Arrêt définitif de Monju : comment ne pas perdre la face ?

Le gouvernement s’est réuni pour décider du sort du surgénérateur Monju qui n’a fonctionné que 250 jours depuis sa mise en service en 1994 et a déjà coûté plus de 1 000 milliards de yens (8 milliards d’euros) d’argent public. Cela fait la bagatelle de 4 milliards de yens (36 millions d’euros) par jour de fonctionnement ! En plus, la culture de sûreté y est défaillante et l’Autorité de régulation nucléaire a demandé au gouvernement de trouver un autre exploitant. Tout le village nucléaire vante intérêt de ce réacteur, mais personne ne veut le reprendre. Il ne reste plus qu’à l’arrêter définitivement et lancer son démantèlement, comme l’annoncent les médias japonais. Mais, ni le gouvernement, ni le village nucléaire ne veulent perdre la face. Alors on réfléchit à la communication.

A l’issue de la réunion, le gouvernement s’est mis d’accord pour conclure d’ici la fin de l’année et de revoir entièrement sa politique. Il a aussi réaffirmé sa volonté de « recycler » les combustibles usés. C’est aussi un échec pour le moment puisque l’usine d’extraction du plutonium n’a jamais marché et que presque tout le parc nucléaire japonais est à l’arrêt. Le gouvernement veut aussi maintenir la recherche sur les générateurs dits de génération IV en collaboration avec la France. Ils doivent aboutir dans 50 ans, ce qui fera plus de 100 ans de R&D. Une technologie d’avenir qui le restera ! Et puis, il faudra aller expliquer ce revirement aux élus locaux. Le maire de Tsuruga et le gouverneur de Fukui se sont dit déçus. Le gouvernement aurait assuré le maire, la veille, que rien n’était décidé…

Selon le Maïnichi, il y a un fort désaccord en entre le ministère de l’industrie qui estime que ce ne n’est pas plus cher de construire un nouveau prototype plus moderne que de maintenir Monju. Mais le ministère de la recherche, qui en avait la charge, tient à son réacteur défaillant. Selon l’Asahi, il a donc critiqué la collaboration avec la France sur Astrid, le prototype français dans les cartons du CEA, en expliquant que Superphénix est aussi un échec et que le Japon risquait de devenir la vache à lait du projet dont les coûts et les délais pourraient exploser. La première conséquence de cet échec patent, est que lee gouvernement va devoir revoir toute sa politique du plutonium, matière hautement proliférante.

Dans un éditorial, le Yomiuri, qui se positionne en porte-parole du village nucléaire japonais, demande que l’arrêt définitif de Monju ne rompt pas le cycle du combustible. Pas de risque puisque ce cycle est inexistant !

De son côté, un syndicats a interrogé des employés de JAEA, l’exploitant de Monju, qui se révèlent être très critiques. Selon le Maïnichi, qui reprend les résultats du sondage, plus de la moitié (57,7%) estime que ce réacteur doit être arrêté définitivement. Ils ne sont que 8,5% à le défendre. A noter que sur les 234 adhérents interrogés, seulement 71 ont répondu. Aucun d’entre eux ne travaille à Monju. Un autre syndicat a sondé ses adhérents travaillant à Monju, mais n’a pas publié les résultats…

Quel gâchis d’argent public ! Dans un éditorial, l’Asahi appelle à l’arrêt définitif de ce réacteur, bien entendu, mais aussi à la réforme du système qui a permis cette gabegie.

Une manifestation anti-nucléaire a rassemblé environ 9 500 personnes à Tôkyô pour réclamer l’arrêt définitif de Monju et de tous les réacteurs nucléaires.