Chiffres clés pour le sixième anniversaire

A l’approche du sixième anniversaire de la catastrophe, voici quelques chiffres clé tels qu’ils apparaissent dans les médias et les sites officiels. Cet article sera mis à jour au fur et à mesure de leur apparition.

Les chiffres clés à l’occasion du cinquième anniversaire sont ici.

A previous version of this article was translated into English.

Situation des réacteurs

Les travaux visent essentiellement à sécuriser les réacteurs accidentés qui sont encore menaçants. A proximité, les débits de dose sont tels que le temps de séjour doit être très limité, ce qui complique les travaux. Voir la dernière carte officielle de TEPCo avec les débits de dose.

TEPCo a mis en ligne un webdoc retraçant les étapes importantes depuis le 11 mars 2011.

Réacteur n°4

La cuve était vide le 11 mars 2011 et il n’y a pas eu de fusion du cœur, mais une explosion hydrogène a détruit le bâtiment réacteur. Depuis décembre 2014, la piscine de combustible du réacteur a été vidée et les travaux sont arrêtés.

Réacteur n°3

Il y a eu une fusion du cœur et une explosion hydrogène a détruit le bâtiment réacteur. Tous les débris de la partie haute ont été retirés à l’aide d’engins télécommandés. Un nouveau bâtiment qui va couvrir le tout et permettre de vider la piscine de combustibles est en cours d’assemblage. Le débit de dose est si élevé, que les travaux sont plus complexes que prévu et le chantier a pris du retard. Pour en savoir plus.

Il y aurait entre 188 et 394 tonnes de corium dans ce réacteur, avec une valeur nominale à 364 tonnes pour le réacteur n°3. Ce dernier contient du combustible MOx, à base de plutonium. Pour en savoir plus.

Réacteur n°2

Il y a eu fusion du cœur, mais le bâtiment réacteur est entier. TEPCo n’a pas commencé à retirer les combustibles usés de a piscine, mais a tenté de localiser le corium, ce mélange de combustible fondu et de débris, par divers moyens. Les débits de dose à l’intérieur du bâtiment sont tels qu’il est impossible d’y travailler. Dans l’enceinte de confinement, des niveaux record ont été observés. Même les robots qui y ont été envoyés n’ont pas résisté longtemps. Pour en savoir plus.

Il y aurait entre 189 et 390 tonnes de corium dans ce réacteur, avec une valeur nominale à 237 tonnes. Pour en savoir plus.

Réacteur n°1

Il y a eu une fusion du cœur et une explosion hydrogène a détruit le bâtiment réacteur. Ce bâtiment avait été recouvert d’une nouvelle structure en 2011, qui a été entièrement démantelée en novembre 2016. TEPCo va commencer à retirer les débris de la partie haute du réacteur, pour, ensuite, reconstruire une nouvelle structure afin de vider la piscine de combustibles.

Il y aurait entre 232 et 357 tonnes de corium dans ce réacteur, avec une valeur nominale à 279 tonnes. Pour en savoir plus.

Débris

TEPCo aurait retiré 200 400 m3 de débris radioactifs issus des réacteurs accidentés qui ont été mis dans des conteneurs métalliques.

Eau contaminée

TEPCo injecte respectivement 72, 108 et 72 m3 d’eau par jour dans les réacteurs 1, 2 et 3 pour refroidir les coriums (source). Cela fait un total de 252 m3/j. Cette eau se contamine fortement et s’infiltre dans les sous-sols des bâtiments réacteur et turbine où elle se mélange à l’eau des nappes phréatiques qui inonde ces mêmes sous-sols.

Pour réduire les fuites d’eau souterraine radioactive en mer, TEPCo pompe en amont avant que cette eau soit contaminée par les réacteurs et la rejette directement dans l’océan. Cette eau est essentiellement contaminée au tritium, qui est de l’hydrogène radioactif. Dans un des puits de pompage, il y a environ 2 000 Bq/L (source), mais après dilution par l’eau des autres puits, l’eau rejetée en mer a une contamination de l’ordre de 130 à 140 Bq/L (source).

Elle a aussi construit une barrière tout le long du littoral et pompe les nappes phréatiques au pied des réacteurs. Une partie de cette est partiellement décontaminée et rejetée dans l’océan. Une autre partie, trop contaminée, est mélangée à l’eau pompée dans les sous-sols des réacteurs pour être mise dans des cuves après traitement, en attendant une meilleure solution. Quelques données récentes sur la contamination des nappes phréatiques sont ici en japonais : il y a jusqu’à 240 000 Bq/L en bêta total. Celle en tritium, monte à 58 000 Bq/L.

Ainsi, TEPCO pompe quotidiennement 135 m3 d’eau contaminée dans les sous-sols des bâtiments réacteurs et turbine, en plus de celle qu’elle injecte pour le refroidissement et 62 m3 des nappes phréatiques, ce qui fait un total de 197 m3 qui s’accumulent quotidiennement dans des cuves après traitement (source). C’est plus en cas de pluie, voire beaucoup plus lors des typhons.

TEPCo annonce avoir déjà traité 1 730 390 m3 d’eau contaminée, ce qui a généré 597 m3 de boues radioactives. Une partie de cette est utilisée pour le refroidissement et le reste est stocké dans des cuves. Selon la compagnie, le stock d’eau traitée ou partiellement traitée s’élève à 937 375 m3 auxquels il faut ajouter 52 200 m3 d’eau dans les sous-sols des bâtiments réacteur et turbine (source). Il y a près d’un millier de cuves pour garder cette eau qui occupent presque tout le site de la centrale.

