Fort rejet radioactif enfin reconnu en Russie, avec données sur place

Explications

11 novembre 2017

Voir aussi : La Russie reconnait être à l’origine de la fuite (mise à jour en fin de texte).

L’Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire (IRSN) vient d’annoncer (en français et en anglais) que les traces de ruthénium-106, élément radioactif, détectées en Europe occidentale en septembre dernier, étaient probablement dues à un rejet massif, de l’ordre de 100 et 300 térabecquerels, quelque part « entre la Volga et l’Oural sans qu’il ne soit possible, avec les données disponibles, de préciser la localisation exacte du point de rejet. »

L’Institut ajoute que « les conséquences d’un accident de cette ampleur en France auraient nécessité localement de mettre en œuvre des mesures de protection des populations sur un rayon de l’ordre de quelques kilomètres autour du lieu de rejet. »

Toujours selon l’IRSN, le rejet aurait eu lieu au cours de la dernière semaine du mois de septembre 2017 et serait terminé.

Le ruthénium-106

Le ruthénium 106 est un produit de fission radioactif issu de l’industrie nucléaire qui n’existe pas à l’état naturel. Sa demi-vie est d’un peu plus d’un an (373 jours), ce qui signifie que la quantité présente est divisée par deux tous les ans. En se désintégrant, le ruthénium-106 se transforme en rhodium-106, qui est lui aussi radioactif avec une demi-vie de 30 secondes. Chaque désintégration de ruthénium-106 est accompagnée, peu de temps après, de la désintégration du rhodium-106. Ainsi, il faudrait considérer le couple ruthénium-rhodium et multiplier par deux la quantité rejetée de 100 et 300 térabecquerels annoncée par l’IRSN.

C’est au rhodium-106 que l’on devra l’essentiel de la dose provoquée par l’incorporation de couple inséparable d’isotopes radioactifs.

Origine du rejet

En cas de rejet provenant d’un réacteur nucléaire, divers radioéléments sont détectés. Ici, comme le ruthénium-106 et le rhodium-106 sont les seuls radioéléments à avoir été mis en évidence, l’origine ne peut pas être un réacteur nucléaire. En revanche, ce peut être le rejet accidentel une installation de traitement des combustibles usés ou de fabrication de sources radioactives.

L’ACRO détecte parfois le couple ruthénium-rhodium autour des usines Areva de La Hague. En 2001, deux incidents dans ces usines avaient conduit l’association à démontrer que l’exploitant, qui s’appelait encore Cogéma, sous-estimait ses rejets de ruthénium-rhodium dans l’atmosphère. En mai, puis en octobre 2001, les quantités effectivement rejetées étaient environ 1 000 fois plus élevées que ce qui avait été annoncé (voir notre note technique). Les travaux menés à la suite de cette alerte de l’ACRO ont montré que les rejets atmosphériques en ruthénium-rhodium avaient été systématiquement sous-estimés.

En février 2016, l’ACRO avait de nouveau détecté ce couple de radioéléments autour des usines de La Hague, ce qui témoignait d’un rejet atmosphérique plus important qu’en routine, indiquant peut-être un dysfonctionnement non déclaré.

Quantité rejetée

L’IRSN annonce un terme source en Russie de 100 et 300 térabecquerels pour le seul ruthénium-106, et donc le double en prenant aussi en compte le rhodium-106. Un térabecquerel, c’est 1 000 milliards de becquerels.

A titre de comparaison, l’autorisation de rejets atmosphériques des usines Areva de La Hague est de 0,001 térabecquerel (1 GBq) par an pour les émetteurs bêta-gamma (dont les ruthénium-rhodium) autres que le tritium, gaz rares et iodes. Concernant les rejets liquides, pour le seul ruthénium-106 rejeté en mer, la limite est de 15 térabecquerels par an.

La quantité rejetée lors de l’incident rapporté par l’IRSN est donc considérable et cet évènement devrait être classé au niveau 5 de l’échelle internationale INES. Tchernobyl et Fukushima étaient au 7, qui est le niveau maximal. Pourtant, aucune information n’est disponible sur le site de l’AIEA, qui est plus préoccupée par la promotion du nucléaire que par son contrôle.

Conclusion provisoire

60 ans après la catastrophe de Kychtym dans l’Oural et plus de 30 ans après celle de Tchernobyl, qu’un évènement de cette ampleur puisse rester secret plus d’un mois est incroyable. C’est particulièrement grave pour les populations locales qui ont été exposées sans bénéficier de la moindre protection, comme en 1957 et 1986.

