Belgique : le Conseil Supérieur de la Santé reprend plusieurs de nos conclusions sur les plans d’urgence

Le Conseil Supérieur de la Santé (CSS) belge a procédé à un examen critique du plan d’urgence belge, en tirant les leçons de l’accident de Fukushima et d’autres types d’accidents récents, et vient de publier un deuxième avis qui converge avec nombre des critiques et propositions de notre étude pour Greenpeace Belgique.

Que fait la France ? Elle maintient des PPI réduits à 10 km des centrales nucléaires…

Voici quelques extraits du communiqué du CSS :

  • « Une première conclusion, essentielle, est qu’il faut prendre conscience que, bien que très peu probable, un accident nucléaire sévère peut vraiment se produire, même dans des pays technologiquement à la pointe, et y compris en Belgique. […] L’idée que les conséquences d’un accident nucléaire sévère sont limitées aux environs immédiats du site (par exemple une dizaine de kilomètres pour une évacuation) est contredite par l’expérience pratique. Même pour des centrales de conception occidentale, un accident sévère peut avoir des conséquences à grande distance. »
  • « Par ailleurs le CSS recommande l’élargissement des zones de planification : 20 km au moins pour l’évacuation, 100 km au moins pour la distribution rapide d’iode non radioactif aux populations cibles, ainsi que pour la mise à l’abri. Il recommande aussi l’élaboration de stratégies de réhabilitation à long terme, visant à reconstruire le tissu social et économique des zones sinistrées.
    Tout accident sévère aura donc une dimension internationale ce qui nécessite de renforcer les accords et coordinations au niveau bilatéral et européen. »
  • « Le CSS prône une stratégie de précaution. Celle-ci implique de tirer lucidement les leçons des accidents passés, en intégrant des étendues territoriales et des durées de crise réalistes, ainsi qu’un impact européen transfrontalier, et en examinant en détail tous les scénarios possibles, y compris les moins probables, et les vulnérabilités. Une telle approche suppose que tous les intéressés et la population en général soient concernés d’une manière ouverte. »

Nouveau règlement européen concernant la contamination des aliments

L’Europe vient de publier le nouveau règlement concernant les niveaux maximum admissibles dans l’alimentation après une catastrophe nucléaire. Rien n’a changé depuis Tchernobyl, si ce n’est il ne fait qu’« étendre aux douze premiers mois de vie l’application de niveaux maximaux admissibles réduits pour les aliments destinés aux nourrissons. »

Les valeurs retenues sont beaucoup plus élevées que ce qui a été fixé au Japon après la catastrophe de Fukushima. Les recommandations du parlement européen ont été ignorées. Voir notre fiche dédiée à ce sujet.

Iode : l’Autorité de Sûreté Nucléaire belge préconise l’extension à tout le pays

Alors que la France renouvelle la distribution de comprimés d’iode dans un rayon de 10 km seulement autour des centrales nucléaires, et de 500 m pour l’arsenal de Brest, le conseil scientifique de l’Agence Fédérale de Contrôle Nucléaire belge vient de préconiser :

  • La prédistribution de comprimés d’iode stable est une action utile ; l’approche actuelle de mise à disposition d‘iode stable tant auprès des familles que des collectivités, dans les zones existantes doit certainement être conservée
  • L’élargissement de la disponibilité d’iode stable doit être garantie pour l’ensemble du territoire ; à décider : stocks centralisés dans des pharmacies avec mécanismes de distribution rapide ou extension de la prédistribution à l’ensemble du territoire.
Cela renforce le point de vue de l’ACRO et Greenpeace de demander un élargissement de la distribution des comprimés d’iode à 100 km autour des centrales nucléaires françaises.

Extension de la distribution des comprimés d’iode : une mesure nécessaire mais insuffisante

ACRO.eu.orgPremière publication : janvier 2015. Dernière mise à jour : janvier 2016

Suite à l’accident à la centrale nucléaire de Fukushima daï-ichi, la Suisse a étendu en 2014 la distribution de comprimés d’iode à un rayon de 50 km autour de ses quatre centrales nucléaires. Le Luxembourg a distribué de l’iode à toute sa population à cause de la centrale française de Cattenom. Les habitants les plus éloignés sont à une centaine de kilomètres. Il s’agit de sa première campagne de distribution dans ce pays. En Belgique, il n’y a pas eu de changement, les comprimés sont toujours distribués dans un rayon de 20 km. En France, non plus, la distribution s’arrête toujours à 10 km, même lors de la campagne prévue en janvier 2016.

L’ACRO réclame l’extension de la distribution des comprimés d’iode en France, conformément à ce qui a été admis au niveau européen (voir nos communiqués du 25 novembre 2014 et du 11 janvier 2016). Voici quelques explications.

Préparation à l’urgence nucléaire

Suivant les recommandations de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA), la sûreté nucléaire est partout basée sur le concept de « défense en profondeur » avec 5 niveaux de protection indépendants. Le dernier niveau concerne « la limitation des conséquences radiologiques des rejets » en cas d’accident. Et l’AIEA de souligner que, même si des efforts sont effectués aux niveaux inférieurs pour limiter les conséquences d’un accident nucléaire, « négliger les plans d’urgence externe serait incompatible avec la défense en profondeur » [IAEA1996]. Partout, ces plans d’urgence intègrent la mise à l’abri, la prise d’iode et éventuellement, une évacuation pour les cas les plus graves.

