Surgénérateur Monju : un gaspillage d’argent public, selon la Cour des comptes du Japon

Le surgénérateur Monju, qui a finalement été arrêté définitivement en décembre 2016, aurait coûté aux contribuables japonais plus de 1 130 milliards de yens (8,6 milliards d’euros), pour pas grand chose, selon la Cour des comptes du Japon. Alors qu’il n’a fonctionné que 250 jours depuis sa mise en service en 1994, seulement 16% des résultats attendus ont pu être obtenus. Son démantèlement devrait coûter 375 milliards de yens (3 milliards d’euros) supplémentaires, selon le gouvernement japonais, mais la Cour des comptes affirme que c’est plus car le coût du personnel et les taxes ne sont pas pris en compte. Le retrait et le traitement du sodium pourrait coûter plus que prévu.

Visite virtuelle de la centrale de Fukushima daï-ichi

TEPCo a mis en ligne une visite virtuelle de la centrale de Fukushima daï-ichi. Les commentaires sont en japonais uniquement pour le moment. Même si vous ne comprenez pas la langue, les images sont très impressionnantes et parlent d’elles-mêmes.

En bas à gauche de l’écran, la position est indiquée, tout comme le débit de dose ambiant. A proximité du réacteur n°1, il y a 39,5 µSv/h ! Idem, derrière le réacteur n°2. Cependant, les valeurs affichées ne varient pas beaucoup au cours du déplacement. Ce doit donc être des valeurs moyennes.

La route n°2 montre les réacteurs n°1 et 2. La route n°3, les réacteurs n°2, 3 et 4. On voit notamment que les sols ont été entièrement bétonnés pour réduire les infiltrations d’eau de pluie et les infiltrations dans les sous-sols depuis les nappes phréatiques.

La route n°4 revient sur les réacteurs 2 et 3. Pour ce dernier, on voit encore les conséquences de l’explosion hydrogène.

La route n°5 nous emmène dans le réacteur n°5, qui n’a pas été accidenté. Ce n’est pas possible dans les réacteurs 1 à 4 car le débit de dose y est trop élevé.

La route n°6 montre les installations de traitement de l’eau contaminée et la route n°7, les cuves avec l’eau radioactive.

La route n°8 nous emmène vers les installations de gel du sol tout autour des réacteurs accidentés, mais l’on ne voit pas grande chose. La route 9, au centre de crise.

La route n°10 prétend montrer les déchets radioactifs, mais ne montre pas grande chose.

Les riverains s’opposent aux projets de réutilisation des terres contaminées

Le gouvernement japonais a lancé un vaste chantier de décontamination qui consiste à racler les sols sur quelques centimètres, à couper les herbes et émonder les arbres. Les déchets organiques sont incinérés et les cendres gérés comme des déchets industriels spéciaux. Quant aux sols, il n’y pas moyen de réduire les volumes qui pourraient atteindre une vingtaine de millions de mètres cubes. Pour le moment, il est prévu de les entreposer sur un site de 16 km2 tout autour de la centrale de Fukushima daï-ichi. Voir notre article sur la gestion des déchets issus de la décontamination.

Comme le gouvernement s’est engagé à reprendre ces déchets au bout de 30 ans, il cherche des solutions pérennes. Il n’a pas trouvé mieux que de réutiliser ces sols pour construire des routes, digues… Les experts consultés et l’Autorité de Régulation Nucléaire étaient réticents, mais le ministère de l’environnement s’obstine, en avançant des arguments économiques. Il n’en est qu’à la phase de tests.

Ainsi, lors d’une réunion publique à Nihonmatsu, les personnes présentes se sont toutes opposées au projet d’enterrer 500 m3 de déchets radioactifs sous 200 m de route, selon l’Agence Kyodo, reprise par le Japan Times. La contamination, de 1 000 Bq/kg en moyenne, est inférieure à la limite de 8 000 Bq/kg. Rappelons qu’avant la catastrophe, la limite pour réutiliser des matériaux était de 100 Bq/kg. Il est prévu d’enterrer ces déchets à plus de 50 cm de profondeur et de les recouvrir de sols propres et d’asphalte.

