Nouvelles images de l’intérieur du réacteur n°2

En janvier dernier, TEPCo a envoyé un robot dans l’enceinte de confinement du réacteur n°2 et avait mis quelques images en ligne. La compagnie a traité les images recueillies de façon à pouvoir, grâce à la réalité virtuelle, se déplacer virtuellement dans cette enceinte et analyser son état. Une vidéo et quelques images ont été mises en ligne. La vidéo, qui montre une visite virtuelle, est très impressionnante :

Les dépôts bruns au fond sont très probablement du corium, ce mélange de combustibles et débris fondus. Il y en a partout, au fond, mais ils sont plus épais en deux endroits. TEPCo soupçonne donc qu’il y a plusieurs trous dans la cuve. L’épaisseur des dépôts serait de 40 à 70 cm.

Un de ces tas serait à proximité du lieu où TEPCo avait repéré un morceau d’assemblage :

L’autre est à proximité d’un pilier.

Le Daily Mail a fait un montage à partir de photos de l’intérieur de l’enceinte de confinement avant la catastrophe et après qui permet de mieux se rendre compte de l’ampleur des dégâts.

Par ailleurs, TEPCo a commencé à creuser un trou dans le mur de ce réacteur. Voir le document explicatif en anglais, qui donne peu d’information (les photos sont ici en japonais). Pour cela, la compagnie a construit une structure côté Ouest, présentée sur ce document en anglais. On la voit bien sur cette photo aérienne datée du 21 février dernier :

Tchernobyl : un quart des 20 000 cas de cancer de la thyroïde pourraient être dû à la radioactivité, selon l’ONU

A la veille du 32ième anniversaire de la catastrophe de Tchernobyl, l’UNSCEAR, qui est le Comité scientifique des Nations Unies sur les effets des radiations, vient de publier un livre blanc dédié à l’évaluation des données sur les cancers de la thyroïde dans les régions affectées par les retombées radioactives de cette catastrophe.

Le communiqué de presse de l’ONU annonce qu’un quart des 20 000 cas de cancer de la thyroïde enregistrés entre 1991 et 2015 chez les personnes qui avaient moins de 18 ans en 1986, sont « probablement » dus aux fortes doses de radiation reçues lors de la catastrophe nucléaire. Cela fait donc environ 5 000.

En 2008, l’UNSCEAR comptait 6 848 cas de cancer de la thyroïde entre 1991 et 2005 chez les moins de 18 ans en 1986. Il ajoutait que la forte augmentation de l’incidence chez les moins de 10 ans est associée à l’accident nucléaire. Cette augmentation a commencé à être observée environ 5 ans après l’accident et a persisté jusqu’en 2005.

Le nombre de 20 000 cas sur la période 1991 – 2015 est donc environ 3 fois plus grand que le nombre de cas sur la période 1991 – 2005. Ces chiffres ne concernent que les personnes originaires des zones non-évacuées de la Biélorussie, de l’Ukraine et des quatre oblasts les plus contaminés de la Fédération de Russie, qui avaient moins de 18 ans en 1986. Et, selon le livre blanc, 7 à 50% pourraient dus aux radiations, avec une valeur nominale à 25%. Pour les détails du calcul, voir le livre blanc. Ce n’est pas très précis pour une démarche qui prétend fournir un rapport faisant autorité.

Eau contaminée : bilan officiel après le gel du sol autour des réacteurs accidentés

TEPCo a mis en ligne une version en anglais de son étude datée du 1er mars sur l’impact du gel du sol tout autour des réacteurs accidentés afin de limiter les infiltrations de l’eau souterraine. Ce bilan intervient 6 mois après le gel complet, sauf en certains points en profondeur où la température ne serait pas passée en dessous de zéro. Le communiqué de presse présente les mesures prises comme un succès, pourtant, entre décembre 2017 et février 2018 le stock d’eau contaminée a continué à s’accroître de 110 m3 par jour en moyenne. C’est mieux qu’au début de la catastrophe (TEPCo annonce 490 m3 par jour en moyenne entre décembre 2015 et février 2016), mais le gel du sol était supposé « bloquer » les infiltrations.

