En mars 2011, le président de TEPCo a interdit d’utiliser le mot « fusion du cœur »

En mars 2011, TEPCo et le gouvernement n’ont pas utilisé l’expression « fusion du cœur » (meltdown) pour caractériser les accidents en cours dans les réacteurs 1 à 3 de la centrale de Fukushima daï-ichi. Il n’était question que « d’endommagement du combustible » avec même un pourcentage. Ce n’est que le 15 mai 2011 que TEPCo a finalement reconnu qu’il y avait eu fusion du cœur dans les réacteurs 1, 2 et 3.

Cinq ans plus tard, TEPCo a affirmé avoir découvert que son propre manuel d’urgence disait qu’une fusion a eu lieu si au moins 5% du combustible a fondu. Cinq ans pour lire un manuel d’urgence… Face au scandale, TEPCo a diligenté une enquête interne confiée à un tiers. Il ressort du rapport, basé sur des entretiens avec une soixantaine d’employés de la compagnie et qui vient d’être présenté à la presse, que le Président de la compagnie de l’époque a ordonné de ne pas utiliser l’expression « fusion du cœur ».

Cela a eu lieu le soir du 14 mars 2011, alors qu’un vice-président allait participer à une conférence de presse. Masataka Shimizu, alors président, lui aurait interdit d’utiliser cette expression, en expliquant qu’il s’agissait d’une instruction du cabinet du premier ministre. Un membre du gouvernement n’aurait pas apprécié, le 12 mars 2011, que TEPCo montre une photo du réacteur n°1 détruit par une explosion hydrogène sans en avoir informé le gouvernement au préalable. Le Président Shimizu aurait alors reçu l’instruction du cabinet du premier ministre que toutes les informations rendues publiques devaient être validées par la cellule de crise gouvernementale.

Ainsi, concernant l’affaire de l’utilisation de l’expression « fusion », le rapport des trois juristes mandatés par TEPCo dit : « Compte tenu de ces faits, il est vraisemblable que le Cabinet du Premier ministre a demandé Shimizu faire attention avant d’admettre une fusion en en public. » Mais, le gouvernement de l’époque n’a pas été interrogé et l’on ne sait pas qui aurait donné cet ordre à TEPCo. Cela demande donc des investigations supplémentaires. En revanche, l’ordre donné au vice-président Sakae Muto est confirmé.

Le président de la commission d’enquête a expliqué à la presse qu’il était difficile pour TEPCo d’utiliser l’expression « fusion du cœur » alors que les autorités ne l’utilisaient pas. c’est un peu court comme argument, car TEPCo est responsable de ses installations et de l’information sur l’état de ses réacteurs. Il est aussi incompréhensible que personne, parmi les experts officiels, n’ait contredit la compagnie à ce propos.

Pour le moment, il n’y a rien en anglais sur le site de TEPCo. Pas très surprenant. Quant aux commentaires en japonais du PDG actuel ne sont que du blabla lénifiant. Le rapport est ici en japonais.

Le premier ministre de l’époque, Naoto Kan et le porte-parole du gouvernement, Yukio Edano ont démenti toute pression contre la compagnie à propos de l’expression « fusion du cœur ». Ils estiment que le rapport est partial car ils n’ont pas été interrogés et que les membres du groupe qui a enquêté ont été choisis par TEPCo.

Rappelons que c’est suite aux demandes répétées du gouverneur de Niigata que TEPCo s’est penchée sur ce problème du retard à la reconnaissance de la gravité de l’accident nucléaire. Un membre de la commission d’enquête mise en place par cette province estime que ce rapport n’apporte rien de neuf, mise à part la confirmation de l’ordre donné par le PDG de l’époque et qu’il ne fait que reprendre le point de vue de TEPCo. Il n’est donc pas satisfait par la réponse de la compagnie.

Rappelons aussi que deux membres de la défunte NISA, l’autorité de sûreté de l’époque, avaient utilisé l’expression « fusion du cœur » les 12 et 13 mars 2011 devant les médias sans avertir le cabinet du premier ministre au préalable et qu’il avait ensuite été écarté des relations publiques.