A propos

Mis en avant

L’ACROnique de Fukushima vous propose un suivi quotidien des évènements liés à la catastrophe nucléaire en cours au Japon ainsi qu’une reconstitution des évènements des premiers jours. Ce travail est effectué par l’ACRO, association dotée d’un laboratoire d’analyse de la radioactivité qui s’est beaucoup investie pour venir en aide aux populations affectées par les deux accidents majeurs qui ont eu lieu à Tchernobyl et Fukushima.

A l’occasion du cinquième anniversaire de la catastrophe nucléaire à Fukushima

Tout ce travail ne serait pas possible sans votre soutien.

Pétition pour le maintien des aides au logement pour les personnes déplacées

Le gouvernement japonais a une politique unique pour les personnes déplacées : leur retour, sauf dans les zones les plus contaminées, qualifiées de « retour difficile ». L’aide au logement pour les évacués « volontaires » qui ont quitté des territoires où il n’y avait pas d’ordre d’évacuer, cessera en mars 2017. Des mesures d’accompagnement financier sont prévues à la place. Une réunion entre ces familles et les autorités avait tourné au dialogue de sourds en février dernier. Il y en a eu une quarantaine en tout. S’il y a eu des retours, de nombreuses familles souhaitent rester là où elles sont et demandent la prolongation de l’aide au logement. En mars dernier, 70% des auto-évacués n’avaient pas décidé où ils iront.

De nombreux évacués forcés, originaires de zones où l’ordre d’évacuer a été levé, sont dans une situation similaire s’ils ne veulent pas rentrer. Et ils seront nombreux après mars 2017, date de la levée de tous les ordres d’évacuer, sauf dans les zones classées en « retour difficile ». Ceux originaires de zones où l’ordre d’évacuer a été levé en 2014 perdront aussi leur aide au logement en mars 2017. C’est le cas, par exemple, pour Kawauchi. Les habitants sont poussés au retour, mais ils résistent. A Naraha, seulement 10% environ étaient rentrés, un an après la levée de l’ordre d’évacuer de septembre 2015.

En tout, 12 000 foyers devraient perdre leur logement gratuit en mars 2017. Une partie de ces personnes se sont regroupées pour faire entendre leur voix. Selon l’Asahi, elles viennent de remettre aux autorités une pétition avec 200 000 signatures afin de demander une prolongation de l’aide au logement.

La fin de l’aide au logement entraînera des difficultés supplémentaires pour les familles qui ont de faibles revenus et qui ne veulent pas rentrer. Les « auto-évacués » ne reçoivent pas d’aide supplémentaire et certains ont beaucoup perdu : emploi, logement, lien social, voire familial car il y a eu de nombreux divorces… Les autorités devraient essayer de comprendre pourquoi les populations ne veulent pas rentrer plutôt que de prendre de telles décisions unilatéralement. Rappelons que les textes internationaux de l’ONU relatifs aux déplacés intérieurs leur garantissent des droits et enjoignent les autorités à associer pleinement ces personnes à la planification et à la gestion de leur retour ou de leur réinstallation (voir notre rapport pour le cinquième anniversaire de la catastrophe). Ce n’est pas le cas au Japon.

Dans un éditorial, le Japan Times, appelle à maintenir un soutien pour ces personnes.

Coût de la catastrophe : nouveaux chiffres à la hausse

Que le coût de la catastrophe nucléaire à Fukushima ne cesse d’augmenter, ce n’est pas un scoop. Le journal économique Nikkei a donné de nouveaux chiffres qui émanent du ministère de l’industrie et qui ont été largement repris par la presse. La facture totale a doublé depuis la précédente estimation de 2013 pour dépasser les 20 000 milliards de yens (170 milliards d’euros).

On savait déjà que le coût du démantèlement des 6 réacteurs de la centrale de Fukushima daï-ichi en incluant la gestion de l’eau contaminée allait largement dépasser les 2 000 milliards de yens (18 milliards d’euros) annoncés en 2013 pour atteindre plusieurs milliers de milliards de yens. Le journal n’est pas plus précis.

Pour la décontamination aussi les coûts dépassent largement les prévisions de 2013. Les nouveaux chiffres atteignent 4 à 5 000 milliards de yens (33 à 42 milliards d’euros), contre 2 500 milliards de yens en 2013.

Pour les indemnisations, l’estimation de 2013 avançait 5 400 milliards de yens (45 milliards d’euros), mais les fonds avancés par les autorités dépassaient déjà cette somme. TEPCo vient de recevoir son 58ième versement financier de 39,9 milliards de yens (333 millions d’euros) pour atteindre un total de 6 567,3 milliards de yens (55 milliards d’euros). Cet argent est prêté dans intérêts. Les nouvelles prévisions citées par le Nikkei sont de l’ordre de 8 000 milliards de yens (67 milliards d’euros), sachant que les indemnisations devraient s’arrêter en 2018.

