Belgique : distribution de comprimés d’iode dans un rayon de 100 km

La Belgique va procéder, en 2019, à la distribution de comprimés d’iode dans un rayon de 100 km autour des centrales nucléaires, ce qui représente quasiment tout le pays. C’est 20 km actuellement. Le conseil des ministres vient d’approuver cette décision.

A titre de comparaison, c’est 50 km en Suisse et toujours 10 km en France, même si une extension à 20 km a été décidée.

Pour en savoir plus, lire nos études sur les plans d’urgence nucléaire en Belgique et en France.

Mise en place de l’installation pour retirer le combustible du réacteur n°3

Alors que la reconstruction du réacteur n°3 se poursuit, TEPCo nous gratifie de quelques images de l’arrivée et de la mise en place du pont roulant qui va servir à retirer les combustibles de la piscine. La pièce fait 72 tonnes.

Pour l’arrivée, la vidéo est sans le moindre intérêt. Il y a une autre vidéo montrant la mise en place sur le réacteur n°3 où l’on voit beaucoup de monde pour la mise en place. TEPCo ne donne aucune information sur les débits de dose au sommet du réacteur n°3, ni sur les doses prises lors de cette opération.

La piscine, située à 36 m au dessus du niveau du sol, contient 566 assemblages. Le retrait des combustibles devrait avoir lieu à partir du milieu de l’an prochain.

Seulement 90 enfants attendus dans les écoles d’Iitaté à la rentrée prochaine

742 enfants étaient scolarisés à Iitaté-mura avant la catastrophe nucléaire. Le village a été vidé de ses habitants jusqu’à la fin mars 2017, date de la levée des ordres d’évacuer. Selon le Fukushima Minpo, l’école devrait rouvrir à la rentrée d’avril 2018, mais les autorités locales n’attendent, selon une enquête récente, que 90 enfants. C’est à peine 12% des effectifs attendus, mais c’est 38 de plus que lors de la précédente enquête qui date d’août 2017.

A titre de comparaison, les établissements scolaires d’Iitaté, délocalisés à Kawamata et dans la ville de Fukushima, accueillent 139 enfants actuellement.

L’école fait tout pour séduire les parents, en vantant les faibles effectifs qui permettent un suivi plus personnalisé, des intervenants extérieurs et des uniformes dessinés par Hiroko Koshino, couturière célèbre.

Données complètes sur les doses prises par les travailleurs à la centrale de Fukushima daï-ichi

TEPCo a publié des données plus détaillées sur les doses prises par son personnel et ses sous-traitants à la centrale de Fukushima daï-ichi.

Il y a le document habituel avec les données pour les trois derniers mois, dont celles de septembre 2017, qui sont nouvelles (voir les données précédentes), pour les 8 653 personnes y ont été exposées aux rayonnements ionisants, 7 662 sous-traitants (89%) qui prennent l’essentiel de la dose. Le nombre de personnes exposées et les doses prises sont légèrement inférieurs aux mois précédents.

Depuis avril 2016, date de remise à zéro des compteurs, 17 658 personnes ont été exposées aux rayonnements ionisants à la centrale de Fukushima daï-ichi, dont 15 806 sous-traitants (90%). 613 personnes ont reçu une dose supérieure à 50 mSv, tous sous-traitants, avec un maximum à 55,39 mSv.

Dans ce document, TEPCo donne aussi la répartition par classe d’âges sur cette même période,

Âges 18-19 20-29 30-39 40-49 50-59 60-69 70 et plus
Nombre 48 1 871 3 249 5 297 5 001 2 137 55
% 0,27 10,6 18,4 30,0 28,3 12,1 0,31

ainsi que les doses prises par classe d’âges.

La compagnie fournit aussi les doses prises mois par mois depuis le début de la catastrophe, sachant que pour le premier mois, il s’agit d’évaluation grossière car il n’y avait pas un dosimètre par personne et que l’exposition interne a aussi été mesurée très tardivement. On trouve aussi les données année par année, pour l’exposition externe, à la peau et à la cornée.

Evacuation impossible en cas d’accident à Ikata : solution alternative irréaliste

La centrale de nucléaire d’Ikata, sur l’île de Shikoku, dont le réacteur n°3 a été remis en marche, est située sur une péninsule (voir le plan). 4 700 personnes vivent sur cette péninsule et pourraient pas pouvoir évacuer par la terre en cas d’accident nucléaire grave. Par ailleurs, des abris d’urgence situés dans un rayon de 30 km seraient vulnérables aux glissement de terrain.

