Redémarrage du réacteur n°3 d’Ikata

Shikoku Electric a commencé, à 9h, à redémarrer le réacteur n°3 de sa centrale d’Ikata dans la province d’Ehimé. Il utilise du combustible MOx et était à l’arrêt depuis 5 ans et 3 mois. La réaction en chaîne devrait débuter le 13 août matin, la production d’électricité, le 15 et le réacteur devrait atteindre sa pleine puissance le 22 août. Une bonne centaine de personnes ont manifesté leur opposition près de l’entrée de la centrale.

Deux autres réacteurs de la centrale de Sendaï dans la province de Kagoshima sont en fonctionnement et c’est tout. Ils devraient être arrêtés cet automne, après 13 mois d’exploitation. Le réacteur d’Ikata est le seul à utiliser du MOx, qui utilise du plutonium extrait des combustibles usés.

Ce réacteur est à 170 km de l’épicentre des séismes de Kumamoto. La ligne tectonique médiane qui va de Kyûshû à Honshû, passe à 5 km de la centrale. Elle est réputée inactive, mais depuis Kumamoto, de nombreux riverains sont inquiets. Selon un sondage local, 54% des habitants de la province sont opposés au redémarrage. Des groupes de citoyen ont déposé des plaintes auprès de trois tribunaux différents (Matsuyama, Hiroshima, Ôïta) pour obtenir la suspension de l’exploitation du réacteur, comme pour la centrale de Takahama.

Les plans d’urgence, jugés peu réalistes par de nombreux riverains, demeurent un problème majeur, bien qu’ils fassent partie intégrante de la sûreté dans le cadre de la défense en profondeur. Il y a 124 000 résidents dans un rayon de 30 km, dont 5 000 qui vivent sur une péninsule et qui pourraient pas pouvoir évacuer par la terre (voir le plan). Le gouverneur, en donnant son accord au redémarrage, a rejeté ces arguments, affirmant que le sol est solide autour d’Ikata. Ailleurs, il y a aussi de nombreux tunnels. Certains pourraient s’effondrer en cas de fort séisme, comme l’ont reconnu des experts.

Pour la péninsule, le gouvernement prévoit une évacuation par les airs et/ou la mer en cas de blocage. Cela risque de prendre beaucoup de temps alors que les rejets radioactifs peuvent intervenir rapidement, comme à Fukushima.

Le ministre de l’industrie a tenu à se féliciter en expliquant que ce réacteur avait redémarré après avoir « gagné la compréhension locale » (sic) et que c’était significatif du point de vue du programme de recyclage du plutonium. Du blabla sans intérêt et complètement déconnecté de la réalité. Les riverains sont, en majorité, opposés à ce redémarrage et le recyclage est une vue de l’esprit : le combustible MOx n’est pas retraité ensuite.

A moyen terme, si le réacteur n°2 de cette centrale est aussi remis en service, la piscine de combustibles usés sera pleine au bout de 6 à 7 ans. Et comme il n’y a pas d’autre entreposage de prévu pour le moment, il faudra à nouveau arrêter cette centrale…

Refaisons un petit bilan du parc nucléaire japonais :

  • Sur 54 réacteurs avant la catastrophe, 12 sont arrêtés définitivement.
  • Sur les 42 réacteurs restant, il y a eu une demande de redémarrage pour 26.
  • Sur ces 26 réacteurs, 5 sont autorisés à fonctionner, mais 3 sont exploités. L’exploitation des deux autres est bloquée par une décision de justice.
  • Trois réacteurs de plus de 40 ans satisfont aux nouvelles règles de sûreté, mais leur redémarrage nécessite des travaux importants qui vont prendre plusieurs années.

Bref, ce n’est pas très brillant.