Si l’on ajoute encore la gestion des déchets, dont le coût de 1 100 milliards de yens (9,2 milliards d’euros) n’a pas (encore ?) changé, le ministère de l’industrie arrive à un chiffre qui dépasse largement les 20 000 milliards de yens… jusqu’au prochain dépassement. Est-ce que cet argent a toujours été bien utilisé ? Faut-il aller décontaminer des zones où les populations ne rentreront pas ?

Qui va payer la facture ? TEPCo, nationalisée, ne peut pas couvrir tous ces frais. L’Etat hésite car les contribuables ne sont pas d’accord. Une autre idée était de forcer les nouveaux entrants sur le marché de l’électricité à mettre la main à la poche et d’ainsi reporter les coûts sur les consommateurs. Mais, selon le Maïnichi, le gouvernement vient de renoncer à cette dernière option

Début du fond de soutien aux enfants atteints d’un cancer de la thyroïde

Le fond de soutien aux enfants malades de la thyroïde dont nous avons déjà parlé a réussi à collecter 20 millions de yens (167 000 euros) depuis septembre dernier. Les familles peuvent faire une demande de soutien.

Ce « 3.11 Children’s Fund for Thyroid Cancer » peut verser 100 000 yens (840 euros) par patient âgé de moins de 25 ans dans 15 provinces de Nord-Est du Japon qui ont subi des retombées radioactives en mars 2011. 100 000 yens supplémentaires sont prévus pour les cas les plus graves.

Un deuxième enfant victime de brimades parce qu’il est de Fukushima

Suite au scandale provoqué par le récit de l’enfant évacué de Fukushima, victime de brimades (ijimé) à l’école, l’Asahi présente un deuxième cas. Il y en a probablement beaucoup plus.

Le cas rendu public dernièrement a encouragé cette deuxième famille à s’adresser à la presse pour dénoncer ce que l’enfant a subi. Ce garçon a évacué Fukushima en mars 2011 et a perdu toutes ses affaires personnelles et scolaires. Dans sa nouvelle école de Tôkyô, d’autres enfants l’ont rapidement harcelé en lui disant qu’il était contagieux ou que tout ce qu’il touchait devenait contaminé. Un autre l’a accusé de vivre dans un logement gratuit. Le repas de midi est servi en classe à l’école primaire au Japon. Quand il a voulu s’approcher de ses camarades de classe pendant le repas, pour ne pas être isolé, il a aussi été repoussé. Il a finalement refusé d’aller à l’école.

Sa mère l’a changé d’école au bout de quelques mois, mais la situation était identique dans le nouvel établissement. Un enseignant l’a présenté comme une victime de la catastrophe de Fukushima et rapidement des enfants sont venus lui dire qu’il avait droit à un beau logement gratuit juste parce qu’il était évacué. Le garçon a décidé d’être fort et de faire face. La mère, qui était restée discrète pour en pas faire de tort aux autres familles évacuées qui fréquentaient la même école, a finalement décidé d’alerter les enseignants. On lui a demandé de patienter 3 mois, mais le harcèlement n’a pas cessé. Il avait lieu hors de la vue des enseignants. La situation s’est finalement améliorée quand la mère a parlé des problèmes avec l’équipe de direction.

Ce garçon fréquente maintenant un collège éloigné de son domicile et tout se passe bien pour lui. Il n’a jamais mentionné qu’il était une personne déplacée et quand ses camarades l’ont appris, ils n’en ont pas tenu compte.

Cette famille, classée en « évacués volontaires », n’a reçu qu’une petite aide financière par rapport aux évacués forcés. L’accès à un logement gratuit cessera en mars 2017. Elle se fait donc beaucoup de soucis pour son avenir.

Une association de déplacés de la catastrophe de Fukushima dit avoir reçu des plaintes de 5 autres cas d’ijimé. Les enfants sont traités de contagieux ou de sales, en référence à la radioactivité.

Que faire des déchets radioactifs de la centrale accidentée ?

Le Maïnichi fait le point sur les déchets générés par le traitement de l’eau contaminée à la centrale accidentée de Fukushima daï-ichi.

Actuellement, l’eau contaminée pompée dans les sous-sols des réacteurs et dans les nappes phréatiques passe dans SARRY qui retire le césium. Il y a ensuite une étape de désalinisation, avant de passer dans ALPS, qui retire 62 radioéléments. Le strontium est traité à part. Ce traitement génère, bien entendu, des déchets radioactifs qui sont mis dans des fûts métalliques dont la taille varie en fonction de l’installation.