Shikoku Electric Power Co. a trouvé la solution : installer des dômes gonflables avec filtres à air dans des gymnases pour abriter les populations qui ne pourraient pas évacuer. Dans son communiqué de presse, la compagnie vante ses « clean air domes » :

La compagnie, en accord avec les autorités locales, compte mettre 250 personnes dans ces trois dômes faisant 15×25 m2 chacun pour une durée pouvant aller à une semaine, selon l’Asahi. Cela fait 4,5 m2 par personne ! La maintenance sera effectuée par la compagnie et la nourriture sera fournie par les communes.

Rester une semaine entassés dans un tel dôme, sans lumière du jour, il y a de quoi devenir fou. Huit dômes sont prévus pour le moment, avec une capacité totale de 600 personnes, alors qu’il y a 4 700 habitants sur cette péninsule.

Cette solution, complètement irréaliste, est un aveu que l’évacuation par les airs et/ou la mer en cas de blocage, prévue pas les autorités, n’est pas plus réaliste.

La taille et la croissance des singes de Fukushima affectées

La revue scientifique Scientific Reports de Nature vient de publier un article en libre accès sur des singes de la ville de Fukushima, situés à 70 km de la centrale nucléaire accidentée. Les auteurs ont mesuré les dimensions de 62 fœtus de macaques japonais et les ont pesés : 31 conçus avant la catastrophe nucléaire et 31 après. Il apparaît que les 31 fœtus conçus après ont une boîte crânienne plus petite par rapport à leur taille que ceux conçus avant et un poids plus faible.

Ces retards de croissance peuvent être dû au régime alimentaire des mères, mais les chercheurs n’ont trouvé aucune différence dans leur indice de graisse corporelle. Ils signalent qu’une modification du climat ou des nutriments pourrait avoir un impact, même si cela n’est pas mesuré, mais il n’était pas possible de trouver des singes abattus dans des zones voisines non-contaminées. Il n’y que dans la ville de Fukushima que des centaines de singes sont abattus.

Même si cette étude n’apporte pas de preuve définitive, les auteurs ne voient pas d’autre cause que la radioactivité pour expliquer ces retards de croissance. La quantité de césium dans la chaire des mères a été mesurée, toutes étaient contaminées à des niveaux très variables.

Comme nous l’avions déjà rapporté, cette même équipe de chercheurs avaient déjà montre que le système immunitaire des singes avait été affecté.

A noter que les singes de la ville de Fukushima ne souffrent d’aucun stress post-traumatique lié à la catastrophe nucléaire…

3ième livre blanc de l’UNSCEAR sur Fukushima

L’UNSCEAR, qui est le Comité scientifique des Nations Unies sur les effets des radiations, vient de publier son troisième livre blanc sur la catastrophe de Fukushima.

Il s’agit essentiellement d’une revue de la littérature scientifique dans des revues à comité de lecture à partir de la sélection de quelques articles. Les choix sous-jacents à la sélection des articles n’est pas expliquée et c’est forcément une source de biais scientifique dans les conclusions du rapport. Par ailleurs, ce livre blanc ignore toutes les mesures et les études faites par des laboratoires citoyens.

Il note, cependant une absence d’évaluation scientifique de la décontamination. Il est temps de se poser la question, maintenant que c’est presque terminé, à l’exclusion des zones qualifiées de « retour difficile ».

Autrement, ce rapport n’apporte pas grand chose.

Voir Futaba la nuit

La ville de Futaba, presque entièrement située en zone de retour difficile demeurent donc évacuée. Si les habitants peuvent obtenir une autorisation pour retourner dans leur ancienne maison, il est interdit d’y passer la nuit. L’Asahi a mis des caméras en plusieurs lieux en une nuit de pleine lune afin de voir Futaba, la ville fantôme, de nuit.La vidéo est sur le site du quotidien.

Les commentaires sont en japonais.

Ouverture du centre d’entreposage des déchets radioactifs sans solution pérenne

Le vaste chantier de décontamination du Japon devrait engendrer environ 22 millions de mètres cubes de déchets radioactifs après incinération des déchets organiques. Voir notre reportage de 2016 sur le sujet. Ces déchets doivent être entreposés temporairement sur un centre de 16 km2 tout autour de la centrale de Fukushima daï-ichi en attendant de leur trouver une solution pérenne.

