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L’ACROnique de Fukushima vous propose un suivi quotidien des évènements liés à la catastrophe nucléaire en cours au Japon ainsi qu’une reconstitution des évènements des premiers jours. Ce travail est effectué par l’ACRO, association dotée d’un laboratoire d’analyse de la radioactivité qui s’est beaucoup investie pour venir en aide aux populations affectées par les deux accidents majeurs qui ont eu lieu à Tchernobyl et Fukushima.

L’association a aussi analysé les plans d’urgence de plusieurs pays en cas d’accident nucléaire grave.

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Belgique : distribution de comprimés d’iode dans un rayon de 100 km

Selon Sud Info, la Belgique va procéder, au début de l’année 2018, à la distribution de comprimés d’iode dans un rayon de 100 km autour des centrales nucléaires, ce qui représente quasiment tout le pays. C’est 20 km actuellement.

A titre de comparaison, c’est 50 km en Suisse et toujours 10 km en France, même si une extension à 20 km a été décidée.

Deux réacteurs supplémentaires en passe d’être arrêtés définitivement

Selon les médias japonais, Kansaï Electric devrait arrêter définitivement les réacteurs n°1 et 2 de sa centrale d’ÔÏ située dans la province de Fukui. Ils ont été mis en service en mars et décembre 1979 respectivement et ont chacun une puissance de 1,2 GWe.

Les arguments sont purement économiques : les coûts de renforcement de la sûreté dépasseront les 100 milliards de yens (le milliard d’euro) et les profits attendus dans un contexte de baisse de la demande électrique pour les majors du secteur électrique. Selon le Nikkei, Kansaï electric a vendu 20% d’électricité en moins en 2016 par rapport à 2010. Par ailleurs, ces deux réacteurs nécessitaient un renforcement de l’enceinte de confinement, alors qu’il y a une faille sismique active à proximité.

En avril 2015, Kansaï Electric avait déjà arrêté définitivement deux réacteurs plus petits de sa centrale de Mihama, situés aussi dans la province de Fukui. Son parc va donc passer de 11 à 7 réacteurs.

Si l’on fait un bilan :

  • Il y avait 54 réacteurs de production d’électricité au Japon en 2010.
  • 4 ont été détruits à Fukushima daï-ichi et deux autres arrêtés définitivement.
  • En comptant ces deux réacteurs d’Ôï, 8 réacteurs ont ou seront mis à l’arrêt définitif.
  • Cela fait donc 14 réacteurs en moins par rapport à 2010. Il restera donc officiellement 40 réacteurs en « service », dont Fukushima daï-ni qui ne redémarrera jamais, comme d’autres.
  • A l’inverse, seulement 5 réacteurs ont été remis en service depuis la catastrophe nucléaire de Fukushima.

Les 8 réacteurs arrêtés définitivement sont : Tsuruga 1 (Fukui), Genkaï 1 (Saga), Shimané 1, Ikata 1 (Ehimé), Mihama 1 et 2 (Fukui) et maintenant Ôï 1 et 2 (Fukui).

Kansaï electric espère redémarrer prochainement les réacteurs 3 et 4 d’Ôï dont le dossier de sûreté a été validé par l’Autorité de Régulation Nucléaire. Ils ont été mis en service en 1991 et 1993 respectivement.

Rapports de sûreté falsifiés à l’usine de retraitement de Rokkashô

L’Autorité de Régulation Nucléaire (NRA) japonaise vient d’annoncer que la Japan Nuclear Fuel Ltd. (JNFL), propriétaire de l’usine de retraitement de Rokkashô dans la province d’Aomori, avait omis des inspections et falsifié des rapports de sûreté. Le PDG de la compagnie a promis d’inspecter son usine de fond en comble. En attendant, il suspend les travaux visant à obtenir l’autorisation de démarrage.

En août dernier, 800 litres d’eau de pluie a fui d’un tuyau situé dans une galerie souterraine et a atteint une pièce avec un générateur diesel de secours. La compagnie s’est alors aperçue que la galerie n’avait pas été inspectée pendant 14 ans, c’est à dire depuis sa construction. Les rapports de sûreté mentionnaient pourtant qu’il n’y avait rien à signaler. La compagnie a essayé d’expliquer que ces « RAS » concernaient une autre galerie souterraine… 110 autres litres ont fui en septembre.

Le démarrage de cette usine, initialement prévu en 1997, a déjà été reporté 23 fois. La date de mise en service officielle est début 2018, mais cela paraît déjà impossible à tenir. Le 24ième report ne devrait pas tarder !

