De nouveaux incendies en zone contaminée

Alors que l‘incendie du mont Jûman (十万山), situé à Namié, en zone évacuée dite de retour difficile, dure depuis une dizaine de jours, de nouveaux incendies de forêt se sont déclarés dans le Tôhoku. Le Mont Jûman est situé dans une zone où l’ordre d’évacuer est maintenu à cause du niveau de contamination. Il n’y a toujours pas d’information à propos des retombées de cendres radioactives ni des doses prises par les pompiers.

Le 8 mai dernier, un autre incendie est parti de Aïzubange, toujours à Fukushima, mais en zone non évacuée, avant de se propager à la forêt voisine. Il serait dû à un barbecue et a détruit 8 bâtiments avant d’être éteint dans la matinée du 9 mai. La carte ci-dessous, adaptée de la cartographie officielle, montre les dépôts de césium dans la forêt de cette commune :

Aucune information n’est donnée à propos de cette contamination.

Lundi 8 mai, dans la province voisine de Miyagi, un feu de forêt a aussi détruit 5 hectares et onze bâtiments de la commune de Kurihara. Il pourrait être dû à un feu de camp. Près de 400 personnes ont dû être évacuées dont 130 enfants d’une école élémentaire. Le vent était trop fort pour permettre aux hélicoptères de larguer de l’eau sur les flammes. Le feu a pu être éteint dans la soirée, après huit heures d’intervention des pompiers.

Kurihara a aussi été contaminée par les retombées radioactives de la catastrophe de Fukushima, comme le montre la carte ci-dessous.

Les autorités voulaient y installer un centre de stockage de déchets radioactifs issus de la décontamination dans la forêt à Kurihara, mais elles ont fait face à une forte opposition des habitants.

Enfin, le 8 mai, un autre incendie a détruit près de 400 hectares de forêt à Kamaïshi, dans la province d’Iwaté. 348 personnes ont dû être évacuées car le feu s’est approché à 300 m des habitations. Il n’est pas encore éteint.

L’air est particulièrement sec en ce moment dans le Tôhoku, avec très peu de pluies.

L’incendie de forêt du mont Jûman continue

L’incendie de forêt du mont Jûman (十万山) dans la commune de Namié se poursuit depuis une semaine et il est très difficile d’avoir des informations, même pour les personnes résidant aux alentours. Qu’en est-il des cendres volantes ? Quel est leur niveau de contamination ? Jusqu’où retombent-elles ?

Personne n’a de réponse à ces questions, selon le site Nos Voisins Lointains. Comme nous l’avons déjà mentionné, Chikurin, le laboratoire créé au Japon avec le soutien de l’ACRO, continue ses prélèvements de poussières avec des associations locales, dont le projet de mesure de la radioactivité environnemental autour de la centrale de Fukushima daï-ichi, mais il faut attendre deux semaines environ pour avoir des résultats.

Incendie de forêt à Namié, en zone de « retour difficile »

Un incendie de forêt s’est déclaré le 29 avril dernier à Namié, suite à un éclair tombé sur la montagne Jûmanyama (十万山), dans un territoire fortement contaminé et classé en zone dite de « retour difficile ». 20 hectares de forêt auraient brûlé depuis. Le 1er mai, les pompiers luttaient toujours contre l’incendie.

Le site est à une dizaine de kilomètres de la centrale de Fukushima daï-ichi, qui n’est pas menacée. Voir la carte, adaptée de la cartographie officielle de la pollution radioactive :

Namié a fait l’objet d’une cartographie indépendante avec Chikurin comme partenaire, le laboratoire fondé avec le soutien de l’ACRO, mais elle ne couvre pas les zones de montagnes. Voir la carte en japonais, les explications et sa traduction en français sur le site de Nos Voisins Lointains 3.11.

Il n’y a, officiellement, aucune augmentation de la radioactivité ambiante dans la partie urbanisée de Namié. La balise fixe de Safecast située à Namié, ne met pas en évidence d’augmentation significative du débit de dose ambiant.

Chikurin et les associations locales ont étendu des linges à Namié pour collecter les poussières en suspension et mesurer leur radioactivité.

