Les électriciens japonais rêvent toujours de nucléaire

Le mois de juin est marqué par les assemblées générales des actionnaires des grandes compagnies d’électricité au Japon. Comme tous les ans, des actionnaires ont déposé, en vain, des résolutions pour demander de se passer du nucléaire. Lors de l’assemblée de Kansaï Electric, le maire de Kyôto a pris la parole pour demander un tel changement de politique énergétique. Un autre actionnaire a souligné le risque lié à la chute d’un missile balistique Nord-coréen, mais les dirigeants ne veulent rien entendre. Ce sont les profits à court terme qui sont mis en avant.

Pour le moment, il n’y a toujours que 5 réacteurs en activité sur 42 restant. 12 ont été détruits ou arrêtés définitivement depuis 2001. Et le contexte national et international n’est pas en faveur d’un redémarrage rapide du parc.

Selon l’Asahi, Heita Kawakatsu, le gouverneur de la province de Hamaoka qui vient d’être réélu pour un troisième mandat, a fait savoir son opposition au redémarrage de la centrale du même nom. Elle avait été arrêtée en mai 2001, sur ordre du premier ministre, en raison de sa proximité avec une faille sismique importante (Nankaï). Le gouverneur n’avait pas pris position durant la compagne électorale et a fait connaître sa position lors d’une conférence de presse le 27 juin dernier, deux jours après le scrutin.

Légalement, les gouverneurs n’ont pas leur mot à dire sur la remise en service d’un réacteur nucléaire, mais la compagnie Chûbu Electric a signé un accord avec les autorités locales.

La Corée du Sud vient de décider de sortir du nucléaire, en arrêtant définitivement le réacteur le plus ancien du pays et le chantier de deux réacteurs en construction. Pour justifier cette décision, le nouveau président, Moon Jae-in, a évoqué la catastrophe de Fukushima et ses conséquences. Un choc pour les autorités japonaises qui, elles, veulent relancer le nucléaire malgré Fukushima. Le président coréen a notamment rappelé que la catastrophe nucléaire avait engendré 1 368 décès à la date de mars 2016, ce qui a provoqué l’ire des autorités japonaises qui ont ressorti leur expression préférée : « rumeurs néfastes ».

Pourtant, le nombre officiel de décès dus à la dégradation des conditions de vie (aggravation de la maladie, suicides…) est de 2 099 à Fukushima, au 28 novembre 2016 (source).

En attendant, un convoi de combustible MOx s’apprête à quitter la France pour la centrale de Takahama qui vient à peine d’être remise en service. Selon Areva, ce transport partira de Cherbourg et sera réalisé par les navires spécialisés Pacific Egret et Pacific Heron, de la compagnie maritime britannique PNTL (Pacific Nuclear Transport Limited) . Selon Greenpeace, le convoi, de 8 tonnes, partirait le 5 juillet 2017.

Le gouvernement japonais rêve toujours d’une politique plutonium, malgré les problèmes insurmontables engendrés et l’absence d’intérêt économique ou en terme de gestion des déchets. Le démantèlement de la première usine de retraitement japonaise, située à Tôkaï-mura, devrait coûter 1 000 milliards de yens (8 milliards d’euros) et prendre 70 ans, sans qu’il y ait de solution pour les déchets engendrés. Et les coûts de maintenance sont de 5 à 6 milliards de yens par an (40 à 50 millions d’euros). Le gouvernement devrait prendre une partie de ces coûts à sa charge. Il ferait mieux de ne pas démarrer sa nouvelle usine de Rokkashô-mura…

Par ailleurs, l’Autorité de Régulation Nucléaire vient d’approuver le plan de démantèlement du réacteur n°1 d’Ikata dans la province d’Ehimé. Le plan de démantèlement a déjà été approuvé pour 5 autres réacteurs au Japon depuis 2001. Shikoku Electric estime à 25 ans le temps pour mener à bien le chantier qui devrait générer 3 000 tonnes de déchets radioactifs et 39 000 tonnes de déchets non classés pour leur radioactivité.