Pourquoi des comprimés d’iode ?

Selon le forum de Tchernobyl, « les statistiques des registres nationaux de la Biélorussie et de l’Ukraine indiquent que le nombre total de cancers de la thyroïde chez les personnes exposées avant l’âge de 18 ans, est actuellement de près de 5 000. Les chiffres diffèrent légèrement selon les méthodes d’évaluation, mais le nombre total observé dans les trois pays est certainement bien au-dessus de 4 000 » [IAEA2006]. L’UNSCEAR, qui est le comité scientifique des Nations-Unies sur les effets des radiations atomiques, compte 6 848 cas de cancer de la thyroïde entre 1991 et 2005 chez les moins de 18 ans en 1986. Le comité ajoute que la forte augmentation de l’incidence chez les moins de 10 ans est associée à l’accident nucléaire. Elle a débuté environ 5 ans après l’accident et a persisté jusqu’en 2005 [UNSCEAR2008].

L’incidence des cancers de la thyroïde, pour la Biélorussie et l’Ukraine avant Tchernobyl, était d’environ 0,5 par million d’enfants par an. C’est également celui qui est donné pour l’Angleterre et le pays de Galles. Il est donc possible de conclure qu’il y a eu une très forte augmentation de l’incidence du cancer de la thyroïde chez les enfants dans les zones autour de Tchernobyl et que cela est lié à l’exposition aux retombées radioactives (Voir IAEA Bulletin 383). L’OMS mentionne une incidence jusqu’à 500 km de la centrale accidentée [OMS1999].

Au Japon, 370 000 jeunes de Fukushima qui avaient moins de 18 ans en mars de 2011 ont droit à un dépistage régulier (les statistiques officielles sont ici). Les autorités en sont à la deuxième vague de dépistage et les chiffres évoluent rapidement (voir les derniers résultats, datés de décembre 2015). Tout le monde s’accorde pour admettre qu’il y a déjà beaucoup plus de cas que ce qui est observé par ailleurs. En revanche, il n’y a pas consensus sur l’origine de cette hausse. Les autorités affirment que ce n’est pas dû à la catastrophe nucléaire et avancent un effet « râteau » du fait du dépistage. Une étude épidémiologique conteste cette explication et prétend qu’il n’y a pas d’autre cause possible que les rejets radioactifs. Voir les explications du Prof. Tsuda, le premier auteur.

D’une manière générale, il existe un consensus international pour reconnaître que l’iode radioactif libéré lors d’un accident nucléaire peut être à l’origine d’une augmentation des cancers de la thyroïde chez les jeunes. En conséquence, le fait de prendre de l’iode stable permet de protéger efficacement la thyroïde en la saturant et, ainsi, en empêchant l’iode radioactif de s’y concentrer. Notons que cette méthode de prophylaxie par l’iode n’a pas été utilisée dans l’ex-URSS après la catastrophe de Tchernobyl, et au Japon, presque pas.

Elle a été appliquée en Pologne en 1986, comme le précisent les lignes directrices pour l’utilisation de comprimés d’iode au Québec : « l’efficacité de la prophylaxie à l’iode stable a été démontrée en Pologne où des doses d’iode stable ont été distribuées à la suite de l’accident de Tchernobyl à 10,5 millions d’enfants et 7 millions d’adultes. La dose d’iode recommandée était de 15 mg chez les nouveau-nés, de 50 mg chez les enfants de 5 ans ou moins et de 75 mg chez les autres sujets, y compris les femmes enceintes. La dose à la thyroïde a été diminuée de 40 % chez les sujets qui ont pris l’iode stable trois jours après l’accident et de 25 % chez ceux qui l’ont pris quatre jours après. Ceci a permis de réduire la dose à la thyroïde à une valeur de 5 rem (50 mSv) (Nauman et Wolff, 1993). Dans cette population, aucune augmentation de l’incidence des cancers thyroïdiens chez les enfants ne fut observée. Par contre, en Biélorussie, où la prophylaxie à l’iode stable ne fut pas implantée, une hausse de 100 fois de l’incidence de ce cancer chez les enfants fut notée après l’accident de Tchernobyl » [ASSS2012]. Ce fut en particulier le cas dans la région de Brest, la deuxième la plus affectée après Gomel, qui est près de la frontière polonaise.

Quand prendre l’iode ?

La posologie est compliquée car, selon la Commission internationale de protection radiologique (CIPR), dans sa publication 109 dédiée à la protection des personnes dans des situations d’exposition d’urgence nucléaire et radiologique, « pour obtenir une efficacité maximale de la réduction de la dose à la thyroïde, l’iode stable doit être administré avant toute inhalation d’iode radioactif, ou dès que possible après. Si l’iode stable est administré par voie orale dans les 6 heures précédant la prise d’iode radioactif, la protection offerte est presque optimale ; si l’iode stable est administré au moment de l’inhalation de l’iode radioactif, l’efficacité de blocage de la thyroïde est d’environ 90%. L’efficacité de la mesure diminue en fonction du retard à débuter la prophylaxie, et l’absorption de l’iode radioactif peut être encore réduite d’environ 50% si le blocage est réalisé quelques heures après l’inhalation » [ICRP109 (B3)].

