A propos

Mis en avant

L’ACROnique de Fukushima vous propose un suivi quotidien des évènements liés à la catastrophe nucléaire en cours au Japon. Ce travail est effectué par l’ACRO, association dotée d’un laboratoire d’analyse de la radioactivité qui s’est beaucoup investie pour venir en aide aux populations affectées par les deux accidents majeurs qui ont eu lieu à Tchernobyl et Fukushima.

A l’occasion du cinquième anniversaire de la catastrophe nucléaire à Fukushima

Tout ce travail ne serait pas possible sans votre soutien.

Un typhon arrive sur Fukushima

Après plusieurs tempêtes tropicales, un typhon est actuellement sur la région de Tôkyô et se déplace vers Fukushima. Des inondations, des glissements de terrain sont à craindre. A Fukushima, des sacs de déchets radioactifs avaient été emportés il y a un an. Espérons que les leçons ont été tirées, comme le gouvernement s’y était engagé.

Expulsion des anti-nucléaires et leurs tentes devant le ministère de l’industrie

Depuis septembre 2011 des anti-nucléaires se relayaient pour être présents en continu devant le ministère de l’économie, de l’industrie et du commerce. Ils occupaient une cinquantaine de mètres carrés d’un terrain du ministère où ils l’avaient installé des tentes pour protester contre la politique nucléaire du gouvernement.

Le ministère avait porté plainte pour occupation illégale et la bataille judiciaire s’est terminée en juillet dernier. Ce matin, peu après 3h30, la police est intervenue pour retirer les trois tentes et expulser ses occupants. Une dizaine de personnes étaient présentes pour protester.

Un premier jugement a eu lieu en février 2015, demandant leur expulsion. Puis, la cour d’appel a confirmé cette décision, ainsi que la cour suprême en juillet 2016. La cour avait condamné le mouvement à payer 21 000 yens par jour l’occupation du terrain. La somme due s’élève désormais à plus de 30 millions de yens.

La cour avait reconnu la légitimité du mouvement de protestation, mais leur avait refusé l’occupation du terrain. TEPCo, qui a chassé de chez elles des dizaines de milliers de personnes et occupent de vastes territoires avec sa radioactivité n’a jamais été condamnée pour cela.

Deuxième cas de leucémie reconnue comme maladie professionnelle à la centrale de Fukushima daï-ichi

Le ministère du travail a reconnu un deuxième cas de leucémie d’un travailleur à la centrale de Fukushima daï-ichi comme étant d’origine professionnelle. Il s’agit d’un homme de plus de 50 ans, employé par un sous-traitant, qui a travaillé quatre années à la centrale accidentée à partir d’avril 2011. Il avait en charge des réparations mécaniques et a reçu une dose totale enregistrée de 54,4 mSv. il a aussi retiré des débris.

Comme les autorités n’ont pas trouvé d’autre cause possible et selon les règles en vigueur au Japon depuis 1976, un travailleur du nucléaire, qui aurait été exposé à une dose supérieure à 5 mSv en un an et qui développerait une leucémie plus d’un an après avoir été engagé pour des travaux sous rayonnements ionisants, a droit à la prise en charge des soins et une indemnisation.

La leucémie s’est déclarée en janvier 2015, mais l’instruction de son dossier a pris du temps. Cinq autres dossiers de demande de prise en charge de leucémie de travailleurs de Fukushima daï-ichi ont été déposés.

La reconnaissance précédente a eu lieu en octobre 2015 et avait donné lieu à des explications officielles en anglais.

Environ 47 000 personnes ont travaillé à la centrale de Fukushima daï-ichi depuis le début de la catastrophe.

Reconquête progressive des zones de « retour difficile »

Les deux partis de la coalition au pouvoir au gouvernement ont décidé de l’avenir des zones dites de retour difficile qui couvrent 337 km2, là où l’exposition externe pouvait dépasser 50 mSv/an et ont présenté leur point de vue aux représentants des 7 communes concernées, qui sont Minami-Sôma, Tomioka, Namié, Katsurao et Iitaté, ainsi que Ôkuma et Futaba qui accueillent Fukushima daï-ichi. Voir les dernières cartes officielles des zones d’évacuation en japonais et en anglais. Celle en anglais date un peu.

Le parti libéral démocrate et son partenaire le Kômeitô prévoient de demander au gouvernement de ne pas toucher à aux zones les plus contaminées pour le moment, mais plutôt de définir des bases de reconstruction qui serviront de tête de pont à une reconquête progressive. Une concertation devrait avoir lieu avec les pouvoir locaux pour définir ces zones prioritaires.