Alors que les travaux de décontamination sont presque terminés, sauf dans les zones dites de « retour difficile », le ministère de l’environnement vient d’ouvrir officiellement l’ « Installation d’entreposage provisoire ». Légalement, ces déchets ne doivent y rester que 30 ans, mais les habitants des deux communes concernées, Futaba et Ôkuma, n’y croient pas et pensent que cela va devenir un centre de stockage définitif. Le coût de ce centre est estimé à 1 100 milliards de yens (8,5 milliards d’euros).

Selon le dernier bilan officiel relatif à la décontamination et aux déchets engendrés, daté d’octobre 2017, les travaux de décontamination sont terminés dans la zone évacuée, sauf pour la partie dite de retour difficile. C’est le gouvernement qui était directement en charge des travaux dans ce qu’il a appelé en anglais la Special Decontamination Area (SDA). Voir la carte officielle :

Le gouvernement a provisionné environ 1 300 milliards de yens (10 milliards d’euros) pour la décontamination de cette zone qui a impliqué 13 millions de travailleurs et engendré 8,4 millions de mètres cubes de sols contaminés à stocker auxquels s’ajoutent les autres déchets.

Ailleurs, dans les zones non évacuées que le Japon a qualifié en anglais d’Intensive Contamination Survey Area (ICSA), ce sont les communes qui avaient la charge des travaux. La décontamination n’y est pas encore terminée, mais les chiffres sont tout aussi pharaoniques : 17 millions de travailleurs et 7,2 millions de mètres cubes de sols contaminés à gérer, dont 6,8 viennent de Fukushima, pour un coût total d’environ 1 700 milliards de yens (13 milliards d’euros). Sur les 92 communes concernées, 84 ont terminé les travaux de décontamination. Ils sont terminés dans toutes les provinces, sauf à Fukushima, où ils sont terminés à 90%. Seules 8 communes sont encore concernées. Voir la carte officielle :

On arrive à un total de 30 millions de travailleurs, ce qui paraît peu plausible, même s’il y a les mêmes chiffres sur ce document en japonais (p. 14). Ce doit être le nombre de contrats de travail, sachant qu’ils étaient tous en CDD. Cela fait toujours beaucoup de monde : en comptant 30 contrats par personne, on arrive à 1 million de travailleurs ! Il est étonnant que les autorités ne connaissent pas le nombre de travailleurs engagés dans les travaux de décontamination alors qu’elles sont supposées enregistrer les doses de radiation prises.

Il y a eu de nombreux scandales sur les chantiers de décontamination, avec de nombreuses violations du droit du travail. Rien dans le rapport officiel à ce sujet, si ce n’est que les autorités ont collé des auto-collants sur les casques des travailleurs avec un message de remerciement dessiné par des enfants dans le cadre de la campagne des « casques thanks »…

Paradoxalement, même si ces travaux de décontamination sont presque terminés, à l’exclusion de la zone de retour difficile, les autorités n’ont pas fait évoluer les chiffres relatifs au volume de déchets attendus qui sont les mêmes depuis des années : 22 millions de mètres cubes après incinération des déchets organiques, dont 20 millions de mètres cubes de sols. Le volume de cendres radioactives devrait être d’environ 1,5 millions de mètres cubes.

Pour la seule province de Fukushima, il y aurait déjà 15 millions de mètres cubes de sols contaminés répartis sur 150 000 sites. Les déchets des autres provinces doivent y rester, même si les autorités ne trouvent pas de site de stockage.

Pour ce qui est de l’installation d’entreposage provisoire (Interim Storage Facility ou ISF) que le gouvernement vient officiellement d’ouvrir, seulement 40% des 16 km2 (ou 1 600 hectares) de terrains ont pu être achetés. Sur les 1 810 propriétaires identifiés, 1 139 ont accepté de vendre ou de louer leur terrain, pour une surface totale de 624 hectares.

Les autorités y ont déjà transféré environ 230 000 m3 de sols contaminés à titre expérimental durant l’année 2016, soit environ 38 000 voyages en camions, et devrait y transporter le double en 2017. Elles estiment que le volume transféré sera compris entre 5 et 12,5 millions de mètres cubes en 2020, année des Jeux olympiques. cela fait entre 1 et 2 millions de transports par camion…

Pour la suite et le stockage définitif des déchets en dehors de Fukushima, c’est toujours aussi flou, même si tout doit être prêt pour 2045. Les autorités devraient présenter en 2018 leur stratégie de « recyclage » qui va consister à réutiliser les terres qui ont moins de 8 000 Bq/kg pour des travaux de construction. Cette solution inquiète tout le monde. Les experts consultés avaient émis des réserves, mais le ministère est passé outre. Même l’Autorité de Régulation Nucléaire a, en janvier 2017, émis des réserves et a demandé des garanties. Mais cette solution permettrait d’économiser 1 500 milliards de yens (11 milliards d’euros)… Les premiers essais ont débuté en février 2017.