A noter que dès le 11 octobre dernier, le Bundesamt für Strahlenschutz en Allemagne pointait du doigt le Sud de l’Oural (communiqué en allemand et en anglais), affirmant que l’IRSN partageait ce point de vue. Il n’y a donc pas eu de progrès en un mois dans l’identification de l’origine de ce rejet.

Un tel secret s’explique-t-il par le fait qu’une installation militaire est en cause ? La Russie a nié être à l’origine de ce rejet. Elle devrait publier toutes ses données de mesure dans l’environnement.

Sans laboratoire indépendant, ni surveillance citoyenne, rien n’a changé sur place. Parce qu’il est important que l’ACRO puisse survivre en France, vos dons sont indispensables.

Mayak ?

Plusieurs sites Internet ciblent le complexe nucléaire de Mayak, situé dans l’oblast de Tcheliabinsk, comme origine de cette contamination, sans que nous soyons en mesure de valider ces affirmations. À l’origine, ce complexe militaro-industriel secret est conçu afin de fabriquer et raffiner le plutonium pour les têtes nucléaires et est devenu tristement célèbre pour ses accidents nucléaires graves, dont celui de Kychtym (Wikipedia). Le site est toujours actif et sert de centre de traitement des combustibles usés (site Internet de l’exploitant).


La Russie reconnaît être à l’origine de la fuite

Mise à jour du 20 novembre 2017

A la demande de Greenpeace Russie, c’est l’agence météorologique russe qui a fini par admettre que l’origine de la fuite est bien en Russie (communiqué en russe). Elle titre son communiqué : pollution extrêmement élevée et élevée. L’entreprise d’Etat Rosatom, quant à elle, n’a toujours rien reconnu.

Dans son communiqué, l’agence météo ne donne pas la contamination en ruthénium-106, ni en rhodium-106, mais plutôt la contamination bêta total des aérosols. Mais on peut supposer que l’excès est essentiellement dû à ce couple de radio-éléments. La concentration la plus forte a été détectée à Argayash (Аргаяш), dans l’Oblast de Tcheliabinsk, qui inclut Mayak et Kychtym entre le 26 septembre et le 1er octobre derniers : 7 610×10-5 Bq/m3, soit 986 fois plus que ce qui est généralement mesuré dans cette station. A Novogorny, toujours dans l’Oblast de Tcheliabinsk, c’était, ces mêmes jours, 5 230×10-5 Bq/m3, soit 440 fois plus que les valeurs habituelles. Des valeurs excessives en aérosols radioactifs ont aussi été détectée dans le Caucase du Nord, jusqu’à 2 147×10-5 Bq/m3, soit 230 fois le bruit de fond, et au Tatarstan. D’autres données sont disponibles dans ce document en russe.

Il est donc maintenant confirmé qu’un rejet grave a eu lieu sur une installation nucléaire russe qui est encore secret. Mais l’agence météorologique n’a, semble-t-il, pas lancé d’alerte et ce sont les populations locales, qui vivent dans un environnement déjà fortement pollué, qui ont été exposées. A quoi servent ses balises ?

L’agence météorologique explique que les niveaux relevés sont très inférieurs aux limites locales fixées à 4,4 Bq/m3. Un non-évènement en Russie, donc…

Par endroit, elle mentionne des retombées allant de 10 à 50 Bq/m2 et par jour.

Toujours rien sur le site de l’AIEA

A noter que l’agence météo mentionne aussi une pollution à l’iode radioactif dans la région d’Obnisk (Обнинск), située à environ 100 km au Sud-Est de Moscou. Les concentrations ont atteint 1,85×10-3 Bq/m3 les 18 et 19 septembre et seraient due à un centre de recherche local.

Belgique : distribution de comprimés d’iode dans un rayon de 100 km

La Belgique va procéder, en 2019, à la distribution de comprimés d’iode dans un rayon de 100 km autour des centrales nucléaires, ce qui représente quasiment tout le pays. C’est 20 km actuellement. Le conseil des ministres vient d’approuver cette décision.

A titre de comparaison, c’est 50 km en Suisse et toujours 10 km en France, même si une extension à 20 km a été décidée.

Pour en savoir plus, lire nos études sur les plans d’urgence nucléaire en Belgique et en France.

Evacuation impossible en cas d’accident à Ikata : solution alternative irréaliste

La centrale de nucléaire d’Ikata, sur l’île de Shikoku, dont le réacteur n°3 a été remis en marche, est située sur une péninsule (voir le plan). 4 700 personnes vivent sur cette péninsule et pourraient pas pouvoir évacuer par la terre en cas d’accident nucléaire grave. Par ailleurs, des abris d’urgence situés dans un rayon de 30 km seraient vulnérables aux glissement de terrain.

