Importation en Corée d’aliments en provenance de Fukushima : l’OMC tranche en faveur du Japon

Plusieurs pays ont introduit des restrictions à l’importation d’aliments en provenance du Japon. C’est le cas, en particulier, de la Corée, de la Chine et de Taïwan qui ont des relations de voisinage tendues avec le Japon. La Corée avait interdit l’importation de produits de la mer en provenance de plusieurs provinces japonaises suites aux scandales à répétition de l’été 2013 sur des fuites en mer. Il s’agit d’Aomori, Iwaté, Miyagi, Fukushima, Ibaraki, Tochigi, Gunma et Chiba. Il y a eu plusieurs voyages d’experts coréens organisés pour les convaincre que les produits japonais étaient sains. En vain. Le Japon a donc porté plainte contre Séoul devant l’Organisation mondiale du commerce (OMC) en 2015 qui a finalement donné raison au Japon. Voir les documents de l’OMC en anglais.

Si certaines mesures prises par la Corée du Sud ont été justifiées par le passé, les principales dispositions qui continuent de s’appliquer « ne sont pas compatibles » avec les règles de l’OMC, a estimé le tribunal d’experts formé pour régler le conflit. Il demande donc à la Corée du Sud de « mettre ses mesures en conformité avec ses obligations » en tant que membre de l’organisation internationale.

Le Japon a salué cette décision et Seoul a immédiatement réagi en faisant part de son intention de faire appel du jugement afin, officiellement, « de protéger la santé et la sécurité publique ». En attendant, la Corée maintient ses restrictions.

Ce conflit se déroule sur un fond de tensions nationalistes entre les deux pays. La Chine, Taiwan, Hong Kong, Macau, Singapour, la Russie ou les Philippines interdisent aussi l’importation de produits de la mer et agricoles de Fukushima et de provinces voisines sans que l’OMC ne soit saisie.

Éclatement d’un sac de plutonium classé au niveau 2 de l’échelle INES

En juin 2017, un sac contenant du plutonium a éclaté lors d’une inspection et a contaminé 5 personnes. Du plutonium avait été retrouvé dans leurs urines.

L’Autorité de Régulation Nucléaire, la NRA, vient de classer au niveau 2 sur l’échelle internationale INES cet incident. Pour cela, elle se base sur des problèmes de gestion et de protection du plutonium et sur la dose prise par la personne la plus exposée qui est évaluées de 100 à 200 mSv sur 50 ans, ce qui dépasse la limite autorisée.

J-Village : le calendrier de réouverture se précise

Créé en 1997 avec le soutien financier de TEPCo, J-Village était en centre de formation au football. Après la catastrophe nucléaire, il a été transformé en base de vie pour les nombreux intervenants sur le site de la centrale accidentée, située à une vingtaine de kilomètres. Dès 2013, il a été décidé de le rendre aux sports avant les JO de 2020 et d’en faire un symbole de la renaissance de la province de Fukushima et du district de Futaba en particulier. Un appel aux dons a même été lancé… et pour soutenir le projet, les autorités prévoient d’installer une station de chemin de fer juste devant J-Village.

Le calendrier de réouverture se précise. Un complexe hôtelier rouvrira le 28 juillet 2018 pour accueillir des congrès, colloques et des manifestations sportives. Les réservations seront ouvertes au 1er avril prochain (voir le site Internet). Le terrain de sport couvert, quant à lui, ne devrait rouvrir qu’au printemps 2019, juste à temps pour la coupe du monde de rugby qui aura lieu au Japon la même année. Et, bien évidemment, le complexe espère attirer des équipes pendant les JO.

Les documents de promotion en anglais n’évoquent jamais la radioactivité. Un tweet de mai 2016 mentionne un débit de dose de 0,105 µSv/h, ce qui conduirait à une dose annuelle de 0,55 mSv. Le tweet se veut rassurant car c’est moins que la limite de 1 mSv/an. Mais cette limite est pour toutes expositions confondues. Pour un seul type d’exposition, la pratique est de ne pas dépasser 0,3 mSv/an.

