A propos

Mis en avant

L’ACROnique de Fukushima vous propose un suivi quotidien des évènements liés à la catastrophe nucléaire en cours au Japon ainsi qu’une reconstitution des évènements des premiers jours. Ce travail est effectué par l’ACRO, association dotée d’un laboratoire d’analyse de la radioactivité qui s’est beaucoup investie pour venir en aide aux populations affectées par les deux accidents majeurs qui ont eu lieu à Tchernobyl et Fukushima.

L’association a aussi analysé les plans d’urgence de plusieurs pays en cas d’accident nucléaire grave.

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Les balises radiamètres vont être retirées car elles sont souvent en panne

Comme nous l’avons déjà mentionné, l’Autorité de régulation nucléaire (NRA) s’apprête à retirer les balises avec radiamètre car il y a eu environ 3 955 pannes et les réparations lui ont coûté environ 500 millions de yens (3,8 millions d’euro) par an.

3 000 balises avaient été installées en 2013, pour rassurer les populations. Elles affichent le débit de dose comme sur la photo ci-dessous.

Voici l’intérieur :

La NRA veut en retirer environ 2 400, ou 80%, d’ici 2020 en dehors des territoires qui ont été évacués, pour en remettre quelques unes dans les communes où l’ordre d’évacuer a été levé. Elle estime aussi que les débits de dose ont suffisamment baissé et se sont stabilisés. Des riverains protestent car ils estiment que ces balises sont utiles, surtout à proximité des écoles, parcs et crèches. Ils veulent donc leur maintien, tant que la centrale de Fukushima daï-ichi est menaçante. Il y en a pour des décennies.

Au moment de leur installation, ces balises avaient été critiquées, car installées dans des zones décontaminées, par forcément représentatives de la contamination ambiante. Mais, elles servent de référence maintenant.

Nouveau plan énergie du Japon : rien de changé !

En août dernier, le gouvernement a lancé les discussions pour réviser le plan énergie de 2015 et le ministère de l’économie a finalement décidé de ne rien changer, malgré des objectifs irréalistes : le projet de plan rendu public le 16 mai dernier vise toujours 20 à 22% d’électricité nucléaire à l’horizon 2030 et 22 à 24% d’électricité renouvelable. Ce ne sera pas possible pour le nucléaire car cela obligerait à exploiter une trentaine de tranches. Seulement 8 réacteurs ont été remis en service depuis la catastrophe nucléaire à la centrale de Fukushima daï-ichi et 15 arrêtés définitivement. Pour cela, il faudrait donc construire de nouvelles centrales, même si ce n’est pas évoqué dans le plan, car c’est impossible dans le contexte actuel. Les autorités auraient dû renforcer la part des renouvelables, actuellement à 15%, pour compenser et éviter de recourir plus au charbon, extrêmement polluant.

Le tableau ci-dessous, reproduit de Reuters, donne la part de chacune des grandes familles d’énergie dans la production d’électricité. Les chiffres pour 2030 sont ceux du plan.

2010 2016 2030
Renouvelables 10% 15% 22-24%
Nucléaire 25% 2% 20-22%
Fossiles 65% 83% 56%

Le plan considère le nucléaire et le charbon comme des énergies importantes en base. Les ambitions du Japon en terme de lutte contre le réchauffement climatiques restent donc timides. Lors du sommet de Paris sur le climat, il avait fini par ratifier l’accord après avoir traîné des pieds. Il y a environ 150 centrales à charbon au Japon, qui fournissent environ 32% de l’électricité.

Cela montre que le gouvernement n’a aucune vision pour l’avenir énergétique du Japon et qu’il s’accroche à des compromis politiciens, complètement irréalistes. Il ignore les initiatives locales en faveur d’une transition énergétique : de nombreuses communes japonaises ont créé ou envisagent de créer des régies municipales pour vendre une électricité moins chère que celles des majors du secteur. C’est regrettable pour le pays.

Le plan maintient aussi le retraitement des combustibles nucléaires usés, même si la mise en service de l’usine de retraitement de Rokkashô-mura accuse déjà 24 ans de retard et qu’il n’y a pas de débouchés pour le plutonium extrait.