Shikoku Electric Power Co. a trouvé la solution : installer des dômes gonflables avec filtres à air dans des gymnases pour abriter les populations qui ne pourraient pas évacuer. Dans son communiqué de presse, la compagnie vante ses « clean air domes » :

La compagnie, en accord avec les autorités locales, compte mettre 250 personnes dans ces trois dômes faisant 15×25 m2 chacun pour une durée pouvant aller à une semaine, selon l’Asahi. Cela fait 4,5 m2 par personne ! La maintenance sera effectuée par la compagnie et la nourriture sera fournie par les communes.

Rester une semaine entassés dans un tel dôme, sans lumière du jour, il y a de quoi devenir fou. Huit dômes sont prévus pour le moment, avec une capacité totale de 600 personnes, alors qu’il y a 4 700 habitants sur cette péninsule.

Cette solution, complètement irréaliste, est un aveu que l’évacuation par les airs et/ou la mer en cas de blocage, prévue pas les autorités, n’est pas plus réaliste.

Ontario is not ready to face a large-scale nuclear accident

Les autorités de l’Ontario ont soumis à la consultation du public la révision de leur plan d’urgence nucléaire (lien en français, lien en anglais). L’ACRO a envoyé l’analyse ci-dessous qui montre que la province n’est pas prête à faire face à un accident grave.

Cette étude fait suite à celles similaires déjà menées en

Belgique : extension de la distribution des comprimés d’iode à tout le pays

Dans un courrier à Greenpeace Belgique, la ministre de la santé belge confirme que la distribution des comprimés d’iode sera étendue à tout le pays en 2017. Cela va dans le sens des recommandations faites dans notre rapport sur les plans d’urgence nucléaire en Belgique et des recommandations du Conseil supérieur de la santé.

Concrètement, des comprimés d’iode vont être proposés à toute la population qui pourra aller les retirer gratuitement dans les pharmacies. Quelques groupes cibles seront activement encouragés à aller chercher les tablettes : les habitants à moins de 20 km, les enfants, les femmes enceintes et qui allaitent.

France : le ministère de l’intérieur élargit les PPI autour des centrales nucléaires

Selon Actu-environnement, le ministre de l’Intérieur a adressé le 3 octobre aux préfets une instruction présentant les évolutions de la doctrine nationale en matière d’accident nucléaire majeur qui doivent être intégrés par les préfets dans les plans particuliers d’intervention (PPI). La circulaire est disponible en ligne ici.

Quatre nouvelles mesures ont été adoptées par le gouvernement :

  1. Etendre les PPI et la distribution d’iode stable à 20 km autour des centrales nucléaires.
  2. Préparer une évacuation immédiate dans un rayon de 5 km.
  3. Prendre une consigne d’interdiction de consommation de denrées alimentaires dès la phase d’urgence.
  4. Tenir compte du contexte local, sans plus de précisions.

Les nouvelles instructions pour rédiger les nouveaux PPI seront envoyées début 2017, selon la circulaire. On n’en sait pas plus non plus sur le calendrier d’extension de la distribution de l’iode à 20 km. La circulaire précise que ce sera fait une fois la distribution dans un rayon de 10 km terminée, sans plus.

C’est un progrès timide, mais l’étude de l’ACRO pour l’ANCCLI à propos des plans d’urgence reste d’actualité. On aurait espéré que le ministère dise qu’il faut se préparer à évacuer jusqu’à 20 km comme le recommandent les autorités de sûreté nucléaire et celles compétentes en radioprotection en Europe dans leur rapport ATHLET. Rien ne semble changé au-delà des 20 km pour la protection de la thyroïde et la mise à l’abri. Ce même rapport préconise pourtant de se préparer à protéger les populations jusqu’à 100 km.

Et puis, les personnes vulnérables, comme les malades dans les hôpitaux, courent le plus de risque en cas d’urgence nucléaire. Leur vie peut être en danger. Rien dans la circulaire à ce propos.

La concertation avec les parties-prenantes et les populations concernées ne semble toujours pas à l’ordre du jour, ni l’évaluation scientifique des mesures de protection, comme le calcul des temps d’évacuation. C’est obligatoire aux Etats-Unis.

Contrairement à ce que prétend la circulaire, les leçons de la catastrophe nucléaire de Fukushima n’ont pas encore été tirées.