Parmi les sponsors de J-Village, on retrouve le réseau « Happy road » dont nous avons déjà parlé car il a organisé une campagne de ramassage des détritus le long de la route nationale 6 qui passe en zone interdite par des enfants. J-Village risque de ne rester qu’un symbole…

73ième versement financier pour TEPCo

TEPCo annonce avoir reçu le 73ème versement financier de la part de la structure gouvernementale de soutien qui lui avance de l’argent pour les indemnisations : 38,4 milliards de yens (293 millions d’euros au cours actuel). Cet argent est prêté sans intérêt.

TEPCo a déjà reçu un total de 8 070,5 milliards de yens (62 milliards d’euros au cours actuel) si l’on prend en compte le présent versement et cela ne suffira pas.

Le réacteur n°3 a un nouveau toit

TEPCo et ses sous traitants ont terminé l’installation d’un nouveau toit sur le réacteur n°3. Les travaux avaient débuté en août 2017. TEPCo a mis en ligne des photos commentées en japonais et une vidéo (page en anglais) où l’on voit la mise en place de la dernière tranche. La compagnie, avait organisé un voyage de presse sur place en novembre dernier, malgré les forts débits de dose sur place.

Le toit, de forme cylindrique, pèse 55 tonnes et fait 17 m de haut.

TEPCo condamnée à dédommager un suicide

Fumio Ôkubo, âgé de 102 ans, était le doyen d’Iitaté-mura. Il s’est suicidé le 12 avril 2011, après que le journal télévisé ait annoncé que le gouvernement s’apprêtait à ordonner l’évacuation de sa commune en avril 2011.

Sa famille a porté plainte contre TEPCo en juillet 2015 et a réclamé 60,5 millions de yens (450 000 €) de dédommagements. La justice a reconnu le fort stress lié à la perspective de fuir et la crainte d’être un fardeau pour ses proches. Elle vient de lui accorder 15,2 millions de yens (114 000  €).

La veille de son suicide, Fumio Ôkubo avait déclaré avoir vécu trop longtemps et ne pas vouloir quitter sa maison, après avoir entendu à la télévision que le gouvernement s’apprêtait à ordonner l’évacuation de sa commune. TEPCo a nié le lien avec la catastrophe nucléaire, arguant qu’il était malade.

La famille espère que des représentants de TEPCo viendront se recueillir et présenter leurs excuses.

C’est la troisième fois que la justice ordonne à TEPCo de dédommager des suicides. Un premier jugement date de 2014 et l’autre de 2015. La compagnie n’avait pas fait appel.

Mystérieux rejet radioactif : la Russie soupçonnée nie les fait mais manque de transparence

Mises à jour en fin de document :

Explications

11 novembre 2017

L’Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire (IRSN) vient d’annoncer (en français et en anglais) que les traces de ruthénium-106, élément radioactif, détectées en Europe occidentale en septembre dernier, étaient probablement dues à un rejet massif, de l’ordre de 100 et 300 térabecquerels, quelque part « entre la Volga et l’Oural sans qu’il ne soit possible, avec les données disponibles, de préciser la localisation exacte du point de rejet. »

L’Institut ajoute que « les conséquences d’un accident de cette ampleur en France auraient nécessité localement de mettre en œuvre des mesures de protection des populations sur un rayon de l’ordre de quelques kilomètres autour du lieu de rejet. »

Toujours selon l’IRSN, le rejet aurait eu lieu au cours de la dernière semaine du mois de septembre 2017 et serait terminé.

Le ruthénium-106

Le ruthénium 106 est un produit de fission radioactif issu de l’industrie nucléaire qui n’existe pas à l’état naturel. Sa demi-vie est d’un peu plus d’un an (373 jours), ce qui signifie que la quantité présente est divisée par deux tous les ans. En se désintégrant, le ruthénium-106 se transforme en rhodium-106, qui est lui aussi radioactif avec une demi-vie de 30 secondes. Chaque désintégration de ruthénium-106 est accompagnée, peu de temps après, de la désintégration du rhodium-106. Ainsi, il faudrait considérer le couple ruthénium-rhodium et multiplier par deux la quantité rejetée de 100 et 300 térabecquerels annoncée par l’IRSN.

