Problèmes de sûreté relatifs aux câbles électriques sur 20 installations nucléaires

On s’en souvient, TEPCo avait découvert que 2 000 câbles n’étaient pas installés correctement au regard des normes de protection contre les incendies à ses deux centrales nucléaires de Kashiwazaki-Kariwa (Niigata) et de Fukushima daï-ni. En effet, dans les nouvelles règles de sûreté, les câbles reliés aux équipements importants pour la sûreté doivent être séparés des autres câbles électriques pour les protéger en cas d’incendie. Ce problème s’est révélé être générique et l’Autorité de Régulation Nucléaire a demandé aux exploitants de contrôler leurs installations.

Les exploitants devaient rendre leur copie avant le 31 mars 2016. Résultat, 20 installations nucléaires sont concernées par ce problème, essentiellement des réacteurs, mais pas seulement. A l’usine de retraitement de Rokkashô-mura, qui n’a jamais été mise en service, 351 câbles posent problème.

 

Fuite d’une cuve radioactive en 2013 : les plaignants déboutés

Durant l’été 2013, une cuve avait fui pendant un mois avant que TEPCo ne s’en rende compte. La compagnie avait ensuite estimé que 300 m3 d’eau fortement contaminée s’étaient écoulés dans la nature.

Des Japonais avaient portés plainte contre TEPCo et 34 de ses dirigeants anciens ou actuels pour pollution de la mer. En ce qui concerne TEPCo, son PDG actuel d’autres dirigeants, les plaignants viennent d’être déboutés faute de preuve que l’eau contaminée ait atteint la mer. Pour les autres personnes, elles n’avaient pas de pouvoir pour prévenir la fuite.

Les plaignants devraient faire appel.

Feu vert pour le gel du sous-sol autour des réacteurs accidentés

L’idée date de 2013, quand les fuites en mer d’eau radioactive via les nappes phréatiques ont fait scandale : les autorités ont suggéré de geler les sous-sols tout autour des réacteurs accidentés pour limiter les échanges d’eau radioactive. Le projet a été complexe à mettre en œuvre, en particulier en aval, où il y a de nombreuses galeries souterraines. TEPCo a fini par abandonner l’idée de geler ces galeries et les a cimentées.

Kajima, sous-traitant de TEPCo, a fini d’installer les tuyaux où circulera le liquide réfrigérant en février dernier, avec une an de retard, mais le jour de l’annonce triomphale de la fin des travaux, l’Autorité de Régulation Nucléaire (NRA) gèle le projet en demandant à TEPCo des garanties. Ces demandes ne sont pas nouvelles : le président de la NRA expliquait en 2015 que TEPCo répand l’illusion étrange que le problème de l’eau contaminée sera résolu si le mur gelé sous-terrain est construit. Et comme il faudrait deux mois pour dégeler le sol, il vaut mieux être prudent.

Après des échanges techniques avec la NRA, TEPCo a décidé de commencer par l’aval. La NRA vient de donner son accord en demandant une surveillance renforcée car il s’agit d’une mesure expérimentale. Le gel pourrait commencer dès le 31 mars, dernier jour de l’année fiscale…

Rappelons qu’il y a 1 568 trous jusqu’à une profondeur de 30 m avec une tuyauterie pour le liquide réfrigérant à -30°c. Le pourtour des réacteurs fait 1,5 km.

Le gel de la partie aval et de la moitié de la partie amont devrait prendre 6 semaines environ. Puis, TEPCo devrait geler petit à petit la partie amont jusqu’à 95%. La compagnie estime que les échanges d’eau souterraine seront réduits de moitié. TEPCo va laisser 7 passages pendant un certain temps. Pour passer à un gel complet, il lui faudra obtenir l’accord de la NRA.

Si tout va bien cette première étape devrait prendre 8 mois. Le but est de réduire les infiltrations d’eau souterraine dans les sous-sols des réacteurs et donc de limiter l’accumulation d’eau contaminée dans des cuves. Le stock est déjà de 800 000 m3. Cette mesure vient s’ajouter à la barrière construite le long du littoral qui limite les fuites en mer mais qui a entraîné une augmentation de l’accumulation de l’eau contaminée.

Au début, TEPCo voulait commencer par la partie amont, mais la NRA l’a contrainte à commencer par l’aval car elle craignait qu’une baisse du niveau de la nappe entraîne des fuites d’eau radioactive des sous-sols des réacteurs vers la nappe, puis la mer.

Voir les informations mises en ligne par TEPCo en février dernier. Le gouvernement a pris une partie du coût du projet à sa charge. Sa contribution directe s’élève à 35 milliards de yens (276 millions d’euros).