La décontamination de ces zones prioritaires, la reconstruction des infrastructures et la décontamination des axes d’accès devront être effectuées avant de lever les ordres d’évacuer. Ce ne sera pas avant 2021. Pour le reste, c’est plus flou, mais il est toujours question de reconquête, sans calendrier.

Environ 24 000 personnes réparties dans 9 000 foyers sont originaires de ces zones dites de retour difficile. Peu envisagent de rentrer. Il aurait sûrement mieux valu commencer par la concertation avec les personnes concernées avant de décider. C’est toujours la politique du « Décider – Annoncer – Défendre » (DAD) qui est appliquée, de façon idéologique : le Japon doit reconquérir tous les territoires et surmonter la catastrophe.

Pour arriver à ses fins, le gouvernement envisage de financer la décontamination de ces zones dites de retour difficile. Jusqu’à maintenant, le gouvernement avançait l’argent et TEPCo devait rembourser un jour. Comme le coût de la décontamination supporté par la compagnie dépasse les 2 500 milliards de yens (22 milliards d’euros), elle a récemment appelé à l’aide. Le nouveau plan prévoit de raser les bâtiments trop endommagés, de refaire les routes et de couvrir les sols. TEPCo n’aura à sa charge que la décontamination des bâtiments et infrastructures qui seront maintenus.

Une fois de plus, ce seront les contribuables qui payeront pour des dégâts causés par les compagnies privées.

En ce qui concerne la voie de chemin de fer qui traverse ces zones les plus contaminées, Japan Rail espère une réouverture d’ici mars 2020, mais les travaux n’ont pas commencé. Le reste sera reconstruit d’ici 2017. Voir la carte du Fukushima Minpo.

Le problème de l’eau contaminée demeure malgré le gel du sous-sol

L’eau souterraine qui s’écoule sous la centrale pénètre dans les sous-sols des bâtiments réacteur où elle se mélange à l’eau contaminée qui sert au refroidissement des combustibles fondus. Cette contaminée ressort et s’écoule vers la mer. TEPCo pompe, décontamine partiellement et stocke le tout dans des cuves qu’elle ne sait plus où mettre.

La dernière tentative mise pour limiter ces infiltrations est un gel du sous-sol tout autour des réacteurs accidentés. Un projet à 34,5 milliards de yens payé par les contribuables. TEPCo communique régulièrement sur le sujet. Son dernier tweet explique que les températures et niveaux d’eau changent. Pas très explicite. Si l’on veut en savoir plus, il y a un document technique peu lisible. Le dernier mis en ligne date du 12 août. Le précédent, du 28 juillet. Il y a quelques points où les températures restent positives. Quant aux niveaux des nappes phréatiques en dedans et en dehors de l’enceinte gelée, ils ne baissent pas.

Fin juillet 2016, TEPCo avait fini par admettre, du bout des lèvres, que le mur gelé ne remplissait pas son rôle de limiter les infiltrations. L’Autorité de Régulation Nucléaire, la NRA, vient de demander à TEPCo de trouver des solutions alternatives. Le gel était déjà une opération ultime, car il requiert des technologies complexes à mettre en œuvre et coûte cher. La compagnie affirme que 99% des thermomètres sur une longueur de 820 m montrent des températures négatives. Mais cela ne suffit pas.

Selon l’Asahi, le groupe d’experts de la NRA, qui vient de recevoir un rapport de TEPCo, estime aussi que le gel du sol, qui en est à son cinquième mois, n’est pas un succès. La quantité d’eau souterraine que TEPCo doit pomper en aval du sol gelé, mais en amont de la barrière en béton située le long du littoral, ne baisse pas.

TEPCo avance toujours l’idée de bétonner le sous-sol là où il ne gèle pas. La NRA lui a demandé d’évaluer l’impact d’autres pompages en amont du mur. Rappelons que la compagnie pompe déjà au pied des cuves, plus en amont, là où la nappe phréatique n’est pas trop contaminée, avec rejet direct en mer. Mais l’impact sur les infiltrations est négligeable.

Pour une meilleure compréhension, rappelons que TEPCo pompe la nappe phréatique bien en amont et rejette l’eau dans la mer. La compagnie a aussi construit une barrière en béton tout le long du littoral pour ralentir les écoulements souterrains d’eau radioactive vers l’océan. Pour éviter que cette eau contourne la barrière, la compagnie doit aussi pomper en amont. Comme l’eau est contaminée, elle doit être traitée pour être partiellement décontaminée, avant d’être rejetée directement dans la mer, sauf si elle est trop radioactive. Dans ce cas, elle rejoint le circuit qui finit dans des cuves. Bien entendu, TEPCo pompe aussi sans les sous-sols des bâtiments réacteur et turbine, décontamine partiellement l’eau et stocke la partie qui n’est pas réinjectée pour le refroidissement.

