Ouverture du centre d’entreposage des déchets radioactifs sans solution pérenne

Le vaste chantier de décontamination du Japon devrait engendrer environ 22 millions de mètres cubes de déchets radioactifs après incinération des déchets organiques. Voir notre reportage de 2016 sur le sujet. Ces déchets doivent être entreposés temporairement sur un centre de 16 km2 tout autour de la centrale de Fukushima daï-ichi en attendant de leur trouver une solution pérenne.

Alors que les travaux de décontamination sont presque terminés, sauf dans les zones dites de « retour difficile », le ministère de l’environnement vient d’ouvrir officiellement l’ « Installation d’entreposage provisoire ». Légalement, ces déchets ne doivent y rester que 30 ans, mais les habitants des deux communes concernées, Futaba et Ôkuma, n’y croient pas et pensent que cela va devenir un centre de stockage définitif. Le coût de ce centre est estimé à 1 100 milliards de yens (8,5 milliards d’euros).

Selon le dernier bilan officiel relatif à la décontamination et aux déchets engendrés, daté d’octobre 2017, les travaux de décontamination sont terminés dans la zone évacuée, sauf pour la partie dite de retour difficile. C’est le gouvernement qui était directement en charge des travaux dans ce qu’il a appelé en anglais la Special Decontamination Area (SDA). Voir la carte officielle :

Le gouvernement a provisionné environ 1 300 milliards de yens (10 milliards d’euros) pour la décontamination de cette zone qui a impliqué 13 millions de travailleurs et engendré 8,4 millions de mètres cubes de sols contaminés à stocker auxquels s’ajoutent les autres déchets.

Ailleurs, dans les zones non évacuées que le Japon a qualifié en anglais d’Intensive Contamination Survey Area (ICSA), ce sont les communes qui avaient la charge des travaux. La décontamination n’y est pas encore terminée, mais les chiffres sont tout aussi pharaoniques : 17 millions de travailleurs et 7,2 millions de mètres cubes de sols contaminés à gérer, dont 6,8 viennent de Fukushima, pour un coût total d’environ 1 700 milliards de yens (13 milliards d’euros). Sur les 92 communes concernées, 84 ont terminé les travaux de décontamination. Ils sont terminés dans toutes les provinces, sauf à Fukushima, où ils sont terminés à 90%. Seules 8 communes sont encore concernées. Voir la carte officielle :

On arrive à un total de 30 millions de travailleurs, ce qui paraît peu plausible, même s’il y a les mêmes chiffres sur ce document en japonais (p. 14). Ce doit être le nombre de contrats de travail, sachant qu’ils étaient tous en CDD. Cela fait toujours beaucoup de monde : en comptant 30 contrats par personne, on arrive à 1 million de travailleurs ! Il est étonnant que les autorités ne connaissent pas le nombre de travailleurs engagés dans les travaux de décontamination alors qu’elles sont supposées enregistrer les doses de radiation prises.

Il y a eu de nombreux scandales sur les chantiers de décontamination, avec de nombreuses violations du droit du travail. Rien dans le rapport officiel à ce sujet, si ce n’est que les autorités ont collé des auto-collants sur les casques des travailleurs avec un message de remerciement dessiné par des enfants dans le cadre de la campagne des « casques thanks »…

Paradoxalement, même si ces travaux de décontamination sont presque terminés, à l’exclusion de la zone de retour difficile, les autorités n’ont pas fait évoluer les chiffres relatifs au volume de déchets attendus qui sont les mêmes depuis des années : 22 millions de mètres cubes après incinération des déchets organiques, dont 20 millions de mètres cubes de sols. Le volume de cendres radioactives devrait être d’environ 1,5 millions de mètres cubes.

Pour la seule province de Fukushima, il y aurait déjà 15 millions de mètres cubes de sols contaminés répartis sur 150 000 sites. Les déchets des autres provinces doivent y rester, même si les autorités ne trouvent pas de site de stockage.

Pour ce qui est de l’installation d’entreposage provisoire (Interim Storage Facility ou ISF) que le gouvernement vient officiellement d’ouvrir, seulement 40% des 16 km2 (ou 1 600 hectares) de terrains ont pu être achetés. Sur les 1 810 propriétaires identifiés, 1 139 ont accepté de vendre ou de louer leur terrain, pour une surface totale de 624 hectares.