D’où la nécessité d’avoir de l’iode stable sous la main pour les populations exposées.

En Europe, les comprimés d’iode sont préventivement mis à disposition des résidents et des collectivités : « la pré-distribution est préférée parce que les comprimés sont directement disponibles et cela évite tout conflit avec d’autres mesures, en particulier la mise à l’abri » [HERCA2011]. Ce n’était pas le cas au Japon avant la catastrophe de Fukushima. Des stocks existaient localement, mais compte tenu du fait que les autorités n’ont pas réussi à donner des instructions appropriées au public, seul un très petit nombre de résidents de la région entourant la centrale accidentée s’en est servi [NAIIC2012].

Au Japon, l’Autorité de régulation du nucléaire a changé la politique après la catastrophe de 2011 et conseille maintenant la pré-distribution des comprimés d’iode jusqu’à 30 km d’un site nucléaire. Il est également recommandé que la prophylaxie à l’iode stable soit également considérée dans la zone de protection du panache radioactif d’un rayon de 50 km [NRA2012]. Cette recommandation n’a pas été adoptée et le problème de la prophylaxie à l’iode a été à l’origine d’un désaccord entre les autorités régionales et nationales lors d’un exercice de crise qui a tourné au fiasco (Niigata nuclear disaster drill finds governor, state at odds over iodine pill distribution, The Japan Times, 12 novembre 2014).

Jusqu’où distribuer les comprimés d’iode ?

En Europe, la distribution de comprimés d’iode varie entre 5 km autour de la centrale en Finlande à 50 km en Lituanie [CE-TREN2010].

En France, la distribution s’arrête à 10 km des centrales nucléaires. Depuis 1997, la distribution d’iode a été renouvelée en 2000, 2005 et 2009. Selon le site Internet dédié de l’Autorité de Sûreté Nucléaire, « la quatrième campagne de distribution de comprimés d’iode autour des centrales nucléaires EDF s’est déroulée entre juin 2009 et le premier trimestre 2010. Elle a concerné les personnes et collectivités (écoles, entreprises, administrations, etc.) situées dans un rayon de 10 kilomètres autour des 19 centrales nucléaires françaises, soit environ 500 000 foyers et 2 000 établissements recevant du public, répartis sur 500 communes. Cette campagne a été organisée par l’ASN, les ministères de l’Intérieur et de la Santé, avec le soutien d’EDF et le concours de l’Association nationale des commissions locales d’information (Anccli), des commissions locales d’information (Cli), de l’Ordre national des pharmaciens, des syndicats des pharmaciens d’officine et de l’Association de pharmacie rurale. Les populations ont été informées par différents canaux : courrier nominatif adressé à chaque foyer concerné, relations avec la presse nationale et locale, mise à disposition de moyens d’information spécifiques (dépliants, affiches, site Internet). Une enquête réalisée après la campagne a montré que 88 % des personnes interrogées en avaient connaissance. » Une nouvelle campagne de distribution aura lieu début 2016 : voir le site Internet dédié.

En Belgique, les comprimés d’iode sont préventivement mis à disposition des résidents et des collectivités dans une zone de 20 km autour des centrales nucléaires et pour les sites proches des frontières du pays. « Dans cette zone de planification d’urgence, des boîtes de comprimés d’iode stable ainsi que des brochures d’information sont préalablement distribuées dans les familles et les collectivités (écoles, hôpitaux, usines, crèches,…). Des réserves de boîtes de comprimés sont en outre disponibles dans toutes les pharmacies. Au-delà des zones de planification d’urgence et pour tout le territoire belge, toutes les pharmacies disposent de réserves d’iode stable sous différentes formes ; des réserves de boîtes de comprimés d’iode stable sont en outre disponibles en différents endroits. Des plans de distribution rapide de ces comprimés sont élaborés sous la responsabilité du Ministre de l’Intérieur » [PURNB2003].

En 1993, le gouvernement suisse a commencé à distribuer des comprimés d’iode aux habitants vivant à une distance de 20 km d’un réacteur nucléaire. Cette distribution a été renouvelée en 2004. Il a décidé, en 2014, d’étendre la distribution jusqu’à 50 km. Le nombre de personnes bénéficiant d’une boîte de 12 comprimés a ainsi presque quadruplé pour atteindre le nombre de 4,9 millions de personnes, incluant les habitants des villes de Zurich, Bâle, Neuchâtel ou Lucerne. Ceci représente près de 60% de la population suisse. Le coût de l’extension, environ 30 millions de francs, devrait être couvert par les compagnies d’électricité (Confédération Suisse, La distribution préventive de comprimés d’iode en cas d’accident nucléaire sera étendue, communiqué de presse, 22 janvier 2014).

Enfin, le Luxembourg a organisé la première distribution d’iode à toute sa population en 2014. Les habitants les plus éloignés sont à une centaine de kilomètres des centrales nucléaires situées dans les pays voisins.

Pourquoi 50 km ? Suite à l’accident de Fukushima, la nouvelle Autorité de Régulation Nucléaire japonaise a estimé que la zone dans laquelle la dose à la thyroïde pouvait dépasser les critères de prophylaxie fixés par l’AIEA (50 mSv sur les 7 premiers jours) s’étendait jusqu’à environ 50 km de la centrale [NRA2012]. La centrale étant située en bord de mer, 80% des rejets atmosphériques sont allés vers l’océan pacifique. Ce ne sera pas le cas si une catastrophe nucléaire survient en Europe.