70% des « auto-évacués » n’ont pas décidé où aller quand ils n’auront plus de logement gratuit

Les autorités régionales de Fukushima ont mené une enquête auprès des « auto-évacués » ou évacués « volontaires » qui bénéficient d’un logement gratuit. Un questionnaire a été envoyé à 12 539 foyers, selon le Maïnichi.

Sur 6 091 réponses déjà reçues, 1 774 foyers, soit 29%, savent où ils iront à partir du 1er avril 2017, quand les logements gratuits ne seront plus disponibles. Ce taux est de 40% pour les personnes qui sont restées dans la province de Fukushima et de 20% pour celles qui ont trouvé refuge en dehors.

4 285 foyers ont répondu qu’ils ne savaient pas où ils iraient quand ils devront quitter le logement temporaire gratuit qui leur a été mis à disposition. Parmi eux, 90% de ceux qui sont à Fukushima veulent rester dans la commune où ils sont actuellement.

Parmi les auto-évacués qui résident en dehors de Fukushima, 10% ont dit vouloir rentrer à Fukushima, 70% vouloir rester en dehors de cette province et 20% sont indécis.

Les autorités de Fukushima ont prévu un petit soutien financier pour les foyers les plus modeste. Une réunion à Tôkyô avait tourné au dialogue de sourds.

Calendrier pour le centre de stockage de déchets radioactifs à Fukushima

Le gouvernement est à la peine pour trouver des sites de stockage pour les déchets radioactifs. A Fukushima, 22 millions de mètres cube sont attendus après réduction des volumes par incinération. Les autorités veulent les entreposer pendant 30 ans sur un site de 16 km2 tout autour de la centrale de Fukushima daï-ichi. Puis, comme écrit dans la loi, ces déchets seront repris pour être stockés définitivement ailleurs, en dehors de la province de Fukushima. Où ? Personne ne sait. Comment les autorités vont s’y prendre pour trouver le site ? Personne ne sait.

Le projet n’avance pas car les propriétaires hésitent à vendre leurs terrains et il y a déjà 10 millions de mètres cube de déchets accumulés. Face au scepticisme et aux inquiétudes face à ces déchets, le ministère vient de définir, pour la première fois, un calendrier : d’ici 2020 (l’année des jeux olympiques…), il aura réussi à acquérir entre 6,4 et 11,50 km2 de terrains et qu’il pourra y mettre entre 5 et 12,5 millions de mètres cube de déchets.

A la fin février 2016, le gouvernement n’a acquis que 0,22 km2 de terrain, soit 1,3% de la surface totale, seulement 82 propriétaires ayant accepté de vendre. Mais il reste optimiste et annonce une accélération du rythme d’achat : entre 100 et 460 hectares par an. Il espère aussi qu’entre 2 et 6 millions de mètres cube de déchets auront déjà été transférés sur le site d’ici 2020. Ces prévisions sont très spéculatives. Sur les 2 365 propriétaires terriens concernés, seulement 960 ont accepté qu’une évaluation soit menée pour estimer le prix du terrain. Des fonctionnaires du ministère ont rendu visite à 1 240 propriétaires.

Les déchets accumulés dans les cours d’école et les zones résidentielles seront enlevé en priorité.

 

Nouvelles du parc nucléaire japonais

Le bras de fer continue entre Kyûshû Electric et l’Autorité de Régulation Nucléaire

La centrale nucléaire de Sendaï à Kagoshima est la seule à produire de l’électricité au Japon, avec deux réacteurs en service. Comme nous l’avons déjà expliqué, la compagnie est revenue sur ses engagements concernant la protection sismique du centre de crise arguant qu’il a l’autorisation de fonctionner sans faire les travaux promis. L’Autorité de Régulation Nucléaire, la NRA, n’est pas d’accord et a appelé l’exploitant à effectuer les travaux promis.

La compagnie continue à résister et elle va soumettre des données à la NRA pour démontrer que sa solution, moins onéreuse car elle ne consiste qu’à renforcer l’existant, pas à construire un nouveau bâtiment, est tout aussi sûre en terme de résistance aux séismes.

Avoir un bâtiment anti-sismique, avec une structure en caoutchouc pour absorber les vibrations telluriques n’est pas obligatoire dans le nouveau référentiel de sûreté, mais la présence d’un centre de crise ayant cette protection s’est révélée très utile à Fukushima daï-ichi. Kyûshû Electric s’était donc engagée à construire un tel bâtiment pour accueillir le centre de crise de 6 600 m2. Le nouveau plan consiste en l’utilisation du centre actuel et à son extension pour avoir une surface totale de 3 200 m2.

L’instruction du dossier de demande de redémarrage de la centrale de Kashiwazaki-Kariwa suspendu

Il y a deux ans et demi, TEPCo avait déposé une demande d’autorisation de redémarrage pour ses réacteurs 6 et 7 de sa centrale de Kashiwazaki-Kariwa à Niigata. Mais la NRA a annoncé que l’exploitant n’est pas encore prêt pour l’inspection de sa nouvelle méthode d’évaluation du risque sismique.