Les autorités y ont déjà transféré environ 230 000 m3 de sols contaminés à titre expérimental durant l’année 2016, soit environ 38 000 voyages en camions, et devrait y transporter le double en 2017. Elles estiment que le volume transféré sera compris entre 5 et 12,5 millions de mètres cubes en 2020, année des Jeux olympiques. cela fait entre 1 et 2 millions de transports par camion…

Pour la suite et le stockage définitif des déchets en dehors de Fukushima, c’est toujours aussi flou, même si tout doit être prêt pour 2045. Les autorités devraient présenter en 2018 leur stratégie de « recyclage » qui va consister à réutiliser les terres qui ont moins de 8 000 Bq/kg pour des travaux de construction. Cette solution inquiète tout le monde. Les experts consultés avaient émis des réserves, mais le ministère est passé outre. Même l’Autorité de Régulation Nucléaire a, en janvier 2017, émis des réserves et a demandé des garanties. Mais cette solution permettrait d’économiser 1 500 milliards de yens (11 milliards d’euros)… Les premiers essais ont débuté en février 2017.

Extension de la durée de vie de 20 ans envisagée pour le réacteur Tôkaï 2

La Japan Atomic Power Co est une filiale des grandes compagnies d’électricité japonaises qui avait trois réacteurs nucléaires en activité en 2010 : deux à Tsuruga, dans la province de Fukui et un à Tôkaï-mura, dans la province d’Ibaraki. Le réacteur Tôkaï-2, mis en service le 28 novembre 1978, doit être mis à l’arrêt définitif au bout de 40 ans, conformément à la loi sur l’énergie post-Fukushima, sauf si une demande d’extension de 20 ans de la durée de vie est déposée avant le 28 novembre 2017.

La Japan Atomic Power Co envisage sérieusement de déposer un tel dossier de demande, malgré les nombreux obstacles et difficultés techniques. Il s’agit d’un réacteur à eau bouillante de 1 100 MWe, comme à Fukushima daï-ichi, qui a échappé de peu à l’accident grave en mars 2011. Un des trois diesels de secours a été inondé par le tsunami. Si la hauteur de la vague avait eu 70 cm de plus, il se peut qu’il eut alors été impossible de refroidir le réacteur. Cela aurait pu résulter en un accident grave. En mars 2011, il a aussi fallu trois jours et demi à l’exploitant pour mettre ce réacteur à l’arrêt.

Tôkaï-2 fait partie des vieux réacteurs qui ont des kilomètres de câbles électriques inflammables, désormais interdits. Il faut aussi installer un nouveau système de refroidissement de secours, comme devrait l’exiger l’Autorité de Régulation Nucléaire pour les réacteurs à eau bouillante. Le projet d’exigence, qui consiste en l’installation d’un système de refroidissement du bas de l’enceinte de confinement afin de réduire la chaleur et les gaz émis par le corium après un accident de fusion du cœur, est actuellement soumis à la consultation du public. En effet, les réacteurs à eau bouillante ont une enceinte de confinement plus petite que ceux à eau sous pression et résistent donc moins bien à une fusion du cœur. Comme nous l’avons déjà signalé, TEPCo l’a déjà installé sur ses réacteurs n°6 et 7 de Kashiwazaki-Kariwa, situés à Niigata. Selon l’Asahi, la Japan Atomic Power Co a décidé de faire de même à Tôkaï-2.

Par ailleurs, il y a près d’un million d’habitants dans un rayon de 30 km, dont la ville de Mitô, capitale de la province. L’installation n’est qu’à 120 km de Tôkyô. Il est donc très difficile d’établir un plan d’urgence nucléaire et nombre d’élus locaux sont opposés à ce redémarrage.

Il n’est pas sûr que la compagnie ait les moyens financiers de couvrir les coûts de renforcement de la sûreté du réacteur Tôkaï-2. Mais ce réacteur est son seul espoir de redémarrage. Tôkaï-1, mis en service en 1966, est à l’arrêt définitif depuis 1998. Tsuruga-1 fait partie des 8 réacteurs mis à l’arrêt définitif après la catastrophe nucléaire de Fukushima. Quant à Tsuruga-2, il est sur une faille sismique considérée comme active par l’Autorité de Régulation Nucléaire, même si la Japan Atomic Power Co conteste cet avis. Son redémarrage n’est donc pas autorisé.

Sans l’extension de la durée de vie de Tôkaï-2, la Japan Atomic Power Co perd tous ces réacteurs et n’a plus raison d’être. C’est donc la faillite. Selon l’Asahi, elle estime que le renforcement de la sûreté de Tôkaï-2 lui coûtera 180 milliards de yens (1,4 milliard d’euros). Il faut encore ajouter les coûts liés à l’extension de la durée de vie.

