Belgique : extension de la distribution des comprimés d’iode à tout le pays

Dans un courrier à Greenpeace Belgique, la ministre de la santé belge confirme que la distribution des comprimés d’iode sera étendue à tout le pays en 2017. Cela va dans le sens des recommandations faites dans notre rapport sur les plans d’urgence nucléaire en Belgique et des recommandations du Conseil supérieur de la santé.

Concrètement, des comprimés d’iode vont être proposés à toute la population qui pourra aller les retirer gratuitement dans les pharmacies. Quelques groupes cibles seront activement encouragés à aller chercher les tablettes : les habitants à moins de 20 km, les enfants, les femmes enceintes et qui allaitent.

France : le ministère de l’intérieur élargit les PPI autour des centrales nucléaires

Selon Actu-environnement, le ministre de l’Intérieur a adressé le 3 octobre aux préfets une instruction présentant les évolutions de la doctrine nationale en matière d’accident nucléaire majeur qui doivent être intégrés par les préfets dans les plans particuliers d’intervention (PPI). La circulaire est disponible en ligne ici.

Quatre nouvelles mesures ont été adoptées par le gouvernement :

  1. Etendre les PPI et la distribution d’iode stable à 20 km autour des centrales nucléaires.
  2. Préparer une évacuation immédiate dans un rayon de 5 km.
  3. Prendre une consigne d’interdiction de consommation de denrées alimentaires dès la phase d’urgence.
  4. Tenir compte du contexte local, sans plus de précisions.

Les nouvelles instructions pour rédiger les nouveaux PPI seront envoyées début 2017, selon la circulaire. On n’en sait pas plus non plus sur le calendrier d’extension de la distribution de l’iode à 20 km. La circulaire précise que ce sera fait une fois la distribution dans un rayon de 10 km terminée, sans plus.

C’est un progrès timide, mais l’étude de l’ACRO pour l’ANCCLI à propos des plans d’urgence reste d’actualité. On aurait espéré que le ministère dise qu’il faut se préparer à évacuer jusqu’à 20 km comme le recommandent les autorités de sûreté nucléaire et celles compétentes en radioprotection en Europe dans leur rapport ATHLET. Rien ne semble changé au-delà des 20 km pour la protection de la thyroïde et la mise à l’abri. Ce même rapport préconise pourtant de se préparer à protéger les populations jusqu’à 100 km.

Et puis, les personnes vulnérables, comme les malades dans les hôpitaux, courent le plus de risque en cas d’urgence nucléaire. Leur vie peut être en danger. Rien dans la circulaire à ce propos.

La concertation avec les parties-prenantes et les populations concernées ne semble toujours pas à l’ordre du jour, ni l’évaluation scientifique des mesures de protection, comme le calcul des temps d’évacuation. C’est obligatoire aux Etats-Unis.

Contrairement à ce que prétend la circulaire, les leçons de la catastrophe nucléaire de Fukushima n’ont pas encore été tirées.

Décret relatif à la protection sanitaire contre les dangers résultant de l’exposition aux rayonnements ionisants : Avis de l’ACRO

Le Ministère de l’environnement a soumis à l’avis du public son projet de décret relatif à la protection sanitaire contre les dangers résultant de l’exposition aux rayonnements ionisants, qui transpose la directive européenne  2013/59/Euratom, dite BSS (Basic Safety Standards).

Lire l’avis de l’ACRO à ce sujet. Il ressort que la France a retenu les limites les moins protectrices des recommandations internationales en cas d’accident nucléaire, ce qui est inadmissible et se restreint à une information minimaliste des populations sans la moindre consultation.

Bref, les leçons de la catastrophe en cours à Fukushima n’ont pas été tirées.

Exercices de crise nucléaire de grande ampleur dans la province de Fukui

Deux exercices de crise nucléaire ont eu lieu le week-end dernier dans la province de Fukui, autour des centrales de Takahama et d’Ôï.

