Les travaux à la centrale de Fukushima daï-ichi coûtent 1,7 milliard d’euros par an

Pour la première fois depuis le début de la catastrophe, TEPCo et l’agence gouvernementale créée en soutien ont estimé le coût annuel des travaux en cours à la centrale de Fukushima daï-ichi et ont annoncé 220 milliards de yens (1,7 milliard d’euros) par an pour les trois prochaines années. Jusqu’à maintenant, TEPCo s’était refusée de rendre publics ces chiffres.

Selon l’agence Kyodo reprise par le Japan Times, pour l’année fiscale 2018, qui commence le 1er avril, ces 220 milliards de yens comprennent notamment :

  • 70 milliards de yens (534 millions d’euros) pour la gestion de l’eau contaminée ;
  • 30 milliards de yens (230 millions d’euros) pour retirer les combustibles usés des piscines ;
  • 4 milliards de yens (30 millions d’euros) en R&D pour trouver un moyen de retirer le corium des réacteurs accidentés.
  • Par ailleurs, 30 milliards de yens sont provisionnés pour faire face à des imprévus.

La relance de Tôkaï 2 malgré les nombreux obstacles

En novembre dernier, Japan Atomic Power Co (JAPCo), filiale de plusieurs compagnies d’électricité japonaises, a déposé une demande « exceptionnelle » de prolongation de 20 ans de la durée de vie de son réacteur Tôkaï 2, dans la province d’Ibaraki malgré les nombreux obstacles. Le but est d’atteindre 60 ans d’exploitation alors que ce réacteur aura 40 ans en novembre prochain.

Cette compagnie, qui a perdu quasiment tous ses réacteurs nucléaires est maintenue sous perfusion financière par 5 compagnies d’électricité. Comme les banques refusent de prêter les 174 milliards de yens (1,3 milliard d’euros) nécessaires au renforcement de la sûreté du réacteur Tôkaï 2, Tôhoku Electric et TEPCo vont, selon le Maïnichi, payer, ou plutôt garantir les emprunts. Face à la situation financière difficile de JAPCo, l’autorité de régulation nucléaire avait exigé un plan de financement.

TEPCo est, elle-même, exsangue financièrement et ne survit que grâce au soutien financier de l’Etat japonais qui l’a nationalisée après la catastrophe de Fukushima. Comme la probabilité que Tôkaï 2 redémarre est assez faible, y investir est très risqué. Cela en dit long sur l’état de l’industrie nucléaire au Japon qui est prête à risquer beaucoup d’argent sur un réacteur en piteux état. Il a été affecté par les séisme et tsunami de 2011 qui a noyé un de ses diesels de secours. Il avait alors fallu 4 jours pour arrêter le réacteur, qui est vétuste et a des kilomètres de câbles inflammables.

Afin d’obtenir l’assentiment des élus locaux, JAPCo a signé un accord avec 5 communes voisines, toutes situées à moins de 30 km, en plus de celle de Tôkaï. Il s’agit de Hitachi, Hitachinaka, Naka, Hitachiota et Mito, la capitale de la province. La compagnie s’engage à les consulter avant de démarrer son réacteur, mais l’accord n’est pas juridiquement contraignant. Les six communes peuvent mener des inspections et demander des garanties supplémentaires.

Selon l’Asahi, le président de JAPCo, Mamoru Muramatsu, a déclaré : « Nous écouterons les opinions [des municipalités] d’une manière sincère et nous mènerons des négociations ([avec elles] jusqu’à ce qu’elles acceptent notre position. » La concertation au Japon, c’est Décider – Annoncer – Défendre (DAD) !

Au Japon, seule la commune hôte a son mot à dire alors que toutes les communes situées à moins de 30 km doivent préparer un plan d’évacuation. C’est le précédent maire de Tôkaï, opposé au nucléaire, qui a pris l’initiative d’associer les communes voisines. Il faut dire qu’il y a 960 000 personnes qui vivent dans un rayon de 30 km.

L’accord signé entre JAPCo et les communes voisines risque de faire des jaloux. Le ministère de l’industrie a tenu à souligner que l’accord n’était pas contraignant.

Plan de démantèlement du surgénérateur Monju approuvé

L’Autorité de Régulation Nucléaire vient d’approuver le plan de démantèlement du surgénérateur Monju situé dans la province de Fukui. Cela devrait prendre 30 ans et coûter plus de 375 milliards de yens (2,9 milliards d’euros). Encore plus s’il faut renforcer la résistance aux séismes.

Rappelons que ce type de réacteur est refroidi au sodium liquide qui s’enflamme spontanément à l’air et explose au contact de l’eau. Le plan ne détaille pas l’extraction des 760 tonnes de sodium. On ne sait pas non plus ce qu’il sera fait du combustible nucléaire. Il devrait rester longtemps sur le site de la centrale.