Au 10 novembre 2016, il y a déjà 178 fûts auprès de SARRY, 758 à la station de Kurion et 2 179 pour ALPS. Cela fait un volume total de 11 000 m3 de déchets très radioactifs entreposés dans la partie Sud du site (voir la carte sur le site du Maïnichi). A cela s’ajoutent 597 m3 de déchets engendrés par la station Areva qui n’a été utilisée que durant quelques mois en 2011. Le devenir de ces déchets est complètement inconnu et la solution actuelle n’est pas pérenne. En effet, il reste du sel qui est corrosif et de l’hydrogène est généré dans ces fûts, pouvant entraîner un risque d’explosion.

L’eau reste contaminée après traitement puisque le retrait des radioéléments n’est pas complet et il y a surtout le tritium qui n’est pas retiré. Il y en a environ 900 000 m3.

A tout cela s’ajoutent les déchets issus du démantèlement qui représentent une volume beaucoup plus conséquent que pour une centrale ordinaire puisque tout a été contaminé par l’accident. Pour la partie la plus radioactive, le corium, cela a été évalué à 880 tonnes récemment, ce qui est 3,4 fois plus élevé que le combustible seul.

Et puis, les autorités prévoient d’entreposer les 22 millions de mètres cubes de déchets issus de la décontamination tout autour de la centrale accidentée, sur 16 km2. Les travaux viennent à peine de débuter.

Le Japon n’a pas de plan clair pour la gestion de ses déchets radioactifs et les habitants de Fukushima craignent que la centrale accidentée et ses environs deviennent un centre de stockage pour des durées très longues.

Sol gelé montré aux médias

Le dernier plan de TEPCo pour limiter les infiltrations d’eau souterraine dans les sous-sols des réacteurs où elle se mélange à l’eau contaminée qui sert au refroidissement des cœurs de réacteur consiste à geler le sol tout autour des 4 réacteurs accidentés, sur 1,4 km de longueur. Mais c’est un échec pour le moment car les infiltrations continuent. TEPCo a demandé plus de temps pour démontrer son efficacité. L’Autorité de Régulation Nucléaire a demandé que des tranchées soient creusées pour vérifier le gel du sol.

Le ministère de l’industrie, qui finance ce projet, a profité de cette tranchée de 1,2 m de profondeur en amont du réacteur n°4 – le moins irradiant – pour montrer le résultat aux médias. Et TEPCo a mis en ligne deux photos et une vidéo qui ne démontrent rien.

Les données issues des capteurs de température permettaient déjà de savoir que le sol était gelé, sauf dans les parties où il y a de forts courants. Montrer une portion proche de la surface que l’on sait déjà gelée n’apporte rien. Les écoulements phréatiques sont plus profonds. En revanche, la compagnie n’indique pas combien d’eau elle est obligée de pomper quotidiennement en plus de celle qu’elle injecte et qui termine dans des cuves après décontamination partielle. Son dernier bilan sur l’eau contaminée est ici.

Acier trop carboné : au Japon, tout va bien

Tout a commencé avec l’acier du fond et du couvercle de la cuve de l’EPR en construction à Flamanville qui ne satisfait pas aux normes à cause de la concentration en carbone, ce qui affecte les propriétés mécaniques des pièces en cas de contrainte externe forte. Ce scandale de l’acier non conforme s’est propagé : en juin 2016, l’Autorité de Sûreté Nucléaire française révélait que des fonds de générateurs de vapeur d’EDF pourraient présenter des anomalies similaires. Ils ont été fabriqués par Creusot Forge, comme pour l’EPR, ou par Japan Casting & Forging Corp..

Cette dernière a aussi fourni des réacteurs japonais, et 13 tranches étaient potentiellement concernés, mais tout irait bien, selon l’Autorité de Régulation Nucléaire, la NRA. Les parties trop carbonées des lingots d’acier auraient été retirées avant de fabriquer les pièces destinées au marché intérieur. Il n’y aurait pas de problème non plus avec les pièces fournies par Japan Steel Works Ltd.

Un travailleur du nucléaire atteint d’une leucémie reconnue d’origine professionnelle a porté plainte contre ses employeurs

L’Asahi du 18 novembre dernier a annoncé qu’un travailleur du nucléaire atteint d’une leucémie après avoir reçu environ 20 mSv à la centrale nucléaire de Genkaï dans la province de Saga et à la centrale accidentée de Fukushima daï-ichi allait porter plainte contre TEPCo et Kyûshû Electric qui n’ont pas su le protéger. La plainte a été déposée depuis et il a demandé 59 millions de yens (500 000 euros).

Sa leucémie, diagnostiquée en janvier 2014, avait été reconnue comme maladie professionnelle en octobre 2015, ce qui lui assure une couverture médicale complète. La limite pour en bénéficier a été fixée à 5 mSv.

