TEPCo, l’Etat japonais et les plaignants font appel du dernier jugement

3 824 personnes s’étaient jointes à une plainte collective afin d’être mieux indemnisées et TEPCo et l’Etat japonais avaient été reconnus coupables de négligences. Les deux parties viennent de faire appel de cette décision.

TEPCo et l’Etat contestent cette décision et les plaignants estiment que l’indemnisation ordonnée par la cour n’est pas suffisante : la somme allouée est trop faible et certaines zones ne bénéficient toujours pas de soutien financier.

Réouverture d’un tronçon de la ligne de train Jôban, entre Naraha et Tomioka

La ligne de chemin de fer Jôban, qui longe le littoral a été endommagée par le séisme de 2011, partiellement détruite par le tsunami et fortement contaminée, par endroits, par les rejets radioactifs de la centrale de Fukushima daï-ichi. Sa remise en service partielle, tronçons après tronçons, est un marqueur des efforts de reconstruction et c’est un symbole fortement médiatisé pour les politiques. A Minami-Sôma, la réouverture partielle de la ligne avait accompagné la levée de l’ordre d’évacuer en juillet 2016. Plus au Nord, la ligne a été surélevée dans les zones proches du littoral à cause des tsunamis, et a rouvert en décembre 2016.

C’est une nouvelle portion de cette ligne qui vient de rouvrir, entre la station Tatsuta à Naraha et Tomioka, où l’ordre d’évacué a été levé fin mars 2017. Cette nouvelle portion fait 6,9 km et il y a 11 aller-retours par jour.

Le littoral de Tomioka, détruit par le tsunami, est devenu, à proximité de la centrale de Fukushima daï-ni, un centre de gestion des déchets radioactifs issu de la décontamination des territoires, avec entreposage, tri, incinération et bétonnage des cendres (voir notre reportage en photos). La nouvelle ligne passe à proximité, comme on peut le voir dans les médias japonais. Voir, par exemple, cette photo reprise du Maïnichi :

Fukushima 311 Voices signale que cette photo a disparu de la version japonaise du Maïnichi sous la pression de lecteurs. Voir aussi les explications de Nos Voisins Lointains 3.11.

L’ancienne gare a été détruite par le tsunami :

gare_Tomioka

La nouvelle ligne passe au même endroit, sans être sur-élevée comme c’est le cas plus au Nord. Surélever le train tout en laissant les déchets en bas aurait paru trop ridicule ? Voir d’autres photos du Maïnichi.

Sur cette autre photo du Maïnichi, le train passe à proximité d’un des incinérateurs de déchets issus de la décontamination, qui est situé le long du littoral, dans la zone ravagée par le tsunami :

Comme nous l’avons déjà signalé, le taux de retour des habitants à Tomioka est très faible et la ligne sera peu usitée : fin août, seulement 200 habitants, sur 13 300 avant la catastrophe sont rentrés.

Après Tomioka, vers le Nord, il reste une portion de 21 km qui passe par les zones dites de « retour difficile » et pour laquelle la compagnie Japan Rail (JR) espère une réouverture avant la fin mars 2020, juste avant les jeux olympiques. En attendant, un service de bus fait la liaison.

69ième versement financier pour TEPCo

TEPCo annonce avoir reçu le 69ième versement financier de la part de la structure gouvernementale de soutien qui lui avance de l’argent pour les indemnisations : 21,4 milliards de yens (160 millions d’euros). Cet argent est prêté sans intérêt.

TEPCo a déjà reçu un total de 7 660,2 milliards de yens (57,1 milliards d’euros au cours actuel) et cela ne suffira pas.

Deux cas de cancer de la thyroïde confirmés supplémentaires

L’université médicale de Fukushima a publié les derniers résultats de sa campagne de dépistage des cancers de la thyroïde chez les jeunes de Fukushima. Ils peuvent être téléchargés ici en japonais. La traduction officielle en anglais sera disponible ici. Le site Fukushima Voices devrait aussi traduire en anglais les principaux résultats.