Après la catastrophe de Tchernobyl, une augmentation de l’incidence des cancers de la thyroïde a été observée jusqu’à plus de 500 km de la centrale [OMS1999]. Ce fut le cas, par exemple, dans la région de Brest en Biélorussie, à 300 km environ de la centrale. La distance de 50 km choisie par la Suisse est donc un minimum et devrait être adoptée par les autres pays européens.

En Belgique, l’Agence Fédérale de Contrôle Nucléaire soulignait, le 8 mars 2011, juste avant la catastrophe de Fukushima, que « les études de dispersion des nuages radioactifs réalisées pour différents termes-sources susceptibles d’être rencontrés en cas d’accident nucléaire montrent que, pour les niveaux d’intervention faibles tels qu’ils sont actuellement préconisés, des comprimés d’iode pourraient se révéler nécessaires pour les membres du public cible prioritaire à des distances allant jusqu’à plusieurs dizaines de km. La notion de zone sans risque devient donc pratiquement virtuelle et il y aura lieu de prévoir la possibilité d’approvisionnement en iode en pratique sur l’ensemble du territoire » [AFCN2011].

Les autorités de sûreté européennes ont récemment recommandé que la thyroïde puisse être protégée jusqu’à 100 km en cas d’accident grave [ATHLET2014]. Et dans ses nouvelles recommandations, la Commission allemande de radioprotection a effectué une estimation des zones où les niveaux de mise à l’abri ou de prise d’iode stable peuvent être atteints [SSK2014]. Elle conclut qu’il pourrait être « nécessaire d’administrer de l’iode stable aux enfants, jeunes et femmes enceintes qui sont bien plus éloignés de la centrale (>100 km) mais sous les vents. Les calculs ont montré que les limites de dose peuvent être dépassées jusqu’à 200 km autour des centrales allemandes. Les distances plus grandes que 200 km n’ont pas été étudiées » car cela couvre déjà presque tout le territoire national. Dans ses calculs, la commission a choisi, pour les enfants, jeunes et femmes enceintes, un seuil de prise d’iode stable de 50 mSv, qui correspond au seuil pour les adultes en Belgique, en France ou en Suisse. Par conséquent, la même conclusion s’impose pour toute la population de ces pays.

En France, Suisse et Belgique, des stocks d’iode sont disponibles au-delà des zones de pré-distribution. Ces comprimés devront être distribués en urgence, si nécessaire.

En France, selon la circulaire interministérielle du 11 juillet 2011, « le ministre chargé de la santé a décidé de constituer un stock de 110 millions de comprimés d’iodure de potassium dosés à 65 mg […]. Les nouveaux comprimés d’iodure de potassium sont produits par la pharmacie centrale des armées […]. Dans le cadre de la nouvelle doctrine, le principe d’un seul site de stockage par département a été retenu […]. Un stock zonal de sécurité sera également conservé afin de permettre, en cas de besoin, l’ajustement des dotations ou les mutualisations nécessaires, notamment selon les variations saisonnières des populations […]. Le stock départemental est constitué proportionnellement au nombre d’habitants par département […]. Les lieux de stockage départementaux ont été déterminés en tenant compte de la nécessité d’organiser une distribution rapide et efficace » sur tout le territoire national [Santé2011].

Ainsi, au-delà des 10 km, la « ventilation » des comprimés d’iode est définie dans les plans ORSEC-iode. Celui du Tarn-et-Garonne, par exemple, mentionne qu’« à l’inverse des dispositions antérieures les mairies chefs-lieux de canton ne seront donc plus dépositaires permanents des comprimés. En revanche, en cas de crise nucléaire avec des rejets radioactifs les communes chefs-lieux de canton recevront les stocks de comprimés d’iode correspondant à la population du canton et seront chargées d’en organiser la distribution pour les communes qui viendront récupérer leur lot de comprimés. Toutes les communes continueront à assurer la distribution des comprimés aux populations se trouvant sur le territoire communal » [ORSEC-iode2012].

« Dès la décision de distribution des comprimés d’iode prise par le préfet, la préfecture alerte le grossiste répartiteur pour initier la phase de ventilation des comprimés vers les mairies chefs-lieux de canton. » Ensuite chaque mairie doit aller au chef lieu de canton chercher les comprimés et assurer la distribution aux habitants. Ce n’est pas très réaliste.

Au-delà des zones de distribution, des stocks d’iode sont disponibles sur un seul site de stockage par département. Dès la décision de distribution des comprimés d’iode, la préfecture alerte le grossiste répartiteur pour initier la phase de « ventilation » des comprimés vers les mairies chefs-lieux de canton. Ensuite chaque mairie doit aller au chef lieu de canton chercher les comprimés et assurer la distribution aux habitants. Cela n’est pas très réaliste et peut entrer en conflit avec un ordre de mise à l’abri. De plus, cette procédure n’a jamais été évaluée.