Les grandes compagnies japonaises qui possèdent le réseau électrique, rechignent à transporter l’électricité de leurs concurrents. Cela ralentit le développement des énergies renouvelables, comme le dénonce le Japan Times, et plusieurs compagnies qui s’étaient lancées sur ce nouveau marché ont fait faillite, faute de débouchés. SI le gouvernement n’impose pas un meilleur accès au réseau aux énergies renouvelables, il ne pourra pas atteindre l’objectif peu ambitieux qu’il s’est fixé pour 2030.

Selon l’Asahi, le ministre des affaires étrangères du Japon a critiqué ce plan et a demandé d’augmenter la part des renouvelables à 40% à l’horizon 2030 pour que le Japon puisse tenir ses engagements internationaux en termes de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Le ministre de l’environnement, quant à lui, aurait aussi plaidé pour plus de renouvelables, avec un objectif à 35% pour 2030.

Le ministère de l’économie du Japon a mis en ligne une brochure en anglais de présentation de la situation énergétique du pays. Des statistiques plus complètes sont ici en japonais. En ce qui concerne l’électricité et le nucléaire en particulier, il apparaît que le coût de l’électricité a augmenté de 25% pour les ménages et de 38% pour industries, depuis la catastrophe nucléaire, et qu’il a entamé une redescente à partir de 2014, suite à la baisse du cours du pétrole. Les émissions de CO2 ont aussi augmenté et atteint un pic historique en 2013. Elles sont à la baisse depuis, sans que le ministère n’indique pourquoi.

Surgénérateur Monju : un gaspillage d’argent public, selon la Cour des comptes du Japon

Le surgénérateur Monju, qui a finalement été arrêté définitivement en décembre 2016, aurait coûté aux contribuables japonais plus de 1 130 milliards de yens (8,6 milliards d’euros), pour pas grand chose, selon la Cour des comptes du Japon. Alors qu’il n’a fonctionné que 250 jours depuis sa mise en service en 1994, seulement 16% des résultats attendus ont pu être obtenus. Son démantèlement devrait coûter 375 milliards de yens (3 milliards d’euros) supplémentaires, selon le gouvernement japonais, mais la Cour des comptes affirme que c’est plus car le coût du personnel et les taxes ne sont pas pris en compte. Le retrait et le traitement du sodium pourrait coûter plus que prévu.

La catastrophe de Fukushima aurait pu être évitée selon un sismologue

Les auditions se poursuivent au procès de trois anciens dirigeants de TEPCo. Récemment, un cadre de TEPCo avait révélé comment le vice-président avait stoppé le projet de digue. Lors de la 11ième audition qui a eu lieu le 9 mai 2018, Kunihiko Shimazaki, sismologue, est venu témoigner. Il avait participé, en 2002, à la compilation des données sismiques qui alertait sur le risque sismique de la région. Il a aussi été membre de l’autorité de régulation nucléaire, mise en place après la catastrophe, jusqu’en 2014.

En 2002, son rapport prédisait qu’un séisme de magnitude 8 accompagné d’un tsunami d’une hauteur de 10 m était possible sur une vaste zone du Nord-Est du Japon. Puis, en 2008, TEPCO avait estimé qu’une vague de tsunami de 15,7 m de haut pouvait frapper sa centrale de Fukushima daï-ichi, mais n’avait rien fait pour s’en protéger. Le gouvernement non plus, n’avait pas pris en compte cette compilation pour ses plans d’urgence.

Interrogé par le procureur, K. Shimazaki a expliqué que les experts avaient des opinions variées lors de la compilation des données, mais que la possibilité d’un séisme de grande ampleur était partagée par tous. Et d’ajouter que la catastrophe aurait donc pu être évitée si des mesures de protections avaient été prises. Mais, comme le note K. Shimazaki, cela ennuyait les exploitants nucléaires.

Le gouvernement aurait fait pression sur le groupe de travail peu avant la publication du rapport afin que l’évaluation à long terme soit présentée comme peu fiable. Le groupe aurait donc ajouté des réserves dans l’introduction sur la fiabilité du travail. K. Shimazaki aurait indiqué lors de son audition que la non prise en compte de cette évaluation a conduit à adopter des mesures de protection contre les tsunamis inappropriées. de nombreuses vies auraient pu être sauvées.