Les résultats précédents sont ici sur notre site. Selon la présente publication, qui donne les résultats au 30 mars 2017, il y a deux cas de cancer de la thyroïde supplémentaires, confirmé par la chirurgie. Pour les cancers suspectés, c’est trois de plus. On arrive donc à un total de 194 cas de cancers potentiels, dont 154 ont été confirmés après la chirurgie, et un qui s’est révélé bénin.

Rappelons que les autorités proposent un dépistage systématique aux seuls enfants de Fukushima, et qu’elles en sont à la troisième campagne d’échographies.

Concernant la deuxième campagne de dépistage, sur 381 256 jeunes ayant droit à un examen médical, 270 516 ont subi une échographie de la thyroïde, soit 71%. C’est 5 de plus que la dernière fois. Parmi eux, le nombre d’enfants qui a subi ou qui doit subir des examens complémentaires est de 2 227. C’est un de plus que la dernière fois. Ces examens sont terminés pour 1 788 jeunes. C’est 40 de plus que la dernière fois. Il y a eu 205 cytoponctions. Ces examens ont révélé 71 cas de cancer potentiel de la thyroïde (32 garçons et 39 filles) âgés de 9 à 23 ans lors de l’examen. C’est comme la dernière fois. Rappelons que 65 d’entre eux avaient été classés A lors du premier dépistage, c’est à dire ne nécessitant pas d’examen complémentaire.

Sur ces 71 cas, le cancer a été confirmé après chirurgie pour 50 jeunes. C’est 1 de plus que la dernière fois. Il y a 49 cancers papillaires et un d’un autre type.

La troisième campagne de dépistage se poursuit lentement : 138 422 jeunes seulement on subi une échographie de la thyroïde, soit 41,1%. Parmi eux, 754 ont subi ou doivent subir des examens complémentaires. Il y a déjà eu 18 cytoponctions et il y a suspicion de cancer pour 7 cas (4 garçons et 3 filles). C’est trois de plus que la dernière fois. Sur ces 7 cas, le cancer a été confirmé après chirurgie pour 3 jeunes. C’est 1 de plus que la dernière fois. Il s’agit de 3 cancers papillaires.

Il faut, bien-entendu, ajouter les cas de cancer détectés lors de la première campagne de dépistage, à savoir 116 cas potentiels, dont 101 confirmés (100 cancers papillaires) et un cas qui s’est révélé bénin après chirurgie. Les 14 autres enfants ou adolescents sont sous surveillance.

Au total, on a donc 194 cas de cancers suspectés, dont 152 confirmés après chirurgie et un cas bénin. C’est plus que ce qui était attendu, mais les autorités continuent à nier le lien avec la catastrophe nucléaire. Elles évoquent un effet râteau lié au dépistage qui aurait permis de trouver les cancers plus tôt. Cet argument ne tient plus pour les cas détectés lors des deuxièmes et troisièmes campagnes.

Rappelons qu’un fond de soutien aux enfants atteints d’un cancer de la thyroïde, a trouvé le cas d’un enfant soigné pour un cancer de la thyroïde qui avait quatre ans en mars 2011 qui n’apparaît pas dans les statistiques officielles.

Deux réacteurs supplémentaires en passe d’être arrêtés définitivement

Selon les médias japonais, Kansaï Electric devrait arrêter définitivement les réacteurs n°1 et 2 de sa centrale d’ÔÏ située dans la province de Fukui. Ils ont été mis en service en mars et décembre 1979 respectivement et ont chacun une puissance de 1,2 GWe.

Les arguments sont purement économiques : les coûts de renforcement de la sûreté dépasseront les 100 milliards de yens (le milliard d’euro) et les profits attendus dans un contexte de baisse de la demande électrique pour les majors du secteur électrique. Selon le Nikkei, Kansaï electric a vendu 20% d’électricité en moins en 2016 par rapport à 2010. Par ailleurs, ces deux réacteurs nécessitaient un renforcement de l’enceinte de confinement, alors qu’il y a une faille sismique active à proximité.

