Le gouverneur de Kagoshima renonce à s’opposer au redémarrage de la centrale de Sendaï

Le nouveau gouverneur de Kagoshima avait fait campagne en s’opposant au réacteurs nucléaires de la centrale de Sendaï. A peine élu, il avait demandé leur arrêt immédiat, ce que Kyûshû Electric, l’exploitant, s’était, sans surprise, empressé de refuser.

Le réacteur n°1 a finalement été arrêté normalement le 6 octobre dernier, après 13 mois d’exploitation. Le gouverneur avait alors annoncé qu’il souhaitait des garanties supplémentaires avant d’autoriser un nouveau redémarrage. Selon l’Asahi, il vient de faire savoir, lors d’une conférence de presse, qu’il ne s’opposerait pas au nouveau redémarrage prévu le 8 décembre prochain, juste avant l’arrêt du réacteur n°2.

Comme excuse, il explique qu’un gouverneur n’a, légalement, pas le pouvoir de demander l’arrêt d’un réacteur ou de s’opposer à son redémarrage. Il le savait déjà avant de se faire élire… Mais, les compagnies d’électricité se targuent d’obtenir la compréhension des élus locaux. Une opposition du gouverneur a donc un poids politique fort. Celui de Kagoshima ajoute que Kyûshû Electric aurait, de toutes façons, redémarré, le réacteur, quel que soit son avis.

Il avait aussi promis de mettre en place un groupe d’experts pour examiner la sûreté de ces deux réacteurs afin de l’aider à prendre sa décision. Ce groupe n’a pas été formé et aucun calendrier n’a été donné lors de la conférence de presse. Il lui faut d’abord obtenir un budget pour cela et la demande n’a pas encore été soumise à l’assemblée régionale.

Le slogan pro-nucléaire de Futaba va finir au musée

Le slogan qui ornait la rue principale de Futaba :

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« le nucléaire, l’énergie d’un avenir radieux », a été démonté car le portique était menaçant. Une pétition avait demandé sa conservation. Selon l’Asahi, le musée de Fukushima, situé à Aïzuwakamatsu l’a récupéré et pourrait l’exposer.

La commune de Futaba est classée en « zone de retour difficile ».

Le Japon a voté contre une résolution de l’ONU appelant au désarmement nucléaire

Le Japon, en tant que seul pays à avoir subi un bombardement nucléaire, est officiellement contre cette arme. Mais, il vient de voter contre une résolution de l’ONU appelant à des négociations en vue de son abolition.

123 pays ont voté en faveur de l’ouverture de discussions en 2017 afin d’aboutir à un traité abolissant l’arme nucléaire et 38 contre. Sans surprise, les Etats-Unis, la Russie, la France et le Royaume-Uni ont voté contre. Le Japon, l’Allemagne, l’Australie, la Corée, le Canada… qui bénéficient de la protection nucléaire américaine, aussi. La Chine et 15 autres pays se sont abstenus.

Le Japon a soutenu une autre résolution appelant à une réduction des arsenaux nucléaires, tout comme les Etats-Unis.

Indemnisation des familles d’écoliers emportés par le tsunami

A l’école élémentaire d’Ôkawa, dans la commune d’Ishinomaki, située dans la province de Miyagi, 74 écoliers et 10 enseignants ont été emportés par le tsunami. Elle était à 4 km de la côte. Il y avait 108 écoliers et 13 enseignants en tout dans cette école.

Les familles de 23 écoliers ont porté plainte et une Cour de Sendaï vient d’ordonner aux autorités d’Ishinomaki et de Miyagi de les indemniser car il aurait été possible de sauver les enfants et les enseignants. Après le séisme, les enfants et le personnel sont restés 45 minutes dans la cour de l’école. L’école a été alertée du tsunami 7 minutes avant son arrivée par des véhicules avec hauts-parleurs. La radio annonçait aussi une vague de 6 à 10 m. Le lieu choisi pour se réfugier, appelé Sankakuchitaï, n’était qu’à 7 m d’altitude alors qu’il y avait une colline à proximité. Il aurait été possible de s’y réfugier en une minute en courant. La vague faisait 10 m de haut.