Il n’a fonctionné que durant 10 mois depuis sa mise en service en 1994 et il a été arrêté définitivement suite aux graves défaillances en matière de sûreté de son exploitant.

Monju a déjà coûté plus 1 000 milliards de yens (7,6 milliards d’euros) aux contribuables japonais. Cela va donc dépasser les 10 milliards d’euros avec le démantèlement. Tout ça pour rien !

La France remet l’Ordre national du Mérite au directeur général en charge du démantèlement de la centrale de Fukushima

Le 14 mars 2018, Laurent Pic, ambassadeur de France au Japon, a remis à Naohiro Masuda, directeur général en charge du démantèlement de la centrale de Fukushima, les insignes de Chevalier de l’Ordre national du Mérite. A voir sur le site de l’Ambassade.

Naohiro Masuda était directeur de Fukushima daï-ni en mars 2011, qui a pu échapper à la catastrophe nucléaire car de l’électricité sur le réseau était disponible à 9 kilomètres. Un câble a été tiré en urgence pour relancer le refroidissement des réacteurs et éviter, ainsi, la fusion du cœur des réacteurs.

Shikoku Electric arrête définitivement Ikata 2

Shikoku Electric a annoncé l’arrêt définitif du réacteur n°2 de sa centrale d’Ikata. Il y avait été mis en service en 1982, il y a 36 ans. La compagnie estime que le renforcement de sa sûreté pour obtenir une extension exceptionnelle à 60 ans de son exploitation n’est pas justifiée économiquement. Les travaux sont estimés à 200 milliards de yens (1,5 milliard d’euros), alors que la puissance du réacteur est relativement faible, avec 566 MWhe.

Ce réacteur n’était plus en service depuis janvier 2012. Le réacteur n°1 de cette même centrale a été arrêté définitivement à la fin 2016. Le n°3 a été remis en service avant d’être arrêté par la justice en décembre dernier. La compagnie n’a pas d’autre centrale nucléaire.

C’est le 9ième réacteur à être arrêté définitivement depuis la catastrophe de Fukushima, en plus des 6 de Fukushima daï-ichi. A l’inverse, seulement 7 ont été remis en service. Comme il y avait 54 réacteurs nucléaires de production d’électricité au Japon en 2010, il n’en reste plus que 39.

D’autres réacteurs ne démarreront jamais. C’est le cas notamment de Tsuruga 2, situé sur une faille sismique active, ou des 4 réacteurs de Fukushima daï-ni, noyés par le tsunami. Plus d’un tiers du parc nucléaire japonais a donc déjà été stoppé définitivement par la catastrophe nucléaire. Cela pourrait être la moitié.

Redémarrage de Genkaï 3

Kyûshû Electric a remis en service le réacteur n°3 de sa centrale de Genkaï, située dans la province de Saga. Il était arrêté depuis décembre 2010, soit 7 années et 3 mois et la justice vient de rejeter une demande de suspension de sa remise en service. Ce réacteur de 1 180 MWhe utilise du combustible MOx. La compagnie prévoit de redémarrer le réacteur n°4 en mai prochain.

Ces remises en service ont été retardées de deux mois environ suite aux scandales de Kôbé Steel et Mitsubishi Materials, le temps de faire les vérifications nécessaires.

A noter qu’il y a 17 d’îlots habités à moins de 30 km de cette centrale et qu’en cas d’accident grave, il sera difficile de les évacuer car ils ne sont pas reliés par des ponts à l’île de Kyûshû. Une centaine de manifestants ont protesté devant la centrale.

C’est le 7ième réacteur à être remis en service depuis la mise en place du nouveau référentiel de sûreté post-Fukushima. 6 réacteurs fonctionnent actuellement, suite à l’arrêt du réacteur d’Ikata 3 par la justice en décembre dernier. Les 5 autres sont Sendaï 1 et 2 à Kagoshima, ainsi que Takahama 3 et 4 et Ôï 3 à Fukui.

74ième versement financier pour TEPCo et coût pour les contribuables

TEPCo annonce avoir reçu le 74ème versement financier de la part de la structure gouvernementale de soutien qui lui avance de l’argent pour les indemnisations : 98,1 milliards de yens (750 millions d’euros au cours actuel). Cet argent est prêté sans intérêt.

TEPCo a déjà reçu un total de 8 168,6 milliards de yens (62,4 milliards d’euros au cours actuel) si l’on prend en compte le présent versement et cela ne suffira pas.

