Vapeurs et rumeurs

TEPCo observe de nouveau de la vapeur au dessus du réacteur n°3, comme c’était déjà le cas cet été. Voir les communiqués en japonais du 24 décembre, 25 décembre et 27 décembre. TEPCo a cessé de traduire en anglais ces communiqués.

Cela a conduit un site américain à en déduire que la fusion du réacteur n°3 a repris et d’alerter la population américaine à se préparer au pire. Pas les Japonais, semble-t-il ! La photo qui accompagne le texte date de 2011.

Ce genre d’alerte, reprise par quelques sites français, est ridicule : si la fusion avait repris, il y aurait des rejets massifs (ceux qui menacent les Américains) qui auraient été vus par les nombreuses balises accessibles sur Internet et les nombreuses stations de mesures indépendantes au Japon.

La situation est déjà suffisamment grave pour qu’il ne soit pas nécessaire d’en rajouter.

Enquête Reuters sur des sans-abris embauchés pour la décontamination

L’agence de presse Reuters continue à enquêter sur les conditions de travail après la catastrophe nucléaire. Elle propose un article, des photos et une vidéo sur des sans-abris embauchés dans des travaux de décontamination. A lire !

La pénurie de main d’oeuvre incite donc les compagnies à user de tous les moyens pour trouver des travailleurs qui acceptent de faire le sale boulot pour un salaire ridicule, souvent inférieur au salaire minimum après les ponctions de chaque couche de sous-traitance. Les sans-abris recrutés à Sendaï (Miyagi) interrogés par Reuters travaillaient sur un chantier de la deuxième compagnie de construction du Japon, Obayashi, une des majors du bâtiment qui ont remporté les marchés de décontamination sans aucune expérience.

Le recrutement des personnes les plus vulnérables pour servir de main d’oeuvre sur les chantiers est souvent contrôlé par la pègre.

Les nombreuses couches de sous-traitance permettent tous les abus et rendent les contrôles difficiles. Reuters a dénombré 733 compagnies impliquées dans les chantiers de décontamination des zones les plus contaminées prises en charge par le gouvernement et l’autoroute. Parmi elles, 56 ne sont pas habilitées par le ministère de l’environnement. Les contrats associés représentent 2,5 milliards de dollars.

L’agence a aussi découvert 5 compagnies fantômes, sans adresse, téléphone, site Internet, ni enregistrement.

Le ministère de l’environnement, qui gère là son plus gros budget depuis qu’il existe, se défausse entièrement sur les quelques majors qui ont remporté les contrats. Elles mêmes sous-traitent tout et ne contrôle pas la situation. Un patron d’une compagnie sous-traitante avoue que s’il commençait à contrôler tous les contrats, cela n’avancerait pas et il n’aurait pas le dixième de la main d’oeuvre nécessaire. Alors tout le monde ferme les yeux.

Ces problèmes de sous-traitance existaient déjà avant la catastrophe dans le bâtiment et la décontamination nucléaire. Ils ont été exacerbés par l’ampleur de la tâche suite à la catastrophe, la pénurie de main d’oeuvre et l’attrait de la prime de risque de 100 000 yens par jour qui n’est pas toujours versée aux travailleurs. Selon la police qui a enquêté sur les sans-abris de Sendaï, seulement un tiers de ce qui est versé par Obayashi arrive dans la poche des travailleurs journaliers. Après leur avoir pris les frais de logement et nourriture, il ne leur reste plus que 6 dollars de l’heure, ce qui est moins que le salaire minimum qui est 6,5 dollars de l’heure. Certains sans-abris auraient même des dettes quand tous les frais ont été déduits !

Le recruteur des sans-abris à Sendaï a été arrêté en novembre et relâché sans charge car la police voulait remonter la chaîne de d’embauche et coincer la pègre locale qui logeait les sans-abris dans des dortoirs insalubres et se faisait 10 000 dollars par mois sur leur dos. Le membre de la pègre qui a été arrêté, a dû payer une amende de 2 500 dollars. La compagnie qui a embauché les sans abris envoyés par la pègre a eu une amende de 5 000 dollars, son manager aussi. Elle les a ensuite envoyés à une autre compagnie, à peine plus grosse, qui prétend n’avoir prélevé que 10 dollars par personne avant de les envoyer au véritable sous-traitant. Cette deuxième compagnie et son manager ont aussi eu une amende de 5 000 dollars chacun. Elle prétend que si l’on ne traite pas avec la pègre, il n’est pas possible d’avoir de la main d’oeuvre : ce serait toujours ainsi dans le bâtiment. Quant sous-traitant sur les chantiers, il prétend ne pas être au courant du recrutement. Cette compagnie et la major du bâtiment, n’ont pas été punies.