De plus, des parents qui étaient venus chercher leurs enfants avaient demandé d’aller sur cette colline.

Les familles avaient demandé 2,3 milliards de yens (100 millions de yens ou 870 000 euros par enfant) et en ont obtenu 1,4 milliards (12 millions d’euros).

Les autorités locales s’étaient défendues en affirmant que l’école n’était pas dans une zone supposée inondable en cas de tsunami et avait même été désignée comme lieu de regroupement en cas de catastrophe naturelle.

La commune d’Ishinomaki devrait faire appel du jugement.

Plus de 600 enfants scolarisés et enseignants sont décédés ou disparus dans ce tsunami.

Le Japon persiste à vouloir redémarrer Monju

Monju, le surgénérateur japonais est un désastre industriel : il n’a fonctionné que quelques mois depuis 1994 et l’Autorité de Régulation Nucléaire avait, en novembre 2015, exigé que le gouvernement trouve un nouvel exploitant car l’actuel n’a pas la culture de sûreté requise. Une exigence rare dans le nucléaire, qui montre la gravité du problème. Même TEPCo est autorisée à exploiter du nucléaire…

Sans surprise, personne ne veut reprendre ce réacteur et le gouvernement doit se résigner à l’arrêter définitivement, sans perdre la face. Mais c’est sans compter sur l’obstination du ministère des sciences et technologie qui, selon le Japan Times, veut redémarrer Monju durant quatre mois courant 2019 avant de donner son accord pour un arrêt définitif en 2020. Le ministère espère obtenir un feu vert sans renforcer la sûreté, car la durée d’exploitation courte ! C’est complètement fou comme raisonnement.

Le coût du démantèlement des 6 réacteurs de Fukushima daï-ichi va dépasser largement les 18 milliards d’euros

Le gouvernement, qui a nationalisé TEPCo en 2012 pour lui éviter la faillite, veut se désengager, mais cela n’est pas facile tant les conditions sont difficiles. Un groupe d’experts du ministère de l’industrie a tenté d’estimer le coût du démantèlement des 6 réacteurs de la centrale de Fukushima daï-ichi en incluant la gestion de l’eau contaminée.

Il n’y est pas arrivé, mais la facture va largement dépasser les 2 000 milliards de yens (18 milliards d’euros) annoncés en 2013, auxquels il faut ajouter l’indemnisation, la décontamination, les aides économiques… Aucun chiffre n’est avancé pour l’instant.

Rappelons qu’en 2013, le gouvernement avait estimé à 5 400 milliards de yens les indemnisations (47,4 milliards d’euros), 2 500 milliards de yens la décontamination (22 milliards d’euros), 1 100 milliards de yens la gestion des déchets engendrés par la catastrophe (9,6 milliards d’euros… Il avait donc prévu d’avancer 9 000 milliards de yens à TEPCo (79 milliards d’euros). Il est admis officiellement maintenant que cela ne suffira pas et que la catastrophe coûtera beaucoup plus.

Les autorités n’ont jamais publié d’étude complète sur le coût déjà engagé de cette catastrophe encore en cours. Le démantèlement, ou plutôt la réduction de la menace des réacteurs accidentés, a déjà coûté 80 milliards de yens ces trois dernières années (plus de 700 millions d’euros).

La question est comment limiter la part payée par les contribuables. Une nouvelle réforme de TEPCo est envisagée, mais les perspectives de profit sont limitées. Le principal espoir de la compagnie est le redémarrage de sa centrale de Kashiwazaki-Kariwa, mais ce n’est pas gagné car les réacteurs ne sont pas assez sûrs pour le moment. Il y a aussi la culture de sûreté à améliorer. Le nouveau gouverneur de Niigata sera intransigeant. Il l’a réaffirmé le jour de sa prise de fonction.