Ces chiffres incluent les infiltrations de la nappe phréatique vers les sous-sols des bâtiments réacteur et turbine, ainsi que l’eau souterraine pompée qui est trop contaminée pour être traitée sur place. En ce qui concerne les seules infiltrations, TEPCo annonce 190 m3/j entre décembre 2015 et février 2016 et 90 m3/j maintenant. Le reste, 300 m3/j avant le gel complet et 20 m3/j après, correspond à l’eau souterraine pompée en aval des réacteurs, mais en amont de la barrière souterraine construite le long de la mer pour réduire les fuites vers l’océan. Voir le schéma ci-dessous, reproduit de la page 10 du document explicatif :

La compagnie annonce aussi, qu’en dehors des épisodes pluvieux, le niveau de la nappe phréatique à l’intérieur du périmètre gelé est de 4 à 5 m plus bas qu’à l’extérieur, en amont des réacteurs.

En cas de fortes pluies, la quantité d’eau contaminée qui s’ajoute au stock est beaucoup plus élevée. Voir le graphe ci-dessous, extrait du même document :

En ce qui concerne le stock d’eau, le dernier document mis en ligne date du 23 avril, mais donne les chiffres jusqu’au 3 mai : 876 481m3 d’eau complètement traitée (retrait de 62 radioéléments, mais pas du tritium), plus 180 028 m3 d’eau partiellement traitée (retrait du strontium), ce qui fait un total de 1,06 million de mètre cubes auxquels il faut ajouter 9 253 m3 de déchets liquides concentrés. Il y a aussi approximativement 36 070 m3 d’eau contaminée dans les sous-sols des réacteurs.

Les cuves avec l’eau contaminée occupent une surface de 230 000 m2, ou 23 hectares et il n’y a presque plus de place. Ces cuves représentent une menace à long terme. Tiendront-elles en cas de fort séisme ? Pour le gouvernement, le rejet en mer est la meilleure solution et l’Autorité de régulation nucléaire a demandé qu’une décision en ce sens soit prise cette année.

A noter que TEPCo injecte toujours quotidiennement 72 m3 dans chacun des réacteurs 1, 2 et 3 afin de refroidir le corium, ce mélange de combustible et débris fondus. Cette eau se contamine fortement avant de s’infiltrer dans les sous-sols où elle se mélange à l’eau qui s’infiltre.

TEPCO dit vouloir continuer ses efforts pour réduire l’accumulation d’eau contaminée, mais ne présente aucune mesure concrète autre que de limiter les infiltrations d’eau de pluie. L’eau contaminée va donc continuer à s’accumuler à un rythme d’une centaine de mètres cubes par jour pendant longtemps. C’est probablement le maximum que peut faire TEPCo. Rappelons que la gestion de cette eau lui coûte 32% des 1,7 milliards d’euros dépensés annuellement pour la sécurisation de la centrale accidentée.

75ième versement financier pour TEPCo

TEPCo annonce avoir reçu le 75ème versement financier de la part de la structure gouvernementale de soutien qui lui avance de l’argent pour les indemnisations : 30,4 milliards de yens (229 millions d’euros au cours actuel). Cet argent est prêté sans intérêt.

TEPCo a déjà reçu un total de 8 245,7 milliards de yens (62 milliards d’euros au cours actuel) si l’on prend en compte le présent versement et cela ne suffira pas.

Le gouverneur de Niigata, opposé au redémarrage des réacteurs de Kashiwazaki-Kariwa, démissionne suite à une affaire de mœurs

Ryûichi Yonéyama, gouverneur de Niigata, vient d’annoncer sa démission alors qu’un magasine s’apprête à révéler qu’il a eu des relations sexuelles tarifées avec des jeunes filles. Il était connu pour s’être opposé à la remise en service de la centrale de Kashiwazaki-Kariwa tant que toute la lumière n’aura pas été faite sur l’accident à celle de Fukushima daï-ichi.