Certaines ont fui par le passé, entraînant une contamination des nappes phréatiques à proximité. Dans la zone H4, la contamination en tritium peut toujours atteindre 15 000 Bq/L (source).

Depuis mars 2016, TEPCo tente de geler le sol tout autour des réacteurs accidentés afin de réduire les infiltrations et la dispersion d’eau polluée, mais ce n’est pas aussi efficace que prévu. L’Autorité de Régulation Nucléaire, la NRA, doute sérieusement de l’efficacité de cette technique qu’elle considère désormais comme secondaire. On peut le voir sur ce graphe, où la baisse des volumes d’eau à stocker chaque jour n’est pas très forte. La glace ne prend pas par endroit, où les courants souterrains sont les plus forts (données officielles sur le gel du sol).

Environ la moitié des travailleurs sur le site sont là à cause de l’eau contaminée.

Travailleurs

A la centrale nucléaire de Fukushima daï-ichi

Du 11 mars 2011 au 31 mars 2016, 46 956 travailleurs ont été exposés aux rayonnements ionisants sur le site de la centrale accidentée de Fukushima daï-ichi, dont 42 244 sous-traitants. Ce sont les sous-traitants qui prennent les doses les plus élevées, avec une moyenne qui varie de 0,51 à 0,56 mSv par mois entre Janvier et Février 2016. C’est entre 0,18 et 0,22 pour les salariés de TEPCo.

Il y a aussi 1 203 personnes qui ont une limite plus élevée pour pouvoir continuer à pénétrer sur le site. Leur dose moyenne cumulée depuis le début de l’accident est de 36,49 mSv et la valeur maximale de 102,69 mSv.

• Le 1er avril 2016 a remis tous les compteurs à zéro. Ainsi, 174 travailleurs qui avaient dépassé la limite de dose vont pouvoir revenir. Depuis cette date, jusqu’au 31 décembre 2016, 14 643 travailleurs ont été exposés aux rayonnements ionisants sur le site de la centrale accidentée, dont 13 027 sous-traitants (89%). Ce sont les sous-traitants qui prennent les doses les plus fortes. Parmi eux, on ne sait pas combien étaient déjà exposés aux rayonnements avant le 1er avril 2016. Pour en savoir plus.

• Il y a eu des travailleurs d’origine brésilienne qui ne parlaient pas bien japonais et ne comprenaient pas toujours les consignes de radioprotection. L’ambassade du Brésil a réagi.

• Si d’énormes progrès ont été faits pour les conditions de travail sur le site, avec la construction d’un bâtiment dédié à l’accueil et au repos, équipé d’une cantine et d’une superette, il reste des problèmes liés à la sous-traitance en cascade.

• 3 travailleurs ont vu leur cancer reconnu comme maladie professionnelle : deux leucémies et un cancer de la thyroïde. L’un a porté plainte contre TEPCo et Kyûshû Electric.

Il y a 15 cancers en tout chez ces travailleurs, dont 8 cas de leucémie.

• Stigmatisation : selon une étude menée sur 1 417 employés de TEPCo qui travaillaient à Fukushima daï-ichi ou daï-ni au moment de l’accident, 181, soit 12,8%, ont été insultés ou ont subi des discriminations à cause de leur emploi. Ces travailleurs avaient un taux de troubles post-traumatique 5,7 fois plus élevé que les autres employés de TEPCo sur place qui n’ont pas été stigmatisés. C’était encore 3,7 fois plus trois ans plus tard. Lien vers l’article de presse.

• Les vêtements protecteurs contre la contamination par les poussières radioactives sont à usage unique. Ils ont engendré 64 700 m3 de déchets radioactifs que TEPCo espère incinérer.

Cartographie de la pollution radioactive

• La dernière cartographie aérienne de la pollution radioactive autour de la centrale accidentée de Fukushima daï-ichi date de 2015 et est disponible en ligne sur le site dédié.

Cette nouvelle carte fait apparaître les zones encore évacuées et une baisse moyenne de 65% du débit de dose ambiant par rapport à ce qui était mesuré à l’automne 2011. La décroissance radioactive est responsable d’une baisse de 53%. Le reste est dû au lessivage des sols et, par endroits, aux travaux de décontamination.

Décontamination

La décontamination des zones évacuées est sous la responsabilité du gouvernement. Ailleurs, là où l’exposition externe pouvait dépasser 1 mSv/an, ce sont les communes qui doivent s’en occuper.

• Dans les zones évacuées, les travaux de décontamination sont officiellement terminés, sauf pour les zones dites de retour difficile (source). Cela signifie que la décontamination a été effectuée dans les habitations et leurs jardins, le long des routes, sur les terrains agricoles et sur 20 m dans les forêts qui bordent ces espaces.

• Dans les zones non évacuées, 104 communes étaient concernées, mais avec la baisse naturelle de la radioactivité, c’est passé à 94. Une carte est donnée page 14 de ce document. A Fukushima, 15 communes sur 36 ont terminé. Les autres provinces concernées sont Iwaté, Miyagi, Ibaraki, Tochigi, Gunma, Saïtama et Chiba. Le nombre de communes où les travaux sont terminés est page 15 de ce même document. A noter qu’une commune de Tochigi n’a toujours pas établi de programme de décontamination.

Déchets radioactifs

Voir notre reportage de l’été 2016 sur le problème des déchets issus de la décontamination.