C’est au rhodium-106 que l’on devra l’essentiel de la dose provoquée par l’incorporation de couple inséparable d’isotopes radioactifs.

Origine du rejet

En cas de rejet provenant d’un réacteur nucléaire, divers radioéléments sont détectés. Ici, comme le ruthénium-106 et le rhodium-106 sont les seuls radioéléments à avoir été mis en évidence, l’origine ne peut pas être un réacteur nucléaire. En revanche, ce peut être le rejet accidentel d’une installation de traitement des combustibles usés ou de fabrication de sources radioactives.

L’ACRO détecte parfois le couple ruthénium-rhodium autour des usines Areva de La Hague. En 2001, deux incidents dans ces usines avaient conduit l’association à démontrer que l’exploitant, qui s’appelait encore Cogéma, sous-estimait ses rejets de ruthénium-rhodium dans l’atmosphère. En mai, puis en octobre 2001, les quantités effectivement rejetées étaient environ 1 000 fois plus élevées que ce qui avait été annoncé (voir notre note technique). Les travaux menés à la suite de cette alerte de l’ACRO ont montré que les rejets atmosphériques en ruthénium-rhodium avaient été systématiquement sous-estimés.

En février 2016, l’ACRO avait de nouveau détecté ce couple de radioéléments autour des usines de La Hague, ce qui témoignait d’un rejet atmosphérique plus important qu’en routine, indiquant peut-être un dysfonctionnement non déclaré.

Quantité rejetée

L’IRSN annonce un terme source en Russie de 100 et 300 térabecquerels pour le seul ruthénium-106, et donc le double en prenant aussi en compte le rhodium-106. Un térabecquerel, c’est 1 000 milliards de becquerels.

A titre de comparaison, l’autorisation de rejets atmosphériques des usines Areva de La Hague est de 0,001 térabecquerel (1 GBq) par an pour les émetteurs bêta-gamma (dont les ruthénium-rhodium) autres que le tritium, gaz rares et iodes. Concernant les rejets liquides, pour le seul ruthénium-106 rejeté en mer, la limite est de 15 térabecquerels par an.

Lors des incidents de 2001, c’est de l’ordre de 10 GBq qui a été rejeté à chaque fois, pour le seul ruthénium. Le rejet accidentel de septembre 2017 estimé par calcul par l’IRSN est 10 000 à 30 000 fois plus élevé.

La quantité rejetée lors de l’incident rapporté par l’IRSN est donc considérable et cet évènement devrait être classé au niveau 5 de l’échelle internationale INES. Tchernobyl et Fukushima étaient au 7, qui est le niveau maximal. Pourtant, aucune information n’est disponible sur le site de l’AIEA, qui est plus préoccupée par la promotion du nucléaire que par son contrôle.

Conclusion provisoire

60 ans après la catastrophe de Kychtym dans l’Oural et plus de 30 ans après celle de Tchernobyl, qu’un évènement de cette ampleur puisse rester secret plus d’un mois est incroyable. C’est particulièrement grave pour les populations locales qui ont été exposées sans bénéficier de la moindre protection, comme en 1957 et 1986.

A noter que dès le 11 octobre dernier, le Bundesamt für Strahlenschutz en Allemagne pointait du doigt le Sud de l’Oural (communiqué en allemand et en anglais), affirmant que l’IRSN partageait ce point de vue. Il n’y a donc pas eu de progrès en un mois dans l’identification de l’origine de ce rejet.

Un tel secret s’explique-t-il par le fait qu’une installation militaire est en cause ? La Russie a nié être à l’origine de ce rejet. Elle devrait publier toutes ses données de mesure dans l’environnement.

Sans laboratoire indépendant, ni surveillance citoyenne, rien n’a changé sur place. Parce qu’il est important que l’ACRO puisse survivre en France, vos dons sont indispensables.

Mayak ?