La NRA a aussi annoncé qu’en septembre dernier, des fissures et des trous avaient été trouvés dans les cheminées de l’usine d’enrichissement de l’uranium, aussi détenue par JNFL. Ces défauts, qui violent les règles de sûreté, n’ont pas été découvert plus tôt pas manque d’inspection.

Le village nucléaire japonais n’a pas fini de nettoyer ses écuries…

TEPCo et l’Etat japonais reconnus coupables par un tribunal de Fukushima

TEPCo et l’Etat japonais viennent d’être reconnus coupables de négligences car ils auraient dû prendre des mesures de protection des centrales nucléaires contre les tsunamis. La cour a noté que TEPCo était le premier responsable de la sûreté de ses installations et l’Etat en second. Ils devront indemniser 2 907 personnes pour un total de 500 millions de yens (3,8 millions d’euros). Elles recevront entre 10 000 et 360 000 yens (75 et 2 700 euros) chacune.

3 824 personnes s’étaient jointes à cette plainte collective, pour la plupart originaires de Fukushima. Environ 10% étaient des évacués forcés, mais 80% de ces plaignants sont restés chez eux après l’accident nucléaire. La plupart des 2 907 personnes qui seront indemnisées résident à Fukushima, et certaines à Ibaraki.

La justice reconnaît le droit à une indemnisation à des auto-évacués et à des personnes vivant en dehors de la province de Fukushima lors de l’accident. Il y a plus de 1,5 million de personnes qui vivent ou vivaient sur les mêmes territoires que ces personnes. Cette décision de justice, si elle est confirmée en appel, pourrait avoir un énorme impact sur le système d’indemnisation.

Les plaignants réclamaient 16 milliards de yens (120 millions d’euros) et avaient aussi demandé que TEPCo et l’Etat restaurent leurs environnements aux niveaux de radiation qui prévalaient avant l’accident. Ils ont été déboutés sur ce dernier point.

Une trentaine de plaintes similaires ont été déposées à travers le Japon, avec un total de 12 000 plaignants environ, et c’est la troisième fois que TEPCo est reconnue coupable, l’Etat, la deuxième. Les précédents jugements étaient à Maebashi, dans la province de Gunma et à Chiba. TEPCo et l’Etat avaient fait appel. Ces trois jugements reconnaissent le droit des plaignants à une meilleure indemnisation.

Une cour de Tôkyô vient d’ordonner à TEPCo de payer 670 millions de yens pour un golf à titre d’indemnisation (5 millions d’euros). C’est plus que pour 2 900 plaignants… Le gérant du golf, situé entre 20 et 30 km de la centrale de Fukushima daï-ichi, réclamait 5,8 milliards de yens. Il a dû fermer 3 mois suite à la catastrophe, et depuis, seule une partie du parcours est utilisable. Le nombre de clients a chuté. La justice n’a pas cédé à la requête de faire décontaminer le golf par TEPCo.

Par ailleurs, un dame vient de porter plainte contre TEPCo à cause du décès de son père, âgé de 88 ans en 2011, qui soufrait d’une maladie rénale. Originaire de Hirono, il se rendait trois fois par semaine dans une clinique de Tomioka pour une dialyse. Après l’évacuation de sa commune, il a été envoyé dans quatre institutions médicales différentes à Iwaki, dans la province de Fukushima, puis à Tôkyô au bout d’une semaine. Il n’a pas pu bénéficier de soins réguliers, et est décédé le 1er avril 2011, soit trois semaines après l’accident nucléaire.

La commune de Hirono a reconnu que ce décès était lié à l’évacuation, mais TEPCo estime qu’elle n’est responsable qu’à 50% du décès et a octroyé 7,8 millions de yens en compensation. Cette somme est basé sur les contrats d’assurance automobile. La fille estime que ce n’est pas assez et a demandé plus à la compagnie, qui a refusé. Elle a donc saisi la justice et réclame 31 millions de yens.

En 2014, le Maïnichi avait révélé que TEPCo avait fixé à 50% par défaut sa contribution à l’indemnisation en cas de décès ou de maladie provoqués par l’évacuation. Il avait aussi présenté quelques cas.

Quelle politique énergétique pour le Japon ?

Alors que le premier ministre a dissout la chambre basse pour profiter de la faiblesse actuelle de l’opposition, l’avenir du nucléaire est redevenu un argument de campagne. L’agence Reuters montre l’évolution du mix électrique au Japon avec une forte augmentation des énergies fossiles depuis l’arrêt quasi-complet du parc nucléaire qui a fait suite à l’accident à la centrale de Fukushima daï-ichi. Les autorités espèrent une remontée du nucléaire, avec une part du charbon qui va rester au-dessus du niveau d’avant la catastrophe. Les objectifs de l’accord de Paris seront difficiles à atteindre.

