De l’iode-131 dans les égouts

Fukushima dairy note que les résultats de la surveillance de la contamination des boues de station d’épuration à Fukushima font apparaître une forte contamination en iode-131 au mois de mai. Cela monte jusqu’à 794,4 Bq/kg sec le 23 mai 2015. La contamination s’est maintenue à des niveaux significatifs jusqu’à la fin de mois. Les données pour juin ne sont pas encore publiques.

Il s’agit, fort probablement, de rejets liés aux applications médicales de l’iode-131. Cet élément, qui a une demi-vie de 8 jours, avait récemment été aussi détecté dans l’eau potable à Chiba. Les rejets hospitaliers devraient être mieux contrôlés.

 

L’ordre d’évacuer Naraha levé le 5 septembre 2015

Le gouvernement japonais voulait lever l’ordre d’évacuer la ville de Naraha avant o-Bon, qui est à la mi-août. Ce sera finalement le 5 septembre. Le ministre de l’économie en a informé le maire qui a accepté.

Le conseil municipal avait estimé que début août était trop tôt car toutes les infrastructures n’auront pas été rétablies. Elles le seront un mois plus tard ? Des navettes gratuites pour accéder aux centres de soin seront proposées. Une superette est ouverte depuis janvier dernier.

Il y a encore beaucoup de maisons à réparer après quatre années à l’abandon. Sans médecins et commerces, comment vivre sur place ? Les zones détruites par le tsunami n’ont pas été reconstruites. Bref, la décision gouvernementale paraît prématurée pour beaucoup d’habitants.

Les travaux de décontamination sont officiellement terminés depuis mars 2014, mais les habitants ne sont pas tous convaincus du résultat et s’inquiètent. Ils avaient réclamé plus en travaux en mai 2014. La contamination des boues du réservoir d’alimentation en eau potable continue à poser problème. La concentration en césium atteignait jusqu’à 18 700 Bq/kg en juillet 2014. Mais, pour le vice-ministre de l’économie, c’est un problème « psychologique ». La remarque a choqué, selon le Maïnichi, qui rapporte ces propos.

Il reste aussi des points chauds qui inquiètent les familles. Comment éviter que les enfants passent trop de temps à proximité ?

Toute la population de la commune, à savoir 7 401 personnes réparties dans 2 704 foyers, a dû évacuer en mars 2011. Les habitants peuvent déjà dormir chez eux depuis le 6 avril dernier, s’ils le souhaitent. Mais seulement 688 en ont fait la demande, dans 326 foyers. Le nombre de personnes qui dorment effectivement chez elles est encore plus faible.

Eau du robinet faiblement contaminée

Les dernières données officielles de contrôle de l’eau du robinet font apparaître une très faible contamination en césium dans les provinces touchées par la catastrophe. Même Tôkyô est affectée. Il n’y a qu’un point par province. Or, la situation doit être contrastée dans les provinces concernées, en fonction des captages qui sont plutôt en surface au Japon.

A noter qu’à Ichihara, dans la province de Chiba, il y a aussi de l’iode-131 dans l’eau du robinet. Cet élément a une demi-vie de 8 jours et ne peut pas provenir de l’accident à la centrale nucléaire. Il est couramment utilisé en médecine nucléaire et peut se retrouver dans les urines, puis les eaux usées quand les patients rentrent chez eux. Le captage a-t-il lieu en aval de la station d’épuration ? Où est-ce l’hôpital qui n’est pas équipé de cuves de rétention ? Il doit être facile de remédier à cette situation.

Contamination de la Baie de Tôkyô et de l’Océan Pacifique

La NRA a mis en ligne ses derniers résultats sur la contamination de la Baie de Tôkyô. Il n’y a que deux points de mesure. Pour l’eau de mer, les résultats sont du même ordre de grandeur que ce que l’on trouve au large de la centrale de Fukushima daï-ichi, dans le Pacifique. Voir d’autres résultats plus complets.

Les sédiments de la Baie de Tôkyô sont eux aussi contaminés à un niveau comparable à ce que l’on trouve au large de la centrale, dans le Pacifique (autres résultats).

Dans la Baie de Tôkyô, c’est uniquement le lessivage des sols qui a contribué à la contamination via les fleuves.

Nouvel institut de recherche à Fukushima

L’Institute of Environmental Radioactivity a été inauguré à l’université de Fukushima. Financé avec des fonds gouvernementaux, il va étudier le comportement de la pollution radioactive dans l’environnement. Il y a actuellement 13 chercheurs, dont neuf étrangers. Il est équipé de neuf détecteurs au germanium.