De plus, ces plans n’ont pas été évalués et l’on ne sait pas combien de temps serait nécessaire à la distribution de ces comprimés en cas d’urgence nucléaire, sachant qu’elle pourrait être perturbée par les populations fuyant les zones potentiellement exposées. Par ailleurs, la distribution de ces comprimés en phase d’urgence ou l’appel à aller les retirer dans les mairies peut entrer en conflit avec l’ordre de mise à l’abri.

Le cas français est particulièrement surprenant. En février 2014, les autorités françaises ont publié le premier plan national d’urgence nucléaire [SGDSN2014] qui va obliger de revoir les Plans Particuliers d’Intervention (PPI) locaux sur de nombreux points, mais n’étend pas la distribution d’iode au-delà de 10 km. Au même moment, ces mêmes autorités discutaient au niveau européen une prise de position commune recommandant l’extension de la protection de la thyroïde jusqu’à 100 km. Elles ont reconnu qu’il est nécessaire d’avoir « un niveau minimal de préparation à la mise en œuvre des actions :

  • l’évacuation doit être préparée sur un rayon allant jusqu’à 5 km autour des centrales, la mise à l’abri des personnes et la distribution d’iode sur un rayon allant jusqu’à 20 km ;
  • une stratégie générale doit être définie afin d’être en mesure d’étendre l’évacuation sur un rayon allant jusqu’à 20 km, la mise à l’abri des personnes et la distribution d’iode sur un rayon allant jusqu’à 100 km » [ATHLET2014].

Comment expliquer cette schizophrénie ? Il y a urgence à appliquer que les autorités ont admis au niveau international qui recommandent qu’une stratégie soit mise en place pour mettre à l’abri et protéger la thyroïde jusqu’à 100 km. Il faudrait donc distribuer l’iode jusqu’à 100 km pour éviter le conflit entre ces deux mesures de protection.

Problèmes frontaliers

Dans chaque pays, la distribution des comprimés d’iode s’arrête à la frontière. En Suisse la centrale de Beznau est à quelques kilomètres de la frontière allemande, mais c’est à l’Allemagne de protéger sa propre population (voir la carte interactive de distribution). C’est la même chose avec les centrales nucléaires françaises situées près des frontières. Celle de Chooz est enclavée dans le territoire belge, sans qu’EdF ne finance la distribution de comprimés d’iode en Belgique. Le Luxembourg distribue des comprimés d’iode à cause de la centrale française de Cattenom.

Une telle situation est aberrante. Ce doit être aux exploitants du nucléaire de financer la distribution de comprimés d’iode partout, même dans les pays voisins.

Niveau opérationnel d’intervention

Après la catastrophe de Tchernobyl, l’apparition en excès de cancers de la thyroïde a été constatée dans les zones où la dose moyenne à la thyroïde n’avait pas dépassé 100 mGy (Jacob et al, Thyroid cancer risk to children calculated, Nature 392 (1998) 31).

Il existe plusieurs définitions de la dose à la thyroïde (dose absorbée et dose équivalente), avec leurs unités propres, respectivement le milligray (mGy) et le millisievert (mSv). Les recommandations internationales mélangent les deux. Mais, appliquées à l’impact de l’iode radioactif à la thyroïde, ces deux unités sont équivalentes. On peut remplacer l’une par l’autre.

Ainsi, dans sa publication n°103, la CIPR recommande que l’iode stable soit administré, si la dose équivalente à la thyroïde risque de dépasser une valeur fixée entre 50 et 500 mSv. L’AIEA considère que la dose absorbée de 100 mGy par la thyroïde est une valeur générique optimisée [CE-TREN2010]. L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) « estime qu’il convient d’examiner les risques pour différents groupes d’âge lors de l’élaboration des plans d’urgence détaillés, et aussi la possibilité de différencier les critères d’administration de prophylaxie par de l’iode stable. Ainsi, les enfants, qui ont un plus grand besoin en iode stable, seront considérés séparément des personnes âgées où les effets secondaires constituent un plus grand risque. » En conséquence, elle recommande que « la planification pour la prophylaxie utilisant de l’iode stable pour les enfants devrait idéalement être considérée au 1/10ème du niveau d’intervention générique, c’est à dire 10 mGy de dose évitable[1] à la thyroïde. Ce niveau est également approprié pour les femmes enceintes » [OMS1999].

En Europe, la situation varie selon les pays. Certains s’en tiennent pour l’instant aux directives de l’AIEA. La France, la Belgique, l’Allemagne, le Luxembourg et la Suisse ont décidé conjointement d’adopter la plus faible valeur de la CIPR, à savoir 50 mSv en dose équivalente à la thyroïde. Enfin, la Belgique et d’autres pays européens ont également introduit le niveau optimisé de 10 mSv pour les enfants et les femmes enceintes ou qui allaitent [CE-TREN2010].

En Suisse, dans le document « questions/réponses » du site Internet dédié à la distribution d’iode [KI2014], il est précisé que dans les pays où les apports en iode sont insuffisants, « le risque de développer une hyperthyroïdie est considéré comme important, et on recommande aux personnes de plus de 45 ans de ne pas prendre de comprimés d’iodure de potassium en cas d’accident. En Suisse, il a été décidé de stocker des comprimés d’iodure de potassium pour tous les habitants. » Le Luxembourg, quant à lui, recommande « aux personnes de plus de 45 ans de demander conseil à leur médecin traitant. » Auront-ils la réponse le jour de l’accident ? En France, les documents d’information de l’ASN ne mentionnent pas de limite d’âge.