Plusieurs sites Internet ciblent le complexe nucléaire de Mayak, situé dans l’oblast de Tcheliabinsk, comme origine de cette contamination, sans que nous soyons en mesure de valider ces affirmations. À l’origine, ce complexe militaro-industriel secret est conçu afin de fabriquer et raffiner le plutonium pour les têtes nucléaires et est devenu tristement célèbre pour ses accidents nucléaires graves, dont celui de Kychtym (Wikipedia). Le site est toujours actif et sert de centre de traitement des combustibles usés (site Internet de l’exploitant).


La Russie reconnaît une contamination au ruthénium, mais dément être à l’origine de la fuite

Mise à jour du 20 novembre 2017

A la demande de Greenpeace Russie, c’est l’agence météorologique russe qui a fini par admettre que l’origine de la fuite est bien en Russie (communiqué en russe). Elle titre son communiqué : pollution extrêmement élevée et élevée. L’entreprise d’Etat Rosatom, quant à elle, nie toujours en être à l’origine (communiqué en anglais).

Dans son communiqué, l’agence météo ne donne pas la contamination en ruthénium-106, ni en rhodium-106, mais plutôt la contamination bêta total des aérosols. Mais on peut supposer que l’excès est essentiellement dû à ce couple de radio-éléments. La concentration la plus forte a été détectée à Argayash (Аргаяш), dans l’Oblast de Tcheliabinsk, qui inclut Mayak et Kychtym entre le 26 septembre et le 1er octobre derniers : 7 610×10-5 Bq/m3, soit 986 fois plus que ce qui est généralement mesuré dans cette station. A Novogorny, toujours dans l’Oblast de Tcheliabinsk, c’était, ces mêmes jours, 5 230×10-5 Bq/m3, soit 440 fois plus que les valeurs habituelles. Des valeurs excessives en aérosols radioactifs ont aussi été détectée dans le Caucase du Nord, jusqu’à 2 147×10-5 Bq/m3, soit 230 fois le bruit de fond, et au Tatarstan. D’autres données sont disponibles dans ce document en russe.

Il est donc maintenant confirmé qu’un rejet grave a eu lieu sur une installation nucléaire russe qui est encore secret. Mais l’agence météorologique n’a, semble-t-il, pas lancé d’alerte et ce sont les populations locales, qui vivent dans un environnement déjà fortement pollué, qui ont été exposées. A quoi servent ses balises ?

L’agence météorologique explique que les niveaux relevés sont très inférieurs aux limites locales fixées à 4,4 Bq/m3. Un non-évènement en Russie, donc…

Ces concentrations sont très élevées au regard de ce qui est mesuré habituellement et c’est la signature non ambigüe d’un rejet anormal. En revanche, les concentrations atmosphériques annoncées ne nécessitent pas la mise à l’abri ou l’évacuation, même au regard des normes françaises. La station de mesure de Argayash (Аргаяш), où la concentration la plus forte a été mesurée, est à une trentaine de kilomètres du complexe nucléaire de Mayak. A proximité du point de rejet, la pollution peut être plus élevée. Des mesures environnementales indépendantes sont indispensables.

L’agence météorologique russe mentionne aussi des retombées allant de 10 à 50 Bq/m2 et par jour, par endroits.

Toujours rien sur le site de l’AIEA

A noter que l’agence météo mentionne aussi une pollution à l’iode radioactif dans la région d’Obnisk (Обнинск), située à environ 100 km au Sud-Est de Moscou. Les concentrations ont atteint 1,85×10-3 Bq/m3 les 18 et 19 septembre et seraient due à un centre de recherche local.

Le 21 novembre, l’IRSN précise dans l’Obs que les résultats de sa modélisation donnaient des valeurs beaucoup plus élevées dans les environs immédiats du point de rejet. Mais, si les balises dont les résultats ont été publiés ne sont pas sous les vents au moment du rejet, cela reste compatible. Et l’Institut d’ajouter : « On peut dès lors se poser la question du rôle de l’AIEA. Ce n’est pas normal d’arriver à cette situation. Ce n’est pas normal d’observer du ruthénium dans l’air de toute l’Europe, sans jamais en connaître la source. »


La Russie tente de rassurer

Mise à jour du 24 novembre 2017

L’agence de régulation des produits agricoles Rosselkhoznadzor a diffusé un communiqué (en russe uniquement) démentant la contamination des produits agricoles russes. Elle parle de panique sur le marché des céréales qui ne serait due qu’à des rumeurs et aux spéculations médiatiques, mais ne donne aucun résultat de mesure.

