Qui va payer la facture de la catastrophe nucléaire ?

Le coût des indemnisations, de la décontamination et de la gestion des déchets radioactifs devrait s’élever à 11 000 milliards de yens (85 milliards d’euros). Qui va payer ? Quelle part incombe à TEPCo et quelle part sera prise en charge pas les contribuables ?

Pour les indemnisations, c’est TEPCo qui paye, mais le gouvernement lui avance l’argent. Il y a déjà eu 47 versements pour un total de 5 879,7 milliards de yens (presque 45 milliards d’euros) et cela ne suffira pas. Quand TEPCo remboursera ? Personne ne sait. Comme il s’agit d’un prêt sans intérêt, les contribuables y seront de leur poche. Même à moins de 1% par an, cela fait une belle somme.

Le Maïnichi a essayé d’avoir une réponse précise pour ce qui concerne la décontamination, en vain. La réponse dépend des ministères ou agences, en fonction de l’interprétation des textes trop vagues. Les règles ont été établies en novembre 2013 par la coalition au pouvoir. Certains voulaient une loi instituant une prise en charge gouvernementale, mais face à l’opposition du public, il a finalement été décidé que « la gestion des opérations après que les plans actuels de décontamination aient été mis en œuvre sera considérée comme étant des travaux publics ». Le gouvernement a entériné cette décision en décembre 2013 et deux ans plus tard, on ne sait pas ce qu’inclut la « gestion des opérations ». Est-ce la décontamination non prise en compte dans les plans actuels ou d’autres travaux ? Cela dépend des élus : certains pensent que la décontamination est du ressort du financement public et d’autres qu’elle doit être à la charge de TEPCo, par principe. Il y a, par exemple, les travaux de décontamination des zones dites de « retour difficile » qui ne sont pas dans les plans actuels. Qui paiera ?

Le flou arrange TEPCo, bien-entendu. Dans un autre article, le Maïnichi explique que la compagnie refuse de payer tous les chantiers de décontamination qui ont été planifiés après décembre 2013. C’est le cas, en particulier, pour les zones de « retour difficile ». Des travaux de décontamination ont commencé durant l’été 2015 à Ôkuma. Il y en a pour 20 milliards de yens (153 millions d’euros). Pour le moment, c’est le ministère de l’environnement qui paye et comme le ministère de l’économie, du commerce et de l’industrie (METI) soutient TEPCo, il se peut que ce soit le contribuable qui paye in fine. Cela aurait dû être clarifié avant de lancer les travaux.

Les chantiers tests programmés avant décembre 2013 dans les zones de « retour difficile » ont bien été payés par TEPCo, mais pas la décontamination des routes, programmée après. D’autres communes ayant des zones de « retour difficile » réclament aussi une décontamination. Les coûts pourraient donc être beaucoup plus élevés.

Le gouvernement a décidé d’un budget de 32 000 milliards de yens (244 milliards d’euros) sur 10 ans pour des projets de réhabilitation qui n’inclut pas la décontamination. S’il devait payer cette dernière, la note augmentera.

Le ministère de l’environnement a déjà réclamé un total de 381 milliards de yens (3 milliards d’euros) à 12 occasions et à TEPCo a payé 350,5 milliards de yens (2,7 milliards d’euros).

Par ailleurs, le ministère de l’environnement a décidé de ne pas décontaminer les forêts. Pour le moment, cela n’a été fait que sur 20 m autour des zones résidentielles et dans les zones récréatives. La pollution radioactive reste en surface et serait peu transportée. Enlever cette couche superficielle ferait plus de mal que de bien aux forêts. Le coût serait démentiel, car les forêts couvrent près de 70% de la surface de la province de Fukushima.