En revanche, dans ces pays, il n’est pas prévu de seuil d’administration plus bas pour les enfants en bas âge et les femmes enceintes ou allaitantes.

Administration multiple

Une dose d’iode stable a un effet pendant 24 heures environ. En cas de rejets prolongés, comme ce fut le cas à Tchernobyl ou à Fukushima, la CIPR considère que « normalement, l’évacuation doit être préférée à l’administration d’une seconde dose. Si des rejets prolongés potentiels entraînent une administration répétée à une population à l’abri, le plan d’urgence doit expliquer comment cela sera réalisé. L’administration répétée ne doit pas être considérée, à moins qu’un rejet soit détecté plus de 24 heures après la première administration et que l’évacuation n’est pas possible. Idéalement, la prophylaxie à l’iode stable ne doit pas être utilisée pour se protéger contre la contamination des aliments. Quand c’est possible, des restrictions alimentaires doivent s’y substituer » [ICRP109 (Table C3)].

Une étude comparative européenne sur le sujet signale qu’une « seconde administration est envisagée dans la plupart des pays, surtout en cas de rejets prolongés, avec un dosage identique ou plus faible que lors de la première prise. Au Royaume-Uni et en Belgique, l’iode stable peut aussi être utilisé temporairement pour protéger les enfants d’une exposition via l’alimentation, jusqu’à ce que des restrictions alimentaires soient imposées. La deuxième prise est généralement envisagée 24 heures après la première. La deuxième prise est parfois envisagée pour les populations les plus sensibles, à savoir, les nouveaux nés, les jeunes enfants, les femmes enceintes et les femmes qui allaitent » [EC-TREN2010].

Le Plan National français précise effectivement que, « si l’évolution de la situation le nécessite, une deuxième prise est alors envisageable », sans plus de précision [SGDSN2014].

Dans la rubrique « questions/réponses » du site Internet dédié à la distribution d’iode en Suisse [KI2014], il est mentionné que, pour les femmes enceintes et allaitantes, la posologie est de « deux comprimés par jour, à prendre en une fois, pendant deux jours au maximum. La durée nécessaire de la prise des comprimés est communiquée par les autorités. » Pour les enfants de 2 mois à 12 ans, le nombre de prises n’est pas précisé. Pour les autres catégories de population, la prise est unique.

A noter qu’en France, l’Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire (IRSN) a lancé, le 27 mars dernier, le projet Priodac (prophylaxie répétée par l’iode stable en situation accidentelle) afin « de déterminer les modalités d’administration d’iode stable aux personnes se trouvant dans une zone de rejets accidentels radioactifs répétés ou prolongés tels que ceux qui ont été observés à Fukushima. L’objectif est de déterminer la posologie et le rythme d’administration optimaux, ainsi que les potentiels effets secondaires pour les différentes catégories de populations (nourrissons, enfants, adultes, femmes enceintes…) afin de réduire le risque de cancer de la thyroïde. Les premiers résultats sont attendus d’ici cinq ans avec, au terme du projet, une modification de l’actuelle autorisation de mise sur le marché des comprimés d’iodure de potassium et la proposition d’une nouvelle doctrine « Iode » en cas d’accident nucléaire. »

Les personnes concernées doivent impérativement être mieux informées au préalable de la politique en matière d’administration multiple d’iode stable.

Information de la population

Il est impossible, pour le public, de savoir si la dose limite à la thyroïde risque d’être dépassée et quand il faut prendre les comprimés d’iode en cas d’accident. Une bonne protection implique donc que les autorités arrivent à calculer rapidement les zones potentiellement touchées et puissent prévenir immédiatement les personnes concernées. Au Japon, lors de la catastrophe de Fukushima, cela n’a pas été le cas.

L’alerte rapide de la population avec la transmission d’informations pertinentes est indispensable à la réussite d’une gestion de crise. Cela nécessite une redondance de moyens de communication, incluant des sirènes, les médias audio-visuels et les téléphones. L’information doit arriver à temps. Ces moyens ont-ils été testés au moyen d’une enquête pour connaître le pourcentage de personnes qui ont entendu l’alerte et compris le message diffusé ?

Le contenu des messages est bien cadré par la convention d’Aarhus sur l’accès à l’information et la participation du public [Aarhus1998], qui stipule, dans son article 5, « qu’en cas de menace imminente pour la santé ou l’environnement, qu’elle soit imputable à des activités humaines ou qu’elle soit due à des causes naturelles, toutes les informations susceptibles de permettre au public de prendre des mesures pour prévenir ou limiter d’éventuels dommages qui sont en la possession d’une autorité publique soient diffusées immédiatement et sans retard aux personnes qui risquent d’être touchées. »

Au-delà de la prophylaxie à l’iode

En cas d’accident grave, la protection de la thyroïde par la prise de comprimés d’iode n’est utile qu’en attendant la mise en place d’autres mesures de protection de la population, qui consistent dans la mise à l’abri temporaire et l’évacuation. Un accident nucléaire grave entraîne les rejets de nombreux autres éléments radioactifs contre lesquels les comprimés d’iode ne sont d’aucune utilité. Le laboratoire de l’ACRO a identifié 11 radioéléments différents dans les sols autour de Fukushima durant le premier mois.