L’Institut de sécurité nucléaire de l’Académie des sciences russe (IBRAE RAS), quant à lui, a annoncé la création d’une commission d’enquête dans un communiqué (en russe uniquement) dont le but est de déterminer l’origine de la pollution au ruthénium et rhodium. Il se veut aussi rassurant en affirmant que les niveaux relevés en Russie sont largement dans les normes et a déjà conclu que Rosatom, la compagnie nationale russe, n’est pas en cause. Et c’est Rosatom qui informera le public des résultats de l’enquête.

Faute de laboratoire indépendant sur place, il y a encore des progrès à faire en termes de transparence et de radioprotection du public en Russie.


Les données de l’AIEA ont fuité

27 novembre 2017

L’ACRO met en ligne les données récoltées par l’AIEA concernant la pollution au ruthénium détectée en Europe que l’agence de l’ONU refuse de rendre publiques. Ce tableau, daté du 13 octobre 2017, ne contient aucune donnée russe…

Quant à Rosatom, l’entreprise d’Etat russe, elle invite, sur sa page Facebook, les journalistes et les blogueurs à venir faire un tour à Mayak, qui, d’après les journalistes occidentaux, est devenue le berceau du ruthénium… Au programme, « alphabétisation » sur le ruthénium. La compagnie ferait mieux de publier ses données environnementales, si elle en a.


Résultat de l’enquête « indépendante » pilotée par Rosatom

8 décembre 2017

La compagnie nucléaire d’Etat, Rosatom, a tenu une conférence de presse pour communiquer les conclusions de l’enquête « indépendante » sur la contamination au ruthénium-rhodium relevée fin septembre dans toute l’Europe : elle n’est pas responsable de cette pollution ! Rien sur son site Internet pour le moment… A suivre !

Seule une enquête indépendante internationale permettra de faire la lumière sur ce rejet. La Russie pourrait commencer par publier toutes ses données environnementales dans la zone suspectée.


Rosatom reconnaît rejeter du ruthénium-106 dans l’environnement, en routine

14 décembre 2017

Selon l’Agence de presse AP, Yuri Mokrov, conseiller du directeur général du centre nucléaire de Mayak, a reconnu que le traitement des combustibles usés conduit à des rejets de ruthénium-106 dans l’environnement. Et d’ajouter que l’usine de Mayak n’est pas à l’origine du rejet anormalement élevé qui a été détecté dans toute l’Europe en septembre dernier. Les rejets seraient minimes et des centaines de fois inférieurs aux limites autorisées. Les niveaux autorisés ne sont pas donnés dans l’article.

On résume :

  1. La Russie n’a d’abord pas détecté le ruthénium radioactif détecté dans toute l’Europe ;
  2. Puis, suite aux calculs faits en Allemagne et en France qui pointaient vers l’Oural, elle a fini par reconnaître l’avoir détecté à des niveau extrêmement élevés, mais sans danger. De fait, les niveaux annoncés sont très supérieurs à ce qui est mesuré en routine, mais ne nécessitent pas de mesure de protection particulière. La mesure d’une pollution atmosphérique se fait en filtrant l’air pendant plusieurs jours. Il s’agit peut-être d’une moyenne sur longue période qui atténue le pic de pollution. La période de mesure n’est pas donnée.
  3. Rosatom, l’industrie nucléaire d’Etat en Russie nie toute implication dans le rejet. Elle met en place une commission « indépendante » qui conclut dans le même sens et qui ressort la thèse de la chute d’un satellite. Et là, tout d’un coup, Rosatom reconnaît rejeter régulièrement du ruthénium-106 dans l’environnement et que ses rejets sont dans les limites admissibles. Et donc pas d’incident particulier à signaler… La limite doit être très élevée !