Cette décision de demander l’extension de la durée de vie de cette centrale est donc complètement folle et probablement même pas rentable. Kansaï Electric a, dans une situation analogue, décidé d’arrêter définitivement deux réacteurs. Mais la Japan Atomic Power Co ne veut pas prendre la responsabilité de tout arrêter et tente de reporter la responsabilité de sa faillite sur l’Autorité de Régulation Nucléaire.

TEPCo, l’Etat japonais et les plaignants font appel du dernier jugement

3 824 personnes s’étaient jointes à une plainte collective afin d’être mieux indemnisées et TEPCo et l’Etat japonais avaient été reconnus coupables de négligences. Les deux parties viennent de faire appel de cette décision.

TEPCo et l’Etat contestent cette décision et les plaignants estiment que l’indemnisation ordonnée par la cour n’est pas suffisante : la somme allouée est trop faible et certaines zones ne bénéficient toujours pas de soutien financier.

Réouverture d’un tronçon de la ligne de train Jôban, entre Naraha et Tomioka

La ligne de chemin de fer Jôban, qui longe le littoral a été endommagée par le séisme de 2011, partiellement détruite par le tsunami et fortement contaminée, par endroits, par les rejets radioactifs de la centrale de Fukushima daï-ichi. Sa remise en service partielle, tronçons après tronçons, est un marqueur des efforts de reconstruction et c’est un symbole fortement médiatisé pour les politiques. A Minami-Sôma, la réouverture partielle de la ligne avait accompagné la levée de l’ordre d’évacuer en juillet 2016. Plus au Nord, la ligne a été surélevée dans les zones proches du littoral à cause des tsunamis, et a rouvert en décembre 2016.

C’est une nouvelle portion de cette ligne qui vient de rouvrir, entre la station Tatsuta à Naraha et Tomioka, où l’ordre d’évacué a été levé fin mars 2017. Cette nouvelle portion fait 6,9 km et il y a 11 aller-retours par jour.

Le littoral de Tomioka, détruit par le tsunami, est devenu, à proximité de la centrale de Fukushima daï-ni, un centre de gestion des déchets radioactifs issu de la décontamination des territoires, avec entreposage, tri, incinération et bétonnage des cendres (voir notre reportage en photos). La nouvelle ligne passe à proximité, comme on peut le voir dans les médias japonais. Voir, par exemple, cette photo reprise du Maïnichi :

Fukushima 311 Voices signale que cette photo a disparu de la version japonaise du Maïnichi sous la pression de lecteurs. Voir aussi les explications de Nos Voisins Lointains 3.11.

L’ancienne gare a été détruite par le tsunami :

gare_Tomioka

La nouvelle ligne passe au même endroit, sans être sur-élevée comme c’est le cas plus au Nord. Surélever le train tout en laissant les déchets en bas aurait paru trop ridicule ? Voir d’autres photos du Maïnichi.

Sur cette autre photo du Maïnichi, le train passe à proximité d’un des incinérateurs de déchets issus de la décontamination, qui est situé le long du littoral, dans la zone ravagée par le tsunami :

Comme nous l’avons déjà signalé, le taux de retour des habitants à Tomioka est très faible et la ligne sera peu usitée : fin août, seulement 200 habitants, sur 13 300 avant la catastrophe sont rentrés.

Après Tomioka, vers le Nord, il reste une portion de 21 km qui passe par les zones dites de « retour difficile » et pour laquelle la compagnie Japan Rail (JR) espère une réouverture avant la fin mars 2020, juste avant les jeux olympiques. En attendant, un service de bus fait la liaison.

69ième versement financier pour TEPCo

TEPCo annonce avoir reçu le 69ième versement financier de la part de la structure gouvernementale de soutien qui lui avance de l’argent pour les indemnisations : 21,4 milliards de yens (160 millions d’euros). Cet argent est prêté sans intérêt.

TEPCo a déjà reçu un total de 7 660,2 milliards de yens (57,1 milliards d’euros au cours actuel) et cela ne suffira pas.

Deux cas de cancer de la thyroïde confirmés supplémentaires

L’université médicale de Fukushima a publié les derniers résultats de sa campagne de dépistage des cancers de la thyroïde chez les jeunes de Fukushima. Ils peuvent être téléchargés ici en japonais. La traduction officielle en anglais sera disponible ici. Le site Fukushima Voices devrait aussi traduire en anglais les principaux résultats.

