Arnaque à la décontamination

Selon le Maïnichi, la décontamination d’un mètre carré de forêt coûte environ 500 yens (4€). C’est dix fois plus (5 100 yens/m2) si c’est une forêt de bambous, car il faut couper les arbres avant de décontaminer.

Selon la commune de Fukushima, la compagnie Zerutech Tôhoku, qui faisait les travaux au troisième niveau de sous-traitance, a falsifié les rapports de décontamination pour obtenir plus d’argent en joignant des photos de bambous coupés. Pour ce faire, des troncs de bambous auraient été apportés sur place afin de faire des photos. Une autre photo, sur laquelle on voit un travailleur déplaçant un tronc, a été utilisée à plusieurs reprises.

Selon l’Asahi, la compagnie aurait ainsi extorqué 10 millions de yens (80 000€).

C’est un consortium de trois compagnies basées à Fukushima – Hikari Construction, Komata Construction et Noko Kensetsu – qui a obtenu le marché public de décontaminer 185 000 m2 de forêt située à moins de 20 m des habitations et terrains agricoles dans la commune de Fukushima. Les travaux ont eu lieu entre septembre 2014 et mars 2016, pour un coût total de 620 millions de yens (5 millions d’euros).

C’est un lanceur d’alerte qui a, en novembre 2016, informé la commune de Fukushima  qui a mené ses propres investigations sur 3 500 m2 de forêt. Il est apparu que 2 500 m2 déclarés comme forêt de bambous ne l’étaient pas. La commune s’est retournée vers le consortium et envisage de porter plainte, mais la compagnie sous-traitante mise en cause n’existe plus depuis mars 2017. Le consortium s’est engagé à rembourser les sommes extorquées.

Selon le Japan Times, un habitant de Fukushima a porté plainte pour que la ville agisse. Il critique le fait qu’elle n’ait pas pu contrôler l’utilisation d’argent public et qu’elle tarde à agir.

63ième versement financier pour TEPCo

TEPCo annonce avoir reçu le 63ième versement financier de la part de la structure gouvernementale de soutien qui lui avance de l’argent pour les indemnisations : 38,2 milliards de yens (313 millions d’euros). Cet argent est prêté sans intérêt.

TEPCo a déjà reçu un total de 7 274,7 milliards de yens (60 milliards d’euros au cours actuel) et cela ne suffira pas.

Pour le ministre de la reconstruction les « auto-évacués » sont responsables de leur sort

Harcelé de questions à propos des « auto-évacués », ou « évacués volontaires » qui viennent de perdre leur aide au logement, le ministre de la reconstruction, Masahiro Imamura, s’est mis en colère et a chassé un journaliste lors d’une conférence de presse : « sortez et ne revenez jamais ». Les japonisants peuvent regarder cette vidéo par exemple qui montre l’extrait de la conférence de presse du 4 avril dernier.

Au 31 mars, 26 000 « auto-évacués », qui ont quitté leur domicile à cause de la pollution radioactive sans en avoir reçu l’ordre, ont perdu la seule aide qui leur restait, à savoir un logement gratuit. Durant la conférence de presse, le ministre a expliqué que les « auto-évacués » étaient responsables de leur décision quant à leur retour ou leur relogement. Et que si la politique gouvernementale ne leur plaisait pas, ils pouvaient porter plainte. Ils étaient beaucoup plus nombreux au début de la catastrophe nucléaire.

Le ministre s’est ensuite excusé de s’être emporté, mais a expliqué qu’il maintenait ses propos, qui étaient un « fait objectif ». C’est, en tout cas, conforme à la politique gouvernementale, pour qui la pollution est sans danger et qu’il n’y a que des « rumeurs néfastes ».

L’opposition a immédiatement demandé la démission du ministre de la reconstruction, qui veut rester à son poste. Des évacués sont en colère. Certains ont rappelé que la justice vient de condamner l’Etat et TEPCo pour négligences. Le lendemain de la conférence de presse, une vingtaine d’entre eux ont manifesté devant le ministère pour demander la démission du ministre.