Le ministère a proposé quatre scénarios au groupe d’experts :

  • le gouvernement prend en charge le coût du démantèlement et des déchets de Fukushima daï-ichi ;
  • de l’argent public est avancé et TEPCo devra rembourser sur le long terme, ce qui implique un contrôle prolongé de l’Etat sur la compagnie ;
  • TEPCo est liquidée et les débiteurs ne sont pas remboursés ;
  • une nouvelle réforme de TEPCo augmente sa profitabilité afin de lui permettre de financer le démantèlement.

C’est cette dernière option qui a eu les faveurs du groupe d’experts et la piste proposée est de séparer l’activité nucléaire du reste de la compagnie afin de la vendre ou de la fusionner avec celle d’autres compagnies. Le but est d’accélérer le redémarrage d’un ou deux réacteurs de la centrale nucléaire de Kashiwazaki-Kariwa en regagnant la confiance du public et des élus locaux. TEPCo a déjà noué des alliances avec d’autres compagnies pour d’autres divisions. Pour le nucléaire, cela va être plus difficile car ce n’est pas qu’un problème d’image et de confiance. Les réacteurs ne sont pas autorisés à redémarrer pour l’instant.

Qui va payer le démantèlement des réacteurs nucléaires japonais ?

Le gouvernement veut faire porter les coûts du démantèlement des réacteurs nucléaires par tous les usagers en taxant la distribution d’électricité. Les nouveaux entrants sur le marché libéralisé devront alors payer aussi et ils reporteront la taxe sur les consommateurs.

Le dossier avance et les conclusions semblent dépendre des journaux. Le Yomiuri, journal conservateur qui s’est fait le porte-parole du village nucléaire japonais, titre que les exploitants du nucléaire devront payer pour le démantèlement de leurs installations et que les nouveaux entrants sont exemptés. Le Maïnichi, qui prend régulièrement position contre le nucléaire, titre, quant à lui, que les nouveaux entrants devront probablement mettre la main à la poche. Qui croire ?

Actuellement, les exploitants du nucléaire doivent provisionner le coût du démantèlement et de la gestion des déchets radioactifs. Ils ont cinquante ans pour cela : 40 années d’exploitation du réacteur plus 10 années après la mise à l’arrêt définitif. Le coût total du démantèlement, si l’on exclut les 4 réacteurs accidentés de Fukushima daï-ichi, s’élèverait à 2 900 milliards de yens (25,4 milliards d’euros). Les provisions n’atteignent pas cette somme : il manque quelques 1 200 milliards de yens (10,5 milliards d’euros) selon le Yomiuri.

L’article du Yomiuri explique que le gouvernement a réaffirmé la responsabilité des exploitants dans le démantèlement et son financement, avec un « mais » pour les réacteurs qui ont été arrêtés suite à l’introduction de mesures de sûreté plus strictes après la catastrophe à la centrale nucléaire de Fukushima. Pour ces cas là, comme l’explique le Maïnichi, les nouveaux entrants sur le marché de l’électricité devront aussi contribuer à la facture. Cela concerne 6 réacteurs pour le moment (les n°1 et 2 de Mihama, les n°1 de Tsuruga, de Genkaï, de Shimané et de Ikata). Ce sera plus dans l’avenir puisque une grande partie du parc pourrait ne pas être autorisée à redémarrer. Le système actuel est maintenu pour les réacteurs qui ont redémarré ou qui devraient y être autorisés. Initialement, les nouveaux entrants auraient dû aussi contribuer à la provision pour le démantèlement futur. Le gouvernement a reculé sur ce dernier point.

Enfin, pour les réacteurs accidenté de Fukushima, ce sera un autre mécanisme de financement.

Le nombre de violations du droit du travail reste élevé sur les chantiers avec exposition aux rayonnements

Zerutech Tôhoku, une compagnie de Nihonmatsu, vient d’être épinglée par l’inspection du travail de Fukushima pour avoir émis de faux certificats de formation avant envoi de travailleurs sur des chantiers de décontamination. Elle a reconnu les faits.

Les travailleurs employés sur ces chantiers doivent recevoir une formation de 5h30 sur les risques liés aux rayonnements et les mesures de protection à prendre. Il n’y a pas d’évaluation après, ni de certificat à montrer aux commanditaires.