Les autorités ont déjà procédé à des essais à Minami-Sôma et en prévoient d’autres à Iitaté. Il semble plus facile de convaincre les riverains dans les zones qui ont été évacuées, car, même si le retour est permis, il n’y pas beaucoup d’habitants…

Reprise de l’instruction du dossier de sûreté de l’usine de retraitement de Rokkashô

L’usine dite d’extraction du plutonium des combustibles usés de Rokkashô-mura, dans la province d’Aomori, aurait être mise en service en 1997. Mais la date de démarrage a été repoussée 24 fois. Il y a déjà un retard cumulé de 24 ans.

Après l’accident nucléaire à la centrale de Fukushima daï-ichi et le renforcement des normes de sûreté, l’exploitant, Japan Nuclear Fuel, a dû revoir son dossier de sûreté qu’il a soumis à l’autorité de régulation nucléaire en 2014.

Puis, en août 2017, 800 litres d’eau de pluie a fui d’un tuyau situé dans une galerie souterraine et a atteint une pièce avec un générateur diesel de secours. La compagnie s’est alors aperçue que la galerie n’avait pas été inspectée pendant 14 ans, c’est à dire depuis sa construction. Les rapports de sûreté mentionnaient pourtant qu’il n’y avait rien à signaler.

En réaction, la NRA avait suspendu l’instruction du dossier de sûreté en octobre 2017. Elle vient de décider la reprise.

Cette usine dite de retraitement a une capacité de traitement de 800 tonnes de combustibles usés par an, de quoi extraire 8 tonnes de plutonium. Plus de 2 000 milliards de yens (15 milliards d’euros) ont déjà été dépensés depuis le début des travaux en 1993. Son démantèlement devrait coûter 1 500 milliards de yens (11,5 milliards d’euros). Tout cela pour aucun service rendu actuellement !

Plan de démantèlement du surgénérateur Monju approuvé

L’Autorité de Régulation Nucléaire vient d’approuver le plan de démantèlement du surgénérateur Monju situé dans la province de Fukui. Cela devrait prendre 30 ans et coûter plus de 375 milliards de yens (2,9 milliards d’euros). Encore plus s’il faut renforcer la résistance aux séismes.

Rappelons que ce type de réacteur est refroidi au sodium liquide qui s’enflamme spontanément à l’air et explose au contact de l’eau. Le plan ne détaille pas l’extraction des 760 tonnes de sodium. On ne sait pas non plus ce qu’il sera fait du combustible nucléaire. Il devrait rester longtemps sur le site de la centrale.

Il n’a fonctionné que durant 10 mois depuis sa mise en service en 1994 et il a été arrêté définitivement suite aux graves défaillances en matière de sûreté de son exploitant.

Monju a déjà coûté plus 1 000 milliards de yens (7,6 milliards d’euros) aux contribuables japonais. Cela va donc dépasser les 10 milliards d’euros avec le démantèlement. Tout ça pour rien !

Abandon de la construction de la centrale d’Ôma : les plaignants déboutés

Le réacteur d’Ôma, dans la province d’Aomori, était encore en construction en mars 2011. Le chantier, lancé en 2008, a été suspendu suite à la catastrophe nucléaire, mais J-Power, qui développe ce nouveau type de réacteur qui fonctionnera uniquement au MOx, veut achever son projet. Ce sera une première mondiale s’il est mené à bout. Les travaux de construction ont repris en 2012 et la compagnie a déposé une demande d’autorisation de mise en service en décembre 2014. Elle espère un démarrage en 2024.

Ce réacteur n’est pas sans inquiéter les riverains, surtout ceux qui vivent à Hakodaté sur l’île de Hokkaïdô voisine, qui ont porté plainte pour obtenir l’arrêt du projet. Environ 23 km les séparent de la centrale nucléaire, située de l’autre côté du détroit de Tsugaru. La première plainte date de juillet 2010, avant l’accident à la centrale de Fukushima daï-ichi, et actuellement nombre de plaignants s’élève 1 164. Mais la justice vient de les débouter. La juge a considéré que l’on ne pouvait pas évaluer le danger pour le moment car l’instruction par l’Autorité de Régulation Nucléaire n’est pas terminée et qu’il n’y aucune date de mise en service. Il n’est même pas sûr que ce réacteur soit mis en service.

Les plaignants vont faire appel. A noter que la commune de Hakodaté a aussi déposé une plainte en 2014 pour obtenir l’arrêt de ce projet.

