Le Japon devrait baisser la part du nucléaire dans son prochain plan énergétique

Reuters croit savoir que le Japon devrait baisser la part du nucléaire dans le plan énergétique en préparation pour l’an prochain. Avant la catastrophe nucléaire, la part du nucléaire dans le mix électrique était de 30% et le gouvernement voulait monter à 50% à l’horizon 2030. Elle est descendue à 0% pendant plus d’un an suite à l’accident et est à peine de 1 à 2% actuellement, avec seulement deux réacteurs en fonctionnement.

Lors du dernier plan, élaboré en 2015, le gouvernement avait fixé la part du nucléaire à 20 – 22% de la production d’électricité d’ici 2030, ce qui est complètement irréaliste car il faudrait prolonger la durée d’exploitation de vieux réacteurs au-delà de 40 ans ou en construire de nouveaux. En effet, il faudrait 35 réacteurs en activité pour atteindre cet objectif… Si plusieurs groupes d’experts ont entériné ce chiffre, (voir aussi ici), peu de Japonais y ont cru. En tous cas, pas les entreprises.

Selon une source proche du gouvernement, une part du nucléaire à 10-15% du mix électrique serait envisagée pour l’horizon 2030. Cela signifierait un tiers à la moitié du parc nucléaire d’avant la catastrophe. L’objectif de 15%, qui correspondrait à une diminution de moitié par rapport à l’avant catastrophe parait encore ambitieux, car il n’y a eu que 26 demandes d’autorisation de redémarrage et toutes ne seront pas satisfaites. Seuls 5 dossiers ont été jugés recevables pour le moment.

La part des énergies renouvelables devrait être augmentée pour compenser la baisse du nucléaire, mais cela va surtout dire encore plus de charbon, malheureusement, alors qu’il y en a déjà trop.

Que faire du surgénérateur Monju ?

Le surgénérateur Monju à Fukui est un échec patent, mais le gouvernement s’y accroche. Le réacteur est stoppé depuis plus de 20 ans à cause d’une fuite de sodium, ses coûts explosent (le total dépasse les 1 000 milliards de yens ou 8 milliards d’euros) et, cerise sur le gâteau, en novembre dernier, l’Autorité de Régulation Nucléaire a demandé au gouvernement de trouver un autre exploitant car l’actuel, la Japan Atomic Energy Agency (JAEA), a une culture de sûreté défaillante. Aucun industriel n’est candidat pour reprendre ce réacteur qui n’a fonctionné que 250 jours en 21 ans.

Le ministère de l’éducation, de la culture, des sports, des sciences et technologies a donc mis en place une commission pour trouver une solution, car il faut sauver Monju… La présidence est assurée par le Prof. Arima, physicien nucléaire renommé, ancien ministre et fervent partisan de l’énergie nucléaire.

Le rapport rédigé par cette commission ne propose aucun nom pour reprendre Monju. Il se contente de lister une série de conditions qui n’apportent rien de neuf. Il s’agit essentiellement d’une liste de banalités. Des experts extérieurs devront être associés.

Certains membres de la commission ont déploré, cependant, l’absence de débat sur le bienfondé de ce programme qui coûte excessivement cher : 20 milliards de yens (164 millions d’euros) par an rien qu’en maintenance. Il n’y a pas la moindre évaluation du coût des investissements qui seraient nécessaires pour améliorer la sûreté. Comment réfléchir à son avenir dans de telles conditions ?

Le mieux serait de l’abandonner, comme Superphénix. Mais le gouvernement s’accroche à cette chimère pour justifier l’usine de retraitement de Rokkashô-mura à Aomori. En effet, comme nous l’avons déjà expliqué, les réacteurs actuels ne sont plus assez nombreux pour brûler le MOx à base de plutonium extrait du combustible usé. Accumuler du plutonium n’est pas une option à cause de la prolifération. Et si l’usine de retraitement, qui n’a jamais fonctionné, est abandonnée à son tour, les autorités d’Aomori renverront les combustibles usés et les déchets dont personne ne veut. Alors, on garde Monju et le mythe du recyclage associé.

Et dire que le ministère voulait trouver un nouvel exploitant pour le réacteur d’ici juillet 2016 car la NRA lui a donné 6 mois en novembre dernier.

TEPCo a commencé une radiographie muons du cœur du réacteur n°2

TEPCo et des équipes de recherche ont déjà utilisé des particules cosmiques pénétrantes, à savoir les muons, pour radiographier l’intérieur des réacteurs accidentés. Le combustible nucléaire étant très dense, il devrait absorber plus de muons que s’il y a du vide.