Selon une nouvelle estimation de la cour des comptes japonaise, le coût des intérêts, à la charge des contribuables japonais pourrait atteindre 218,2 milliards de yens (1,7 milliards d’euros). L’estimation précédente était de 126,4 milliards de yens. Cela prend en compte le fait que le gouvernement ait décidé, en décembre 2016, de relever à 13 500 milliards de yens (103 milliards d’euros) la somme prêtée sans intérêt à TEPCo contre 9 000 milliards de yens (69 milliards d’euros) auparavant. Cette estimation est basée sur un remboursement en 34 ans. Ce serait 131,8 milliards de yens (1 milliard d’euros) d’intérêts à la charge du contribuable si le remboursement se faisait en 17 ans. Evidemment, si les taux d’intérêts augmentent, la facture suivra.

Il faut ajouter les autres coûts de la catastrophe, probablement sous-estimés. Voir notre bilan pour le septième anniversaire.

Pour la septième fois, un tribunal demande une meilleure indemnisation des victimes de la catastrophe nucléaire

Le tribunal d’Iwaki, à Fukushima, vient d’ordonner à TEPCo de verser 610 millions de yens (4,7 millions d’euros) à 213 plaignants originaires de zones situées à moins de 30 km de la centrale de Fukushima daï-ichi. Ils réclamaient 13,3 milliards de yens (100 millions d’euros) pour compenser la perte de leur commune, en plus de leurs biens. Chaque plaignant devra recevoir entre 700 000 et 1,5 millions de yens.

C’est la septième fois que la justice demande à TEPCo de verser des indemnisations supplémentaires. A chaque fois, la justice estime que TEPCo aurait dû prendre des mesures contre le risque de tsunami. L’Asahi a fait un tableau de synthèse que nous reprenons :

Un autre tribunal, la Haute Cour de Sendaï, dans la province de Miyagi, a partiellement annulé une décision antérieure et ordonne à TEPCo de décontaminer des terrains agricoles. Huit agriculteurs et une coopérative couvrant cinq communes de Fukushima avaient demandé à TEPCo une décontamination visant à retrouver les niveaux de contamination d’avant la catastrophe nucléaire en remplaçant 30 cm de sol par de la terre non contaminée.

Face à l’augmentation de recours devant la justice, l’Autorité de Régulation Nucléaire (NRA) a décidé d’embaucher. 17 personnes sont en charge de répondre à la justice. Elles seront 22 à partir du 1er avril 2018. La NRA aurait à traiter 45 plaintes actuellement. 29 d’entre elles ont été déposées par plus de 10 000 plaignants. Comme l’Etat a été reconnu coupable de négligences plusieurs fois, il veut renforcer sa défense afin de limiter les indemnisations à verser. Une telle attitude choque les plaignants qui estiment qu’il ferait mieux de reconnaître sa faute.

La NRA doit aussi faire face à une multiplication des plaintes pour obtenir l’arrêt des réacteurs nucléaires.

Pourquoi les habitants ne rentrent pas là où les ordres d’évacuer ont été levés

Il y a bientôt un an, le gouvernement levait l’ordre d’évacuer dans les dernières zones encore évacuées, à l’exception des zones dites de « retour difficile ». Le gouvernement, obstiné par la reconquête des territoires perdus, ne prend pas en compte l’avis des habitants concernés et le taux de retour attendu était faible. Six mois plus tard, il était effectivement faible. Un an plus tard, il est toujours faible. Les écoles de Tomioka et Iitaté sont presque vides.

Le quotidien Asahi a interrogé les habitants de quatre communes où l’ordre d’évacué à été levé au printemps 2017 pour savoir pourquoi : Namié, Tomioka, Iitaté et Kawamata. Un questionnaire a été envoyé à 329 personnes et 161 réponses ont été obtenues. 114 concernent des personnes toujours déplacées. Pour 70% des réponses, les mesures gouvernementales sont insuffisantes. Les principales raisons qui freinent le retour sont ci-dessous :

Si l’on enlève la première cause qui est un obstacle au retour, à savoir que la maison n’est pas habitable, les principales raisons évoquées sont le manque de service et les risques liés à la radioactivité.

Et comme il n’y a pas d’habitants, l’activité commerciale ne reprend pas. Selon le Maïnichi, à Namié, par exemple, parmi les 597 membres de la CCI, seulement 262, ou 44%, ont repris une activité, mais à peine 6% à Namié même (34). A Tomioka, c’est un peu mieux : 277 activités sur les 478 membres de la CCI ont repris, soit 58%, dont 60 à Tomioka, soit 12,6%. A Iitaté, c’est 130 sur 167, soit 78% de reprise, dont 51 à Iitaté, soit 30,5%.

En tournée européenne, le gouverneur de Fukushima aurait réussi à vendre du riz à la France

Il se pourrait que le gouverneur de Fukushima, en déplacement en Europe, ait trouvé, selon la télévision publique japonaise, un importateur de riz prêt à acheter du riz de Fukushima pour le marché français. La Grande-Bretagne en aurait déjà acheté 19 tonnes en 2017.

Le riz japonais est probablement le plus cher au monde. Son importation sera donc forcément limitée.