Les déchets radioactifs issus de la décontamination vont être enterrés

La gestion des déchets radioactifs issus de la décontamination est un casse-tête pour les autorités japonaises. A Fukushima, les sols radioactifs vont être entreposés pour 30 ans tout autour de la centrale accidentée, sur 16 km2, en attendant de trouver mieux. En dehors de la province de Fukushima, les autorités sont à la recherche de sites définitifs.

Dans la province voisine d’Ibaraki, 2 500 m3 de terres contaminées vont être enterrées sur le site nucléaire de Tôkaï-mura. Et à Tochigi, 350 m3 vont aussi être enterrés à titre expérimental sous un terrain de sport. Les autorités vont ensuite faire des mesures tout autour et publier les résultats à l’automne.

En dehors de Fukushima, il y a un total de 330 000 m3 de sols contaminés répartis sur environ 28 000 sites, dont des parcs et des cours d’école.

Quelle surveillance à long terme est-elle prévue ? Quelles actions pour garder la mémoire des nombreux sites de stockage qui pourraient résulter de cette politique ?

Nouveaux déboires du parc nucléaire japonais

La compagnie Kôbé Steel a reconnu avoir falsifié des rapport de qualité de ses produits manufacturés. Neuf réacteurs nucléaires utilisent des boulons de cette compagnie, dont Takahama 3 et 4 et Sendaï 1 et 2 qui sont en service. Les autres réacteurs sont Ôï 3 et 4, Genkaï 3 et 4 et Ikata 3, tous à l’arrêt. TEPCo en utiliserait aussi pour ses cuves d’eau contaminée. Les exploitants affirment que leurs produits ne sont pas touchés par le scandale et qu’il n’y a donc pas de problème de sûreté. L’Autorité de Régulation Nucléaire, la NRA, a cependant demandé des contrôles. De nombreuses autres industries japonaises sont touchées par ce scandale.

A la centrale de Kashiwazaki-Kariwa, qui appartient à TEPCo, 60 percements ne sont pas assez étanches en cas d’incendie. Il y a de nombreux trous dans les bâtiments réacteurs pour faire passer des tuyaux, câbles, gaines… Quand un mur pare-feu est traversé, il faut s’assurer que le passage est bien rempli. Ce n’était pas le cas pour 60 d’entre eux, en violation des règles de sûreté. TEPCo s’est engagée à tout boucher convenablement au début 2018.

Kansaï Electric (KEPCo) a fait sensation le 7 janvier avec ses projets pour ses combustibles usés. Elle a promis au gouverneur de Fukui, où il y a tous ses réacteurs nucléaires, de les entreposer en dehors de cette province, mais elle ne sait pas où. Le PDG a donc annoncé un projet d’entreposage à Mutsu dans la province d’Aomori, tout au Nord de l’île principale, dans une installation qui est déjà construite. Un millier de kilomètres séparent les deux provinces.

L’installation d’entreposage de Mutsu a été construite par la Recyclable-Fuel Storage Co., une filiale de TEPCo et de la Japan Atomic Power Co. pour leurs propres combustibles usés et a une capacité de 5 000 tonnes. Bien que terminée depuis 2013, elle n’a pas encore obtenu l’autorisation d’ouvrir et les dossiers de sûreté sont toujours instruits suite aux nouvelles règles post-Fukushima. KEPCo envisage de prendre des parts dans cette installation. Dès le lendemain de l’annonce, le maire de Mutsu, qui n’a pas été consulté, a tenu une conférence de presse pour expliquer que ce serait non. KEPCo a immédiatement démenti.

Pour le moment, les combustibles usés de KEPCo sont entreposés sur les sites des centrales, mais les piscines sont pleines à 70%. Les 30% restant seront remplis en 7 ans si les réacteurs sont exploités.

La Japan Atomic Power Co. (JAPC), qui exploitait les réacteurs de Tsuruga et de Tôkaï a expliqué qu’elle avait utilisé des données erronées sur la longueur des barres de combustible de Tôkaï 2 depuis 1974, avant même sa mise en service en 1978. Il y a environ 5 cm d’écart entre la valeur supposée et la valeur réelle. C’est l’Autorité de Régulation Nucléaire qui s’en est rendu compte. Et dire que la compagnie veut exploiter ce réacteur jusqu’à 60 ans

La Japan Atomic Energy Agency (JAEA) devrait commencer à retirer le combustible du surgénérateur Monju à partir de juillet 2018. Il y a 370 assemblages dans le cœur et 160 dans une piscine de désactivation. L’opération devrait prendre 5 ans en commençant par la piscine.