Celui de Takahama, qui a eu lieu le 27 août, est le plus grand exercice jamais réalisé au Japon, avec plus de 7 000 personnes impliquées. Il y a 180 000 habitants dans un rayon de 30 km. Le scénario supposait qu’un séisme de magnitude 6 sur l’échelle japonaise a entraîné un accident nucléaire dû à une perte de l’alimentation électrique. Cet accident était supposé s’accompagner de rejets radioactifs. Les résidents à moins de 5 km de la centrale ont dû évacuer avant les rejets. Les autres, situés entre 5 et 30 km, ont d’abord été confinés, avant d’être évacués, une fois les rejets terminés. Ces derniers ont reçu des comprimés d’iode et leur contamination a été contrôlée.

240 personnes vivant à moins de 5 km ont été évacuées en bus durant cet exercice et sont allées jusqu’à Takarazuka, dans la banlieue d’Ôsaka et d’autres communes de la province de Hyôgo. D’autres résidents, qui ont d’abord été confinés, ont aussi été évacués en divers lieux pouvant être éloignés de 130 km, comme la ville de Sanda.

L’exercice s’est plutôt bien passé, mais, le scénario n’est pas réaliste car, en cas de forts séismes, de nombreux bâtiments sont endommagés et il n’est pas possible de s’y abriter. 160 000 constructions ont été endommagées lors des séismes de Kumamoto. Il est aussi peu probable que les habitants attendent leur tour pour partir. Ils prendront immédiatement la route, créant des embouteillages, comme ce fût le cas à Fukushima. Plusieurs voies d’évacuation pourraient aussi être coupées. Distribuer les comprimés d’iode après les rejets n’est pas optimal car ils doivent être avalés dans les 6 heures qui précèdent l’exposition au panache radioactif. Enfin, à Fukushima, les rejets ont duré une dizaine de jours.

L’exercice qui a eu lieu le 28 août autour de la centrale dÔï était limité à la province de Fukui. Environ 2 000 personnes y ont participé. Les résidents du rayon de 5 km sont allés à Tsuruga. Le scénario n’était pas plus réaliste.

Abris d’urgence vulnérables autour d’Ikata

Alors que Shikoku Electric s’apprête à redémarrer le réacteur n°3 de sa centrale d’Ikata dans la province d’Ehimé, il apparaît, selon le Maïnichi, que 4 des 7 abris d’urgence situés dans un rayon de 30 km sont vulnérables aux glissements de terrain. En cas de catastrophe complexe incluant des éboulements ou glissements de terrain, ces abris pourraient ne pas être utilisables.

Ces abris sont des structures médicales destinées aux personnes qui ne peuvent pas évacuer rapidement, comme les personnes malades ou les personnes âgées. Ils ont une structure renforcée pour résister aux séismes et sont équipés de filtres pour limiter la pénétration d’éléments radioactifs. Autour de la centrale d’Ikata, la rénovation et construction de ces centres, financée par le gouvernement, a coûté 738 millions de yens (6,4 millions d’euros).

Les cliniques de Kucho, Seto et Kushi, ainsi que l’établissement pour personnes âgées Seto Aiju sont situés dans des zones à risque. Pour Kushi, le risque est plus élevé. De plus, la clinique est sur une pente et pourrait s’effondrer. A Kucho et Seto Aiju il y a des risques d’écoulement de boue. A la clinique Seto, il y a les deux risques.

Le risque d’écoulement de boue était parfois connu au moment de la sélection des sites, mais il n’y avait pas d’autre choix possible. Le gouvernement, ne l’a pas retenu comme critère de sélection pour ne pas limiter les choix.