En avril 2015, Kansaï Electric avait déjà arrêté définitivement deux réacteurs plus petits de sa centrale de Mihama, situés aussi dans la province de Fukui. Son parc va donc passer de 11 à 7 réacteurs.

Si l’on fait un bilan :

  • Il y avait 54 réacteurs de production d’électricité au Japon en 2010.
  • 4 ont été détruits à Fukushima daï-ichi et deux autres arrêtés définitivement.
  • En comptant ces deux réacteurs d’Ôï, 8 réacteurs ont ou seront mis à l’arrêt définitif.
  • Cela fait donc 14 réacteurs en moins par rapport à 2010. Il restera donc officiellement 40 réacteurs en « service », dont Fukushima daï-ni qui ne redémarrera jamais, comme d’autres.
  • A l’inverse, seulement 5 réacteurs ont été remis en service depuis la catastrophe nucléaire de Fukushima.

Les 8 réacteurs arrêtés définitivement sont : Tsuruga 1 (Fukui), Genkaï 1 (Saga), Shimané 1, Ikata 1 (Ehimé), Mihama 1 et 2 (Fukui) et maintenant Ôï 1 et 2 (Fukui).

Kansaï electric espère redémarrer prochainement les réacteurs 3 et 4 d’Ôï dont le dossier de sûreté a été validé par l’Autorité de Régulation Nucléaire. Ils ont été mis en service en 1991 et 1993 respectivement.

Rapports de sûreté falsifiés à l’usine de retraitement de Rokkashô

L’Autorité de Régulation Nucléaire (NRA) japonaise vient d’annoncer que la Japan Nuclear Fuel Ltd. (JNFL), propriétaire de l’usine de retraitement de Rokkashô dans la province d’Aomori, avait omis des inspections et falsifié des rapports de sûreté. Le PDG de la compagnie a promis d’inspecter son usine de fond en comble. En attendant, il suspend les travaux visant à obtenir l’autorisation de démarrage.

En août dernier, 800 litres d’eau de pluie a fui d’un tuyau situé dans une galerie souterraine et a atteint une pièce avec un générateur diesel de secours. La compagnie s’est alors aperçue que la galerie n’avait pas été inspectée pendant 14 ans, c’est à dire depuis sa construction. Les rapports de sûreté mentionnaient pourtant qu’il n’y avait rien à signaler. La compagnie a essayé d’expliquer que ces « RAS » concernaient une autre galerie souterraine… 110 autres litres ont fui en septembre.

Le démarrage de cette usine, initialement prévu en 1997, a déjà été reporté 23 fois. La date de mise en service officielle est début 2018, mais cela paraît déjà impossible à tenir. Le 24ième report ne devrait pas tarder !

La NRA a aussi annoncé qu’en septembre dernier, des fissures et des trous avaient été trouvés dans les cheminées de l’usine d’enrichissement de l’uranium, aussi détenue par JNFL. Ces défauts, qui violent les règles de sûreté, n’ont pas été découvert plus tôt pas manque d’inspection.

Le village nucléaire japonais n’a pas fini de nettoyer ses écuries…

TEPCo et l’Etat japonais reconnus coupables par un tribunal de Fukushima

TEPCo et l’Etat japonais viennent d’être reconnus coupables de négligences car ils auraient dû prendre des mesures de protection des centrales nucléaires contre les tsunamis. La cour a noté que TEPCo était le premier responsable de la sûreté de ses installations et l’Etat en second. Ils devront indemniser 2 907 personnes pour un total de 500 millions de yens (3,8 millions d’euros). Elles recevront entre 10 000 et 360 000 yens (75 et 2 700 euros) chacune.