La compagnie avait ainsi conclu en mars 2015 que le corium du réacteur n°1 a entièrement percé la cuve (pas de morceau supérieur à 1 m). Puis, ces détecteurs étaient trop gros pour le réacteur n°2… Mais l’université de Nagoya avait déjà effectué une radiographie du réacteur n°2, forcément avec l’accord de TEPCo, et conclu que 70 à 100% du cœur du réacteur n°2 a fondu.

TEPCo vient de communiquer en japonais (et aussi en anglais maintenant) sur sa propre radiographie muons du réacteur n°2, avec des photos. Il lui faut accumuler plus de données pour conclure, mais la compagnie explique que, pour le moment, on ne voit rien dans la zone du cœur. En revanche, elle voit bien une zone plus dense au niveau de la piscine de combustibles. A suivre…

Dans un entretien avec ABC news en Australie, Naohiro Masuda, le directeur en charge du chantier de sécurisation et démantèlement des réacteurs accidentés, estime à 600 tonnes le combustible fondu. Il espère que la compagnie aura réussi à localiser le combustible fondu (corium) d’ici 2021 afin de lancer les travaux de retrait. Mais la technologie à mettre en œuvre est encore à développer.

En revanche, il est assez affirmatif quant au taux de fusion : dans le réacteur n°1, tout aurait fondu, selon lui, ce qui est confirmé par les muons. Mais pour les réacteurs n°2 et 3, il explique que de 30 à 50% du combustible est resté dans la cuve, sans étayer cette affirmation. Ce n’est pas en accord avec les affirmations de l’université de Nagoya. Quant au réacteur n°3, aucune radiographie muons n’a été effectuée pour le moment.

TEPCo condamnée à indemniser deux nouvelles familles de victimes de l’évacuation

Une cour de Tôkyô a jugé que TEPCo devait indemniser les familles de deux personnes décédées lors de l’évacuation dramatique de l’hôpital de Futaba et de la maison de retraite adjacente. C’est le deuxième jugement en ce sens. En avril dernier, deux autres familles avaient obtenu une indemnisation sur décision de justice.

Cette fois-ci, il s’agit d’un patient de l’hôpital âgé de 97 ans et d’une pensionnaire de la maison de retraite, âgée de 86 ans, qui étaient décédés lors de leur transfert en bus à Iwaki qui avait duré une dizaine d’heures. Les patients qui ne pouvaient pas se lever ont attendu les secours plusieurs jours. Il y a eu une cinquantaine de décès en tout dans cet hôpital.

Les familles des deux victimes vont recevoir un total d’environ 30 millions de yens alors qu’elles en avaient demandé 66 millions. La cour a estimé que pour chacun de ces deux cas la compensation doit être de 20 millions de yens, mais qu’elle doit être réduite de 20 à 30% à cause de l’état de santé des patients qui était dégradé avant la catastrophe.

Le Japon continue à promouvoir le charbon

Officiellement, les autorités japonaises soutiennent l’énergie nucléaire pour lutter contre le réchauffement climatique, mais en parallèle, elles soutiennent financièrement les centrales à charbon qui émettent beaucoup de gaz à effet de serre. Selon une étude menée par le WWF, le Natural Resources Defense Council et Oil Change International, qui vient d’être rendue publique, « avec plus de 22 milliards de dollars, le Japon est le pays qui a le plus contribué au financement du charbon à l’étranger entre 2007 et 2015 (des futurs projets sont en voie d’être financés à hauteur de 10 milliards de dollars supplémentaires). »

Ces investissements ont augmenté après la catastrophe de Fukushima, pour le marché intérieur, mais aussi pour financer des projets dans d’autres pays asiatiques, comme nous l’avons déjà signalé.

Les engagements du Japon lors de la COP21 n’étaient pas à la hauteur des enjeux, ce qui lui avait valu le prix fossile. Il confirme cette attitude délétère pour le climat et rend peu crédibles ses arguments en faveur du nucléaire. Cela n’empêche pas la ministre de l’environnement, lors des réunions préparatoires au G7 qui aura lieu au Japon, de promouvoir l’accord de Paris. En particulier, pour faire bonne figure, le Japon s’engage pour une diminution conséquente de ses émissions d’ici 2050… Mais, ce sera trop tard ! Une fois construite, une centrale à charbon est exploitée pendant plus d’une quarantaine d’années.

La mesure de limitation des gaz à effet de serre proposée par le gouvernement japonais est la relance du nucléaire, qui est loin d’être garantie. Seuls deux réacteurs fonctionnent actuellement, contre 54 avant la catastrophe. Il est peut probable que la part du nucléaire atteigne les niveaux rêvés par le gouvernement, à savoir 20 à 22% de la production d’électricité d’ici 2030.