Le premier ministre a maintenu son ministre de la reconstruction qui a dû s’excuser à nouveau : « je regrette d’avoir donné l’impression que les évacués sont responsables de leur retour alors qu’ils sont déplacés à cause de la catastrophe nucléaire et je présente mes excuses ». Le 7 avril, il a aussi dit regretter « l’incompréhension » et retirer sa remarque. Tout le monde avait bien compris ! Et dès le lendemain, le premier ministre Abe s’est rendu à Fukushima avec le ministre de la reconstruction pour lui affirmer son soutien. Il a dit soutenir la lutte de Fukushima contre les « rumeurs néfastes »… Son discours est toujours aussi creux car sa seule préoccupation, c’est la reconquête, par les populations.

Cet épisode montre, une fois de plus, le décalage entre la politique gouvernementale et les besoins des populations affectées par les retombées radioactives. Rappelons que la limite d’évacuation fixée par le gouvernement est la moins protectrice des recommandations internationale : 20 mSv/an correspond à la limite pour les travailleurs et elle est appliquée aux enfants les plus jeunes, qui sont plus sensibles aux radiations. Il est donc légitime que des familles n’acceptent pas cette politique et les enfants doivent être mieux protégés.

Ce même ministre s’était illustré, en janvier dernier, en comparant la reconquête des territoires contaminés à un marathon, ajoutant que 30 km avaient déjà été parcourus. Ces propos avaient déjà provoqué l’ire des élus locaux et des habitants car certains territoires n’ont même pas franchi la ligne de départ.

En mars, il a affirmé, sur une chaine de télévision qu’il était « facile de quitter sa maison et qu’il espérant que les évacués vont montrer leur volonté de rentrer et de rester ». Peu sont rentrés pour le moment.

Accident nucléaire à la centrale de Fukushima : le coût pourrait être trois fois plus élevé que l’estimation gouvernementale selon une étude

Les chiffres officiels relatifs au coût de la catastrophe ont été revus à la hausse en décembre 2016 pour atteindre 21 500 milliards de yens (175 milliards d’euros). Cela inclut le démantèlement des réacteurs de Fukushima daï-ichi, à hauteur de 8 000 milliards de yens (65 milliards d’euros), 7 900 milliards de yens (64 milliards d’euros) pour les indemnisations, près de 4 000 milliards de yens (32,5 milliards d’euros) pour la décontamination et 1 600 milliards de yens (13 milliards d’euros) pour le centre d’entreposage temporaire des déchets radioactifs. Pour en savoir plus.

Cette somme ne comprend pas le coût du stockage des déchets issus du démantèlement de la centrale accidentée ni la création d’un îlot décontaminé dans les zones dites « de retour difficile » dont le seul but est la non disparition des villages concernés.

La facture de la catastrophe nucléaire pourrait être de 50 000 à 70 000 milliards de yens (420 à 580 milliards d’euros), ce qui est 3 fois plus élevé que l’estimation gouvernementale, selon une étude du Japan Center for Economic Research.

En ce qui concerne les indemnisations, le cabinet d’étude privé a retenu le chiffre gouvernemental de 8 000 milliards de yens (67 milliards d’euros). Mais, pour la décontamination, il estime à 30 000 milliards de yens la facture (250 milliards d’euros), ce qui est 5 fois plus que les 6 000 milliards de yens (50 milliards d’euros) avancés par le gouvernement. Pour ce faire, l’étude a supposé que les déchets finiraient dans un centre de stockage situé à Rokkashô, dans la province d’Aomori. Le gouvernement, quant à lui, n’a pas pris en compte le coût du stockage définitif.

Pour le démantèlement complet de la centrale accidentée, le centre de recherche privé arrive à 11 000 milliards de yens (92 milliards d’euros) contre 8 000 milliards (67 milliards d’euros) pour le gouvernement. Le traitement de l’eau contaminée qui continue à s’accumuler pourrait s’élever à 20 000 milliards de yens (167 milliards d’euros), sauf si elle est rejetée en mer…

TEPCo et l’Etat reconnus coupables de négligences vont faire appel

Le tribunal de Maebashi dans la province de Gunma, a récemment reconnu TEPCo et l’Etat japonais coupables de négligence suite à une plainte d’évacués de la catastrophe de Fukushima qui demandaient à être mieux indemnisés.

TEPCo et l’Etat japonais viennent de faire appel.

Quel avenir pour TEPCo ?