3 824 personnes s’étaient jointes à cette plainte collective, pour la plupart originaires de Fukushima. Environ 10% étaient des évacués forcés, mais 80% de ces plaignants sont restés chez eux après l’accident nucléaire. La plupart des 2 907 personnes qui seront indemnisées résident à Fukushima, et certaines à Ibaraki.

La justice reconnaît le droit à une indemnisation à des auto-évacués et à des personnes vivant en dehors de la province de Fukushima lors de l’accident. Il y a plus de 1,5 million de personnes qui vivent ou vivaient sur les mêmes territoires que ces personnes. Cette décision de justice, si elle est confirmée en appel, pourrait avoir un énorme impact sur le système d’indemnisation.

Les plaignants réclamaient 16 milliards de yens (120 millions d’euros) et avaient aussi demandé que TEPCo et l’Etat restaurent leurs environnements aux niveaux de radiation qui prévalaient avant l’accident. Ils ont été déboutés sur ce dernier point.

Une trentaine de plaintes similaires ont été déposées à travers le Japon, avec un total de 12 000 plaignants environ, et c’est la troisième fois que TEPCo est reconnue coupable, l’Etat, la deuxième. Les précédents jugements étaient à Maebashi, dans la province de Gunma et à Chiba. TEPCo et l’Etat avaient fait appel. Ces trois jugements reconnaissent le droit des plaignants à une meilleure indemnisation.

Une cour de Tôkyô vient d’ordonner à TEPCo de payer 670 millions de yens pour un golf à titre d’indemnisation (5 millions d’euros). C’est plus que pour 2 900 plaignants… Le gérant du golf, situé entre 20 et 30 km de la centrale de Fukushima daï-ichi, réclamait 5,8 milliards de yens. Il a dû fermer 3 mois suite à la catastrophe, et depuis, seule une partie du parcours est utilisable. Le nombre de clients a chuté. La justice n’a pas cédé à la requête de faire décontaminer le golf par TEPCo.

Par ailleurs, un dame vient de porter plainte contre TEPCo à cause du décès de son père, âgé de 88 ans en 2011, qui soufrait d’une maladie rénale. Originaire de Hirono, il se rendait trois fois par semaine dans une clinique de Tomioka pour une dialyse. Après l’évacuation de sa commune, il a été envoyé dans quatre institutions médicales différentes à Iwaki, dans la province de Fukushima, puis à Tôkyô au bout d’une semaine. Il n’a pas pu bénéficier de soins réguliers, et est décédé le 1er avril 2011, soit trois semaines après l’accident nucléaire.

La commune de Hirono a reconnu que ce décès était lié à l’évacuation, mais TEPCo estime qu’elle n’est responsable qu’à 50% du décès et a octroyé 7,8 millions de yens en compensation. Cette somme est basé sur les contrats d’assurance automobile. La fille estime que ce n’est pas assez et a demandé plus à la compagnie, qui a refusé. Elle a donc saisi la justice et réclame 31 millions de yens.

En 2014, le Maïnichi avait révélé que TEPCo avait fixé à 50% par défaut sa contribution à l’indemnisation en cas de décès ou de maladie provoqués par l’évacuation. Il avait aussi présenté quelques cas.

Quelle politique énergétique pour le Japon ?

Alors que le premier ministre a dissout la chambre basse pour profiter de la faiblesse actuelle de l’opposition, l’avenir du nucléaire est redevenu un argument de campagne. L’agence Reuters montre l’évolution du mix électrique au Japon avec une forte augmentation des énergies fossiles depuis l’arrêt quasi-complet du parc nucléaire qui a fait suite à l’accident à la centrale de Fukushima daï-ichi. Les autorités espèrent une remontée du nucléaire, avec une part du charbon qui va rester au-dessus du niveau d’avant la catastrophe. Les objectifs de l’accord de Paris seront difficiles à atteindre.