Problème des déchets

Le gouverneur de Fukushima et les maires de Futaba et Ôkuma doivent rencontrer le premier ministre pour lui transmettre leur accord pour les deux centres d’entreposage des déchets radioactifs issus de la décontamination.
Les négociations avec les 2 000 propriétaires des 16 km2 de terrain nécessaire vont pouvoir commencer. Certains sont toujours opposés au projet.
Il est toujours question d’un entreposage temporaire pour 30 ans, qui doit être inscrit dans la loi. C’est une absurdité et un vrai mensonge. Qui acceptera ces déchets dans 30 ans ? Les politiques n’ont aucune piste à proposer pour le moment. Ils n’ont pas réussi, avant la catastrophe, à trouver un site pour les autres déchets, comment y arriveront-ils après ?
Et puis, le volume est considérable : de 25 à 30 de millions de mètres cube. Une dizaine de stades de France remplis ! Le nombre de voyages en camion pour apporter ces déchets se compte en millions. Qui peut imaginer déménager tout cela dans 30 ans ?
Mais comme les autorités n’ont toujours pas reconnu officiellement qu’il y a des zones où les habitants ne rentreront pas, elles ne peuvent pas proposer un centre définitif.
Pour le moment, tout est mis dans des sacs plastiques qui ne résistent pas toujours avec le temps, sans traçabilité, répartis sur près de 54 000 sites. Comment cela va-t-il être repris, traité, emballé etc ? Aucune information à ce sujet dans les médias japonais.

Les déchets radioactifs empoisonnent aussi les autres provinces touchées par les retombées radioactives. A Chiba, des boues de station d’épuration et des cendres d’incinérateurs contaminées à plus de 8 000 Bq/kg de trois communes particulièrement exposées sont entreposées sur des terrains appartenant à la province. Le gouvernement doit proposer un site définitif, mais il n’y arrive pas à cause de l’opposition des riverains. Les autorités régionales ont donc demandé aux municipalités, Kashiwa, Matsudo and Nagaréyama, de reprendre leurs déchets si le gouvernement ne propose pas de solution avant mars 2015. Elles ont accepté. Il y en a 526 tonnes en tout.
La ville de Kashiwa va proposer un budget de 400 millions de yens au conseil municipal pour installer un centre où les 296 tonnes de déchets pourront être reprises par la suite. Mais le lieu n’a pas encore été trouvé et les riverains risquent de s’y opposer.

Contamination de la Baie de Tôkyô

La NRA a mis en ligne quelques résultats de mesure sur la contamination de la Baie de Tôkyô. Aussi bien l’eau de mer que les sédiments marins ont des niveaux de contamination similaires à ce que l’on peut trouver à 10 km de la centrale de Fukushima. C’est dû au lessivage des sols et à la concentration dans la baie presque fermée. Voir, à titre de comparaison, des résultats récents sur l’eau de mer au large de la centrale.

Plutonium dans les rivières

Une étude franco-japonaise sur la pollution au plutonium dans les sédiments des rivières vient de paraître. On trouve du plutonium partout à de faibles concentrations, suite aux essais nucléaires atmosphériques. Mais certains isotopes ont des demi-vies assez courtes. En regardant les ratios entre les différents plutonium, il est possible de dater les rejets et faire la part entre ce qui vient de la catastrophe de Fukushima, récente, et les essais nucléaires, anciens.
Du plutonium de Fukushima a été détecté dans tous les échantillons contrôlés, jusqu’à 45 km de la centrale, mais en très faible quantité. La plus forte contribution de l’accident nucléaire est de 60% du plutonium trouvé dans un échantillon. La concentration en césium dans ces mêmes échantillons est, quant à elle, beaucoup plus forte.
L’étude est ici, en accès payant.

Contamination des retenues d’eau

Avant la triple catastrophe, le barrage Ogaki à Namié alimentait 1 613 fermes ou 1 531 hectares de cultures dans le district d’Odaka à Minami-Sôma. Le barrage a été endommagé par le séisme et les sédiments contaminés par les rejets radioactifs. Namié et le district d’Odaka ont été évacués.
Les travaux de consolidation du barrage ont commencé en avril dernier et la décontamination du fond devrait commencer en octobre prochain.
La mairie de Minami-Sôma espère un retour des habitants à Odaka en avril 2016. Les eaux du barrage devraient pouvoir à nouveau servir à l’irrigation à partir d’avril 2017. Ce sera le premier parmi les dix barrages dédiés à l’agriculture de la zone évacuée qui sera réhabilité.
Mais le lessivage des sols va, à nouveau, contaminer les sédiments retenus dans le barrage. Les analyses de l’eau de surface a mis en évidence une absence de contamination décelable. Seules les eaux de surface seront donc utilisées. En cas de basses eaux ou de fortes pluies entraînant une forte turbidité, le barrage ne sera pas utilisé.

Shiga : inquiétudes pour le lac Biwa

La gouverneuse de la province de Shiga, où il y a le lac Biwa, le plus grand du Japon, qui alimente en eau potable 14,5 millions d’habitants, était opposée au redémarrage des réacteurs de la province voisine de Fukui. Que se passera-t-il en cas d’accident nucléaire avec l’alimentation en eau potable ?
Son deuxième mandat arrivant à son terme, elle a décidé de ne pas se représenter devant les électeurs. Son successeur, élu la veille, est Taizo Mikazuki, soutenu par le principal parti d’opposition au gouvernement et qui s’inscrit dans la continuation de sa prédécesseuse en terme de politique nucléaire. Une base militaire de la province a aussi un des enjeux de cette élection. Son principal challenger, soutenu par les partis de gouvernement, pensait gagner. Mais il a été battu d’une courte tête.
Evidemment, le gouvernement a annoncé que cette victoire n’allait pas changer sa politique nucléaire.