’ailleurs, le Gouvernement renvoie les personnes qui avaient été évacuées dans les zones contaminées où la radiation est supérieure à 1 mSv/an. Greenpeace recommande au Japon de diffuser des informations exactes et aisément accessibles au sujet de la radiation et des niveaux de risque et de réduire le niveau annuel acceptable d’exposition supplémentaire dans les zones touchées par l’accident à un maximum de 1 mSv/an, ce qui correspondrait à la norme internationale.

Et d’ajouter :

IUVENTUM demande instamment au Japon de maintenir son aide financière aux évacués volontaires de la catastrophe de Fukushima. Greenpeace note avec préoccupation que la catastrophes a des conséquences psychologiques d’une grande ampleur et potentiellement fatales, en particulier pour les femmes et les filles, qui sont en outre, du fait de leur vulnérabilité face aux effets des radiations sur la santé, particulièrement pénalisées aux plans économique et politique par les politiques de reconstruction actuelles. HRN est préoccupé par la situation des enfants diagnostiqués comme souffrant d’un cancer de la thyroïde, ou dont on pense qu’ils en sont atteints, et invite instamment le Japon à améliorer la surveillance sanitaire et les services de santé.

HRN est l’organisation Human Rights Now basée à Tôkyô : sa contribution est ici en anglais. IUVENTUM est une organisation allemande. Enfin, la contribution de Greenpeace est accessible depuis ce communiqué en anglais.

Dans son rapport, le Japon n’est guère prolixe sur la situation des personnes déplacées par la catastrophe nucléaire :

Le Gouvernement offre aussi une aide technique et financière à la préfecture de Fukushima. Il a ainsi versé une subvention de 78,2 milliards de yen au Fonds pour la santé des habitants de Fukushima mis sur pied par la préfecture pour aider la population à prendre en charge leur santé à moyen et à long terme.

Selon Greenpeace, présente sur place à Genève, plusieurs pays sont intervenus en séance pour soutenir les victimes de la catastrophe nucléaire. Les diverses parties préparent actuellement des documents pour se répondre mutuellement. A suivre…

Le Japon veut rouvrir le centre d’Ôkuma en 2022

La ville d’Ôkuma, dans laquelle il y a une partie de la centrale de Fukushima daï-ichi, est classée en zone de retour difficile. Mais, le gouvernement, qui veut reconquérir tous les territoires à tout prix, veut autoriser le retour des habitants dans le centre de la commune, à partir de 2022, comme pour la commune voisine de Futaba.

860 hectares, situés à environ 4 km de la centrale accidentée, vont être décontaminés. Cela représente à peine 18% de la surface des territoires classés en zone de retour difficile à Ôkuma. Le gouvernement compte sur le retour de 1 500 personnes et l’installation d’un millier de travailleurs du nucléaire engagés dans le démantèlement. Il espère aussi 130 agriculteurs.

Ces chiffres sont complètement fantaisistes. Il est peu probable que 1 500 personnes retournent à Ôkuma plus de 10 ans après la catastrophe nucléaire. Quant aux travailleurs, après avoir été exposés à la radioactivité sur leur lieu de travail, ils seront encore exposés sur leur lieu de résidence, sans que cela soit pris en compte.

3ième livre blanc de l’UNSCEAR sur Fukushima

L’UNSCEAR, qui est le Comité scientifique des Nations Unies sur les effets des radiations, vient de publier son troisième livre blanc sur la catastrophe de Fukushima.

Il s’agit essentiellement d’une revue de la littérature scientifique dans des revues à comité de lecture à partir de la sélection de quelques articles. Les choix sous-jacents à la sélection des articles n’est pas expliquée et c’est forcément une source de biais scientifique dans les conclusions du rapport. Par ailleurs, ce livre blanc ignore toutes les mesures et les études faites par des laboratoires citoyens.

Il note, cependant une absence d’évaluation scientifique de la décontamination. Il est temps de se poser la question, maintenant que c’est presque terminé, à l’exclusion des zones qualifiées de « retour difficile ».

Autrement, ce rapport n’apporte pas grand chose.

Ouverture du centre d’entreposage des déchets radioactifs sans solution pérenne

Le vaste chantier de décontamination du Japon devrait engendrer environ 22 millions de mètres cubes de déchets radioactifs après incinération des déchets organiques. Voir notre reportage de 2016 sur le sujet. Ces déchets doivent être entreposés temporairement sur un centre de 16 km2 tout autour de la centrale de Fukushima daï-ichi en attendant de leur trouver une solution pérenne.