Selon le Maïnichi, il n’est toujours pas en état de travailler. Lors d’une conférence de presse, il s’est plaint de l’attitude de TEPCo, expliquant que les travailleurs ne sont pas des pions. Quand sa maladie a été reconnue comme étant d’origine professionnelle, TEPCo a déclaré n’avoir rien à dire car il s’agissait d’un sous-traitant alors qu’il attendait des excuses ou une reconnaissance.

C’est à l’automne 2011 qu’il a décidé d’aller travailler à la centrale accidentée de Fukushima daï-ichi contre l’avis de sa famille. Il n’a pas eu de tablier de plomb pour réduire la dose reçue car il n’y en avait pas assez.

Selon le ministère de la santé, 11 personnes ont demandé une reconnaissance professionnelle de leur cancer après être passées à la centrale de Fukushima daï-ichi. Seulement deux d’entre elles ont obtenu cette reconnaissance et 5 dossiers sont à l’étude.

Fort séisme suivi d’un petit tsunami à Fukushima

Un fort séisme, d’un magnitude de 7,4, a secoué le Nord-Est du Japon à 5h59. L’épicentre était au large des côtes japonaises à 25 km de profondeur. Une plaque aurait glissé verticalement à 60 km au large d’Iwaki. Une alerte au tsunami a aussitôt été émise.

Un petit tsunami est arrivé sur les côtes un peu plus tard. Il était d’un mètre de hauteur à Fukushima à 6h34 et jusqu’à 1,4 m ailleurs dans la baie de Sendaï, dans la province de Miyagi où la vague est arrivée deux heures après le séisme, à 8h03. Des images du mascaret remontant les fleuves sont disponibles sur le site du Asahi et du Maïnichi. Fort heureusement, on ne déplore aucun dégât majeur. Une quinzaine blessés ont été recensés.

L’alerte au tsunami a été levée 4 heures après la secousse initiale. Elle a entraîné l’évacuation préventive de plus de 10 000 personnes vers des centres de regroupement qui a parfois été entravée par des embouteillages. L’Agence météorologique avait sous-estimé la hauteur de la vague à Sendaï : elle a d’abord annoncé un mètre, avant de revoir sa prévision après avoir observé la vague au large. C’était finalement 1,4 m. Elle va donc revoir sa méthode de prévision.

TEPCo annonce n’avoir détecté aucune anomalie, si ce n’est un arrêt du refroidissement de la piscine de combustibles du réacteur n°3 de la centrale de Fukushima daï-ni qui contient 2 544 assemblages. Il a été remis en service à 7h47. La température de l’eau était de 28,7°C avant l’arrêt et de 29,5°C au moment de la reprise. Il aurait fallu attendre plusieurs jours sans refroidissement pour atteindre le seuil d’alerte de 65°C. La compagnie a mis deux heures à informer les médias de cet arrêt.

A la centrale de Fukushima daï-ichi, le pompage de l’eau contaminée a été préventivement stoppé afin d’éviter une fuite en cas d’endommagement sur un tuyau. Tout le personnel a été évacué vers les hauteurs et il n’était pas possible de vérifier l’état des canalisations.

En revanche, un endommagement des piscines non encore vidées des réacteurs 1 à 3 de la centrale de Fukushima daï-ichi, pourrait avoir de graves conséquences s’il y a des fissures qui empêchent le refroidissement. Les débits de dose dans ces réacteurs sont aussi trop élevés pour empêcher toute intervention humaine.

Cet évènement a réveillé les pires cauchemars chez les habitants du Nord-Est du Japon et vient rappeler la fragilité de la centrale accidentée face aux agressions externes. Il y a aussi le problèmes des déchets radioactifs qui sont entreposés près des côtes.

Vidéos sur le site de l’Asahi en langue japonaise :

Election d’un maire qui soutient le nucléaire à Kashiwazaki

C’est un maire qui soutien le redémarrage de la centrale de Kashiwazaki-Kariwa, propriété de TEPCo, qui remporté les élections à Kashiwazaki, dans la province de Niigata. Il a expliqué vouloir réduire le nombre de réacteurs, mais acceptera un redémarrage en attendant. Sa commune dépend financièrement de la centrale nucléaire.

Son accord en faveur du redémarrage d’un réacteur qui obtiendrait le feu vert de l’Autorité de Régulation Nucléaire est, cependant, soumis à condition, comme, par exemple, la construction d’une route qui pourrait favoriser l’évacuation en cas d’accident.

La maire de Kariwa, qui n’avait aucun opposant, a aussi été réélu. Il est aussi favorable au redémarrage.

Le gouverneur de Niigata est, quant à lui, très réticent à tout redémarrage tant que la lumière n’a pas été entièrement faite sur l’accident à la centrale de Fukushima daï-ichi, même s’il n’a aucun pouvoir légal pour s’y opposer. De toutes façons, TEPCo n’est pas prête car elle a sous-estimé le risque de liquéfaction des sols en cas de séisme.

Il y a 7 réacteurs dans cette centrale.