Elu en octobre 2016, son mandat était encore de deux ans et demi. De nouvelles élections devraient être organisées en juin prochain.

Stagiaires vietnamiens privés de prime de risque sur les chantiers de décontamination

Un stagiaire vietnamien avait récemment dénoncé la compagnie qui le formait car il avait été envoyé sur des chantiers de décontamination et de démolition sans que cela soit prévu dans son contrat. Il a expliqué n’avoir reçu aucune information relative aux risques liés à la radioactivité.

Le 6 avril, le ministère de l’environnement a annoncé que plusieurs stagiaires vietnamiens envoyés sur ces chantiers n’avaient pas reçu la prime de risque auxquels les décontamineurs ont droit. Selon le Maïnichi, qui rapporte cette information, la compagnie a pourtant indiqué aux autorités avoir payé cette prime. Le ministère du travail et des affaires sociales enquête.

Dans un autre article paru quelques jours plus tard, le Maïnichi précise que la compagnie a retenu pour un total de 1,6 millions de yens (12 000 €) de primes en 7 mois à trois stagiaires vietnamiens envoyés sur des chantiers de décontamination. La prime est de 4 600 yens (35 €) par jour. Cela représente une grosse somme au Vietnam.

Trois entreprises ont été punies dans cette affaire et elles ne peuvent plus répondre à des appels d’offres publics pendant un mois.

Depuis, une association de soutien a annoncé que trois autres Vietnamiens ont été envoyés en « stage de formation » sur les chantiers de décontamination. Cela fait un total de 4 stagiaires soutenus.

Le canton de Futaba va garder le même nombre d’élus régionaux malgré sa dépopulation

Le canton de Futaba, qui regroupe 8 communes, dont celles de Futaba et Namié, a vu sa population s’effondrer entre les deux derniers recensements, suite à la catastrophe nucléaire : elle était de 72 882 en 2010 et 7 333 en 2015. Comme le nombre de sièges à l’assemblée régionale dépend de la population du canton à la date du dernier recensement, le nombre d’élus devait passer de 2 à 0 sur 58.

Pour faire face à cette situation, l’assemblée nationale a voté, à l’unanimité, la proposition d’établir le nombre de représentants sur le recensement de 2010 pour la prochaine élection qui aura lieu en novembre 2019.

Fin des indemnisations pour les personnes déplacées de la catastrophe nucléaire

A la fin mars 2018, TEPCo a dépensé plus de 8 000 milliards de yens (60 milliards d’euros) en indemnisations. Une moitié environ est allée aux personnes déplacées et l’autre aux entreprises et commerces affectées. Cet argent est avancé par l’Etat et selon une estimation récente de la cour des comptes japonaise, le coût des intérêts, à la charge des contribuables japonais pourrait atteindre 218,2 milliards de yens (1,7 milliards d’euros).

Les indemnisations sont officiellement terminées depuis le 31 mars 2018, mais ce n’est pas encore la fin pour TEPCo. Il y a une trentaine de plaintes collectives, regroupant plus de 12 000 personnes, pour réclamer de meilleures indemnisations.

Chaque personne qui a dû évacuer a reçu 100 000 yen par mois (760 €) en compensation du stress engendré auxquels pouvaient s’ajouter des indemnisations liées à la perte des ressources financières, au logement, aux transports… La seule partie liée au stress peut s’élever à 8,4 millions de yens (63 000 €) par personne sur 7 ans. Les 25 000 personnes originaires de la zone dite de retour difficile ont reçu une somme supplémentaire de 7 millions de yens (53 000 €) en une seule fois.