D’ailleurs, pour la première fois depuis le début de la catastrophe, le gouvernement ne va pas demander aux habitants et compagnies de faire attention à leur consommation d’électricité cet été, lors de pics de demande. Les capacités de production devraient être toujours supérieures d’au moins 3% par rapport à la demande.

Le gouvernement aurait pu demander de continuer à faire attention pour limiter les émissions de gaz à effet de serre… Mais il estime que les économies d’énergie sont maintenant bien ancrées. Pas si sûr.

 

52ième versement financier pour TEPCo

TEPCo annonce avoir reçu le 52ième versement financier de la part de la structure gouvernementale de soutien qui lui avance de l’argent pour les indemnisations : 62,9 milliards de yens (513 millions d’euros). Cet argent est prêté sans intérêt.

TEPCo a déjà reçu un total de 6 183,1 milliards de yens (50,5 milliards d’euros) et cela ne suffira pas.

Premières plantations de riz à Naraha

A Naraha, où l’ordre d’évacuer avait été levé en septembre 2015, 10 agriculteurs viennent, pour la première fois depuis le début de l’accident nucléaire, de planter du riz sur 4 hectares. Des engrais limitant l’absorption de césium ont été épandus.

Quelques tests avaient menés l’an dernier. Cette fois-ci, le riz, qui devrait être moissonné en octobre prochain, est destiné à la consommation humaine après contrôle de la radioactivité.

La commune espère que le riz sera cultivé sur une vingtaine d’hectares cette année, mais il y a pénurie de main d’œuvre car moins de 10% de habitants de Naraha sont rentrés. Cette surface ne représente qu’un trentième de celle cultivée avant l’accident nucléaire.

La province de Fukui veut taxer le combustible usé

La province de Fukui, la plus nucléarisée du pays, veut taxer le combustible usé afin de pousser les exploitants à le transférer rapidement vers d’autres régions du Japon. Elle envisage de fixer la taxe à 1 000 yens (8€) par kilogramme de combustible usé qui a déjà refroidi durant 5 années et qui peut être transporté. Elle veut aussi inclure les réacteurs à l’arrêt définitif qui doivent être démantelés, même si ce n’est pas possible pour le moment. Dans ce cas, la taxe serait réduite de moitié.

Si cette décision est validée par l’assemblée régionale, Fukui serait la première province japonaise à taxer le combustible usé. La ville de Kashiwazaki à Niigata le fait déjà.

Pour le moment, Fukui perçoit une taxe sur la puissance thermique dégagée par les réacteurs nucléaire qui s’élève à 6 milliards de yens (50 millions d’euros). Cette nouvelle taxe devrait augmenter les revenus annuels de la province de 3 milliards de yens par an.

Le Centre de Contrôle des Matériaux Nucléaire a mis plus d’un an avant de rapporter une cyberattaque

Le Centre de Contrôle des Matériaux Nucléaires, un organe gouvernemental qui supervise le plutonium et autres matériaux proliférants a subi une attaque informatique en février 2015 mais n’a rien dit avant avril 2016. C’est le centre de Tôkaï (Ibaraki) qui était visé.

La cyberattaque aurait dû être signalée à l’Autorité de Régulation Nucléaire (NRA), mais cela n’a pas été le cas. Le directeur a expliqué qu’il n’a même pas envisagé une telle déclaration car l’attaque n’était pas grave. C’est une compagnie de sécurité informatique qui les avait prévenus le 19 février 2015.

En septembre 2015, un ordinateur de l’organisation s’était connecté sur un serveur externe alors qu’il n’en était pas autorisé et un logiciel de partage de fichiers y a été installé. Cela n’avait pas été signalé à la NRA non plus. Le Centre estime que la probabilité que des informations sensibles aient fui est très faible.

Des mesures de protection informatique ont été installées.

Statistiques sur les doses prises par les travailleurs à la centrale accidentée

Selon les dernières données mises en ligne, au 31 mars 2016, 46 956 travailleurs sont passé sur le site de la centrale accidentée de Fukushima daï-ichi, dont 42 244 sous-traitants. Ils sont un peu plus de 10 000 chaque mois à y travailler. Ce sont les sous-traitants qui prennent les doses les plus élevées, avec une moyenne qui varie de 0,51 à 0,56 mSv par mois entre Janvier et Février 2016. C’est entre 0,18 et 0,22 pour les salariés de TEPCo.

La dose la plus élevée qui a été enregistrée en mars 2016 est de 13,42 mSv sachant que la limite moyenne à ne pas dépasser en un an est de 20 mSv.

Il y a aussi 1 203 personnes qui ont une limite plus élevée pour pouvoir continuer à pénétrer sur le site. Leur dose moyenne cumulée depuis le début de l’accident est de 36,49 mSv et la valeur maximale de 102,69 mSv. Elles n’ont pas pris de dose entre janvier et mars 2016.