Sans surprise, la Commission pour l’Energie Atomique, recommande, dans un livre blanc, que l’énergie nucléaire produise au moins 20% de l’électricité à l’horizon 2030. C’est moins de 2% actuellement ! Selon l’agence AP, la Commission reste assez vague sur les moyens à mettre en œuvre pour arriver à un tel objectif et s’attache à minimiser l’impact de l’accident à Fukushima. Le rapport soutient aussi le développement de la politique de réutilisation du plutonium extrait des combustibles usés, bien qu’elle soit dans l’impasse, avec l’usine de retraitement qui n’a jamais démarré et l’abandon définitif du surgénérateur Monju. Le livre blanc compte sur le combustible MOx pour trouver un débouché au plutonium. Le but est d’atteindre 16 à 18 réacteurs autorisés à utiliser ce combustible, qui n’est pas recyclé après passage en réacteur. C’est complètement irréaliste. Quel est l’intérêt d’un tel rapport purement idéologique ? Cette commission serait plus utile en faisant des propositions réalistes, basées sur des faits, plutôt que de présenter les rêves du village nucléaire.

L’amélioration de la sûreté des réacteurs nucléaires est complexe à mettre en œuvre. En ce qui concerne les réacteurs à eau bouillante, comme à la centrale de Fukushima daï-ichi, l’autorité de régulation nucléaire, la NRA, envisage d’exiger un renforcement des mesures de sûreté. Selon l’Asahi, elle pourrait exiger la mise en place d’un système de refroidissement du bas de l’enceinte de confinement afin de réduire la chaleur et les gaz émis par le corium après un accident de fusion du cœur. Comme l’enceinte de confinement est plus petite que sur les réacteurs à eau sous pression, l’exploitant n’a pas d’autre option que de libérer des gaz pour éviter son explosion. TEPCo a installé un tel système à sa centrale de Kashiwazaki-Kariwa et prétend que c’est plus efficace que les filtres pour réduire les rejets.

Par ailleurs, cinq centrales nucléaires qui ont été autorisées à redémarrer pourraient voir leur système de refroidissement arrêté en cas d’éruption d’un volcan voisin. Il s’agit des centrales de Sendaï et de Genkaï exploitée par Kyûshû Electric, des centrales de Mihama et Ôï exploitées par Kansaï Electric et de la centrale d’Ehimé exploitée par Shikoku Electric. En effet, selon le Japan Times, des recherches récentes ont montré que la quantité de cendres rejetées pourrait être 100 fois plus élevée que ce qui était admis jusqu’à présent et boucher les filtres à air. Ainsi, en cas d’éruption, il n’y aurait plus d’électricité et les générateurs diesel de secours seraient inopérants, selon l’autorité de régulation nucléaire qui va imposer de nouveaux filtres. Ikata et Genkai sont les plus à risque.

Cela n’empêche pas les exploitants du nucléaire d’espérer une redémarrage rapide de leurs centrales qui leur ont coûté très cher. Kyûshû Electric annonce un redémarrage des réacteurs n°3 et 4 de sa centrale de Genkaï, dans la province de Saga, au printemps 2018. La compagnie aura alors 4 réacteurs en service, les 2 autres étant à la centrale de Sendaï dans la province de Kagoshima.

Le maire de Ôï, dont la commune dépend financièrement du nucléaire, a donné son feu vert au redémarrage des réacteurs 3 et 4 de la centrale du même nom. La compagnie a aussi obtenu l’assentiment du gouverneur et de l’assemblée régionale, bien que cela ne soit pas légalement exigé.

Quant à TEPCo et sa centrale de Kashiwazaki-Kariwa, outre le dossier de sûreté des réacteurs 6 et 7, elle devait convaincre de son aptitude à exploiter du nucléaire. Elle s’est engagée, comme le lui demandait la NRA, de renforcer la culture de sûreté en interne. C’est bien la moindre des choses avec l’accident à la centrale de Fukushima daï-ichi. La NRA a donc soumis son avis relatif à cette centrale à la consultation du public. Elle va aussi solliciter un engagement similaire du ministère de l’industrie qui supervise la compagnie, nationalisée depuis l’accident. Mais même si le processus réglementaire progresse, les élus locaux ne sont pas convaincus, comme le rapporte le Maïnichi. Le gouverneur de Niigata pense qu’il y faudra encore 3 à 4 ans pour faire la lumière sur l’accident à la centrale de Fukushima daï-ichi et évaluer les conséquences pour Kashiwazaki-Kariwa, un prérequis pour qu’il donne son accord. Même le maire de Kashiwazaki, dont la commune dépend financièrement de TEPCo, a demandé l’arrêt définitif des réacteurs 1 à 5.