Plans d’urgence nucléaire en France : forces et faiblesses

Etude pour l’ANCCLI

Lire le rapport complet au format pdf

Résumé

En France, les plans d’urgence nucléaire sont définis dans tout un corpus de textes locaux, nationaux, voire européens. Ils n’ont jamais été discutés avec les personnes concernées ou avec les parties prenantes, malgré les recommandations en ce sens de la Commission internationale de protection radiologique. Certains Plans Particuliers d’Intervention (PPI) locaux ne sont même pas disponibles en ligne. En cas d’accident nucléaire grave, les populations riveraines ne connaissent pas les mesures de protection prévues et ne réagiront probablement pas comme attendu. L’approche « top-down » utilisée à ce jour doit donc évoluer et les populations locales et les organisations de la société civile intéressées devraient être impliquées dans le développement et la planification des plans d’urgence.

Les mesures de protection prévues sont les mêmes dans tous les pays. En revanche, l’étendue de la zone géographique où elles seront appliquées dépend de la gravité de l’accident. Les catastrophes de Tchernobyl et de Fukushima ont montré que les accidents les plus graves peuvent avoir des conséquences bien au-delà des périmètres de protection prévus en France. Les leçons de la catastrophe de Tchernobyl n’ont pas été tirées. Il ne faudrait pas passer à côté de celles de Fukushima daï-ichi. Par conséquent, l’Association Nationale des Comités et Commissions Locales d’Information (ANCCLI) réclame une révision en profondeur des périmètres des Plans Particuliers d’Intervention des Installations Nucléaires de Base et suggère même une extension des plans d’urgence à un rayon de 80 km. Elle considère, à la lumière de la catastrophe de Fukushima, qu’avec un rayon de 10 km, les plans actuels de secours sont inadaptés ; l’ANCCLI propose d’avoir une réflexion à l’échelle du bassin de vie de la population autour de chaque installation nucléaire.

Au niveau européen, le groupe de travail AtLHET sur l’urgence nucléaire, mis en place par les autorités de sûreté et les autorités compétentes en radioprotection, a conclu que l’évacuation doit être préparée jusqu’à 5 km et la prophylaxie à l’iode et la mise à l’abri jusqu’à 20 km. Il recommande aussi qu’une stratégie soit mise en place pour évacuer jusqu’à 20 km et mettre à l’abri et protéger la thyroïde jusqu’à 100 km. De telles distances peuvent impliquer un nombre d’habitants beaucoup plus élevé qu’autour des centrales de Tchernobyl et de Fukushima : il y a plus d’un million d’habitants dans un rayon de 30 km autour des centrales de Fessenheim et du Bugey.

Les mesures de protection prévues sont, dans l’ordre chronologique, la mise à l’abri, la prophylaxie à l’iode et, éventuellement l’évacuation. Puis, des mesures de restriction de consommation d’aliments peuvent être mises en place. Toutes ces mesures nécessitent une bonne coordination et une bonne information des personnes concernées qui peuvent dans un pays voisin.

En France, la mise à l’abri est d’une durée beaucoup plus courte que ce qui est recommandé au niveau international, ce qui est positif. En revanche, le seuil de déclenchement est plus élevé que ce qui est prévu dans d’autres pays comme la Belgique ou le Canada.

Pour être efficace, la protection de la thyroïde, une glande particulièrement sensible en cas de rejets d’iode radioactif, nécessite la pré-distribution de comprimés d’iode stable. C’est le cas en France, mais seulement dans un rayon de 10 km autour des installations nucléaires, alors que c’est 20 km en Belgique et 50 km en Suisse. Il y a urgence à appliquer ce que les autorités ont admis au niveau européen : la France doit étendre la pré-distribution d’iode stable jusqu’à 50 km au moins afin de pouvoir protéger plus efficacement sa population en cas d’accident grave. Au-delà, les plans de distribution de l’iode en situation d’urgence doivent être évalués et testés. En ce qui concerne le seuil d’intervention, la France devrait introduire un niveau plus protecteur pour les enfants et les femmes enceintes, conformément aux recommandations de l’OMS.