Redémarrage d’Ôï 4

Le 9 mai 2018, Kansaï Electric a redémarré le réacteur n°4 de sa centrale d’Ôï, située dans la province de Fukui, sur la mer du Japon. Cela fait suite à la remise en service du réacteur n°3, en mars dernier. Les réacteurs 1 et 2 de cette même centrale ont été arrêtés définitivement.

Rappelons que les réacteurs 3 et 4 d’Ôï avaient redémarré durant l’été 2012, avant même le nouveau référentiel de sûreté entré en vigueur le 8 juillet 2013, pour être arrêtés à nouveau en septembre 2013. Cela avait provoqué de fortes manifestations au Japon. Puis, en 2014, la justice avait suspendu la remise en service de cette centrale car elle estimait que les risques sismiques avaient été sous-évalués. La compagnie a fait appel de cette décision. La procédure judiciaire est encore en cours, mais le jugement n’est pas suspensif. Le réacteur n°4 est donc à l’arrêt depuis 4 ans et 8 mois.

Les réacteurs 3 et 4 d’Ôï ont une puissance de 1 180 MWe chacun. Kansaï Electric pourrait baisser ses tarifs d’électricité, comme elle l’avait fait en août 2017, après le redémarrage des réacteurs 3 et 4 de Takahama.

C’est le 8ième réacteur à être remis en service au Japon depuis la catastrophe de Fukushima. Mais seulement 7 réacteurs fonctionnent actuellement, suite à l’arrêt d’Ikata 3 par la justice en décembre dernier. Quant à Genkaï 3, qui avait subi une fuite de vapeur à peine une semaine après sa remise en service en mars dernier, il fonctionne depuis le 18 avril dernier. Les 5 autres sont Sendaï 1 et 2 à Kagoshima, ainsi que Takahama 3 et 4 et Ôï 3. A noter que 15 réacteurs ont été arrêtés définitivement depuis la catastrophe de Fukushima. Le nombre de réacteurs de production d’électricité au Japon est donc passé de 54 à 39.

Kansaï Electric possède 11 réacteurs, tous dans la province de Fukui :

  • 4 sont arrêtés définitivement : Mihama 1 et 2, et Ôï 1 et 2 ;
  • 4 sont en service : Takahama 3 et 4, et Ôï 3 et 4 ;
  • 3 sont en travaux pour prolonger leur exploitation à 60 ans : Takahama 1 et 2, et Mihama 3.

Takahama et Ôï ne sont séparées que de 13,5 km. Cela peut être problématique en cas d’accident grave.

Visite virtuelle de la centrale de Fukushima daï-ichi

TEPCo a mis en ligne une visite virtuelle de la centrale de Fukushima daï-ichi. Les commentaires sont en japonais uniquement pour le moment. Même si vous ne comprenez pas la langue, les images sont très impressionnantes et parlent d’elles-mêmes.

En bas à gauche de l’écran, la position est indiquée, tout comme le débit de dose ambiant. A proximité du réacteur n°1, il y a 39,5 µSv/h ! Idem, derrière le réacteur n°2. Cependant, les valeurs affichées ne varient pas beaucoup au cours du déplacement. Ce doit donc être des valeurs moyennes.

La route n°2 montre les réacteurs n°1 et 2. La route n°3, les réacteurs n°2, 3 et 4. On voit notamment que les sols ont été entièrement bétonnés pour réduire les infiltrations d’eau de pluie et les infiltrations dans les sous-sols depuis les nappes phréatiques.

La route n°4 revient sur les réacteurs 2 et 3. Pour ce dernier, on voit encore les conséquences de l’explosion hydrogène.

La route n°5 nous emmène dans le réacteur n°5, qui n’a pas été accidenté. Ce n’est pas possible dans les réacteurs 1 à 4 car le débit de dose y est trop élevé.

La route n°6 montre les installations de traitement de l’eau contaminée et la route n°7, les cuves avec l’eau radioactive.

La route n°8 nous emmène vers les installations de gel du sol tout autour des réacteurs accidentés, mais l’on ne voit pas grande chose. La route 9, au centre de crise.

La route n°10 prétend montrer les déchets radioactifs, mais ne montre pas grande chose.

Des stagiaires vietnamiens envoyés à la centrale de Fukushima daï-ichi

Après le scandale lié à l’emploi de stagiaires vietnamiens sur les chantiers de décontamination, on apprend que 6 autres stagiaires vietnamiens ont été envoyés récemment à la centrale accidentée de Fukushima daï-ichi par une compagnie sous-traitante, Hazama Ando, alors que TEPCo interdit cette pratique depuis février 2017. Ils ont participé à la construction d’un incinérateur de déchets.