Mais c’est sans compter sur les initiatives locales. Reuters parle de révolution silencieuse.

De nombreuses communes japonaises ont créé ou envisagent de créer des régies municipales pour vendre une électricité moins chère que celles des majors du secteur. L’agence Bloomberg, reprise par le Japan Times, présente le cas de Miyama sur l’île de Kyûshû. 20% des 38 000 habitants de la commune se fournissent désormais chez Miyama Smart Energy Co.. L’énergie d’origine renouvelable locale représente 30% de ses ressources. La mairie veut ainsi participer à la transition bas carbone et relocaliser l’économie. Une trentaine d’autres communes proposent un service similaire au Japon et 86 autres envisagent de faire de même, dont des grandes villes comme Kyôto, Sapporo ou Yokohama.

Reuters cite le cas de Higashi-Matsushima, détruite aux trois quart par le tsunami de 2011, qui a mis la transition énergétique au centre de son projet de reconstruction. Elle s’appuie sur une production locale et des réseaux décentralisés pour couvrir 25% des besoins de la commune. Le but est aussi d’être plus résilient en cas de catastrophe naturelle.

Depuis l’ouverture du marché de l’électricité il y a un an, les fournisseurs historiques d’électricité ont perdu 7,4% de leurs clients. C’est TEPCo qui a subi la plus grande perte, avec 10% de ses clients qui sont allés voir ailleurs.

L’utilisation de la biomasse est aussi en plein développement, avec plus de 800 projets pour une capacité totale de 12,4 GW, mais il y a un problème de ressources locales. Voir le graphique de Reuters. Toujours selon Reuters, l’ensemble de ces projets vont consommer 60 millions de tonnes de granulés alors que le Japon n’en produisait que 24 millions en 2014.

Doses prises à la centrale de Fukushima daï-ichi

TEPCo a mis en ligne ses données relatives aux doses prises par les personnes exposées aux rayonnements ionisants à sa centrale accidentée de Fukushima daï-ichi.

8 674 personnes ont été exposées en août 2017, ce qui est un peu moins que les mois précédents, dont 7 747 sous-traitants (90%). La dose moyenne est de 0,28 mSv sur le mois pour les sous-traitants et 0,12 mSv pour le personnel de TEPCo. Ces chiffres sont aussi légèrement inférieurs à ceux des mois précédents. 12 sous-traitants ont reçu une dose supérieure à 5 mSv sur un mois, avec un maximum à 7,08 mSv. Ces valeurs ne prennent en compte que l’exposition externe.

Entre le 1er avril 2016 et le 31 août 2017, 17 380 personnes ont été exposées, dont 90% de sous-traitants (15 577). 6 sous-traitants ont reçu une dose cumulée supérieure à 50 mSv, avec un maximum à 53,4 mSv, sachant que la limite annuelle à ne pas dépasser est de 50 mSv, tout en veillant à ne pas dépasser 100 mSv sur 5 ans. 562 sous-traitant ont reçu une dose comprise entre 20 et 50 mSv sur cette même période. Aucun employé de TEPCo n’a été exposé à des doses aussi élevées.

TEPCo donne aussi les doses à la peau et à la cornée.

23ième report en vue du démarrage de l’usine de retraitement de Rokkashô

L’usine de traitement des combustibles usés de Rokkashô-mura, dans la province d’Aomori, qui aurait dû initialement démarrer en 1997, n’a jamais été mise en service. En novembre 2015, lors du dernier report de la date de mise en service, le propriétaire, Japan Nuclear Fuel Ltd, avait annoncé septembre 2018. Le PDG vient de reconnaître que ce calendrier sera difficile à respecter. Il n’a pas donné de nouvelle date, mais on peut s’attendre à un 23ième report.

Avec déjà 20 ans de retard, il vaudrait mieux abandonner le projet… Surtout qu’il n’y a pas de débouchés pour le plutonium qui pourrait y être extrait. Le surgénérateur Monju a été abandonné définitivement et il n’y a que 5 réacteurs en activité.

Il y aurait peut-être une fuite vers la nappe phréatique selon TEPCo

TEPCo a annoncé qu’il est possible que de l’eau contaminée des sous-sols des réacteurs ait pu fuir vers la nappe phréatique, suite à une erreur sur le contrôle du niveau des eaux souterraines.