En cas de rejets prolongés, il est impératif que les populations concernées soient informées au préalable de la politique en matière d’administration multiple d’iode stable, sans que cela vienne se substituer à d’autres mesures de protection.

L’évacuation représente la mesure de protection la plus complexe, car elle nécessite une bonne coordination entre les différents acteurs, la transmission d’informations pertinentes au public et la mise en place d’une logistique lourde. Celle-ci doit souvent être décidée en tout début de crise lorsque la situation dans la centrale peut être encore incertaine.

L’évacuation est aussi la mesure de protection des populations la plus lourde de conséquences car elle peut conduire à la réinstallation avec perte totale du logement, de l’emploi et de tous les biens en cas de catastrophe majeure, comme cela a été le cas autour des centrales de Tchernobyl ou Fukushima, avec une rupture du lien social entre personnes proches, voire même à l’intérieur d’une même famille. Il s’agit d’une décision difficile à prendre, qui aura aussi des conséquences économiques à long terme pour tout le pays.

En France, les PPI ne prévoient l’évacuation que jusqu’à 5 km alors que le rapport européen AtHLET préconise qu’« une stratégie générale doit être définie afin d’être en mesure d’étendre l’évacuation sur un rayon allant jusqu’à 20 km ». La France doit donc étudier sérieusement l’évacuation de populations sur des distances allant bien au-delà de ce qui est prévu dans les PPI actuels. Quant aux capacités d’accueil, elles ne semblent pas bien évaluées et l’on ne sait pas si elles répondent aux besoins.

L’évacuation des personnes vulnérables, en particulier les malades alités dans les hôpitaux, est probablement l’aspect le plus dramatique de la phase d’urgence de la catastrophe nucléaire au Japon. Les personnes qui ont besoin de soins spéciaux sont aussi en danger en cas d’évacuation. Les plans d’urgence français ne proposent pas une réponse appropriée à ce danger. La France doit donc engager une réflexion profonde sur la prise en charge des personnes vulnérables en cas d’accident nucléaire. Ce travail doit être mené avec les acteurs locaux et peut conduire à un recensement dans les plans d’urgence du nombre d’hôpitaux et des capacités d’accueil dans un rayon de 30 à 80 km autour de l’installation nucléaire.

Contrairement à ce qui est exigé en Amérique du Nord, aucune estimation des temps d’évacuation autour des installations nucléaires n’a été effectuée en France. De telles estimations doivent donc être effectuées, rendues publiques et expliquées aux riverains des installations nucléaires. Ces évaluations doivent prendre en compte les évacuations spontanées.

A moyen et long terme, la réduction de l’exposition interne des populations nécessite la mise en place de restrictions de consommation pour la nourriture et la boisson. La doctrine française basée sur une interdiction préalable, le temps de faire des contrôles, est la bienvenue. En revanche, les Niveaux Maximum Admissibles (NMA) définis au niveau européen sont beaucoup plus élevés que ceux qui ont été fixés au Japon après la catastrophe de Fukushima. Après ce précédent, il est peu probable que les consommateurs européens acceptent les limites retenues par l’UE. A l’instar de ce qui s’est passé au Japon, ils adopteront leurs propres limites en se donnant les moyens de contrôler la nourriture. Les NMA fixés par les autorités doivent être clairement justifiés afin d’aider les citoyens à adapter leur régime. Il importe aussi de faciliter l’accès à la mesure et au contrôle, aussi bien pour les producteurs, que pour les consommateurs.

Toutes ces mesures de protection nécessitent de pouvoir alerter et transmettre les informations pertinentes aux personnes concernées pendant une situation de crise où les moyens de communication peuvent être très perturbés. Pour cela, les dernières technologies de l’information ne sont pas toujours prises en compte. Autour de Valduc, le minitel est toujours conseillé !