• Selon les données officielles, il y a 7 467 880 sacs avec du sol contaminé issu des travaux de décontamination dans les zones évacuées (un sac fait 1 m3 environ), et dans les zones non évacuées, 5 740 858 m³ de sols contaminé répartis sur 146 489 sites (source).

• Pour le centre d’entreposage provisoire, qui doit accueillir environ 22 millions de mètres cube de déchets sur 1 600 ha ou 16 km2 autour de la centrale de Fukushima daï-ichi pour une durée maximale de 30 ans, le gouvernement n’a signé de contrat qu’avec 633 propriétaires fonciers (26,8%), pour une surface totale de 287 ha (ou 2,87 km2), soit à peine 17,9% de la surface totale. (Source). Les autorités veulent réutiliser ces sols quand ils seront passés sous la limite de 8 000 Bq/kg pour le césium.

Personnes déplacées

Recensement national : Le Japon effectue un recensement de sa population tous les 5 ans. Les deux derniers ont eu lieu en 2010, juste avant la catastrophe et en 2015. Au 1er octobre 2015, la population de la province de Fukushima a baissé de 5,7% par rapport à 2010 (115 000 personnes en moins), celle de Miyagi de 0,6% et celle d’Iwaté de 3,8%.

Ce recensement est basé sur les personnes réellement présentes et non les personnes enregistrées. Ainsi, dans les communes de Namié, Futaba, Ôkuma et Tomioka il y a zéro habitant. La population de Kawauchi, où l’ordre d’évacuer a partiellement été levé en 2014, la population a baissé de 28,3%. A Naraha, où l’ordre d’évacuer a été entièrement levé en septembre 2015, la population a baissé de 87,3%.

Certaines communes qui accueillent des personnes déplacées ont vu leur population augmenter.

Sur tout le Japon, le nombre d’habitants a baissé de 0,7% (- 947 000) en cinq ans et était de 127,11 millions au 1er octobre 2015. Le nombre d’habitants a augmenté à Tôkyô (+2,7%), Saïtama et Aïchi. La plus forte baisse est à Akita (-5,8%) qui n’a pas été touchée par la triple catastrophe. Fukushima a la deuxième plus forte baisse, avec -5,7%.

Nombre de personnes déplacées : A Fukushima, il y avait encore 84 289 personnes déplacées, dont 40 405 résident en dehors de la province en novembre 2016 (source). Ce nombre est passé sous les 80 000 depuis : 79 446 au 20 février 2017 (39 818 en dehors de la province de Fukushima et 39 608 dans la province). C’était de 160 000 en février 2012 (source). Une partie de ces personnes se sont réinstallées sans rentrer chez elles et ne sont plus comptées. C’est le cas, notamment, pour celles qui sont originaires des zones dites de retour difficile.

Ces chiffres ne prennent en compte que les personnes qui bénéficient d’un logement mis à leur disposition par les autorités. Une fois réinstallées, elles ne sont plus comptées comme « personnes déplacées » par les autorités. Pour 5 communes situées autour de la centrale accidentée, la télévision publique NHK estime que le nombre de personnes vraiment déplacées est 42 000 alors que les autorités n’en comptent plus que 17 781. C’est 24 000 de plus que le chiffre officiel.

Sur toute la zone affectée par la triple catastrophe (séisme, tsunami et accident nucléaire), il y aurait encore 123 168 personnes déplacées dans des logements temporaires, à la date du 13 février 2017.

A la date du 20 février 2017, il y avait, à Fukushima, encore 12 381 personnes hébergées dans des préfabriqués, peu confortables. Plus de 40% ont plus de 65 ans. En juillet 2012, elles étaient 33 016 (source). A la fin janvier 2017, c’est 35 503 en tout pour Iwaté, Miyagi et Fukushima, les trois provinces les plus touchées par le tsunami. Il y a beaucoup de personnes âgées isolées qui n’ont pas la force ou la volonté de reconstruire ou rechercher un logement. Dans certains complexes, il n’y a que des personnes âgées (source).

Selon un sondage effectué par l’Asahi, à la question « combien de temps faudra-t-il encore pour retrouver la vie qu’ils avaient avant la catastrophe ? »,

  • 50% répondent plus de 20 ans ;
  • 21% environ 20 ans ;
  • 16% environ 10 ans et
  • 7% environ 5 ans.

Levée de l’ordre d’évacuer : Le Japon se refuse toujours de baisser la limite de dose à partir de laquelle il lève les ordres d’évacuer, et maintient la valeur la moins protective des normes internationales, à savoir 20 mSv/an. Pour en savoir plus, lire le rapport rédigé pour les cinq ans de la catastrophe, Fukushima cinq ans après, retour à l’anormale, aussi disponible en anglais.

L’ordre d’évacuer a été levé dans 5 communes (Tamura, Minami-Sôma, Kawauchi, Katsurao et Naraha), mais seulement 13% des personnes concernées sont rentrées, soit environ 2 500 personnes sur 19 460. A Naraha, c’est 11% et à Katsurao, c’est 9%.

Il devrait être aussi levé à la fin mars 2017 dans une partie d’Iitaté, de Kawamata, de Tomioka et Namié (source). Ne devraient rester que les zones dites de retour difficile, là où l’exposition externe pouvait dépasser 50 mSv/an (voir la note explicative sur les doses et les limites). La levée des ordres d’évacuer pour ces quatre communes concerne 32 000 personnes. Il y a 24 000 personnes originaires des zones dites de retour difficile. La surface évacuée va être réduite à 30% de sa valeur initiale.