Les autorités régionales de Niigata ont mis en place leur propre commission d’enquête relative à l’accident de Fukushima pour pouvoir décider, en connaissance de cause, du redémarrage de Kashiwazaki-Kariwa. C’est devant ce comité que TEPCo avait reconnu avoir trop tardé pour admettre la fusion de trois cœurs nucléaire à Fukushima daï-ichi. Et il a fallu 5 ans à TEPCo pour découvrir que les critères de définition de la « fusion du cœur » étaient dans son manuel d’urgence ! Cet épisode a rendu furieuse la commission d’enquête qui a précisé que la compagnie n’obtiendrait jamais son feu vert dans de telles conditions.

L’Asahi rapporte que le gouverneur avait appelé TEPCo lors de la crise en affirmant qu’il y avait eu fusion des cœurs, mais la compagnie avait démenti à l’aide de diagrammes.

Le redémarrage n’est pas pour bientôt.

Takahama arrêté par la justice

Comme cela a été dit, la justice a arrêté la procédure de redémarrage des réacteurs 3 et 4 de la centrale de Takahama dans la province de Fukui. Le réacteur n°3, déjà en service, avait dû être arrêté le 10 mars dernier. Kansaï ELectric, l’exploitant, a fait appel. Selon l’Asahi, le 18 mars, le patron de la compagnie, qui préside aussi l’association des exploitants du nucléaire, a menacé de porter plainte contre les plaignants s’il gagnait en appel. Cette menace a provoqué un tollé.

Arrêt définitif d’un sixième réacteur et redémarrage potentiel d’un troisième en juillet

Shikoku Electric a décidé d’arrêter définitivement le réacteur n°1 de sa centrale d’Ikata dans la province d’Ehimé car la remise aux nouvelles normes de sûreté coûterait trop cher. Les travaux sont estimés à plus de 170 milliards de yens (plus de 1,3 milliards d’euros) et pourraient prendre jusqu’à 4 à 5 ans. En imaginant que l’exploitant obtienne l’autorisation « exceptionnelle » d’aller jusqu’à 60 ans, les 14 ou 15 années d’exploitation supplémentaires ne justifient pas l’investissement.

Le réacteur a été mis en service en septembre 1977 et est arrêté depuis septembre 2011. Il a une capacité de 566 MWe. Shikoku Electric a déposé une demande d’autorisation de redémarrage du réacteur n°3 de cette centrale. La NRA avait jugé son dossier de sûreté recevable et la compagnie a terminé les travaux. Elle vient de demander que la NRA mène actuellement les dernières inspections sur site. La compagnie espère un redémarrage en juillet 2016. Une plainte a été déposée contre ce redémarrage.

C’est le sixième réacteur à être arrêté définitivement. Les cinq autres avaient été mis à l’arrêt définitif il y a un an. Il y a, en plus, les 6 à la centrale de Fukushima daï-ichi qui sont hors service.

Bilan

Le Japon avait 54 réacteurs nucléaires de production d’électricité en 2010. L’accident a détruit 4 réacteurs à Fukushima daï-ichi et les réacteurs 5 et 6, noyés par le tsunami, ont été arrêtés définitivement en 2014. Par ailleurs, 6 autres réacteurs ont été arrêtés définitivement à cause de leur vétusté : il s’agit des réacteurs n°1 et 2 de Mihama (Fukui) et les n°1 de Shimané, de Genkaï (Kyûshû), de Tsuruga (Fukui) et, tout récemment, du réacteur n°1 d’Ikata (Ehimé).

Le parc nucléaire japonais est donc réduit à 42 unités. Une demande d’autorisation de redémarrage n’a été déposée que pour 26 réacteurs. Pour le moment, seulement 5 réacteurs ont vu leur dossier de sûreté jugé conforme par la NRA. Deux sont en service, à Sendaï (Kagoshima). Deux autres, à Takahama (Fukui) sont à l’arrêt suite à une décision de justice. Enfin, Shikoku Electric espère le redémarrage d’un troisième réacteur en juillet 2016.

Les dossiers de sûreté des réacteurs 1 et 2 de la centrale de Takahama ont aussi été jugés conformes, mais pour obtenir une autorisation « exceptionnelle » d’exploitation jusqu’à 60 ans, il faut des contrôles supplémentaires qui ne sont pas terminés. Verdict en juillet 2016.

 

Cancers de la thyroïde : témoignage de parents

Nous avions signalé la création d’une association de familles ayant un enfant victime d’un cancer de la thyroïde à Fukushima. Les parents souhaitent rester anonymes et l’association sera représentée par un avocat et un médecin. Le but est de créer un lieu de dialogue et d’échange entre parents concernés et d’influencer les autorités pour obtenir une meilleure compréhension.