Sans surprise, la Commission pour l’Energie Atomique, recommande, dans un livre blanc, que l’énergie nucléaire produise au moins 20% de l’électricité à l’horizon 2030. C’est moins de 2% actuellement ! Selon l’agence AP, la Commission reste assez vague sur les moyens à mettre en œuvre pour arriver à un tel objectif et s’attache à minimiser l’impact de l’accident à Fukushima. Le rapport soutient aussi le développement de la politique de réutilisation du plutonium extrait des combustibles usés, bien qu’elle soit dans l’impasse, avec l’usine de retraitement qui n’a jamais démarré et l’abandon définitif du surgénérateur Monju. Le livre blanc compte sur le combustible MOx pour trouver un débouché au plutonium. Le but est d’atteindre 16 à 18 réacteurs autorisés à utiliser ce combustible, qui n’est pas recyclé après passage en réacteur. C’est complètement irréaliste. Quel est l’intérêt d’un tel rapport purement idéologique ? Cette commission serait plus utile en faisant des propositions réalistes, basées sur des faits, plutôt que de présenter les rêves du village nucléaire.

L’amélioration de la sûreté des réacteurs nucléaires est complexe à mettre en œuvre. En ce qui concerne les réacteurs à eau bouillante, comme à la centrale de Fukushima daï-ichi, l’autorité de régulation nucléaire, la NRA, envisage d’exiger un renforcement des mesures de sûreté. Selon l’Asahi, elle pourrait exiger la mise en place d’un système de refroidissement du bas de l’enceinte de confinement afin de réduire la chaleur et les gaz émis par le corium après un accident de fusion du cœur. Comme l’enceinte de confinement est plus petite que sur les réacteurs à eau sous pression, l’exploitant n’a pas d’autre option que de libérer des gaz pour éviter son explosion. TEPCo a installé un tel système à sa centrale de Kashiwazaki-Kariwa et prétend que c’est plus efficace que les filtres pour réduire les rejets.

Par ailleurs, cinq centrales nucléaires qui ont été autorisées à redémarrer pourraient voir leur système de refroidissement arrêté en cas d’éruption d’un volcan voisin. Il s’agit des centrales de Sendaï et de Genkaï exploitée par Kyûshû Electric, des centrales de Mihama et Ôï exploitées par Kansaï Electric et de la centrale d’Ehimé exploitée par Shikoku Electric. En effet, selon le Japan Times, des recherches récentes ont montré que la quantité de cendres rejetées pourrait être 100 fois plus élevée que ce qui était admis jusqu’à présent et boucher les filtres à air. Ainsi, en cas d’éruption, il n’y aurait plus d’électricité et les générateurs diesel de secours seraient inopérants, selon l’autorité de régulation nucléaire qui va imposer de nouveaux filtres. Ikata et Genkai sont les plus à risque.

Cela n’empêche pas les exploitants du nucléaire d’espérer une redémarrage rapide de leurs centrales qui leur ont coûté très cher. Kyûshû Electric annonce un redémarrage des réacteurs n°3 et 4 de sa centrale de Genkaï, dans la province de Saga, au printemps 2018. La compagnie aura alors 4 réacteurs en service, les 2 autres étant à la centrale de Sendaï dans la province de Kagoshima.

Le maire de Ôï, dont la commune dépend financièrement du nucléaire, a donné son feu vert au redémarrage des réacteurs 3 et 4 de la centrale du même nom. La compagnie a aussi obtenu l’assentiment du gouverneur et de l’assemblée régionale, bien que cela ne soit pas légalement exigé.