Les personnes qui sont parties d’elles-mêmes, par crainte de la radioactivité, ne bénéficient d’aucune indemnisation, à l’exception d’une aide au logement qui doit cesser à la fin mars 2017, sauf dans certaines provinces. Il s’agit souvent de femmes qui sont parties pour protéger leurs enfants.

A Tomioka, la commune veut rouvrir les écoles et les collège en avril 2018. Il y avait 2 écoles primaires et deux collèges avant la catastrophe, avec 1 400 élèves. Un seul établissement rouvrira en 2018. En attendant, la commune a ouvert une école et un collège à Miharu avec 15 primaires et 18 collégiens. Cet établissement devrait fermer en 2022. (Source : Fukushima Minpo).

Si des familles rentrent dès cette année, il y aura un bus pour aller dans les établissements scolaires de Naraha. C’est plus de 75% chez les moins de 30 ans.

A Namié, 53% de la population a indiqué ne plus vouloir entrer. Un seul établissement scolaire, combinant primaire et collège, va rouvrir.

Selon un sondage effectué par l’Asahi,

  • 40% des personnes interrogées à Fukushima pensent que les ordres d’évacuer ont été levés au bon moment ;
  • 19% pensent que c’est trop tôt ;
  • 22% pensent qu’ils n’auraient pas dû être levés et
  • 9% pensent que c’était trop tard.

Carte des zones évacuées :

Brimades et discrimination : Alors que les révélations sur des cas de harassement et de brimades (ijimé) d’enfants évacués à l’école se sont multipliées ces derniers temps, l’Asahi a effectué un sondage auprès de personnes déplacées et a reçu 184 réponses valables, dont 147 émanent de personnes encore déplacées :

  • 18% ont déclaré qu’elle-même ou un membre de leur famille a été victime de discrimination liée à la catastrophe nucléaire ;
  • 44% ont dit avoir été témoin ou entendu parlé de discrimination autour d’elles ;
  • 33% n’ont pas été victime et ne connaissent aucun cas.

La télévision publique NHK a aussi fait réaliser une enquête auprès de 9 500 foyers originaires des quatre communes les plus proches de la centrale de Fukushima daï-ichi, à savoir, Ôkuma, Futaba, Tomioka, et Minami-Sôma. 741 familles ont répondu. Il en ressort que 54 familles ont répondu que leurs enfants ont subi des brimades ou ont été discriminés car ils étaient évacués de la catastrophe nucléaire (3 à la maternelle, 28 au primaire et 21 au collège).

Pour 32 cas, c’était de la violence verbale, pour 22 autres, de l’ostracisme, 13 ont subi des violences physiques et dans 5 cas, il leur était demandé de payer. Les indemnisation reçues par les familles étaient souvent évoquées. Dans un cas, il était demandé à un enfant de sauter du troisième étage. Un autre enfant a été menacé avec un couteau sous prétexte qu’il n’avait plus le droit de vivre. Plus de 60% des enfants ont arrêté de dire qu’ils étaient originaires de Fukushima.

Dans un autre article, la NHK mentionne que sur ces 741 familles, 334 ont répondu avoir ressenti de la discrimination, du harcèlement… Dans le questionnaire à choix multiples, 274 ont mentionné un lien avec les indemnisations, 197 leur statut de réfugié et 127 les retombées radioactives.

Impact sanitaire

Voir le rapport dédié de 2016.

• La triple catastrophe a officiellement provoqué 15 893 décès directs auxquels il faut ajouter 2 553 disparitions (source).

• Le nombre de décès dus à la dégradation des conditions de vie (aggravation de la maladie, suicides…) est de 2 099 à Fukushima, au 28 novembre 2016 (source). En septembre 2016, c’était 3 523 en tout pour la triple catastrophe, soit 116 de plus qu’il y a un an.

Le nombre de décès directs, dus au tsunami, est de 1 828 à Fukushima (source).

• En ce qui concerne les cancers de la thyroïde, voir les dernières données publiées le 21 février 2017 : le total est de 184 cas potentiel dont 145 confirmés après chirurgie.

Coût de la catastrophe

Les chiffres officiels relatifs au coût de la catastrophe ont été revus à la hausse en décembre 2016 pour atteindre 21 500 milliards de yens (175 milliards d’euros). Cela inclut le démantèlement des réacteurs de Fukushima daï-ichi, à hauteur de 8 000 milliards de yens (65 milliards d’euros), 7 900 milliards de yens (64 milliards d’euros) pour les indemnisations, près de 4 000 milliards de yens (32,5 milliards d’euros) pour la décontamination et 1 600 milliards de yens (13 milliards d’euros) pour le centre d’entreposage temporaire des déchets radioactifs. Pour en savoir plus.

Cette somme ne comprend pas le coût du stockage des déchets issus du démantèlement de la centrale accidentée ni la création d’un îlot décontaminé dans les zones dites « de retour difficile » dont le seul but est la non disparition des villages concernés.

TEPCo a déjà reçu un total de 7 006,9 milliards de yens (57,3 milliards d’euros) d’avance pour les indemnisations. Cet argent est prêté sans intérêt (source).

Mais TEPCo n’aurait versé que 6% des indemnités demandées par les 12 communes touchées par les évacuations. Elles ont demandé 43,3 milliards de yens (353 millions d’euros), mais n’auraient reçu que 2,6 milliards de yens (21 millions d’euros). La compagnie aurait donné la priorité aux entreprises et individus. Futaba, par exemple, commune entièrement évacuée, n’a rien reçu, alors qu’elle a demandé 19,3 milliards de yens (157 millions d’euros). Namié, où l’ordre d’évacuer sera partiellement levé le 1er avril prochain, n’a reçu que 460 millions de yens (3,8 millions d’euros), soit 4% de la somme demandée. Kawamata et Tomioka ont reçu respectivement 53 et 45% des sommes demandées (source).