Les jauges de 6 puits qui mesurent le niveau de l’eau souterraine donnaient des valeurs plus élevées de 70 cm par rapport au niveau réel. Et, entre les 17 et 21 mai dernier, le niveau de la nappe est passé de 2 à 19 mm sous le niveau de l’eau dans les sous-sols, à au moins 8 reprises. Cela a pu provoquer une fuite vers la nappe selon TEPCo, qui se veut tout de suite rassurante : aucune élévation anormale de la contamination n’a été détectée. De plus, dans les puits les plus proches des réacteurs, le niveau de la nappe est resté au-dessus de celui des sous-sols des réacteurs. Et donc, la fuite est peu probable, selon TEPCo.

Les 6 puits en question ont été creusés en avril dernier, mais la compagnie vient seulement de se rendre compte du problème, en creusant un nouveau puits à côté. Ils sont situés entre les réacteurs et le mur gelé. Les jauges sont là pour s’assurer que le niveau de la nappe reste un mètre au-dessus du niveau de l’eau dans les sous-sols afin, officiellement, « d’éviter les fuites ».

Cette communication laisse entendre qu’il n’y a pas de fuite depuis les réacteurs accidentés vers la nappe phréatique, puis l’océan. Comment cela se fait-il donc que l’on trouve encore jusqu’à 190 000 Bq/L en bêta total dans certains puits (données) ? Cette pollution vient bien des réacteurs. Et comme TEPCo pompe la nappe en continu, il y a encore des apports. Ce doit être des « relâchements » pour reprendre la novlangue de l’ANDRA.

Et l’eau de mer, au devant des réacteurs a jusqu’à 6 Bq/L en césium. Plus loin dans le port, on trouve encore jusqu’à 1,5 Bq/L (même document). Plus récemment, il y avait jusqu’à 24 Bq/L dans l’eau de mer pour le seul césium et 40 Bq/L en bêta total (données). Ces autres données font apparaît une contamination constante de l’eau de mer de l’ordre de quelques dizaines de becquerels par litre en césium-137. Il y a même de l’iode-131 qui ne peut résulter des rejets de mars 2011 puisqu’il se désintègre rapidement.

TEPCo veut faire croire que la situation est sous contrôle, pour reprendre la fameuse expression du premier ministre japonais devant le comité olympique. Mais, les faits sont têtus : il y a bien une contamination des nappes et de l’océan qui provient des réacteurs qui, officiellement, ne fuient pas.

Quant à la contamination de poissons du port, la communication de TEPCo est encore plus parlante, comme nous l’avons récemment signalé !

Malversations liées à la décontamination

Trois hommes, dont un yakuza membre du célèbre Yamaguchi-gumi, ont été arrêtés car ils sont soupçonnés d’avoir fourni illégalement de la main d’œuvre sur les chantiers de décontamination. Ils nient les faits tous les trois.

Selon l’Asahi, le Yakuza et un chef d’entreprise de Kôriyama auraient fourni deux travailleurs à un sous-traitant des chantiers de décontamination à Tomioka entre janvier 2015 et mars 2016 et reçu 160 000 yens (1 230 euros) de commissions en échange. De plus, le Yakuza et un autre homme sans emploi de Saïtama auraient prélevé illégalement environ 920 000 yens (7 000 euros) sur les salaires de ces deux hommes. Ils retiraient entre 2 000 et 3 000 yens à la paie quotidienne de 16 000 yens (120 euros) des travailleurs et se les partageaient tous les trois.

Ces trois personnes sont aussi soupçonnées d’avoir perçu environ 10 millions de yens (environ 77 000 euros) sur le dos d’une dizaine d’autres travailleurs fournis au même sous-traitant.

Par ailleurs, comme nous l’avions déjà signalé, la compagnie Hazama Ando Corp. avait surfacturé ses travaux de décontamination aux communes d’Iwaki et Tamura. Deux employés de la compagnie viennent d’être mis en examen, sans être arrêtés. Ils auraient reconnu les faits.

Selon le Japan Times, il leur est reproché d’avoir surfacturé les frais d’hébergement de 41 millions de yens (351 000 euros) et d’avoir soumis à la commune de Tamura un rapport falsifié totalisant 200 millions de yens (1,5 millions d’euros) de dépenses sur des chantiers qui ont eu lieu entre juillet et août 2015. Ils auraient donc ainsi extorqué un total de 76 millions de yens (585 000 euros) à la commune. C’est plus que ce qui avait été annoncé en juin.

Il ne semble pas y avoir de poursuites relatives à l’escroquerie d’Iwaki.

La compagnie reconnaît le sérieux de l’affaire mais nie une implication systématique dans cette affaire. Quant à la commune de Tamura, elle essaye toujours de récupérer les sommes trop payées.