Quant à TEPCo et sa centrale de Kashiwazaki-Kariwa, outre le dossier de sûreté des réacteurs 6 et 7, elle devait convaincre de son aptitude à exploiter du nucléaire. Elle s’est engagée, comme le lui demandait la NRA, de renforcer la culture de sûreté en interne. C’est bien la moindre des choses avec l’accident à la centrale de Fukushima daï-ichi. La NRA a donc soumis son avis relatif à cette centrale à la consultation du public. Elle va aussi solliciter un engagement similaire du ministère de l’industrie qui supervise la compagnie, nationalisée depuis l’accident. Mais même si le processus réglementaire progresse, les élus locaux ne sont pas convaincus, comme le rapporte le Maïnichi. Le gouverneur de Niigata pense qu’il y faudra encore 3 à 4 ans pour faire la lumière sur l’accident à la centrale de Fukushima daï-ichi et évaluer les conséquences pour Kashiwazaki-Kariwa, un prérequis pour qu’il donne son accord. Même le maire de Kashiwazaki, dont la commune dépend financièrement de TEPCo, a demandé l’arrêt définitif des réacteurs 1 à 5.

Mais c’est sans compter sur les initiatives locales. Reuters parle de révolution silencieuse.

De nombreuses communes japonaises ont créé ou envisagent de créer des régies municipales pour vendre une électricité moins chère que celles des majors du secteur. L’agence Bloomberg, reprise par le Japan Times, présente le cas de Miyama sur l’île de Kyûshû. 20% des 38 000 habitants de la commune se fournissent désormais chez Miyama Smart Energy Co.. L’énergie d’origine renouvelable locale représente 30% de ses ressources. La mairie veut ainsi participer à la transition bas carbone et relocaliser l’économie. Une trentaine d’autres communes proposent un service similaire au Japon et 86 autres envisagent de faire de même, dont des grandes villes comme Kyôto, Sapporo ou Yokohama.

Reuters cite le cas de Higashi-Matsushima, détruite aux trois quart par le tsunami de 2011, qui a mis la transition énergétique au centre de son projet de reconstruction. Elle s’appuie sur une production locale et des réseaux décentralisés pour couvrir 25% des besoins de la commune. Le but est aussi d’être plus résilient en cas de catastrophe naturelle.

Depuis l’ouverture du marché de l’électricité il y a un an, les fournisseurs historiques d’électricité ont perdu 7,4% de leurs clients. C’est TEPCo qui a subi la plus grande perte, avec 10% de ses clients qui sont allés voir ailleurs.

L’utilisation de la biomasse est aussi en plein développement, avec plus de 800 projets pour une capacité totale de 12,4 GW, mais il y a un problème de ressources locales. Voir le graphique de Reuters. Toujours selon Reuters, l’ensemble de ces projets vont consommer 60 millions de tonnes de granulés alors que le Japon n’en produisait que 24 millions en 2014.

Doses prises à la centrale de Fukushima daï-ichi

TEPCo a mis en ligne ses données relatives aux doses prises par les personnes exposées aux rayonnements ionisants à sa centrale accidentée de Fukushima daï-ichi.

8 674 personnes ont été exposées en août 2017, ce qui est un peu moins que les mois précédents, dont 7 747 sous-traitants (90%). La dose moyenne est de 0,28 mSv sur le mois pour les sous-traitants et 0,12 mSv pour le personnel de TEPCo. Ces chiffres sont aussi légèrement inférieurs à ceux des mois précédents. 12 sous-traitants ont reçu une dose supérieure à 5 mSv sur un mois, avec un maximum à 7,08 mSv. Ces valeurs ne prennent en compte que l’exposition externe.

Entre le 1er avril 2016 et le 31 août 2017, 17 380 personnes ont été exposées, dont 90% de sous-traitants (15 577). 6 sous-traitants ont reçu une dose cumulée supérieure à 50 mSv, avec un maximum à 53,4 mSv, sachant que la limite annuelle à ne pas dépasser est de 50 mSv, tout en veillant à ne pas dépasser 100 mSv sur 5 ans. 562 sous-traitant ont reçu une dose comprise entre 20 et 50 mSv sur cette même période. Aucun employé de TEPCo n’a été exposé à des doses aussi élevées.

TEPCo donne aussi les doses à la peau et à la cornée.