Certains parents se sont confiés au Asahi. La mère d’une lycéenne qui a une grande cicatrice au bas du cou qui doit être cachée par un foulard explique que sa fille est très fatiguée depuis et s’endort parfois en jouant. Elle se plaint de l’attitude des médecins : un chirurgien a expliqué qu’il fallait faire une ponction pour prélever des cellules de la thyroïde. Comme c’est douloureux, il leur a laissé un mois pour décider. Plus tard, au moment de l’annonce du résultat, le médecin aurait juste lâché, sans la moindre précaution oratoire devant la lycéenne : « c’est une tumeur maligne ». Il aurait ajouté qu’il n’y a pas d’inquiétude à avoir et qu’il n’y avait pas d’urgence à intervenir. Il était possible d’attendre six mois à un an. Après l’intervention, six mois plus tard, le chirurgien aurait déclaré que la tumeur était plus grosse qu’attendu et qu’il n’aurait pas fallu attendre six mois.

Plus tard, l’hôpital a organisé une réunion d’information des familles, mais, selon cette mère, c’était inutile. On leur juste délivré des informations sans répondre aux attentes des familles.

Le père d’un lycéen qui aurait été opéré par le même chirurgien explique qu’il a demandé plusieurs fois s’il y avait un lien avec la catastrophe nucléaire et que ce dernier aurait juste répondu : « il n’y a pas de corrélation ». Il aurait ajouté : « ne dites rien aux médias, même s’ils apprennent que votre fils a été opéré. Vous savez, il n’est pas nécessaire de leur répondre. » Le fils serait dans la crainte d’une récurrence de la maladie.

Interrogé par le quotidien japonais, le chirurgien aurait fait répondre par le service de presse de l’hôpital que « nous avons payé la plus grande attention à l’établissement d’un environnement où les patients peuvent parler de leurs inquiétudes et doutes, ayant des spécialistes de la santé mentale à leur côté à un stade précoce de leurs traitements. Ces efforts se poursuivent dans la période post-opératoire. En cas de diagnostic de cancer, nous prenons un soin extrême lorsque nous informons les patients. Mais maintenant, après avoir été confronté à des interprétations qui ne correspondent pas à mes intentions, je me rends compte la grande difficulté de transmettre le message aux patients. »

Fuite d’eau radioactive

Selon TEPCo, 5,3 m3 d’eau radioactive ont fui d’un tuyau, mais cette eau ne serait pas sortie du bâtiment. La contamination serait de 480 000 Bq/L en bêta total et de 383 000 Bq/L pour le césium.

La compagnie doit encore déterminer la cause de la fuite. Le tuyau aurait été coupé par une équipe et quand une autre a commencé à pomper de l’eau, la fuite est apparue. La première équipe a affirmé avoir bien fermé les vannes avant la découpe afin d’éviter les fuites.

Voir les infos succinctes de TEPCo en japonais.

50ième versement financier pour TEPCo

TEPCo annonce avoir reçu le 50ième versement financier de la part de la structure gouvernementale de soutien qui lui avance de l’argent pour les indemnisations : 123,6 milliards de yens (presqu’un milliard d’euros). Cet argent est prêté sans intérêt.

TEPCo a déjà reçu un total de 6 009,3 milliards de yens (47,6 milliards d’euros) et cela ne suffira pas.

Renvoi de 331 kg de plutonium vers les Etats-Unis

Depuis 2010, les Etats-Unis réclament que le Japon renvoie 331 kg de plutonium de qualité militaire qu’ils avaient prêté pendant la guerre froide pour « des études scientifiques ». Ce plutonium est à Tôkaï-mura (Ibaraki) et permettrait de faire entre 40 et 50 têtes nucléaires. Il y a un an, le Japon a fini par céder.

93 kg de ce plutonium proviennent des Etats-Unis, 236 kg du Royaume Uni et 2 kg de France. Le total permettrait de faire 40 à 50 bombes nucléaires.

Conformément à l’annonce faite en janvier dernier, ce plutonium vient de partir par bateau. Ce n’est pas officiel, à cause des risques de prolifération, mais deux navires spécialisés, le Pacific Egret et le Pacific Heron, qui escorte, viennent de quitter Tôkaï-mura (Ibaraki) où ce plutonium était entreposé, accompagné d’un autre navire de protection. Il va être stocké sur le site de Savannah River en Caroline du Sud. La route et le calendrier sont tenus secrets, même si l’on trouve des informations sur Internet (cliquer sur le nom des bateaux).

Le Japon devrait aussi renvoyer de l’uranium hautement enrichi.