La Russie n’a pas beaucoup changé depuis Tchernobyl. Sans laboratoire indépendant sur place, la glasnost n’a pas touché le secteur nucléaire.


Du ruthénium-103 était aussi présent dans les rejets

5 février 2018

Une réunion avec des experts internationaux a eu lieu en Russie fin janvier 2018 à propos de cette affaire de ruthénium, dont l’IRSN. Voir le compte-rendu en anglais. Il en ressort que dans certains pays du ruthénium-103 était aussi présent dans le nuage radioactif. Étonnamment, aucune communication officielle n’en parlait jusqu’à présent, alors que cela donne des indications sur la source potentielle de cette contamination. Le 22 janvier dernier, le Bundesamt für Strahlenschutz en Allemagne disait encore qu’il n’y avait que du ruthénium-106.

La demi-vie du ruthénium-103 est de 39,26 jours, ce qui signifie qu’il disparaît beaucoup plus vite que le ruthénium-106 qui a une demi-vie de 373,6 jours. Et donc le combustible nucléaire à l’origine du rejet ne doit pas être sorti depuis longtemps du réacteur : 3 à 4 ans maximum. Or, en général, le traitement des combustibles usés se fait sur des combustibles plus anciens.

La presse russe en déduit que cela disculpe le site de Mayak. En effet, cela permet d’exclure a priori la vitrification fortement soupçonnée jusqu’à présent, sauf, si pour une raison obscure, du combustible jeune a pu être traité et les résidus vitrifiés. En revanche, la fabrication de sources radioactives se fait généralement sur du combustible usé « jeune ». Et Mayak fabrique des sources…

Le Figaro évoque la commande par le CEA et l’INFN en Italie au complexe nucléaire de Mayak d’une source de cérium-144 destinée à une expérience de physique. Or, la production de cette source nécessite le traitement de combustibles « jeunes », âgés de moins de 5 ans. Le quotidien parle de coïncidence troublante…

Décidément, ce rejet est suffisamment mystérieux pour que tout soit mis sur la table et l’on espère une communication officielle des experts internationaux présents en Russie.

Le 6 février, l’IRSN a mis en ligne une note d’information en français et en anglais et un rapport en anglais uniquement qui résument ses investigations qui confirment la détection de ruthénium-103 et étudient l’hypothèse de la fabrication d’une source de cérium-144. Le rapport est riche d’informations.


2ième réunion internationale sur l’affaire du ruthénium : rien de neuf

13 avril 2018

Le groupe international d’experts qui tente de faire la lumière sur cette affaire de ruthénium s’est réuni pour la deuxième fois le 11 avril dernier et un résumé succinct de leurs conclusions est en ligne. Etaient présents, des représentants des organismes d’expertise officiels de France, Finlande, Suède, Allemagne, Norvège, Grande Bretagne et Russie.

Des mesures additionnelles de la radioactivité auraient été effectuées sur place, en Russie, et toutes les données ont été collectées dans une base qui devrait être rendue publique. Cependant, les experts n’ont, semble-t-il, pas réussi à s’entendre et ils n’ont pas décidé s’il y aurait une suite à ces rencontres.

Bref, rien de neuf. De son côté, l’AIEA n’a toujours rien à dire sur le sujet.

La presse allemande rapporte l’avis de Florian Gering de l’Office fédéral de radioprotection. Après avoir rappelé les faits déjà connus : ses calculs pointent vers le Sud de l’Oural et l’usine de traitement de Mayak est la seule installation connue dans cette zone pour pouvoir être à l’origine de ce rejet. La source de cérium-144 mentionnée précédemment pourrait être une explication possible. Il est aussi fait mention que, selon des images satellite, un toit a été réparé sur place, juste après la découverte du ruthénium dans l’atmosphère de plusieurs pays européens.

On espère que la recommandation de rendre publiques toutes les données sera suivie. Des mesures indépendantes sur places sont indispensables.