Les résultats précédents sont ici sur notre site. Selon la présente publication, qui donne les résultats au 30 mars 2017, il y a deux cas de cancer de la thyroïde supplémentaires, confirmé par la chirurgie. Pour les cancers suspectés, c’est trois de plus. On arrive donc à un total de 194 cas de cancers potentiels, dont 154 ont été confirmés après la chirurgie, et un qui s’est révélé bénin.

Rappelons que les autorités proposent un dépistage systématique aux seuls enfants de Fukushima, et qu’elles en sont à la troisième campagne d’échographies.

Concernant la deuxième campagne de dépistage, sur 381 256 jeunes ayant droit à un examen médical, 270 516 ont subi une échographie de la thyroïde, soit 71%. C’est 5 de plus que la dernière fois. Parmi eux, le nombre d’enfants qui a subi ou qui doit subir des examens complémentaires est de 2 227. C’est un de plus que la dernière fois. Ces examens sont terminés pour 1 788 jeunes. C’est 40 de plus que la dernière fois. Il y a eu 205 cytoponctions. Ces examens ont révélé 71 cas de cancer potentiel de la thyroïde (32 garçons et 39 filles) âgés de 9 à 23 ans lors de l’examen. C’est comme la dernière fois. Rappelons que 65 d’entre eux avaient été classés A lors du premier dépistage, c’est à dire ne nécessitant pas d’examen complémentaire.

Sur ces 71 cas, le cancer a été confirmé après chirurgie pour 50 jeunes. C’est 1 de plus que la dernière fois. Il y a 49 cancers papillaires et un d’un autre type.

La troisième campagne de dépistage se poursuit lentement : 138 422 jeunes seulement on subi une échographie de la thyroïde, soit 41,1%. Parmi eux, 754 ont subi ou doivent subir des examens complémentaires. Il y a déjà eu 18 cytoponctions et il y a suspicion de cancer pour 7 cas (4 garçons et 3 filles). C’est trois de plus que la dernière fois. Sur ces 7 cas, le cancer a été confirmé après chirurgie pour 3 jeunes. C’est 1 de plus que la dernière fois. Il s’agit de 3 cancers papillaires.

Il faut, bien-entendu, ajouter les cas de cancer détectés lors de la première campagne de dépistage, à savoir 116 cas potentiels, dont 101 confirmés (100 cancers papillaires) et un cas qui s’est révélé bénin après chirurgie. Les 14 autres enfants ou adolescents sont sous surveillance.

Au total, on a donc 194 cas de cancers suspectés, dont 152 confirmés après chirurgie et un cas bénin. C’est plus que ce qui était attendu, mais les autorités continuent à nier le lien avec la catastrophe nucléaire. Elles évoquent un effet râteau lié au dépistage qui aurait permis de trouver les cancers plus tôt. Cet argument ne tient plus pour les cas détectés lors des deuxièmes et troisièmes campagnes.

Rappelons qu’un fond de soutien aux enfants atteints d’un cancer de la thyroïde, a trouvé le cas d’un enfant soigné pour un cancer de la thyroïde qui avait quatre ans en mars 2011 qui n’apparaît pas dans les statistiques officielles.

ACRO : appel aux dons exceptionnel

Mis en avant

La démarche que nous entreprenons aujourd’hui a un caractère exceptionnel : l’exercice financier 2017 devrait accuser un déficit élevé dû essentiellement à la non reconduction, par la nouvelle région Normandie, de la subvention annuelle de 23 000 euros que nous versait la Basse-Normandie jusqu’en 2016, car notre demande « ne répond pas aux nouvelles orientations de la politique environnementale de la Région Normandie ».

Et pourtant l’action de l’ACRO, grâce à son laboratoire agréé, à ses bénévoles et à son réseau de préleveurs volontaires, est plus que jamais pertinente et donc nécessaire. En effet, face au manque d’informations et aux pressions exercées par les acteurs de la filière nucléaire, l’ACRO agit tel un « contre-pouvoir » pour protéger les populations et leur environnement. Sans l’ACRO, des pollutions ne seraient pas révélées. Ainsi, récemment, nous avons mis à jour une pollution à l’américium et au plutonium aux abords des usines Aréva de La Hague suffisamment importante pour que l’exploitant annonce l’enlèvement des terres contaminées. Nous avons également donné l’alerte sur l’introduction de radioactivité dans des biens de consommation vendus pour des vertus soit disant de « bien être ».