Voir les images sur le site du Maïnichi.

Feu vert de l’autorité de régulation nucléaire au démantèlement de 5 réacteurs nucléaires

En mars 2015, il a été décidé d’arrêter définitivement cinq réacteurs nucléaires suite à la catastrophe nucléaire de Fukushima au Japon. Il s’agit de Mihama 1 et 2 à Fukui et Tsuruga 1 à Fukui, Shimané 1 et Genkaï 1 dans la province de Saga. L’Autorité de Régulation Nucléaire, la NRA, vient d’approuver leur plan de démantèlement qui devrait durer une trentaine d’année. Les exploitants n’ont, pour le moment, aucune solution à proposer pour les déchets.

En mars dernier, la NRA avait, selon le Japan Times, repoussé son avis concernant ce démantèlement à cause des déchets engendrés. Les plans de gestion étaient conforment à la législation, mais l’Agence demandait des garanties supplémentaires afin de garantir la sûreté.

L’estimation des exploitants aboutit à un total de 26 820 tonnes de déchets radioactifs, sachant qu’il y a des seuils de libération au Japon en dessous desquels les déchets ne sont pas considérés comme radioactifs. Ces derniers représentent un total de 40 300 tonnes. Kansaï Electric s’est engagée à trouver une solution pour les déchets avant la fin du démantèlement… La province de Fukui, où sont situés les réacteurs de cette compagnie, ne veut pas de ces déchets.

A Tôkaï-mura, dans la province d’Ibaraki, où plusieurs installations étaient en démantèlement bien avant la catastrophe de Fukushima, les travaux prennent du retard faute de solution pour les déchets. Même les les déchets classés comme non-radioactifs n’ont pas de site de stockage. Il devrait en être de même pour les autres installations nucléaires.

Le coût total du démantèlement de ces 5 réacteurs est estimé à 178,9 milliards de yens (1,5 milliard d’euros).

La NRA est en train d’examiner le plan de démantèlement d’Ikata 1 (Ehimé) qui a été arrêté définitivement en mars 2016.

La Japan Atomic Energy Agency, quant à elle, a estimé que le démantèlement de son usine de retraitement de Tôkaï-mura dans la province d’Ibaraki lui coûterait 800 milliards de yens (6,6 milliards d’euros). Elle doit encore soumettre son plan à la NRA. L’Agence prévoit d’enfouir les déchets à différentes profondeurs en fonction de leur niveau de contamination, mais elle ne sait pas où. Le coût de ce stockage, inclus dans la somme totale, est estimé à 330 milliards de yens (2,7 milliards d’euros).

Le devenir des combustibles usés de ses réacteurs et tout aussi opaque et les exploitants japonais n’ont aucune solution à proposer. Cela pourrait ralentir sérieusement les travaux de démantèlement.

Pour le réacteur de recherche Fugen, la Japan Atomic Energy Agency envisage d’envoyer les 70 tonnes de MOx à l’étranger pour retraitement, mais l’on ne sait pas ce qui sera fait des matières extraites. Il s’agit surtout de gagner du temps, avec un vague espoir que tout reste à l’étranger… En France, les matières dites valorisables, non classées en déchets, ne doivent pas obligatoirement être renvoyées, même si elles ne sont pas valorisées. Le démantèlement de Fugen doit être fini en 2033 selon le calendrier de l’exploitant.

Pour Monju, la Japan Atomic Energy Agency doit encore proposer son plan de démantèlement. Elle n’a pas non plus de solution pour les 22 tonnes de MOx.

En ce qui concerne les réacteurs de production d’électricité, cela n’est pas mieux. Kansaï Electric a promis de retirer les 279 tonnes de combustibles usés des réacteurs 1 et 2 de sa centrale de Mihama avant 2035 et de les mettre en dehors de la province de Fukui, mais elle n’est aucun lieu d’entreposage. Kyûshû Electric doit retirer les 97,2 tonnes de son réacteur n°1 de Genkaï avant 2029, sans plus de solution non plus.