Il n’y a toujours que 4 réacteurs nucléaires en activité au Japon et les compagnies d’électricité on massivement investi dans le charbon qui est un fort émetteur de gaz à effet de serre. Le charbon couvre maintenant 30% de la production d’électricité au Japon et cela augmente encore. Si tous les projets aboutissent, cela devrait atteindre 40%… alors que décembre 2017 marquait les 20 ans du protocole de Kyôto. A noter que les émissions de CO2 du Japon augmentaient 1,4% par an avant la catastrophe nucléaire et que le pays ne tenait ses engagements qu’en achetant des permis d’émission et grâce à ses forêts.

A la fin septembre 2017 et depuis l’ouverture du marché, 8% des clients avaient quitté les fournisseurs d’électricité historiques pour s’approvisionner chez les nouveaux venus. La part des nouvelles compagnies atteint 12%. Les producteurs historiques font donc tout freiner l’accès au réseau électrique qu’ils contrôlent. Selon une étude effectuée par une université de Kyôto, les capacité de transmission ne sont utilisées qu’à 19% en moyenne, alors que les propriétaires des réseaux disent être proche de la saturation. Voir l’Asahi pour plus de détails.

 

Images du corium dans l’enceinte de confinement du réacteur n°2

Comme annoncé, TEPCo a de nouveau envoyé une sonde dans l’enceinte de confinement du réacteur n°2 et a mis en ligne des images de ce qui pourrait être du combustible fondu qui jonche le fond de l’enceinte.

La compagnie avait déjà envoyé un robot dans cette enceinte de confinement, il y a moins d’un an. Les premières images de janvier 2017 étaient prises par une simple caméra vers l’entrée. D’autres images prises sous la cuve à l’aide d’une caméra faisaient apparaître des amas granuleux que TEPCo soupçonnait d’être du corium. Quelques jours plus tard, d’autres images étaient mises en ligne. Certaines ont fait l’objet d’un traitement afin de pouvoir en tirer plus d’informations. On voyait notamment le trou fait par le corium dans la grille située sous la cuve :

Cette fois-ci, au fond de l’enceinte de confinement, TEPCo a fait la découverte d’un objet qui semble être un bout d’assemblage de combustibles :

Cela signifie qu’il y a un trou suffisamment large dans la cuve pour laisser passer un assemblage de combustible et que les gravats qui entourent cet objet doivent être du combustible fondu. Mais TEPCo n’aurait pas vu de trou dans la cuve.

Sur la vidéo ajoutée par la suite, que l’on peut regarder en ligne ou télécharger, il apparaît que ce corium, à savoir un mélange de combustible fondu et métaux, n’est pas noyé, mais simplement arrosé. Des traces dues à la radioactivité balayent l’image.

Il y a quelques explications supplémentaires dans ce document en anglais. TEPCo a aussi mis en ligne une image des manipulateurs, mais ne donne aucune information sur les doses qu’ils ont prises :

Des déchets radioactifs à perte de vue

Le vaste chantier de décontamination à Fukushima engendre une énorme quantité de déchets radioactifs. Les autorités en attendent 22 millions de mètres cubes après incinération des déchets organiques (voir le dernier bilan officiel). D’ici 2021, 15,2 millions de mètres cubes devraient être entreposés « provisoirement » sur un site de 16 km2 qui entoure la centrale accidentée, sur les communes d’Ôkuma et Futaba. En attendant, ces déchets s’entassent un peu partout, parfois à perte de vue.

Nous avons publié, il y a un peu plus d’un an, un reportage sur toute la chaîne de gestion de ces déchets, avec des photos et des vidéos. Greenpeace Japon vient de mettre en ligne des images de ces déchets vus du ciel :

Greenpeace Allemagne aussi si vous préférez l’Allemand :

Une note en anglais de Greenpeace fait aussi le point sur les déchets radioactifs.

La décontamination, presque terminée officiellement, sauf dans les zones dites de « retour difficile », ne concerne que les zones habitées qui deviennent des oasis au milieu des montagnes et des forêts qui couvrent 75% du territoire de la province de Fukushima. La décontamination de petites zones dans les territoires les plus contaminés est prévue pour ne pas rayer de la carte deux communes, même si les habitants ne rentreront pas. L’obstination de la reconquête, jusqu’à l’absurde.