Décret relatif à la protection sanitaire contre les dangers résultant de l’exposition aux rayonnements ionisants : Avis de l’ACRO

Le Ministère de l’environnement a soumis à l’avis du public son projet de décret relatif à la protection sanitaire contre les dangers résultant de l’exposition aux rayonnements ionisants, qui transpose la directive européenne  2013/59/Euratom, dite BSS (Basic Safety Standards).

Lire l’avis de l’ACRO à ce sujet. Il ressort que la France a retenu les limites les moins protectrices des recommandations internationales en cas d’accident nucléaire, ce qui est inadmissible et se restreint à une information minimaliste des populations sans la moindre consultation.

Bref, les leçons de la catastrophe en cours à Fukushima n’ont pas été tirées.

Exercices de crise nucléaire de grande ampleur dans la province de Fukui

Deux exercices de crise nucléaire ont eu lieu le week-end dernier dans la province de Fukui, autour des centrales de Takahama et d’Ôï.

Celui de Takahama, qui a eu lieu le 27 août, est le plus grand exercice jamais réalisé au Japon, avec plus de 7 000 personnes impliquées. Il y a 180 000 habitants dans un rayon de 30 km. Le scénario supposait qu’un séisme de magnitude 6 sur l’échelle japonaise a entraîné un accident nucléaire dû à une perte de l’alimentation électrique. Cet accident était supposé s’accompagner de rejets radioactifs. Les résidents à moins de 5 km de la centrale ont dû évacuer avant les rejets. Les autres, situés entre 5 et 30 km, ont d’abord été confinés, avant d’être évacués, une fois les rejets terminés. Ces derniers ont reçu des comprimés d’iode et leur contamination a été contrôlée.

240 personnes vivant à moins de 5 km ont été évacuées en bus durant cet exercice et sont allées jusqu’à Takarazuka, dans la banlieue d’Ôsaka et d’autres communes de la province de Hyôgo. D’autres résidents, qui ont d’abord été confinés, ont aussi été évacués en divers lieux pouvant être éloignés de 130 km, comme la ville de Sanda.

L’exercice s’est plutôt bien passé, mais, le scénario n’est pas réaliste car, en cas de forts séismes, de nombreux bâtiments sont endommagés et il n’est pas possible de s’y abriter. 160 000 constructions ont été endommagées lors des séismes de Kumamoto. Il est aussi peu probable que les habitants attendent leur tour pour partir. Ils prendront immédiatement la route, créant des embouteillages, comme ce fût le cas à Fukushima. Plusieurs voies d’évacuation pourraient aussi être coupées. Distribuer les comprimés d’iode après les rejets n’est pas optimal car ils doivent être avalés dans les 6 heures qui précèdent l’exposition au panache radioactif. Enfin, à Fukushima, les rejets ont duré une dizaine de jours.

L’exercice qui a eu lieu le 28 août autour de la centrale dÔï était limité à la province de Fukui. Environ 2 000 personnes y ont participé. Les résidents du rayon de 5 km sont allés à Tsuruga. Le scénario n’était pas plus réaliste.

Abris d’urgence vulnérables autour d’Ikata

Alors que Shikoku Electric s’apprête à redémarrer le réacteur n°3 de sa centrale d’Ikata dans la province d’Ehimé, il apparaît, selon le Maïnichi, que 4 des 7 abris d’urgence situés dans un rayon de 30 km sont vulnérables aux glissements de terrain. En cas de catastrophe complexe incluant des éboulements ou glissements de terrain, ces abris pourraient ne pas être utilisables.

Ces abris sont des structures médicales destinées aux personnes qui ne peuvent pas évacuer rapidement, comme les personnes malades ou les personnes âgées. Ils ont une structure renforcée pour résister aux séismes et sont équipés de filtres pour limiter la pénétration d’éléments radioactifs. Autour de la centrale d’Ikata, la rénovation et construction de ces centres, financée par le gouvernement, a coûté 738 millions de yens (6,4 millions d’euros).

Les cliniques de Kucho, Seto et Kushi, ainsi que l’établissement pour personnes âgées Seto Aiju sont situés dans des zones à risque. Pour Kushi, le risque est plus élevé. De plus, la clinique est sur une pente et pourrait s’effondrer. A Kucho et Seto Aiju il y a des risques d’écoulement de boue. A la clinique Seto, il y a les deux risques.

Le risque d’écoulement de boue était parfois connu au moment de la sélection des sites, mais il n’y avait pas d’autre choix possible. Le gouvernement, ne l’a pas retenu comme critère de sélection pour ne pas limiter les choix.