Le gouvernement détient toujours 50,1% des parts de TEPCo. Il devait commencer à vendre des parts à partir d’avril 2017, mais il devra maintenir le contrôle qu’il a sur la compagnie pour lui éviter la faillite.

Réacteurs nucléaires

• Sur les 54 réacteurs nucléaires en état de marche avant la catastrophe nucléaire, 6 ont été partiellement ou complètement détruits à la centrale de Fukushima daï-ichi. 6 autres, trop vieux, ont été arrêtés définitivement. Il ne reste donc officiellement que 42 réacteurs nucléaires au Japon.

Une demande d’autorisation de redémarrage n’a été déposée que pour 26 d’entre eux et elle n’a été accordée que pour 12 réacteurs actuellement. Deux réacteurs de la centrale de Sendaï (Kagoshima) produisent de l’électricité qui alimente le réseau. Un troisième est en marche à la centrale d’Ikata, dans la province d’Ehimé.

Digues contre les tsunamis

Les autorités ont prévu de construire 405 km de digues de protection contre les tsunamis le long du littoral des trois provinces les plus touchées, à savoir Iwaté, Miyagi et Fukushima. Au 1er janvier 2017,

  • 88 km ou 22% sont terminés ;
  • 263 km (65%) sont encore en travaux et
  • pour les derniers 54 km (13%) les travaux n’ont pas encore été engagés.

Il y a diverses raisons aux retards : l’opposition des riverains qui ont perdu la vue sur la mer, le manque de matériaux de construction et de main d’œuvre et, bien-sûr, la radioactivité à Fukushima. Source.

Divers

La côte du Pacifique s’était déplacée de plus de 5 m vers l’Est lors du séisme du 11 mars 2011, et enfoncée de plus d’un mètre. Depuis, elle serait remontée de plus de 40 cm au niveau de la péninsule d’Oshika, dans la province de Miyagi. La remontée serait de 30 cm à Ishinomaki, 24 cm à Kesennuma, toutes les deux à Miyagi, 17 cm à Kamaïshi, dans la province d’Iwaté Prefecture et 14 cm à Shinchi, dans celle de Fukushima. En conséquence, là où la construction des digues de protection contre les tsunamis ne sont pas terminées, leur hauteur sera rognée… Est-on sûr que cela ne va pas se renfoncer ? Sur la côte de la mer du Japon, le littoral s’est enfoncé depuis le séisme du 11 mars de 2011, jusqu’à presque 30 cm à Yuzawa, dans la province d’Akita (source).

Voir le Tôhoku

Le Yomiuri a mis en ligne quelques vidéos à l’occasion du sixième anniversaire de la triple catastrophe :

Rapports parus à l’occasion du sixième anniversaire

Fukushima : l’obstination de la reconquête

Masahiro Imamura, le ministre japonais de la reconstruction, a récemment comparé à un marathon la reconquête des territoires contaminés par l’accident nucléaire à la centrale de Fukushima daï-ichi en mars 2011, en précisant que « la reconstruction en est au trentième kilomètre ». Cela a provoqué l’ire des personnes concernées et des élus locaux qui ne voient pas le bout du tunnel. Le gouverneur de la province a tenu à rappeler que certaines zones évacuées n’ont même pas franchi la ligne de départ (source).

Cet épisode montre le fossé existant entre la perception du gouvernement central, qui voudrait tourner rapidement la page, et la réalité sur place.

A Tchernobyl, les autorités soviétiques ont abandonné de vastes territoires et le réacteur accidenté. L’Europe vient de terminer la construction d’une arche gigantesque destinée à limiter l’impact d’un effondrement dans le bâtiment réacteur pendant au moins un siècle. A l’inverse, les autorités japonaises se sont lancées dans une politique de reconquête totale : les réacteurs accidentés vont être démantelés et les territoires contaminés rendus à leurs habitants. Six ans plus tard, alors que les autorités s’apprêtent à lever les ordres d’évacuer partout, sauf dans les zones les plus contaminées classées en « zones de retour difficile », il est évident que le volontarisme affiché ne parviendra pas cacher les limites de cette politique.

A la centrale, les progrès sont impressionnants, mais les trois réacteurs où il y a eu fusion du cœur sont encore menaçants. Pourraient-ils supporter un nouveau séisme majeur ou un tsunami ? Les piscines avec des combustibles usés sont toujours pleines et pourraient entraîner une catastrophe encore plus grande en cas de rupture. Mais les débits de dose sont tels qu’il est impossible de travailler dans les bâtiments réacteur. Les travaux de déblaiement des débris et de reconstruction prennent du retard.

Quant au corium, ce magma de combustible fondu mélangé à des débris, excessivement radioactif, TEPCo ne sait toujours pas exactement où il est. Les robots envoyés dans l’enceinte de confinement pour le localiser n’ont tenu que quelques heures, sans succès. Les robots qui pourront aller rechercher ce corium n’existent pas encore.

En attendant, il faut continuer à le refroidir continuellement pour éviter une montée en température qui provoquerait des rejets radioactifs significatifs. L’eau qui y est versée se contamine avant de se mélanger à l’eau de la nappe phréatique dans les sous-sols des réacteurs. Toutes les mesures mises en place pour juguler les infiltrations et les fuites, allant de la construction de barrières souterraines au gel du sol tout autour des réacteurs accidentés, n’ont pas eu les effets escomptés. L’eau contaminée continue donc de s’accumuler dans des cuves à perte de vue.