Comme le note le site officiel suisse [KI2014], « les comprimés d’iode empêchent l’accumulation dans la glande thyroïde de l’iode radioactif, qui peut être émis dans l’air lors d’un incident survenant dans une centrale nucléaire et transporté par le vent dans un secteur alentour. En revanche, ils ne protègent pas des risques liés à un rayonnement radioactif direct. Dans ce cas, il est donc impératif de se rendre à l’intérieur d’une maison, dans une cave ou un abri conformément aux instructions des autorités. »

La publication 109 de la CIPR précise que la mise à l’abri n’est pas recommandée au-delà de 48 heures environ. En outre, la nécessité de l’approvisionnement alimentaire et la séparation potentielle des membres d’une famille constituent d’autres facteurs limitant. Les enfants peuvent être à l’école et les parents au travail. Ainsi, les autorités françaises préconisent de ne pas dépasser « une durée de l’ordre d’une demi-journée » [SGDSN2014].

A Tchernobyl et Fukushima, les rejets les plus massifs se sont poursuivis pendant une dizaine de jours.

Dans les zones les plus contaminées, l’évacuation demeure la seule mesure de protection possible, même si c’est la plus complexe à mettre en œuvre, car elle nécessite une bonne coordination entre les différents acteurs, la transmission d’informations pertinentes vers le public et la mise en place d’une lourde logistique. Celle-ci doit souvent être décidée en tout début de crise, lorsque la situation dans la centrale peut encore être incertaine. Une telle mesure nécessite une bonne préparation qui doit être soigneusement évaluée. C’est aussi la plus traumatisante pour les populations concernées qui risquent de tout perdre.

Sites Internet officiels :

Sigles :

AFCN :           Agence Fédérale de Contrôle Nucléaire (Belgique)
AIEA :             Agence Internationale de l’Energie Atomique
CIPR :            Commission Internationale de Protection Radiologique
HERCA :         Head of the European Radiological protection Competent Authorities
NAIIC :            Nuclear Accident Independent Investigation Commission of Japanese National Assembly
NRA :             Nuclear Regulation Authority (Japon)
NRC :             Nuclear Regulatory Commission (Etats-Unis)
OMS :             Organisation Mondiale de la Santé
TEPCo :          Tôkyô Electric Power Company
UNSCEAR :     United Nations Scientific Committee on the Effects of Atomic Radiation

Références :

[Aarhus1998] Nations Unies, Commission Economique pour l’Europe, Convention sur l’accès à l’information, la participation du public au processus décisionnel et l’accès à la justice en matière d’environnement, 25 juin 1998
[AFCN2011] P. Smeesters, L. Van Bladel, Agence fédérale de Contrôle nucléaire, Accidents nucléaires et protection de la thyroïde par l’iode stable, 8 mars 2011

[ASSS2012] Agence de la santé et des services sociaux de la Mauricie et du Centre-du-Québec, Lignes directrices pour l’utilisation des comprimés d’iode stable en cas d’accident à la centrale nucléaire Gentilly-2, Mise à jour 2012
http://www.urgencenucleaire.qc.ca/documentation/lignes_directrices_ki.pdf

[ATHLET2014] Heads of the European Radiological protection Competent Authorities (HERCA) and Western European Nuclear Regulators’ Association (WENRA), Ad hoc High-Level Task Force on Emergencies (AtHLET), Position paper, 22 October 2014
Ou en français, Approche HERCA-WENRA pour une meilleure coordination transfrontalière des actions de protection durant la première phase d’un accident nucléaire, 22 octobre 2014
[EC-TREN2010] EC DG for Transport & Energy, Medical Effectiveness of Iodine Prophylaxis in a Nuclear Reactor Emergency Situation and Overview of European Practices, RISKAUDIT Report No. 1337, January 2010
[HERCA2011] Head of the European Radiological protection Competent Authorities, Emergency Preparedness – Practical Guidance – Practicability of Early Protective Actions, Approved at the occasion of the 7th HERCA meeting held in Brussels on 30 June 2011
[IAEA1996] IAEA, Report by the International Nuclear Safety Advisory Group-10, Defence in Depth in Nuclear Safety, 1996
[IAEA2006] The Chernobyl Forum: 2003–2005, Chernobyl’s Legacy: Health, Environmental and Socio-Economic Impacts and Recommendations to the Governments of Belarus, the Russian Federation and Ukraine, April 2006
[ICRP109] International Commission on Radiological Protection, Publication 109: Application of the Commission’s Recommendations for the Protection of People in Emergency Exposure Situations, Approved by the Commission in October 2008.
[KI2014] Service d’approvisionnement en iodure de potassium, ATAG Organisations économiques SA, sur mandat de la pharmacie de l’armée, base logistique de l’armée / affaires sanitaires, site Internet d’information kaliumiodid.ch, consulté en octobre 2014.
[NRA2012] Nuclear Safety Commission, Special Committee on Nuclear Disaster, Emergency Preparedness guidelines working group, Interim Report for Reviewing, “Regulatory Guide: Emergency Preparedness for Nuclear Facilities”, March 2012
[OMS1999] World Health Organization, Guidelines for Iodine Prophylaxis following Nuclear Accidents, Update 1999
[ORSEC-iode2012] Préfet du Tarn-et Garonne, Plan départemental de gestion et de distribution des comprimés d’iode stable (Plan Orsec Iode), Octobre 2012

http://www.tarn-et-garonne.gouv.fr/content/download/1920/11758/file/PLAN_IODE_Dpt_82_-__Octobre_2012.pdf

