Officiel : arrêt définitif des réacteurs 5 et 6 de Fukushima daï-ichi

TEPCo a annoncé officiellement l’arrêt définitif des réacteurs 5 et 6 de sa centrale de Fukushima daï-ichi. Il lui reste encore à prendre une décision pour les 4 réacteurs de Fukushima daï-ni qu’elle ne pourra pas redémarrer : ils ont été noyés par le tsunami et les autorités locales s’y opposent fermement. La compagnie a encore 7 réacteurs à Kashiwazaki-Kariwa dans la province de Niigata.

Le nombre total de réacteurs de production d’électricité est donc de 48 maintenant au Japon, contre 54 avant le 11 mars 2011.

TEPCo renoue avec les bénéfices

TEPCo a présenté des comptes bénéficiaires. Pour les 9 premiers mois de l’année fiscale 2013, qui commence au 1er avril, son bénéfice, avant impôt, serait de 189,22 milliards de yens (1,4 milliards d’euros). Elle avait perdu presque la même somme l’année précédente. Si l’on ajoute l’argent prêté par le gouvernement dans les recettes, le profit montre à 772,9 milliards de yens (5,6 milliards d’euros). TEPCo continue à réclamer plus d’aides, qui sont sans intérêts.

Les recettes issues des ventes d’électricité ont augmenté de 10% suite à l’augmentation de ses tarifs. L’arrêt définitif des réacteurs 5 et 6 implique une perte de 39,8 milliards de yens (290 millions d’euros) seulement car le gouvernement japonais a changé la loi.

Traces de césium dans l’eau potable

La NRA a mis en ligne des résultats de mesure sur l’eau potable dans tout le Japon. Il y a des traces de césium dans l’eau du robinet dans les provinces d’Iwaté, Miyagi, Yamagata, Fukushima, Ibaraki, Tochigi, Gunma, Saïtama, Chiba, Tôkyô, Kanagawa et Niigata (12 provinces sur 47). La plus forte concentration est de 7,4 mBq/L (0,007 4 Bq/L) à Tochigi.

Tentative de récupération de la pollution

Durant l’été 2013, TEPCo avait mis un mois pour découvrir qu’une cuve fuyait. Elle a laissé s’échapper 300 m3 d’eau fortement contaminée qui a pollué le sol et les nappes phréatiques à proximité (voir notre synthèse). La compagnie a fait retirer une partie de la terre contaminée, et veut maintenant « rattraper » le strontium parti dans la nappe phréatique qui se trouve en amont des réacteurs.

Pour cela, elle veut y mettre un matériau absorbant (de l’apatite) à titre expérimental, utilisant une technologie américaine déjà mise en œuvre à Hanford. Elle va donc creuser un puits de 20 m de profondeur à proximité de la cuve et y placer l’absorbant. Dans le puits le plus contaminé à proximité de cette cuve, il y a encore 10 000 Bq/L en bêta total (prélèvement du 29 janvier 2013).

En aval, l’eau souterraine se contamine continuellement au contact des sous-sols des réacteurs. Vouloir la décontaminer de cette façon est assez illusoire. Il se peut que les absorbants soient rendus inefficaces par la salinité de l’eau.

Plainte collective contre les constructeurs de la centrale de Fukushima daï-ichi

1 400 personnes ont porté plainte contre les trois constructeurs de la centrale de Fukushima daï-ichi. Ils réclament 100 yens (70 centimes) par personne à Hitachi, Toshiba et General Electric. Il y a parmi eux 38 résidents de Fukushima, mais aussi 400 étrangers de Corée, Taiwan…. Ils espèrent être bientôt 10 000.

La loi japonaise ne prévoit pas de compensations de la part du constructeur, seulement de l’exploitant. Mais les plaignants pensent que les constructeurs doivent aussi payer car les indemnités de TEPCo sont en fait prises en charge par les contribuables et les consommateurs d’électricité.

Censure

La radio publique NHK a demandé à un éditorialiste du matin, un professeur d’économie, de ne pas parler de nucléaire pendant la campagne électorale à Tôkyô alors qu’il avait préparé une chronique à ce sujet qui critiquait les coûts de cette industrie. Il a donc quitté la radio.

Il voulait mentionner l’augmentation des coûts de production due à l’augmentation des polices d’assurance, des investissements massifs pour améliorer la sûreté et la sous-estimation des charges liées au démantèlement.

Mise en place de barrières pour stopper les écoulements

TEPCo a commencé les travaux pour installer une barrière souterraine gelée dans les tunnels et galeries souterraines qui relient les bâtiments réacteurs et bâtiments turbines à la mer. Elle espère pourvoir pomper l’eau de ces galeries ensuite. Elle pense que les fuites en mer viennent de là. Le pompage des 11 000 m3 d’eau contaminée devrait commencer en mars pour finir en mai. Le problème est qu’il y a des câbles et des tuyaux qui passent par là et il n’est pas sûr qu’il soit possible de bloquer les écoulements. En effet, l’eau s’enfuit aussi vers la nappe.

TEPCo a aussi commencé à construire une autre barrière dans le port en le comblant de blocs et de ciment afin de ralentir les fuites (voir le document en japonais). Répétons encore une fois ce qu’un enfant qui a construit des barrages dans un ruisseau sait : on n’arrête pas un écoulement, on le dévie. L’eau souterraine rejaillira ailleurs.

La contamination de l’eau du puits 1-16 est toujours proche des niveau records : 3 millions de becquerels par litre en bêta total (prélèvement du 27 janvier). La contamination en tritium dans le puits 1-10, le long du littoral, vient d’atteindre 270 000 Bq/L. Ce n’est pas un record, mais la valeur la plus élevée depuis novembre (prélèvement du 27 novembre).

Par ailleurs, TEPCo n’avait pas publié des données sur la contamination en strontium car elle estimait qu’elles étaient fausses. Et elle n’avait rien dit. En effet, elle trouvait plus de strontium que de bêta total et avait conclu que la mesure strontium était fausse (voir des exemples ici en japonais). Mais il se pourrait que ce soit la mesure bêta total qui soit fausse…

Naraha ne veut pas des déchets radioactifs

Le maire de Naraha a demandé au gouvernement de revoir sa copie concernant l’implantation d’un centre de stockage de déchets radioactif dans sa commune. Il n’est prêt à accepter que des déchets issus de sa commune ayant moins de 100 000 Bq/kg. Il craint que le projet gouvernemental freine le retour des habitants.

En revanche, le conseil municipal de Naraha a rejeté la demande de référendum concernant l’installation d’un centre de stockage de déchets radioactifs dans la commune. Il y a eu 4 voix pour et 6 contre. L’argument du maire est que la problématique de ces déchets concerne toute la province de Fukushima et qu’il n’est pas correct vis à vis des autres communes d’avoir un référendum sur cette question à Naraha uniquement.