Extension de la durée de vie de 20 ans envisagée pour le réacteur Tôkaï 2

La Japan Atomic Power Co est une filiale des grandes compagnies d’électricité japonaises qui avait trois réacteurs nucléaires en activité en 2010 : deux à Tsuruga, dans la province de Fukui et un à Tôkaï-mura, dans la province d’Ibaraki. Le réacteur Tôkaï-2, mis en service le 28 novembre 1978, doit être mis à l’arrêt définitif au bout de 40 ans, conformément à la loi sur l’énergie post-Fukushima, sauf si une demande d’extension de 20 ans de la durée de vie est déposée avant le 28 novembre 2017.

La Japan Atomic Power Co envisage sérieusement de déposer un tel dossier de demande, malgré les nombreux obstacles et difficultés techniques. Il s’agit d’un réacteur à eau bouillante de 1 100 MWe, comme à Fukushima daï-ichi, qui a échappé de peu à l’accident grave en mars 2011. Un des trois diesels de secours a été inondé par le tsunami. Si la hauteur de la vague avait eu 70 cm de plus, il se peut qu’il eut alors été impossible de refroidir le réacteur. Cela aurait pu résulter en un accident grave. En mars 2011, il a aussi fallu trois jours et demi à l’exploitant pour mettre ce réacteur à l’arrêt.

Tôkaï-2 fait partie des vieux réacteurs qui ont des kilomètres de câbles électriques inflammables, désormais interdits. Il faut aussi installer un nouveau système de refroidissement de secours, comme devrait l’exiger l’Autorité de Régulation Nucléaire pour les réacteurs à eau bouillante. Le projet d’exigence, qui consiste en l’installation d’un système de refroidissement du bas de l’enceinte de confinement afin de réduire la chaleur et les gaz émis par le corium après un accident de fusion du cœur, est actuellement soumis à la consultation du public. En effet, les réacteurs à eau bouillante ont une enceinte de confinement plus petite que ceux à eau sous pression et résistent donc moins bien à une fusion du cœur. Comme nous l’avons déjà signalé, TEPCo l’a déjà installé sur ses réacteurs n°6 et 7 de Kashiwazaki-Kariwa, situés à Niigata. Selon l’Asahi, la Japan Atomic Power Co a décidé de faire de même à Tôkaï-2.

Par ailleurs, il y a près d’un million d’habitants dans un rayon de 30 km, dont la ville de Mitô, capitale de la province. L’installation n’est qu’à 120 km de Tôkyô. Il est donc très difficile d’établir un plan d’urgence nucléaire et nombre d’élus locaux sont opposés à ce redémarrage.

Il n’est pas sûr que la compagnie ait les moyens financiers de couvrir les coûts de renforcement de la sûreté du réacteur Tôkaï-2. Mais ce réacteur est son seul espoir de redémarrage. Tôkaï-1, mis en service en 1966, est à l’arrêt définitif depuis 1998. Tsuruga-1 fait partie des 8 réacteurs mis à l’arrêt définitif après la catastrophe nucléaire de Fukushima. Quant à Tsuruga-2, il est sur une faille sismique considérée comme active par l’Autorité de Régulation Nucléaire, même si la Japan Atomic Power Co conteste cet avis. Son redémarrage n’est donc pas autorisé.

Sans l’extension de la durée de vie de Tôkaï-2, la Japan Atomic Power Co perd tous ces réacteurs et n’a plus raison d’être. C’est donc la faillite. Selon l’Asahi, elle estime que le renforcement de la sûreté de Tôkaï-2 lui coûtera 180 milliards de yens (1,4 milliard d’euros). Il faut encore ajouter les coûts liés à l’extension de la durée de vie.

Cette décision de demander l’extension de la durée de vie de cette centrale est donc complètement folle et probablement même pas rentable. Kansaï Electric a, dans une situation analogue, décidé d’arrêter définitivement deux réacteurs. Mais la Japan Atomic Power Co ne veut pas prendre la responsabilité de tout arrêter et tente de reporter la responsabilité de sa faillite sur l’Autorité de Régulation Nucléaire.