[PURNB2003] Arrêté royal portant fixation du plan d’urgence nucléaire et radiologique pour le territoire belge, 17 octobre 2003, Moniteur belge, 20 novembre 2003, p. 55876 http://www.fanc.fgov.be/GED/00000000/700/715.pdf

[Santé2011] Ministère du travail, de l’emploi et de la santé, ministère des solidarités et de la cohésion sociale, Circulaire interministérielle DGS/DUS no 2011-340 et DSC no 2011-64 du 11 juillet 2011 relative au dispositif de stockage et de distribution des comprimés d’iodure de potassium hors des zones couvertes par un plan particulier d’intervention (PPI) (IOCE1119318C)
[SGDSN2014] Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN), Plan national de réponse, accident nucléaire ou radiologique majeur, février 2014
[SSK2014] Strahlenschutzkommission, Planungsgebiete für den Notfallschutz in der Umgebung von Kernkraftwerken, Empfehlung der Strahlenschutzkommission, Verabschiedet in der 268. Sitzung der Strahlenschutzkommission am 13./14. Februar 2014
Also available in English: Planning areas for emergency response near nuclear power plants – Recommendation by the German Commission on Radiological Protection, Adopted at the 268th meeting of the German Commission on Radiological Protection on 13 and 14 February 2014
[UNSCEAR2008] United Nations Scientific Committee on the Effects of Atomic Radiation 2008, Report to the General Assembly with Scientific Annexes, Volume II, Scientific Annexe D, published in 2011

 [1] La « dose évitable » est, comme son nom l’indique, la dose qui peut être évitée par une prophylaxie à l’iode stable. Pour pouvoir éviter 10 mGy, il faut que la dose reçue soit d’au moins 10 mGy. Si elle est potentiellement beaucoup plus élevée, on préconisera l’administration d’iode stable, même si la période n’est pas optimale par rapport aux rejets.

Temps d’évacuation autour de la centrale de Takahama

A l’instar de l’Amérique du Nord, le Japon exige désormais une estimation des temps d’évacuation autour des installations nucléaires. Au Japon, c’est aux autorités locales de mener l’exercice dans un rayon de 30 km et l’Agence de régulation nucléaire (NRA) évalue le travail. Suite à la décision de justice, cette dernière vient de rendre publiques les estimations pour la centrale de Takahama.

Il y a 180 000 habitants dans un rayon de 30 km autour de Takahama. La NRA estime qu’il faudrait jusqu’à 16 heures pour tous les évacuer. C’est presque 5 heures de plus que ce qu’avaient estimé les autorités locales de Fukui. Ces dernières n’ont pris en compte que l’évacuation de 90% de la population et n’ont pas compter le temps nécessaire aux contrôles de la contamination.

La NRA a aussi fait des calculs similaires pour les autres centrales de Fukui : c’est autour de Mihama que cela pourrait prendre le plus de temps, avec 26 heures et 20 minutes. C’est pratiquement le double que ce qu’avaient estimé les autorités régionales.

Scénario catastrophe gardé secret

Le Tôkyô Shimbun en japonais, mentionné par le Japan Times en anglais, a révélé qu’en 1984, le Japon a étudié les conséquences d’une attaque sur une centrale nucléaire. Cela faisait suite au bombardement en 1981 par Israël du réacteur d’Osirak construit par la France en Irak. Ce réacteur était ironiquement surnommé Ô Chirac. Dans un des scénarios, la perte de refroidissement aurait entraîné une fusion du cœur et une explosion hydrogène. C’est ce qui s’est passé à Fukushima, avec une agression naturelle. Ce rapport était secret et les plans d’urgence n’ont pas été adaptés. Tchernobyl, 2 ans plus tard, ne changera rien.

Dans le scénario le plus grave qui impliquait un endommagement de l’enceinte de confinement et l’absence d’évacuation immédiate, jusqu’à 18 000 personnes auraient pu mourir de l’exposition à la radioactivité jusqu’à 25 km de la centrale.

L’étude a pris le cas d’un réacteur de 1 000 MWe sans préciser sa localisation, mais a aussi pris en compte la piscine de combustible. L’impact significatif sur les territoires, l’agriculture etc aurait pu avoir une portée de 86 km.

Vidéo intéressante sur la durée des rejets

La NHK a mis en ligne une vidéo intéressante sur les rejets les plus massifs de la catastrophe. Elle montre que ces rejets ont duré plus d’une dizaine de jours, ce qui est déjà bien connu, mais aussi que seulement 25% des rejets ont eu lieu durant les 4 premiers jours. Les 75% restant ont eu lieu durant la dizaine de jours qui suivaient.

Le reportage montre aussi que l’aspersion d’eau pour refroidir les combustibles en fusion a pu augmenter les rejets.

De telles données sont importantes pour les plans d’urgences autour des autres centrales nucléaires. Comme à Tchernobyl, il faut prendre en compte que les rejets peuvent durer longtemps et que certaines mesures de protection comme la prise d’iode et la mise à l’abri ne sont pas suffisantes.