Par ailleurs, l’ACRO siège dans plusieurs commissions mises en place par les pouvoirs publics au niveau local (les CLI par exemple) comme national. Il s’agit d’y relayer les attentes des citoyens en matière de transparence et de sûreté et d’y apporter notre expertise et notre vigilance. L’ACRO s’est ainsi très impliquée pour obtenir une transparence maximale sur le dossier de la cuve de l’EPR et sur les falsifications de pièces à l’usine du Creusot.

Malgré tout ce travail reconnu, l’ACRO fait face à des difficultés financières que nous espérons temporaires. Cela fragilise notre association alors que la vigilance citoyenne est plus que jamais nécessaire dans un contexte de plus en plus critique avec le vieillissement des centrales, les défauts de l’EPR, la gestion incertaine des déchets, etc…

Pour continuer nos actions, nous avons besoin de vous et de votre soutien financier. Sachez que 66% de votre don ou votre adhésion sont déductibles de votre impôt (dans la limite de 20% de vos revenus imposables); ainsi, par exemple, un don de 50 euros ne vous revient en réalité qu’à 17 euros. Vous pouvez effectuer votre versement par chèque (à envoyer à ACRO – 138 rue de l’église – 14200 Hérouville Saint Clair) ou en ligne sur http://www.acro.eu.org/agir-faire-un-don/

Deux réacteurs supplémentaires en passe d’être arrêtés définitivement

Selon les médias japonais, Kansaï Electric devrait arrêter définitivement les réacteurs n°1 et 2 de sa centrale d’ÔÏ située dans la province de Fukui. Ils ont été mis en service en mars et décembre 1979 respectivement et ont chacun une puissance de 1,2 GWe.

Les arguments sont purement économiques : les coûts de renforcement de la sûreté dépasseront les 100 milliards de yens (le milliard d’euro) et les profits attendus dans un contexte de baisse de la demande électrique pour les majors du secteur électrique. Selon le Nikkei, Kansaï electric a vendu 20% d’électricité en moins en 2016 par rapport à 2010. Par ailleurs, ces deux réacteurs nécessitaient un renforcement de l’enceinte de confinement, alors qu’il y a une faille sismique active à proximité.

En avril 2015, Kansaï Electric avait déjà arrêté définitivement deux réacteurs plus petits de sa centrale de Mihama, situés aussi dans la province de Fukui. Son parc va donc passer de 11 à 7 réacteurs.

Si l’on fait un bilan :

  • Il y avait 54 réacteurs de production d’électricité au Japon en 2010.
  • 4 ont été détruits à Fukushima daï-ichi et deux autres arrêtés définitivement.
  • En comptant ces deux réacteurs d’Ôï, 8 réacteurs ont ou seront mis à l’arrêt définitif.
  • Cela fait donc 14 réacteurs en moins par rapport à 2010. Il restera donc officiellement 40 réacteurs en « service », dont Fukushima daï-ni qui ne redémarrera jamais, comme d’autres.
  • A l’inverse, seulement 5 réacteurs ont été remis en service depuis la catastrophe nucléaire de Fukushima.

Les 8 réacteurs arrêtés définitivement sont : Tsuruga 1 (Fukui), Genkaï 1 (Saga), Shimané 1, Ikata 1 (Ehimé), Mihama 1 et 2 (Fukui) et maintenant Ôï 1 et 2 (Fukui).

Kansaï electric espère redémarrer prochainement les réacteurs 3 et 4 d’Ôï dont le dossier de sûreté a été validé par l’Autorité de Régulation Nucléaire. Ils ont été mis en service en 1991 et 1993 respectivement.

Rapports de sûreté falsifiés à l’usine de retraitement de Rokkashô

L’Autorité de Régulation Nucléaire (NRA) japonaise vient d’annoncer que la Japan Nuclear Fuel Ltd. (JNFL), propriétaire de l’usine de retraitement de Rokkashô dans la province d’Aomori, avait omis des inspections et falsifié des rapports de sûreté. Le PDG de la compagnie a promis d’inspecter son usine de fond en comble. En attendant, il suspend les travaux visant à obtenir l’autorisation de démarrage.

En août dernier, 800 litres d’eau de pluie a fui d’un tuyau situé dans une galerie souterraine et a atteint une pièce avec un générateur diesel de secours. La compagnie s’est alors aperçue que la galerie n’avait pas été inspectée pendant 14 ans, c’est à dire depuis sa construction. Les rapports de sûreté mentionnaient pourtant qu’il n’y avait rien à signaler. La compagnie a essayé d’expliquer que ces « RAS » concernaient une autre galerie souterraine… 110 autres litres ont fui en septembre.