D’autres exploitants, comme la Japan Atomic Power et son réacteur Tsuruga 1 ou Chûgoku Electric pour Shimané 1 comptent encore sur l’usine de retraitement de Rokkashô-mura, mais l’usine n’a jamais démarré après plus de 20 reports. Même si l’usine démarrait, les perspectives de recyclage du plutonium sont quasi-nulles.

Ailleurs, le combustible usé attendra dans la piscine commune de la centrale le temps qu’il faudra. C’est le cas, par exemple de Fukushima daï-ichi où il y en a 2 130 tonnes.

Démission du ministre de la reconstruction après une nouvelle gaffe

Masahiro Imamura, ministre de la reconstruction, vient de démissionner après une nouvelle gaffe : il a dit que c’était une bonne chose que le tsunami frappe plutôt le Tôhoku que la région de Tôkyô. Les personnes concernées n’ont pas apprécié.

Ce n’est pas la première fois qu’il choque les victimes de la triple catastrophe : il avait comparé la reconstruction à un Marathon et affirmé que 30 km avaient été déjà parcourus. Certains élus locaux de Fukushima lui ont rétorqué que, par endroit, la ligne de départ n’avaient même pas été franchie.

Plus récemment, il a expliqué que les « auto-évacués » étaient responsables de leur décision quant à leur retour ou leur relogement. Et que si la politique gouvernementale ne leur plaisait pas, ils pouvaient porter plainte.

Un des collègues du ministre, membre du parti au pouvoir, a accusé les médias qui enregistraient tout et ne laissaient rien passer. Ces propos, qui ne sont pas les premiers, montrent pourtant un fort mépris envers les victimes.

Selon le Maïnichi, les réseaux sociaux se sont emparés de l’expression « Tôhoku de yokatta » (c’est bien que c’était le Tôhoku) et qui est devenu un hashtag déjà utilisé 130 000 fois sur Twitter le 26 avril à 20h.

Masayoshi Yoshino a été nommé à sa place par le premier ministre. C’est un élu local de Fukushima qui se présente lui-même comme victime du tsunami : sa maison et permanence ont été touchées. Il a immédiatement dit vouloir regagner la confiance des victimes de la triple catastrophe, estimant que les propos de son prédécesseur étaient inacceptables.

C’est le 7ième ministre de la reconstruction depuis 2011. Trois ont dû démissionner suite à un scandale.

Faire front au Front national

Sans démocratie, il n’y a pas d’expertise indépendante. De nombreuses associations tentent, au quotidien, de faire progresser le débat public, l’expression citoyenne ou les droits humains fondamentaux. Ce travail difficile est aujourd’hui menacé au niveau national, après l’avoir été par les mairies acquises par le Front national.

Marine Le Pen, candidate à la fonction suprême, représente un parti ouvertement xénophobe et nationaliste ; elle méprise la solidarité nationale et internationale et ignore la protection de l’environnement. Ce sont les valeurs qui guident l’action de notre association qui sont donc menacées.

Rien ne permet de justifier un vote pour un parti qui nie les droits humains si durement acquis. Il est inquiétant de voir certaines thèses de l’extrême droite reprises plutôt que combattues. Il est effrayant de penser que l’arme nucléaire puisse tomber entre des mains extrémistes.

L’ACRO n’a pas pour mission de s’immiscer dans le débat électoral, mais il y a péril en la demeure. Comme en 2002, elle appelle donc, à titre exceptionnel, chaque citoyen à penser aux valeurs démocratiques au moment de passer dans l’isoloir et rappelle, d’autre part, que le combat pour la démocratie ne se limite pas au vote.

Début des essais de réutilisation de terres contaminées

On le sait, les autorités ne savent pas quoi faire de la vingtaine de millions de mètres cubes de déchets radioactifs issus de l’immense chantier de décontamination des territoires contaminés de Fukushima. Comme personne n’en veut, le gouvernement veut « recycler » les sols sous la forme de fondation pour des ouvrages publics comme des routes, digues… sans se soucier de la perte de mémoire qui accompagnera cette dissémination.