TEPCo avait été nationalisée après la catastrophe nucléaire. Le gouvernement l’avait recapitalisé en injectant 1 000 milliards de yens en 2012 (8 milliards d’euros). Il était prévu que la part de l’Etat diminue afin que la compagnie redevienne autonome. Mais la date a été repoussée de deux ans, à 2019. Rappelons que l’Etat lui prête aussi de l’argent sans intérêt : TEPCo a déjà reçu 7 087,1 milliards de yens (60 milliards d’euros au cours actuel).

TEPCo a décidé de se joindre à Chûbu Electric pour la production d’électricité fossile. Leur filiale commune s’appellera JERA. Elle devrait aussi s’associer à d’autres compagnies pour sa branche distribution électrique.

TEPCo est à la peine pour redémarrer sa centrale de Kashiwazaki-Kariwa, dont l’avenir est incertain. La compagnie avait sous-estimé les risques d’inondation en cas de pluies torrentielles et la résistance d’un bâtiment clé aux séismes. La compagnie pourrait faire appel à d’autres exploitants nucléaires japonais. Il n’est pas sûr qu’elle y arrive car ses homologues ont déjà beaucoup de problèmes avec leur propres réacteurs.

La compagnie n’a pas donné de calendrier pour ces réformes. Participer au financement de la catastrophe nucléaire n’est pas très attractif. Kyûshû Electric, Hokkaidô Electric, Tôhoku, Shikoku Electric et Chûbu Electric ont versé pour un total de 90 milliards de yens de dividendes à leurs actionnaires après avoir augmenté significativement de leurs tarifs. TEPCo et Kansaï Electric n’ont pas versé de dividendes. Enfin, Chûgoku Electric, Hokuriku Electric et Okinawa Electric n’ont pas augmenté leurs tarifs d’électricité.

En attendant ces réformes, le gouvernement a choisi Tomoaki Kobayakawa, 53 ans, pour diriger TEPCo. Il était directeur de la filiale Tepco Energy Partner Inc. Takashi Kawamura, âgé de 77 ans, devrait être président. Il avait redressé Hitachi. Le directeur actuel, Naomi Hirosé, 64 ans, va devenir vice-président.

62ième versement financier pour TEPCo

TEPCo annonce avoir reçu le 62ième versement financier de la part de la structure gouvernementale de soutien qui lui avance de l’argent pour les indemnisations : 187,6 milliards de yens (1,6 milliards d’euros). C’est beaucoup plus que la dernière fois. Cet argent est prêté sans intérêt.

TEPCo a déjà reçu un total de 7 087,1 milliards de yens (60 milliards d’euros au cours actuel) et cela ne suffira pas.

TEPCo et l’Etat reconnus coupables de négligences : ils devront mieux indemniser les évacués

137 personnes, à savoir 76 évacués forcés et 61 auto-évacués, ont saisi la justice pour obtenir une meilleure indemnisation. Ils réclamaient un total de 1,5 milliard de yens (12 millions d’euros) car ils ont tout perdu dans la catastrophe nucléaire. Le débat s’est focalisé sur le fait de savoir si TEPCo et l’Etat auraient pu prévoir qu’un tel tsunami déferle sur la centrale et sur le montant des indemnisations.

Ces derniers ont expliqué que ce n’était pas prévisible et que les conséquences étaient inévitables. Les plaignants, quant à eux, ont soutenu que le tsunami aurait dû être prévu, en se basant sur une étude gouvernementale de 2002 qui estimait à 20% les chances d’un tsunami dû à un séisme de magnitude 8 dans les 30 années suivantes.

Le tribunal de Maebashi a donné droit aux demandes des plaignants, en estimant que l’Etat et TEPCo avaient été négligents face à la menace d’un tsunami. Si TEPCo avait installé des générateurs diesels de secours en hauteur, l’accident aurait pu être évité. Si le gouvernement avait utilisé son pouvoir de contrôle pour imposer des mesures de protection à TEPCo, l’accident aurait pu être évité. C’est la première fois qu’un tribunal reconnaît la responsabilité de l’Etat dans la catastrophe nucléaire.