Ce soutien financier s’est terminé une année après la levée de l’ordre d’évacuer pour les personnes originaires des zones concernées et cette année pour toutes les autres. Cependant, le gouvernement a demandé à TEPCo de maintenir l’aide au logement une année de plus.

Ces indemnisations ont provoqué beaucoup de jalousies et des discriminations envers les personnes déplacées qui apparaissaient comme privilégiées. A titre de comparaison, les personnes auto-évacuées, qui sont parties d’elles-mêmes, sans y être obligées, ont reçu, en plus d’une aide au logement, 120 000 yens (900 €) en une seule fois. C’était 720 000 yens (5 400 €) pour les mineurs et les femmes enceintes. La différence de niveau de contamination de leur lieu de vie pouvait être très faible avec les personnes évacuées de force.

La fin des indemnisations ne signe pas la fin de la catastrophe, loin de là. Les populations affectées ne retrouveront jamais leur vie d’antan. Elles font toujours face à de nombreux problèmes. Il en est de même pour les communes affectées par les évacuations. Comme le taux de retour dans les zones où il est permis de rentrer est faible, de l’ordre de 15% en moyenne, certaines communes veulent attirer de nouveaux habitants. Tomioka, par exemple, offre à chaque famille 300 000 yens ( 2 300 €) par an pendant 3 ans, plus 180 000 yens (1 400 €) par an par enfant.

Accès autorisé pour une toute petite partie d’Ôkuma

La commune d’Ôkuma a entièrement été évacuée et est quasi-entièrement classée en zone de retour difficile. A partir du 24 avril prochain, les habitants de deux hameaux pourront passer la nuit chez eux. Il s’agit d’Ôgawara où l’exposition externe est comprise entre 20 et 50 mSv/an et de Nakayashiki, où elle est inférieure à 20 mSv/an. Seuls 379 personnes réparties dans 139 foyers y vivaient avant la catastrophe, soit à peine 3,6% de la population de la commune.

Le gouvernement espère y lever l’ordre d’évacuation eu printemps 2019, quand le nouvel hôtel de ville sera prêt.

Selon un employé de TEPCo, un dirigeant de la compagnie a arrêté le projet de digue contre les tsunamis en 2008

Les auditions des témoins continuent dans le procès de trois anciens dirigeants de TEPCo. Un employé vient de rapporter que Sakaé Mutô, vice-président de la compagnie a arrêté le projet de digue anti-tsunami à la centrale de Fukushima daï-ichi.

Rappel de l’épisode précédent : un rapport interne à TEPCo daté de mars 2008 avait estimé qu’un tsunami pouvait atteindre une hauteur de 15,7 m à la centrale de Fukushima daï-ichi. Les calculs étaient basés sur une mise à jour, en 2002, des prédictions gouvernementales qui aboutissaient à un séisme de magnitude 8,2 au large de Fukushima.

Le témoin, dont les propos sont rapportés par l’Asahi et le Maïnichi, faisait partie de l’équipe en charge de définir les mesures de renforcement des protections contre les séismes et tsunamis, mise en place en novembre 2007. Il rapportait directement à Sakaé Mutô à l’époque. Selon lui, le groupe était arrivé au consensus que TEPCo devait prendre en compte la réévaluation gouvernementale du risque tsunami et a chargé une filiale de faire une estimation de la vague la plus haute. La filiale a informé le groupe en mars 2008 des résultats de son évaluation : 15,7 m. Et le groupe a informé Sakaé Mutô à ce sujet en juin de cette même année.

Toujours selon le témoin, M. Mutô aurait alors demandé que l’on prépare une demande de permis de construire une digue. Puis, en juillet 2008, M. Mutô aurait informé le groupe que TEPCo ne retenait pas cette valeur de 15,7 m, sans la moindre explication. Le groupe aurait été choqué par cette décision.

Comme on le sait, la vague la plus haute du tsunami de 2001 faisait 15,5 m de haut à la centrale de Fukushima daï-ichi… Le procès continue.