Le rôle de chacun des acteurs impliqués dans la gestion de la crise en termes de communication est bien clarifié dans le Plan national. En revanche, les CLIs ne semblent pas associées, pas plus que les experts non institutionnels qui seront sollicités par les médias. La pluralité de l’information est à la base de la démocratie, même en période de crise. De plus, la communication et l’information en période de crise devrait être évaluée, comme le reste. Tester les moyens de communication est indispensable. La compréhension des messages aussi.

Il existe de fortes disparités de part et d’autre des frontières européennes, reconnues par tous. Il importe de renforcer la coopération transfrontalière afin d’aller vers une harmonisation des pratiques en prenant en compte les mesures les plus protectrices.

En conclusion, la France devrait étendre les zones d’application de ses plans d’urgence, développer leur évaluation, associer les parties prenantes et la population aux exercices de crise et organiser une consultation régulière du public sur ces enjeux.

 

Polémiques autour des plans d’urgence nucléaire au Japon

SPEEDI

SPEEDI est un code informatique destiné à prédire les retombées radioactives lors d’un accident nucléaire. Lors de la catastrophe de Fukushima, la quantité de radioéléments rejetés étant inconnue, ses prédictions n’ont pas servi à la gestion de l’urgence. Seules la direction des retombées étaient connues, pas leur quantité. Et les pouvoirs locaux en charge de l’évacuation n’avaient jamais eu accès aux maigres résultats obtenus. L’Autorité de Régulation Nucléaire, la NRA, a décidé de ne pas l’utiliser en cas de nouvel accident.

Mais le gouvernement vient d’accepter, à la demande des gouverneurs, que les autorités locales puissent utiliser SPEEDI en cas d’accident pour encadrer les évacuations. On se souvient qu’en 2011, des habitants de Namié avaient été évacués vers une zone plus exposée aux retombées radioactives que leur lieu d’origine. D’où la demande de pouvoir utiliser SPEEDI.

Cette divergence entre la NRA et les autorités locales pourrait conduire à des décisions contradictoires et à de la confusion pour les personnes concernées. Le gouvernement doit donc clarifier les rôles de chacun. Il compte ne pas faire obstruction aux décisions locales prises en se basant sur SPEEDI. C’est aussi, pour lui, une façon de se décharger de ses responsabilités. Qui fera tourner SPEEDI ? Les autorités locales ou la Japan Atomic Energy Agency, l’équivalent du CEA ? ce n’est pas encore décidé.

Ce logiciel, développé après l’accident de Three Mile Island, a coûté près de 12,4 milliards de yens (près de 100 millions d’euros).

Le gouvernement a aussi décidé que les autorités locales pourront distribuer des comprimés d’iode jusqu’à 30 km des centrales nucléaires et qu’il prendra en charge les coûts. Pour le moment, c’est seulement 5 km ! En France et en Suisse, ce sont les exploitants du nucléaire qui payent. En 2011, il aurait fallu prendre de l’iode jusqu’à 50 km.

Rôle de l’armée et des pompiers

En ce qui concerne l’armée, appelée « forces d’auto-défense » et les pompiers qui étaient intervenus durant les premiers jours de la catastrophe à la demande du premier ministre, il n’y a toujours pas de politique de définie. Le gouvernement, l’Autorité de Régulation Nucléaire (NRA), l’armée et les pompiers ont des avis qui diffèrent.

Un responsable du ministère de la défense explique que le Japon ayant désormais les règles de sûreté les plus stricts au monde, les exploitants sont bien préparés à faire face à l’urgence nucléaire et que l’armée ne pourrait pas faire mieux. A l’occasion du cinquième anniversaire de la catastrophe, le gouvernement a affirmé, dans un rapport, prendre la responsabilité de la gestion d’un accident nucléaire. Ce rapport fait référence à des escadrons de militaires et de pompiers qui participeront au transport de matériel et à d’autres efforts. La délimitation de leurs tâches n’est pas précisée. Il n’est officiellement question que d’assistance. La limite de dose de 250 mSv qui deviendra la norme en cas d’urgence nucléaire à partir du 1er avril prochain ne s’applique qu’aux travailleurs du nucléaire et aux inspecteurs de la NRA. Aucune limite n’est définie pour les militaires et pompiers.

