Naraha : l’ordre d’évacuer est levé mais les problèmes demeurent

Comme annoncé, le gouvernement japonais a levé l’ordre d’évacuer la commune de Naraha, située à moins de 20 km de la centrale de Fukushima daï-ichi. Cet ordre avait déjà été levé dans le district de Miyakoji à Tamura et dans une partie de Kawauchi. Mais c’est la première fois que cela concerne une commune entière. Il y a 6 autres communes entièrement évacuées.

Il y a encore 7 368 habitants officiellement enregistrés dans la commune, répartis dans 2 694 foyers. 80% vivent à Iwaki, à une trentaine de kilomètres. Selon des sondages, 46% souhaitent rentrer. Mais, après que le gouvernement ait autorisé les habitants à dormir chez eux pendant de courts séjours afin préparer leur retour, seulement 780 ont fait la demande en tout, pour 351 foyers.

Une cérémonie a été organisée pour l’évènement, avec seulement entre 100 et 200 personnes, selon les médias, dont de nombreux officiels. La veille, 3 000 lanternes ont été allumées pour les victimes des séisme et tsunami de 2011. Le projet de reconstruction a été présenté et un arbre de l’espoir (kibô no ki) a été planté par des enfants. Force est de constater que la population ne se bouscule par pour rentrer, ni pour fêter l’évènement.

Ce sont surtout les personnes âgées qui souhaitent renter. Une partie de la population de Naraha a refait sa vie ailleurs.

La radioactivité résiduelle est une préoccupation importante pour les familles avec enfants. Rappelons que la limite fixée pour le retour correspond toujours à une dose annuelle de 20 mSv, si l’on reste 8 heures par jour à l’extérieur. C’est la limite pour les travailleurs du nucléaire en France et cela s’applique aux enfants de Fukushima, même les plus jeunes. La commune avait demandé une décontamination plus complète. Les négociations ont été difficiles et la levée d’ordre d’évacuer repoussée plusieurs fois. La contamination des boues d’un réservoir (Kido), qui sert à l’alimentation en eau potable, est une source d’inquiétude.

Des dosimètres vont être distribués afin que chacun puisse apprendre à faire attention pour que la dose reçue soit nettement inférieure à la limite. L’eau du robinet va être contrôlée en continu, 24h/24.

L’eau et l’électricité ont été rétablies, mais il manque encore de nombreux services. Une zone commerciale avec services est prévue à l’Est de la gare Tatsuta. Cette « compact town » a été présentée lors de la cérémonie. Un supermarché propose des livraisons gratuites. Un autre devrait ouvrir devrait ouvrir en 2016, ainsi qu’un magasin de bricolage. En attendant, il n’y a que deux superettes (convenience stores) et un supermarché.

Parmi les problèmes qui restent à résoudre, il y a le manque crucial de structures de soin. Avant l’accident nucléaire, le district de Futaba qui inclut Naraha ainsi que quatre autres communes entièrement évacuées et Kawauchi et Hirono, partiellement évacuées, avait 54 hôpitaux et cliniques pour 72 800 habitants, dont 3 hôpitaux avec un service d’urgences secondaires. Il n’y a plus que 5 hôpitaux et cliniques sans service d’urgence pour une population 10 fois moindre. En 2010, 63% des urgences restaient dans le district. Ce n’était que 23% en 2014. Les autres sont envoyés à Kôriyama ou Iwaki. En 2010, une ambulance mettait, en moyenne, 37 minutes pour arriver. C’était 55 minutes en 2014.

Les cliniques attendent le retour des habitants avant de reprendre leurs activités et certains habitants attendent que les cliniques rouvrent… Une clinique devrait ouvrir au centre de la commune en octobre prochain, une autre à partir de février prochain.

Les deux écoles et le collège devraient rouvrir en avril 2017, qui correspond à la rentrée. En attendant, elles restent à Iwaki.

L’apparence de la ville a beaucoup changé. Un tronçon du réseau ferroviaire est toujours hors d’usage, avec des herbes. Des maisons tombent en ruines après plus de quatre années à l’abandon et des bandes de sangliers rôdent dans les rues la nuit. La partie le long de la côte est toujours détruite et des rizières sont couvertes de sacs en plastique noir pleins de déchets radioactifs issus de la décontamination.

Plusieurs compagnies impliquées dans la sécurisation des réacteurs accidentés de la centrale de Fukushima daï-ichi se sont installées à Naraha. Il y a environ 1 000 travailleurs qui y résident temporairement et qui fréquentent les rares commerces. C’est plus que les habitants qui sont revenus préparer leur retour.

Les finances de la commune sont aussi une source d’inquiétude. La centrale de Fukushima daï-ni rapportait beaucoup. Même si elle n’est pas officiellement arrêtée définitivement, elle ne redémarrera jamais. Le déclin de la population rend les investissements difficiles. Les 8 communes du district de Futaba pourraient fusionner dans l’avenir. Mais l’ordre d’évacuer de certaines parties, classées en zones de « retour difficile », devrait rester en place longtemps encore.

Pourtant, pour plusieurs médias francophones, la commune serait « redevenue habitable ce samedi »… Et d’ajouter que « les autorités estiment en effet que le niveau d’exposition à la radioactivité […] est revenu à un seuil inférieur à 20 millisieverts par an. Ce niveau permet en théorie aux habitants d’y revivre presque normalement, même si la décontamination n’est ni pas intégrale. » Qui irait y vivre « presque normalement » ?

A Fukushima, il y a encore 70 000 personnes qui ne sont pas autorisées à vivre chez elles à cause de la pollution radioactive.

Quelques résultats sur des analyses de sols effectués par un laboratoire indépendant basé à Iwaki sont disponibles en anglais.