C’est le Maïnichi qui a révélé l’affaire. TEPCo précise que le travail n’a pas eu lieu en zone contrôlée et ne nécessitait pas de mesures de radioprotection particulières. Quatre de ces stagiaires venaient à peine d’arriver et ne comprenaient pas le japonais. Ils ont expliqué au quotidien avoir reçu des dosimètres, mais aucune information sur la dose reçue.

La compagnie sous-traitante se justifie par le manque de main d’œuvre.

Rappelons que le Vietnam a renoncé récemment à son programme nucléaire civil et que le programme de formation est supposé bénéficier au pays au retour des stagiaires. Comme l’explique le Maïnichi dans un autre article, ces stagiaires ont dû emprunter pour se rendre au Japon. Ils ne peuvent donc pas quitter la compagnie qui les formes, contrairement aux jeunes Japonais.

Les riverains s’opposent aux projets de réutilisation des terres contaminées

Le gouvernement japonais a lancé un vaste chantier de décontamination qui consiste à racler les sols sur quelques centimètres, à couper les herbes et émonder les arbres. Les déchets organiques sont incinérés et les cendres gérés comme des déchets industriels spéciaux. Quant aux sols, il n’y pas moyen de réduire les volumes qui pourraient atteindre une vingtaine de millions de mètres cubes. Pour le moment, il est prévu de les entreposer sur un site de 16 km2 tout autour de la centrale de Fukushima daï-ichi. Voir notre article sur la gestion des déchets issus de la décontamination.

Comme le gouvernement s’est engagé à reprendre ces déchets au bout de 30 ans, il cherche des solutions pérennes. Il n’a pas trouvé mieux que de réutiliser ces sols pour construire des routes, digues… Les experts consultés et l’Autorité de Régulation Nucléaire étaient réticents, mais le ministère de l’environnement s’obstine, en avançant des arguments économiques. Il n’en est qu’à la phase de tests.

Ainsi, lors d’une réunion publique à Nihonmatsu, les personnes présentes se sont toutes opposées au projet d’enterrer 500 m3 de déchets radioactifs sous 200 m de route, selon l’Agence Kyodo, reprise par le Japan Times. La contamination, de 1 000 Bq/kg en moyenne, est inférieure à la limite de 8 000 Bq/kg. Rappelons qu’avant la catastrophe, la limite pour réutiliser des matériaux était de 100 Bq/kg. Il est prévu d’enterrer ces déchets à plus de 50 cm de profondeur et de les recouvrir de sols propres et d’asphalte.

Les autorités ont déjà procédé à des essais à Minami-Sôma et en prévoient d’autres à Iitaté. Il semble plus facile de convaincre les riverains dans les zones qui ont été évacuées, car, même si le retour est permis, il n’y pas beaucoup d’habitants…

Extension de la zone où un simple masque en papier est suffisant à Fukushima daï-ichi

TEPCo annonce avoir étendu la zone où un simple masque en papier est suffisant sur le site de la centrale de Fukushima daï-ichi, en vert sur les cartes ci-dessous :

Les maques en fonction des couleurs sont :

Il n’y a plus qu’à proximité des réacteurs accidentés qu’il faut avoir un masque intégrale. La zone intermédiaire entoure les réacteurs et les installations de traitement de l’eau contaminée.

Réacteur n°3 : reconstitution 3D de l’intérieur de l’enceinte de confinement

TEPCo a fait une reconstitution en 3D des structures qui jonchent l’intérieur de l’enceinte de confinement du réacteur n°3 et a mis quelques images de synthèse en ligne, ainsi qu’une vidéo où l’on tourne autour du cœur.

Il y a aussi une reconstitution des dépôts au fond :

La compagnie avait aussi envoyé un drone dans le bâtiment réacteur pour prendre des images et faire des mesures de débit de dose. Les explications et les données sont ici en anglais, et les photos ici. Les débits de dose varient de 8 à 15 mSv/h alors que la limite pour les travailleurs du nucléaire est de 20 mSv par an. Cela signifie que les interventions humaines doivent être très très courtes.