Le PDG de la compagnie, qui a été fondée en mars 2015 et qui intervient au quatrième niveau de sous-traitance à proximité de la ville de Fukushima, explique à l’Asahi qu’il a dû embaucher beaucoup de monde en peu de temps après avoir obtenu la décontamination d’un grand territoire. Entre 100 et 150 faux certificats ont été découverts. La compagnie a aussi émis 7 autres types de certificats nécessaires à l’utilisation d’une tronçonneuse ou d’autres appareils présentant des risques.

Le ministère du travail a publié un bilan des violations du droit du travail sur le chantier de la centrale de Fukushima daï-ichi et sur les chantiers de décontamination, entre janvier et juin 2016. Le document en anglais, repéré par Enerwebwatch, montre que le nombre de violations baisse très lentement.

Ainsi, 118 compagnies intervenant à la centrale de Fukushima daï-ichi ont été contrôlées et 53 (ou 44,9%) avaient violé le droit du travail. Ce taux était de 54% en 2015. Le nombre total de violations est de 94 : 16 concernent la sécurité et la santé au travail et 78, les conditions de travail (salaire, primes de risque, temps de travail…).

506 compagnies intervenant sur des chantiers de décontamination ont aussi été contrôlées et 271 d’entre elles, ou 53,6%, ont violé le droit du travail. Ce taux était de 64,6% en 2015. Le nombre total de violations est de 416 : 252 concernent la sécurité et la santé au travail et 164, les conditions de travail (salaire, primes de risque, temps de travail…).

Le rapport donne des détails sur le type de violations relevées.

Problème de la tenue des cuves de réacteurs : Greenpeace Japon publie un rapport

L’Autorité de Sûreté Nucléaire française a demandé à EDF d’arrêter cinq réacteurs à cause de la qualité de l’acier de générateurs de vapeur, qui a une teneur trop élevée en carbone. Ces pièces ont été forgées au Japon par la Japan Casting & Forging Corp. (JCFC), qui a aussi forgé des pièces pour les réacteurs japonais. On peut donc suspecter des problèmes similaires au Japon, où 13 réacteurs sont a priori concernés. Les exploitants doivent rendre une rapport avant le 31 octobre à ce propos.

Cette affaire montre une défaillance du contrôle au Japon, comme le souligne Greenpeace Japon, qui rend public un rapport technique en anglais sur le sujet.

Environ 880 tonnes de corium très radioactifs dans les réacteurs 1 à 3

L’International Research Institute for Nuclear Decommissioning a fait une estimation de la quantité de corium dans les réacteurs 1 à 3 de la centrale de Fukushima daï-ichi, où il y a eu fusion des cœurs. Le corium est ce mélange très fortement radioactif de combustible fondu et de débris. Le document présenté au public est ici en japonais. Le Fukushima Minpo y consacre un article en anglais.

L’estimation est basée sur des simulations de l’accident et des observations avec les muons, notamment. Il ressort de ces calculs, que la masse totale de corium est comprise

  • entre 232 et 357 tonnes, avec une valeur nominale à 279 tonnes pour le réacteur n°1 ;
  • entre 189 et 390 tonnes, avec une valeur nominale à 237 tonnes pour le réacteur n°2 ;
  • et entre 188 et 394 tonnes, avec une valeur nominale à 364 tonnes pour le réacteur n°3. Ce dernier contient du combustible MOx, à base de plutonium.

La quantité de combustible était de 69 tonnes dans le réacteur n°1 et de 94 tonnes dans chacun des réacteurs 2 et 3. Selon les réacteurs, les coriums sont donc de 2,5 à 4 fois plus massiques que le combustible, en retenant les valeurs nominales.

La somme des quantités nominales de corium fait 880 tonnes. C’est 3,4 fois plus que le combustible qu’il y avait dans ces réacteurs.

Pour les réacteurs 1 et 3, le combustible et l’acier représenteraient environ 30% de la masse chacun et le béton, 40%. Pour le réacteur n°2, le combustible et l’acier feraient un total de 70% de la masse totale, le reste étant du béton.