Un essai doit débuter à Odaka, dans la commune de Minami-Sôma. Selon l’Asahi, un millier de sacs de terre contaminée à environ 2 000 Bq/kg vont être utilisées à côté d’un site d’entreposage afin de confirmer le confinement. Le tout sera recouvert de sol non contaminé.

Comment valider la procédure avec un tel essai, très limité dans le temps, qui utilise de la terre moins contaminée que la limite prévue de 8 000 Bq/kg, dans un environnement très contaminé qui rend difficile la détection de fuites ?

Le gouverneur de Saga approuve le redémarrage de Genkaï 3 et 4

En novembre dernier, l’Autorité de régulation nucléaire (NRA) avait jugé que les réacteurs n°3 et 4 de la centrale de Genkaï, exploitée par Kyûshû Electric dans la province de Saga, satisfaisaient aux nouvelles règles de sûreté introduites après la catastrophe à la centrale de Fukushima daï-ichi. L’avis avait alors été soumis à la consultation du public sur Internet pendant un mois et la NRA avait confirmé sa décision.

Sans surprise, le gouverneur de la province de Saga vient de donner son accord. Le maire de Genkaï avait déjà donné son accord le mois dernier, ainsi que l’assemblée régionale. Quatre communes sur les 8 situées à moins de 30 km de la centrale s’y sont opposé, mais elles n’ont pas voix au chapitre. Il s’agit d’Imari, Iki, Matsuura et Hirado.

La NRA doit encore effectuer des inspections après que l’exploitant ait terminé des travaux de renforcement de la résistance aux agressions externes. Il n’y aura donc pas de redémarrage avant l’automne.

Le réacteur n°3 a commencé à utiliser du combustible MOx à base de plutonium recyclé à partir de 2009. Le réacteur n°1 a été arrêté définitivement.

Il n’y a toujours que 3 réacteurs nucléaires en exploitation au Japon.

Par ailleurs, la NRA a approuvé le dossier de sûreté de l’usine d’enrichissement de l’uranium de Rokkashô mura dans la province d’Aomori.

63ième versement financier pour TEPCo

TEPCo annonce avoir reçu le 63ième versement financier de la part de la structure gouvernementale de soutien qui lui avance de l’argent pour les indemnisations : 38,2 milliards de yens (313 millions d’euros). Cet argent est prêté sans intérêt.

TEPCo a déjà reçu un total de 7 274,7 milliards de yens (60 milliards d’euros au cours actuel) et cela ne suffira pas.

TEPCo veut redémarrer 4 de ses réacteurs de Kashiwazaki-Kariwa entre 2019 et 2021

TEPCo prévoit de redémarrer au moins 4 des 7 réacteurs de sa centrale de Kashiwazaki-Kariwa, dans la province de Niigata, entre 2019 et 2021. La compagnie compte sur ces réacteurs pour rétablir sa situation financière, mais ce n’est pas gagné. A l’origine, elle comptait sur un premier redémarrage en 2014… Cette fois-ci, elle espère commencer par les réacteurs 7 et 6 en avril et mai 2019, puis par les réacteurs 1 et 5 en avril et mai 2021. Il n’y a pas de calendrier pour les 3 autres réacteurs.

Mais les problèmes demeurent pour cette centrale : TEPCo avait sous-estimé le risque de liquéfaction des sols en cas de séisme et la résistance aux séismes d’un bâtiment clé pour la sûreté. Ce dernier problème était connu depuis trois ans, sans que l’Autorité de Régulation Nucléaire n’en soit informée. Cette dernière l’avait donc rappelée à l’ordre sur ces sujets, considérant ces manquements comme inacceptables.

Le réacteur n°1 est situé sur une faille qui pourrait être considérée comme active, ce qui entraînerait son arrêt définitif.

Enfin, l’actuel gouverneur, comme son prédécesseur, est opposé à tout redémarrage et son mandat se termine en octobre 2020. Le 19 avril dernier, il a souligné, lors d’une conférence de presse qui a suivi une rencontre avec le président de TEPCo, qu’il faudrait plus de temps que prévu au comité qu’il compte mettre bientôt en place pour confirmer la sûreté de ces réacteurs.