Alors que les travaux de décontamination sont presque terminés, sauf dans les zones dites de « retour difficile », le ministère de l’environnement vient d’ouvrir officiellement l’ « Installation d’entreposage provisoire ». Légalement, ces déchets ne doivent y rester que 30 ans, mais les habitants des deux communes concernées, Futaba et Ôkuma, n’y croient pas et pensent que cela va devenir un centre de stockage définitif. Le coût de ce centre est estimé à 1 100 milliards de yens (8,5 milliards d’euros).

Selon le dernier bilan officiel relatif à la décontamination et aux déchets engendrés, daté d’octobre 2017, les travaux de décontamination sont terminés dans la zone évacuée, sauf pour la partie dite de retour difficile. C’est le gouvernement qui était directement en charge des travaux dans ce qu’il a appelé en anglais la Special Decontamination Area (SDA). Voir la carte officielle :

Le gouvernement a provisionné environ 1 300 milliards de yens (10 milliards d’euros) pour la décontamination de cette zone qui a impliqué 13 millions de travailleurs et engendré 8,4 millions de mètres cubes de sols contaminés à stocker auxquels s’ajoutent les autres déchets.

Ailleurs, dans les zones non évacuées que le Japon a qualifié en anglais d’Intensive Contamination Survey Area (ICSA), ce sont les communes qui avaient la charge des travaux. La décontamination n’y est pas encore terminée, mais les chiffres sont tout aussi pharaoniques : 17 millions de travailleurs et 7,2 millions de mètres cubes de sols contaminés à gérer, dont 6,8 viennent de Fukushima, pour un coût total d’environ 1 700 milliards de yens (13 milliards d’euros). Sur les 92 communes concernées, 84 ont terminé les travaux de décontamination. Ils sont terminés dans toutes les provinces, sauf à Fukushima, où ils sont terminés à 90%. Seules 8 communes sont encore concernées. Voir la carte officielle :

On arrive à un total de 30 millions de travailleurs, ce qui paraît peu plausible, même s’il y a les mêmes chiffres sur ce document en japonais (p. 14). Ce doit être le nombre de contrats de travail, sachant qu’ils étaient tous en CDD. Cela fait toujours beaucoup de monde : en comptant 30 contrats par personne, on arrive à 1 million de travailleurs ! Il est étonnant que les autorités ne connaissent pas le nombre de travailleurs engagés dans les travaux de décontamination alors qu’elles sont supposées enregistrer les doses de radiation prises.

Il y a eu de nombreux scandales sur les chantiers de décontamination, avec de nombreuses violations du droit du travail. Rien dans le rapport officiel à ce sujet, si ce n’est que les autorités ont collé des auto-collants sur les casques des travailleurs avec un message de remerciement dessiné par des enfants dans le cadre de la campagne des « casques thanks »…

Paradoxalement, même si ces travaux de décontamination sont presque terminés, à l’exclusion de la zone de retour difficile, les autorités n’ont pas fait évoluer les chiffres relatifs au volume de déchets attendus qui sont les mêmes depuis des années : 22 millions de mètres cubes après incinération des déchets organiques, dont 20 millions de mètres cubes de sols. Le volume de cendres radioactives devrait être d’environ 1,5 millions de mètres cubes.

Pour la seule province de Fukushima, il y aurait déjà 15 millions de mètres cubes de sols contaminés répartis sur 150 000 sites. Les déchets des autres provinces doivent y rester, même si les autorités ne trouvent pas de site de stockage.

Pour ce qui est de l’installation d’entreposage provisoire (Interim Storage Facility ou ISF) que le gouvernement vient officiellement d’ouvrir, seulement 40% des 16 km2 (ou 1 600 hectares) de terrains ont pu être achetés. Sur les 1 810 propriétaires identifiés, 1 139 ont accepté de vendre ou de louer leur terrain, pour une surface totale de 624 hectares.

Les autorités y ont déjà transféré environ 230 000 m3 de sols contaminés à titre expérimental durant l’année 2016, soit environ 38 000 voyages en camions, et devrait y transporter le double en 2017. Elles estiment que le volume transféré sera compris entre 5 et 12,5 millions de mètres cubes en 2020, année des Jeux olympiques. cela fait entre 1 et 2 millions de transports par camion…

Pour la suite et le stockage définitif des déchets en dehors de Fukushima, c’est toujours aussi flou, même si tout doit être prêt pour 2045. Les autorités devraient présenter en 2018 leur stratégie de « recyclage » qui va consister à réutiliser les terres qui ont moins de 8 000 Bq/kg pour des travaux de construction. Cette solution inquiète tout le monde. Les experts consultés avaient émis des réserves, mais le ministère est passé outre. Même l’Autorité de Régulation Nucléaire a, en janvier 2017, émis des réserves et a demandé des garanties. Mais cette solution permettrait d’économiser 1 500 milliards de yens (11 milliards d’euros)… Les premiers essais ont débuté en février 2017.