Le démarrage de cette usine, initialement prévu en 1997, a déjà été reporté 23 fois. La date de mise en service officielle est début 2018, mais cela paraît déjà impossible à tenir. Le 24ième report ne devrait pas tarder !

La NRA a aussi annoncé qu’en septembre dernier, des fissures et des trous avaient été trouvés dans les cheminées de l’usine d’enrichissement de l’uranium, aussi détenue par JNFL. Ces défauts, qui violent les règles de sûreté, n’ont pas été découvert plus tôt pas manque d’inspection.

Le village nucléaire japonais n’a pas fini de nettoyer ses écuries…

TEPCo et l’Etat japonais reconnus coupables par un tribunal de Fukushima

TEPCo et l’Etat japonais viennent d’être reconnus coupables de négligences car ils auraient dû prendre des mesures de protection des centrales nucléaires contre les tsunamis. La cour a noté que TEPCo était le premier responsable de la sûreté de ses installations et l’Etat en second. Ils devront indemniser 2 907 personnes pour un total de 500 millions de yens (3,8 millions d’euros). Elles recevront entre 10 000 et 360 000 yens (75 et 2 700 euros) chacune.

3 824 personnes s’étaient jointes à cette plainte collective, pour la plupart originaires de Fukushima. Environ 10% étaient des évacués forcés, mais 80% de ces plaignants sont restés chez eux après l’accident nucléaire. La plupart des 2 907 personnes qui seront indemnisées résident à Fukushima, et certaines à Ibaraki.

La justice reconnaît le droit à une indemnisation à des auto-évacués et à des personnes vivant en dehors de la province de Fukushima lors de l’accident. Il y a plus de 1,5 million de personnes qui vivent ou vivaient sur les mêmes territoires que ces personnes. Cette décision de justice, si elle est confirmée en appel, pourrait avoir un énorme impact sur le système d’indemnisation.

Les plaignants réclamaient 16 milliards de yens (120 millions d’euros) et avaient aussi demandé que TEPCo et l’Etat restaurent leurs environnements aux niveaux de radiation qui prévalaient avant l’accident. Ils ont été déboutés sur ce dernier point.

Une trentaine de plaintes similaires ont été déposées à travers le Japon, avec un total de 12 000 plaignants environ, et c’est la troisième fois que TEPCo est reconnue coupable, l’Etat, la deuxième. Les précédents jugements étaient à Maebashi, dans la province de Gunma et à Chiba. TEPCo et l’Etat avaient fait appel. Ces trois jugements reconnaissent le droit des plaignants à une meilleure indemnisation.

Une cour de Tôkyô vient d’ordonner à TEPCo de payer 670 millions de yens pour un golf à titre d’indemnisation (5 millions d’euros). C’est plus que pour 2 900 plaignants… Le gérant du golf, situé entre 20 et 30 km de la centrale de Fukushima daï-ichi, réclamait 5,8 milliards de yens. Il a dû fermer 3 mois suite à la catastrophe, et depuis, seule une partie du parcours est utilisable. Le nombre de clients a chuté. La justice n’a pas cédé à la requête de faire décontaminer le golf par TEPCo.

Par ailleurs, un dame vient de porter plainte contre TEPCo à cause du décès de son père, âgé de 88 ans en 2011, qui soufrait d’une maladie rénale. Originaire de Hirono, il se rendait trois fois par semaine dans une clinique de Tomioka pour une dialyse. Après l’évacuation de sa commune, il a été envoyé dans quatre institutions médicales différentes à Iwaki, dans la province de Fukushima, puis à Tôkyô au bout d’une semaine. Il n’a pas pu bénéficier de soins réguliers, et est décédé le 1er avril 2011, soit trois semaines après l’accident nucléaire.

La commune de Hirono a reconnu que ce décès était lié à l’évacuation, mais TEPCo estime qu’elle n’est responsable qu’à 50% du décès et a octroyé 7,8 millions de yens en compensation. Cette somme est basé sur les contrats d’assurance automobile. La fille estime que ce n’est pas assez et a demandé plus à la compagnie, qui a refusé. Elle a donc saisi la justice et réclame 31 millions de yens.

En 2014, le Maïnichi avait révélé que TEPCo avait fixé à 50% par défaut sa contribution à l’indemnisation en cas de décès ou de maladie provoqués par l’évacuation. Il avait aussi présenté quelques cas.