Dans de telles conditions, qui accepterait de retourner vivre près de la centrale accidentée ? De facto, le taux de retour dans les territoires où l’ordre d’évacuer a été levé est seulement de 13%, soit 2 500 personnes. Outre les craintes que suscitent les réacteurs, il y a aussi un manque de services, commerces… et, surtout, un risque d’exposition aux retombées radioactives car les autorités japonaises s’accrochent la limite la moins protectrice des normes internationales.

Le Japon a beau avoir engagé un chantier pharaonique de décontamination, il ne vient pas à bout de la radioactivité. Alors, les autorités s’obstinent. Même dans les communes les plus contaminées, classées en zone de retour difficile, un petit centre devrait être installé pour que l’on ne puisse pas dire qu’elles ont été rayées de la carte. Le programme de décontamination à venir ne concerne que 5% de la surface. L’idéologie de la reconquête a même poussé les autorités à inscrire dans la loi que les 16 km2 de terrains tout autour de la centrale de Fukushima daï-ichi, qui vont recevoir 22 millions de mètres cubes de déchets radioactifs issus de la décontamination, seront rendus après 30 ans. Outre la folie de déplacer une nouvelle fois un tel volume, il n’y a aucun autre site d’accueil. Alors, qui peut croire que ces terrains seront rendus ?

Pas les populations qui, quand elles le peuvent, ont refait leur vie ailleurs. La fin des aides au logement pour les personnes qui sont parties d’elles-mêmes et la levée des ordres d’évacuer les plongent dans le désarroi. Le gouvernement pousse au retour, passant outre les directives de l’ONU sur les personnes déplacées à l’intérieur de leur pays qui leur garantissent protection, le droit de choisir entre le retour et une réinstallation, ainsi que leur pleine participation aux décisions.

C’est l’idéologie qui gouverne les tentatives de reconquête totale des territoires contaminés par la catastrophe de Fukushima, teintée de nationalisme et de foi en le nucléaire. Il y a aussi beaucoup d’argent en jeu. In fine, c’est la démocratie et les populations exposées qui en font les frais.

Entre l’abandon de vastes territoires et une politique de reconquête à tout prix, il y a un besoin impératif de rechercher une autre politique à l’écoute et au service des populations affectées. Qu’en serait-il en Europe après un accident grave ayant entraîné l’évacuation de territoires contaminés ?

Le rapport rédigé pour les cinq ans de la catastrophe, Fukushima cinq ans après, retour à l’anormale, disponible en anglais, reste d’actualité. Les données ont été mises à jour dans l’article sur les chiffres clé.

Fukushima 6 ans après : rapport de Greenpeace

Greenpeace vient de publier un rapport en anglais et en japonais sur la catastrophe de Fukushima intitulé « Pas de retour à la normale ». Il fait une étude des doses potentielles des habitants qui rentreraient dans les zones évacuées, avec un focus sur Iitaté-mura. Le communiqué de presse est aussi en anglais.

Le rapport se base sur de nombreuses mesures sur place et fait des évaluations de dose sur la vie entière. A noter que les mesures sur les échantillons ont été effectuées par le laboratoire citoyen Chikurin, fondé grâce au soutien de l’ACRO.

Les autorités ont prévu de lever l’ordre d’évacuer à la fin du mois de mars à Iitaté-mura, sauf dans les parties classées en zone de retour difficile, ainsi que dans le district de Yamakiya à Kawamata. L’indemnisation s’arrêtera dans un an. Cela concerne plus de 6 000 personnes à Iitaté qui font face à un dilemme, comme dans les autres territoires contaminés.

Greenpeace rappelle que la décontamination ne concerne que les zones proches des habitations et les cultures et que la forêt couvre 75% de cette zone montagneuse. Même dans les zones où les travaux de décontamination ont été effectués, les doses restent élevées. L’organisation a effectué des mesures de contamination des sols et de dose dans 7 habitations afin d’estimer l’exposition des personnes qui rentreraient. Cela varie entre 39 et 183 mSv sur 70 ans à partir de mars 2017. Cela peut dépasser la limite de 1 mSv/an qui est la limite de dose en temps normal et la dose totale de 100 mSv à partir de laquelle les autorités japonaises admettent qu’il y a augmentation du risque de cancer. Les doses prises au début de la catastrophe ne sont pas prise en compte dans ce calcul.

Par ailleurs, dans ses calculs, le gouvernement estime que le débit de dose est réduit de 60% dans les habitations grâce à l’effet d’écran des murs. Mais les mesures faites par Greenpeace dans une maison montrent que la réduction de l’exposition n’est pas aussi forte.

Toutes les données sont dans le rapport de Greenpeace.

2017, année du grand retour

En 2015, le gouvernement japonais a annoncé la levée de tous les ordres d’évacuation à la fin mars 2017, sauf dans les zones qualifiées de « retour difficile ». Le retour est espéré dans l’année qui suivra et l’indemnisation s’arrêtera en mars 2018. Pour les « auto-évacués », qui avaient quitté d’eux mêmes les zones contaminées, sans en recevoir l’ordre, ce sera la fin des logements gratuits mis à leur disposition. Les autorités espèrent aussi leur retour à Fukushima.

La motivation gouvernementale est double : il y a, bien entendu, le coût des indemnisations, mais aussi une décision prise sans concertation de reconquête totale des territoires contaminés, quel qu’en soit le prix, pour des raisons idéologiques.