Le Maïnichi rapporte que TEPCo avait estimé, en 2008, qu’un tsunami d’une hauteur de 15,7 m pourrait frapper la centrale de Fukushima daï-ichi, mais n’a rien entrepris pour s’en protéger. La compagnie a plutôt choisi une formule de la Japan Society of Civil Engineers (JSCE), qui mettait la hauteur du tsunami à 6,1 m. Le 11 mars 2011, la hauteur était de 15,5 m…

En septembre 2006, la défunte Nuclear Safety Committee (NSC) avait établi de nouvelles règles de résistance aux séismes. Le gouvernement avait alors demandé aux exploitants de vérifier que leurs installations nucléaires satisfaisaient bien à ces nouveaux standards. En août 2007, TEPCo a soumis un rapport intermédiaire qui n’incluait aucune mesure de protection contre les tsunamis. Le tribunal de Maebashi a estimé que le gouvernement avait alors violé la loi en n’imposant pas à TEPCo de mettre en place des mesures de protections contre les tsunamis.

Le tribunal a demandé le versement d’indemnités à 62 plaignants de 45 foyers évacués dans la province de Gunma, allant de 70 000 à 3,5 millions de yens, pour un total de 38,55 millions de yens (316 000 euros) en plus des indemnisations déjà reçues. Les autres plaignants ne seront pas indemnisés plus, le tribunal ayant estimé que la somme qui leur a été allouée était suffisante.

Selon le Maïnichi, 19 plaignants originaires d’une zone où il y a eu ordre d’évacuer recevront entre 750 000 (6 000 euros) et 3,5 millions de yens (29 000 euros) en plus des indemnisations déjà reçues. 43 « auto-évacués », originaires d’une zone contaminée où il n’y a pas eu d’ordre d’évacuer, recevront chacun entre 70 000 yen (574 euros) et 730 000 yens (6 000 euros) supplémentaires.

Une dame d’Iwaki, qui était partie d’elle-même pendant une dizaine de jours en mars 2011, devrait bénéficier d’une indemnisation de 200 000 yens (1 600 euros). En revanche, le tribunal a refusé de prendre en compte les deux mois supplémentaires pendant lesquels elle était repartie, estimant que le niveau de dose à Iwaki ne le justifiait pas.

Rappelons que les auto-évacués n’ont reçu que 80 000 yens d’indemnisation de la part de TEPCo et que certains bénéficient d’un logement gratuit jusqu’à la fin du mois. Les plaignants sont contents d’avoir remporté une bataille judiciaire qui reconnait la responsabilité de l’Etat et de TEPCo, mais sont déçus par le niveau d’indemnisations supplémentaires qui leur est allouées. Le jugement tend à entériner les règles mises en place en août 2011 par les autorités.

Il y a une trentaine de plaintes similaires impliquant environ 12 000 personnes à travers le pays. Ce jugement va faire jurisprudence et le gouvernement pourrait faire appel.

TEPCo va probablement arrêter définitivement le réacteur n°1 de Fukushima daï-ni

La centrale de Fukushima daï-ni, située à une douzaine de kilomètres au Sud de celle de daï-ichi, a aussi été inondée par le tsunami, mais elle a pu être sauvée grâce à de l’électricité encore disponible à quelques kilomètres. Les autorités locales et les riverains s’opposent à son redémarrage, ce qui est compréhensible, mais TEPCo retarde toujours sa décision car la mise à l’arrêt définitif diminuerait les avoirs de la compagnie, la faisant repasser dans le rouge.

Selon le Fukushima Minpo, 50 communes sur 59 à Fukushima ont voté une résolution demandant l’arrêt définitif et le démantèlement de tous les réacteurs de la province, y compris ceux de Fukushima daï-ni, bien sûr.

Face aux pressions, TEPCo devrait arrêter définitivement le réacteur n°1 de la centrale de Fukushima daï-ni, qui est le plus ancien et qui a subi le plus de dommages. Sa mise en service remonte à 1982. La compagnie va étudier le sort des trois autres réacteurs afin de gagner du temps.

Douze réacteurs ont déjà été arrêtés définitivement au Japon depuis le 11 mars 2011, dont les six de Fukushima daï-ichi.

61ième versement financier pour TEPCo

TEPCo annonce avoir reçu le 61ième versement financier de la part de la structure gouvernementale de soutien qui lui avance de l’argent pour les indemnisations : 46,4 milliards de yens (380 millions d’euros). Cet argent est prêté sans intérêt.

TEPCo a déjà reçu un total de 7 040,7 milliards de yens (57,71 milliards d’euros au cours actuel) et cela ne suffira pas.