Les pompiers, sont tout aussi réticents à intervenir en cas d’accident nucléaire. Les nouvelles règles de sûreté imposent le pré-positionnement de camions de pompier et les exploitants doivent pouvoir s’en servir sans intervention extérieure.

Enfin, la NRA précise que si l’exploitant est dépassé par les évènements, des troupes sous responsabilité gouvernementale pourraient être envoyées sur place en recours ultime.

A Fukushima

Les communes situées à moins de 30 km des centrales nucléaires doivent aussi élaborer des plans d’évacuation. C’est aussi le cas pour celles situées autour de Fukushima daï-ichi et daï-ni. A Namié, commune de 18 700 habitants encore complètement évacuée, la mairie a décidé que les habitants pourront partir même si le risque d’exposition est inférieur au seuil de déclenchement de l’évacuation défini au niveau national, qui est de 500 microsieverts par heure. Mais en 2011, ce seuil n’avait jamais été atteint au-delà de 5 km. Les communes ont quand même été évacuées. La habitants doivent aussi partir au bout d’une semaine si l’exposition dépasse 20 microsieverts par heure pendant plus de 24h.

La ville voisine de Minami-Sôma a pris une décision similaire en 2013. Cela n’est pas du goût du gouvernement car cela pourrait engorger les routes en cas d’urgence et entraver l’évacuation des zones les plus exposées. Lors de la catastrophe de Fukushima, toutes les routes autour de Namié étaient congestionnées et les abris ne pouvaient pas accueillir tout le monde.

En 2011, seules les communes situées à moins de 5 km d’une centrale nucléaire devaient prévoir des plans d’évacuation. Ni Namié, ni Minami-Sôma n’étaient donc concernées. Namié a pourtant été évacuée et un ordre de mise à l’abri a affecté Minami-Sôma. Près de 55 000 personnes sur 70 000 étaient parties d’elles-mêmes.

Le maire de Namié estime que les habitants partiront de nouveau d’eux mêmes et qu’il vaut mieux prévoir une limite plus basse afin de fluidifier le trafic.

Sur tout le Japon, 135 communes doivent élaborer des plans d’évacuation et 95 d’entre elles l’ont fait. A Ibaraki et Shizuoka, il est difficile de trouver des abris pour tout le monde car il y a près d’un million d’habitants dans un rayon de 30 km. Un responsable d’Ibaraki estime que les lignes directrices du gouvernement ne sont que de la théorie sur le papier. « Plus on travaille sur les plans d’urgence, moins ils sont réalistes. »

Des balises de mesure de la radioactivité limitées

Autour de la centrale de Sendaï, dans la province de Kagoshima, qui a deux réacteurs nucléaires en activité, il y a 48 balises de mesure de la radioactivité ambiante pour donner l’alerte en cas d’accident et aider à la décision pour l’évacuation. Mais 22 d’entre eux ne peuvent pas mesurer des niveaux supérieurs à 80 microsieverts par heure alors que le seuil d’évacuation est de 500 ! Pas de problème, déclare un représentant de la province à l’Asahi, car il y a aussi des postes de mesure mobiles. Mais 30 de ces 44 appareils mobiles ne peuvent pas mesurer des niveaux supérieurs à 100 microsieverts par heure !

Autour de la centrale de Takahama, où deux réacteurs auraient dû redémarrer sans une décision de justice, les autorités régionales de Kyôto ont prévu d’installer 41 balises mais il n’y en a que 14. Il y a encore des délibérations à propos de l’emplacement…

L’ASN favorable à l’extension à 100 km de la distribution d’iode comme le réclame l’ACRO

L’ACRO milite pour l’extension de la distribution de l’iode autour des centrales nucléaires. Rappelons qu’en France, c’est 10 km, 20 km en Belgique, 50 km en Suisse et tout le pays au Luxembourg. A l’occasion du renouvellement de la distribution, nous avons appelé à étendre cette distribution à 100 km.