La date approche et 2017 va être une année difficile pour toutes ces personnes concernées. Là où les ordres d’évacuer ont déjà été levés, le taux de retour reste faible (voir notre synthèse de mars 2016). Cela montre l’inadéquation de la politique gouvernementale par rapport aux attentes d’une bonne partie de la population (la dernière carte des zones d’évacuation est dans ce document, page 6). Selon le correspondant de l’Asahi à Iwaki, cette politique conduit les personnes concernées à se sentir « petites ». C’est leur dignité qui est en jeu.

Devant les instances internationales, le Japon promeut l’implication des parties prenantes, mais ne l’applique pas chez lui : le cadre d’action de Sendai pour la réduction des risques de catastrophe adopté lors de la troisième Conférence mondiale de l’ONU tenue à Sendai au Japon le 18 mars 2015, rappelle qu’« il est essentiel de permettre aux femmes et aux personnes handicapées de jouer publiquement un rôle de chef de file et de promouvoir des activités d’intervention, de relèvement, de remise en état et de reconstruction soucieuses de l’équité du traitement des hommes et des femmes et accessibles à tous. » On en est loin au Japon.

Comme l’accident est loin d’être terminé, une partie des populations concernées ne souhaite pas rentrer et fait de la résistance. Certaines familles, séparées, n’ont pas les moyens de payer un deuxième loyer loin de chez elles. Des fonctionnaires font donc du porte à porte pour leur expliquer qu’elles doivent libérer leur logement avant la fin mars. Ils téléphonent souvent. Selon des témoignages recueillis par le député Yamamoto et traduits en français par Nos Voisins lointain 3.11, cela s’apparente à du harcèlement.

Pour certaines familles, le retour signifiera un nouveau déplacement et une nouvelle déchirure : les enfants se sont intégrés dans leur nouvelle école, les parents ont retrouvé du travail, même précaire… Dans certains hameaux isolés, la vie ne sera pas possible si les voisins ne rentrent pas aussi. Tous savent que la vie dans leur lieu d’origine ne sera jamais comme avant. Même la partie de Minami-Sôma, qui n’a pas été évacuée durablement, est transformée depuis l’accident. C’est le cas aussi à Iwaki.

Selon le Fukushima Minpo, la province de Fukushima va donner la priorité aux personnes issues des zones où l’ordre d’évacuer a été levé pour les logements publics. A Fukushima, les logements gratuits du parc régional seront disponibles jusqu’en mars 2018 pour les personnes originaires des zones évacuées. Par pour les « auto-évacués ». Toujours selon ce même quotidien régional, la commune de Naraha, où seulement 10% de la population était rentrée un an après la levée de l’ordre d’évacuer, ne veut pas prolonger ce soutien.

Les zones de retour sont loin d’être accueillante. Le principal problème est lié à la pollution radioactive. La limite de dose retenue pour le retour est la plus élevée des recommandations internationales et n’est pas acceptée par une partie de la population, surtout les par les familles avec enfants. La dernière carte officielle de la contamination effectuée par hélicoptère a un an. Les dernières données de l’Autorité de régulation nucléaire sont plus récentes. Pour les zones situées à moins de 20 km de la centrale accidentée, c’est ici. Et puis, il y a tous ces déchets radioactifs qui s’accumulent, dont la gestion semble sans fin et pour lesquels de nouveaux problèmes surgissent.

L’année 2017 s’annonce donc très difficile pour les personnes déplacées de la catastrophe nucléaire.

La province de Fukushima a créé un site Internet en français

La province de Fukushima a commencé à traduire son site Internet en de nombreuses langues étrangères, dont le français. Le contenu reste maigre pour le moment, mais il devrait s’enrichir avec le temps. Il y a déjà, des données sur la contamination des aliments et sur l’évolution des zones évacuées. Certaines données sont en anglais ou espagnol…

On trouve aussi quelques données lacunaires sur la santé des habitants, la décontamination

« Zones de retour difficile » : pas de retour avant 2021

Les zones où l’exposition externe pouvait dépasser 50 mSv/an ont été classées en zone de « retour difficile » par les autorités japonaises. Elles couvrent une surface de 337 km2 et environ 24 000 personnes réparties dans 9 000 foyers y habitaient. L’accès y est interdit, sauf autorisation spéciale. Mais avec la décroissance naturelle et le lessivage des sols, les autorités espèrent pouvoir reconquérir ces zones à partir de 2021. Y aura-t-il encore des habitants pour rentrer ? Un sondage effectué par l’agence de reconstruction a montré que seulement 10% des habitants des quatre communes qui entourent la centrale de Fukushima daï-ichi souhaitent rentrer.

Au bout de 10 ans, par la seule décroissance radioactive, le césium-134, qui a une demi-vie de 2 ans, aura presque disparu. Il n’en restera que 3%. En revanche, il restera 80% du césium-137, qui lui a une demi-vie de 30 ans. Il représentait environ la moitié du césium rejeté. Le gouvernement prévoit d’entamer les travaux de décontamination à ce moment là. Aura-t-il trouvé une solution pour les déchets d’ici là ?

Si l’exposition externe passe en dessous de la limite de 20 mSv/an, il sera à nouveau permis d’y vivre. Cela concernera surtout les travailleurs de la centrale et les personnes qui leur fourniront des services. Cela signifie que le retour à la limite de 1 mSv/an, objectif à long terme des autorités japonaises, est encore à plus long terme…

Sept communes sont concernées. Le gouvernement va entamer des discussions avec les élus avant de prendre une décision au mois d’août prochain.