Pas besoin de prévoir un accident sur plusieurs centrales à Fukui selon les autorités

Les centrales nucléaires de Takahama et d’Ôï ne sont séparées que de 13,5 km sur la mer du Japon dans la province de Fukui. Les autorités régionales et le gouvernement ont estimé ensemble qu’il n’était pas nécessaire de prévoir un plan d’évacuation pour deux accidents nucléaires simultanés dans ces deux centrales. Les plans d’évacuation de chacune d’entre elles seraient suffisants.

Des représentants des provinces voisines et de l’exploitant étaient présents lors de cette réunion.

Il y a 160 000 et 180 000 habitants dans un rayon de 30 km autour de chacune des ces centrales.

TEPCo à nouveau condamnée à mieux indemniser

Un tribunal de Tôkyô vient à nouveau de condamner TEPCo à mieux indemniser des victimes de la catastrophe nucléaire. Un groupe de 321 personnes du district d’Odaka de Minami-Sôma demandaient 11 milliards de yens en dédommagement et 318 ont obtenu 1,1 milliards de yens (8 millions d’euros). 3 ont été déboutés.

Ce district est à moins de 20 km de la centrale accidentée et a donc été évacué. L’ordre d’évacuer a été levé en juillet 2016. 12 800 personnes y vivaient avant la catastrophe et elles n’étaient plus que 2 400 en décembre 2017. Les plaignants estimaient que ce district était à jamais perdu et qu’ils ne pourraient jamais retrouver leur vie d’antan, ce que conteste TEPCo.

TEPCo dit qu’elle allait payer 8,5 millions de yens à chaque résident (63 000€), conformément aux règles fixées par le gouvernement. Mais les plaignants estiment que c’est insuffisant, invoquant des difficultés financières et des souffrances psychologiques, et réclamaient 32 millions de yens (237 000€) supplémentaires par personne. Le juge leur accorde 3,3 millions de yens supplémentaires par personne (24 000€), ne s’estimant pas contraint par les directives gouvernementales.

Trois personnes ont été déboutées pour différentes raisons, dont le fait de vivre à l’étranger en 2011.

Les plaignants pourraient faire appel car ils jugent l’indemnisation insuffisante, même si la décision du tribunal montre qu’il reconnait la notion de « compensations pour la perte de sa ville d’origine ». Le juge, quant à lui, a mentionné une rupture du droit à une vie stable sur un territoire.

Une trentaine de plaintes similaires ont été déposées au Japon.

Réacteur n°2 : débits de dose élevés

TEPCo a récemment envoyé un nouveau robot dans l’enceinte de confinement du réacteur n°2. La compagnie avait immédiatement mis des images en ligne, mais sans aucune donnée technique, comme la température ou le débit de dose.

TEPCo vient de mettre en ligne des images commentées et quelques résultats de mesure. La température est de 21°C et le débit de dose à l’intérieur de l’enceinte de confinement varie de 7 à 8 Sv/h, ce qui est une dose létale en peu de temps. Cette valeur de 8 Sv/h a aussi été détectée à proximité de ce que TEPCo considère comme du corium, à savoir un mélange de débris et de combustible fondu.

Ces débits de dose sont très élevés, mais aussi très inférieurs à ce que TEPCo avait relevé il y a un an, lorsqu’un autre robot avait été envoyé dans l’enceinte de confinement. La compagnie avait alors annoncé des débits de dose pouvant atteindre 530 Sv/h, puis 650 Sv/h, et quelques mois plus tard, avait revu ce chiffre à la baisse : il était alors question de 80 Sv/h, soit 10 fois plus que cette fois-ci. Les points de mesure ne sont pas les mêmes.

TEPCo dit aussi avoir mesuré 42 Sv/h au pied de l’enceinte, à l’extérieur, ce qui est très surprenant. Pourquoi y aurait-il plus de radiations à l’extérieur qu’à l’intérieur, près du corium très irradiant ? Ces nouvelles données sont donc très mystérieuses et mériteraient plus d’explication et des mesures complémentaires.