Des pratiques similaires existent sur les chantiers de traitement des débris du tsunami.

Par ailleurs, le gouvernement japonais va autoriser les ouvriers engagés dans la décontamination et la réhabilitation des zones évacuées à dormir sur place si l’exposition externe est inférieure à une dose équivalente à 20 mSv/an. Il s’agit de satisfaire à une demande des compagnies et des autorités locales afin de gagner sur le temps de transport pour accélérer la décontamination. La dose en dehors des heures de travail va-t-elle être prise en compte ?

Les habitants originaires de ces zones peuvent rentrer dans la journée mais ne sont pas autorisés à dormir sur place. Les municipalités devront en faire la demande auprès du gouvernement. Iitaté l’a déjà fait.

Organisation de soutien aux travailleurs

Un ancien employé de TEPCo a mis en place une organisation pour venir en aide aux travailleurs de la centrale de Fukushima daï-ichi. Il donne aussi des conférences pour expliquer les conditions de travail déplorables à la centrale. Selon l’Asahi, il collecte de l’argent pour acheter des sous-vêtements chauds et des chaufferettes pour les ouvriers qui doivent faire face aux frimas de l’hiver. Pourquoi ce n’est pas TEPCo qui fournit ces équipements ?

Le site internet de cette initiative, entièrement en japonais, contient quelques photos.

TEPCo fait une nouvelle demande de soutien financier

TEPCo vient de procéder à la cinquième demande d’augmentation du soutien financier de l’Etat japonais : elle réclame 999 milliards de yens de plus (7,1 milliards d’euros). Cela fait un total de 4 789 milliards de yens (34,2 milliards d’euros). Elle justifie cette nouvelle demande par le changement de règles concernant l’indemnisation du foncier et par la prolongation des indemnisations liées aux restrictions de vente de produits de Fukushima et aux « rumeurs néfastes ».

La veille, le comité gouvernemental en charge de fixer les règles d’indemnisation a demandé à TEPCo de payer 7 millions de yens (50 000 euros) supplémentaires à chaque personne qui ne pourra pas rentrer chez elle tout au long de sa vie. La compagnie devra aussi les aider à acheter une nouvelle maison. 25 000 personnes, originaires des zones où la contamination pourrait engendrer une dose annuelle supérieure à 50 mSv, sont concernées. Ces personnes reçoivent déjà 100 000 yens (715 euros) par mois.

Images des dernières fuites

TEPCo a mis en ligne la version anglaise des informations et photos concernant les dernières fuites des réceptacles sous les cuves. Elle a aussi mis en ligne une vidéo montrant les mesures prises pour éviter que cela se reproduire.

TEPCo n’a pas trouvé de fissure dans ces réceptacles et pense donc que ce sont les joints qui ont laissé fuir l’eau de pluie contaminée. Elle a donc ajouté une résine par dessus les joints. Le bricolage continue… TEPCo va mettre de la résine sur les 20 réceptacles et mieux les surveiller.

Peu de retour du questionnaire pour estimer les doses

Les autorités régionales de Fukushima avaient distribué un questionnaire aux populations pour estimer a posteriori la dose reçue. Il s’agissait de reconstituer l’emploi du temps des personnes concernées, du temps passé à l’extérieur, du lieu etc afin de calculer l’exposition à partir de la reconstitution des retombées radioactives.

Le questionnaire avait été envoyé quelques mois après le début de la catastrophe aux 2 millions d’habitants de la province. Le taux de retour est toujours de 23,6%. Plus le temps passe, plus il sera difficile de le remplir. Il y a la défiance envers les autorités, le refus d’être considéré comme cobaye. Les personnes évacuées ont d’autres soucis.

16ième demande de redémarrage

Tôhoku Electric Power Co a déposé une demande d’autorisation de redémarrage du réacteur n°2 de sa centrale d’Onagawa (Miyagi) qui avait été fortement secouée lors du séisme du 11 mars 2011. C’était l’installation nucléaire la plus proche de l’épicentre. Les trois réacteurs se sont arrêtés automatiquement lors du séisme. La vague de tsunami faisait 13 mètres, mais n’avait pas submergé la centrale. Un incendie s’était déclaré et certains générateurs de secours avaient été noyés.

La compagnie est en train de construire un mur anti-tsunami de 29 m de haut pour pouvoir faire face à une vague de 23 m, ce qui fait 10 m de plus que ce que était estimé auparavant. Les filtres pour retenir les particules radioactives pour limiter les rejets en cas d’accident ne seront pas installés avant mars 2016. C’est obligatoire, sans période de grâce, pour les réacteurs à eau bouillante.

C’est la 16ième demande de redémarrage.

Par ailleurs, la NRA devrait confirmer que la faille qui passe sous la centrale d’Ôï (Fukui) n’est pas active.