Microparticules vitreuses riches en césium autour de Fukushima

En février dernier, un article scientifique mentionnait la présence de microparticules vitreuses riches en césium autour de la centrale de Fukushima daï-ichi. Une communication à un congrès scientifique qui vient d’avoir lieu au Japon, permet d’en savoir plus (voir le résumé scientifique sur le site de la conférence et le communiqué repris par des sites scientifiques) sur ces particules qui peuvent atteindre la taille nanométrique.

Selon ces travaux, les retombées radioactives sur Tôkyô auraient été dominées par cette « suie vitreuse » formée lors de la fusion des cœurs des réacteurs. Ainsi, le césium radioactif retombé sur la capitale n’aurait donc pas été dissout dans l’eau l’eau de pluie. L’analyse de plusieurs filtres à air collectés à Tôkyô le 15 mars 2011 montre que 89% de la radioactivité était contenue dans cette « suie vitreuse ».

Une des conséquences est que la pollution n’aurait pas été emportée directement par les eaux de ruissellement et qu’il a fallu une action de nettoyage pour s’en débarrasser. Pour le principal auteur, cela justifie a posteriori l’intérêt des travaux de décontamination effectués à Tôkyô.

Les analyses ont montré que cette suie est surtout composée de nanoparticules qui auraient été formées lors de l’interaction du corium (cœur fondu) avec le béton des réacteurs accidentés. La concentration en césium peut atteindre 4,4×1014 Bq/kg.

Selon les auteurs de cette étude, ces découvertes imposent de revoir certaines hypothèses concernant les rejets en situation accidentelle ainsi que l’impact sanitaire de ces retombées sous forme de nano- et microparticules qui pourraient rester plus longtemps dans les poumons que du césium soluble.

 

La catastrophe de Fukushima n’est qu’un problème d’image

Quand l’agence de reconstruction, mise en place après mars 2011, communique sur son action à Fukushima, le titre de la présentation est : Eliminer l’impact d’une mauvaise réputation. La catastrophe nucléaire ne serait donc qu’un problème d’image !

En effet, tout va bien : la zone évacuée ne fait que 7% de la surface de la province de Fukushima et ailleurs, la vie y est « normale ». Les habitants inquiets apprécieront. Le débit de dose ambiant est inférieur à ce que l’on peut mesurer à Paris ou Shanghai.

Dans une vidéo du même acabit, mise en ligne en mars 2016, à l’occasion du cinquième anniversaire de la catastrophe, le ministère de l’industrie explique que le retour des habitants dans les zones où l’ordre d’évacuer a été levé « progresse en douceur ». La décontamination est montrée, mais l’on ne voit pas un seul déchet.

En ce qui concerne l’impact sanitaire, seules les prédictions du rapport de l’UNSCEAR sont mentionnées. Pas de crainte à avoir, donc. Pas un mot sur le nombre réel de cancers de la thyroïde qui est observé. A la fin de la vidéo, on a l’impression que la vie à Fukushima y est meilleure qu’avant la catastrophe…

C’est à ce demander pourquoi la population, qui souffre de son statut de personnes déplacées, préfère ne pas rentrer.

Ce genre de propos lénifiants sont repris en France par l’IRSN et le CEPN dans leur webdocumentaire « Kotoba » (qui signifie « mot » et pas « dialogue ») : pas de déchets radioactifs, pas de malade, pas de résidents qui ne veulent pas rentrer… Juste quelques petits soucis, mais en douze dialogues, tout est réglé !

Bref, les rapports de l’ACRO :

ne contiennent que des « rumeurs néfastes »…

Cartographie citoyenne de la pollution radioactive des sols au Japon

Les Japonais ont déjà fait de nombreuses cartographies de la pollution radioactive et dans certaines zones, à l’échelle locale, il n’y a que les données relevées par des initiatives citoyennes. Ces cartes sont basées sur le débit de dose ambiant.

Un collectif d’associations, auquel participe Chikurin, le laboratoire indépendant monté avec le soutien de l’ACRO à Tôkyô, avait déjà lancé une base de données sur la contamination de l’alimentation : Minna no data. Cette base de données est assortie d’un système d’assurance qualité et d’intercomparaisons pour toutes les stations de mesure qui y participent.

Ce collectif a lancé récemment une cartographie citoyenne de la pollution des sols, à l’instar de ce que l’ACRO a fait pour la pollution rémanente de Tchernobyl, 30 ans après. Au Japon, il s’agit d’apporter des informations complémentaires cartes basées sur le débit de dose. Une présentation succincte est disponible en anglais. C’est beaucoup plus complet en japonais, avec toutes les données déjà collectées. Il y en a déjà plus de 1 900.

Ce projet est ambitieux et sans précédent au Japon. Il y a bien eu, durant les premières années, une cartographie de la pollution des sols menée par des universités et instituts, mais cette fois-ci, la démarche est différente et va bien au-delà des 80 km autour de la centrale accidentée. Il a déjà permis de découvrir quelques points chauds. C’est à Iitaté que la valeur la plus élevée a été relevée pour le moment : 135 000 Bq/kg dans un sol de forêt près d’une habitation du district de Hiso.

Il y a peu de données à Gunma, Tochigi et Niigata car les agriculteurs craignent pour leur ventes.

Fukushima Nuclear Accident Archives

La Japan Atomic Energy Agency (l’équivalent du CEA) a créé une base de données, documents, articles, vidéo… sur la catastrophe de Fukushima et ses conséquences.