Dans une interview à Libération, le président de l’Autorité de sûreté nucléaire, Pierre-Franck Chevet, après avoir rappelé qu’« il faut imaginer qu’un accident de type Fukushima puisse survenir en Europe, » il explique : « Fukushima a eu des conséquences de natures diverses pour les populations jusqu’à 100 kilomètres autour de la centrale. Et les gens ont dû être évacués durablement dans un rayon de 20 km, ce qui est déjà énorme. Si on pose ce schéma en Europe, il faut en tirer les conséquences et faire en sorte que nos moyens de gestion de crise soient adaptés, en allant au-delà du rayon de 10 km qui est celui des plans particuliers d’intervention (PPI) actuels autour des installations. Il faut regarder une zone plus large, jusqu’à 100 km. »

A la question, « beaucoup demandent à ce que la distribution actuelle de comprimés d’iode dans un rayon de 10 km autour des centrales françaises soit étendue à ces 100 km », il répond « nous y sommes favorables. »

Dans la situation actuelle, au-delà de 10 km, il faudra sortir pour chercher ou distribuer l’iode, ce qui peut entrer en conflit avec la mise à l’abri. Pierre-Franck Chevet précise : « Si on est dans le nuage, effectivement, il ne faut pas sortir. Mais oui, il faudra absolument préciser les conditions dans lesquelles on achemine à temps les comprimés jusqu’aux personnes. Je ne sais pas si la solution sera d’étendre la prédistribution des comprimés à 100 km ou d’avoir un circuit très fiable de distribution au moment où… Tout cela se prépare, ça ne dépend pas que de l’ASN. »

Pour en savoir plus, lire notre article sur le sujet.

Belgique : le Conseil Supérieur de la Santé reprend plusieurs de nos conclusions sur les plans d’urgence

Le Conseil Supérieur de la Santé (CSS) belge a procédé à un examen critique du plan d’urgence belge, en tirant les leçons de l’accident de Fukushima et d’autres types d’accidents récents, et vient de publier un deuxième avis qui converge avec nombre des critiques et propositions de notre étude pour Greenpeace Belgique.

Que fait la France ? Elle maintient des PPI réduits à 10 km des centrales nucléaires…

Voici quelques extraits du communiqué du CSS :

  • « Une première conclusion, essentielle, est qu’il faut prendre conscience que, bien que très peu probable, un accident nucléaire sévère peut vraiment se produire, même dans des pays technologiquement à la pointe, et y compris en Belgique. […] L’idée que les conséquences d’un accident nucléaire sévère sont limitées aux environs immédiats du site (par exemple une dizaine de kilomètres pour une évacuation) est contredite par l’expérience pratique. Même pour des centrales de conception occidentale, un accident sévère peut avoir des conséquences à grande distance. »
  • « Par ailleurs le CSS recommande l’élargissement des zones de planification : 20 km au moins pour l’évacuation, 100 km au moins pour la distribution rapide d’iode non radioactif aux populations cibles, ainsi que pour la mise à l’abri. Il recommande aussi l’élaboration de stratégies de réhabilitation à long terme, visant à reconstruire le tissu social et économique des zones sinistrées.
    Tout accident sévère aura donc une dimension internationale ce qui nécessite de renforcer les accords et coordinations au niveau bilatéral et européen. »
  • « Le CSS prône une stratégie de précaution. Celle-ci implique de tirer lucidement les leçons des accidents passés, en intégrant des étendues territoriales et des durées de crise réalistes, ainsi qu’un impact européen transfrontalier, et en examinant en détail tous les scénarios possibles, y compris les moins probables, et les vulnérabilités. Une telle approche suppose que tous les intéressés et la population en général soient concernés d’une manière ouverte. »