Selon le dernier bilan mis en ligne par la compagnie, elle injecte 108 m3 d’eau par jour dans chacun des réacteurs 1, 2 et 3 pour les refroidir. Les quantités pompées ne sont pas indiquées. En revanche, TEPCo stocke de l’ordre de 10 000 m3 d’eau radioactive, contenant essentiellement du tritium. Il faut y ajouter ce qui inonde tous les sous-sols de la centrale qui servent aussi de stockage, bien peu étanche.

Voir Fukushima : visite à Minami-Sôma

Minami-Sôma est située le long du littoral, au Nord de la centrale de Fukushima daï-ichi.

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Une partie de la commune, située à moins de 20 km a été évacuée en urgence en mars 2011. Dans l’autre partie, située entre 20 et 30 km, la population a été mise à l’abri pendant une dizaine de jours. Les personnes qui pouvaient partir sont parties et celles qui n’avaient pas le choix ont été abandonnées. Le maire avait lancé un appel à l’aide émouvant le 24 mars 2011.

S’en était suivie une « recommandation » à évacuer la zone comprise entre 20 et 30 km, puis une levée de cette recommandation en 2011.

Pour la partie située à moins de 20 km, l’ordre d’évacuer a été levé presque partout en juillet 2016. Mais, au 1er août, à peine 400 personnes de ces zones sur plus de 10 000 seraient rentrées définitivement. Il reste encore des zones dites de « retour difficile » pour lesquelles il n’y a pas de retour prévu pour le moment.

Premières impressions

Dans la partie de la commune située au delà de 20 km, qui n’a pas été évacuée durablement, la situation est loin d’être « normale ». Le premier choc quand on arrive dans la commune est de voir toutes les rizières et les champs en jachère.

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Il y a bien quelques rizières en culture, mais c’est très rare.

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Puis, il n’y a presque personne dans les rues. On voit très peu d’enfants. En début et fin de journée, dans les « conbini », ces superettes ouvertes 24h/24, il y a essentiellement des décontamineurs. Les bus de travailleurs s’y arrêtent les uns après les autres.

bus

C’est pareil dans les restaurants, hôtels… il n’y a quasiment que des hommes qui sont là pour travailler à la centrale ou à la décontamination. Il existe aussi un « Mobile-Inn » pour l’hébergement, fait de préfabriqués qui est visible sur Google-maps :

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Comme partout, dans les territoires contaminés, on voit des déchets en attente de traitement

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et des bornes de mesure de la radioactivité, supposées rassurer.

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Voici l’intérieur :

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Témoignages

L’ACRO était à Minami-Sôma avec Chikurin, notre laboratoire partenaire de Tôkyô, pour tester une caméra gamma utilisée pour repérer les points chauds résiduels après la décontamination. A voir ici en japonais, sur le site de Chikurin.

Chez A, un couple âgé dont la maison est située en lisière de la forêt, la décontamination s’arrête à quelques mètres :

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La caméra gamma a surtout repéré la contamination de la forêt environnante.

Devant la maison, habitée, un panneau, alerte les éventuels badauds :

panneau

Les habitants de la maison contrôlée sont partis deux ans. Cela fait quarante ans que le mari élève et observe, pour son plaisir, les têtards d’une espèce de grenouilles qui pondent leurs œufs dans les arbres (Rhacophorus arboreus).

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A leur retour, après deux années d’évacuation, il a observer une baisse significative du nombre d’œufs et de têtards, ainsi que des malformations.

Chez B., un couple âgé, la caméra gamma a repéré une table de jardin en bois. Dans le beau potager, les légumes se sont faits rares car les enfants ne veulent plus en manger. La rizière n’est plus cultivée. Dans le bosquet qui entoure le jardin pour le protéger du vent, les sapins ont des malformations similaires à celles étudiées dans cette publication scientifique.

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Ce sont généralement les branches les plus proches du sols qui ne sont pas ramifiées.

La contamination des poussières est aussi un sujet de préoccupation. Un linge a été étendu afin de pouvoir faire des contrôles. La méthode, à la portée de tous, a été mise au point par Chikurin.

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Pas étonnant que le taux de retour soit faible. Comme l’ACRO le signalait dans son rapport rédigé à l’occasion du cinquième anniversaire de la catastrophe nucléaire, la population de Minami-Sôma a diminué de 66% par rapport à avant l’accident et l’âge moyen des habitants a augmenté de 14 années, un niveau attendu en 2025. Le nombre de personnes âgées qui ont besoin de soins spécialisés a augmenté d’approximativement 29% entre février 2011 et mai 2013 alors que la moitié des hôpitaux et des cliniques ont dû fermer et que le nombre de médecins et d’infirmières a baissé de 15% et 19% respectivement. Plus généralement, la population en âge de travailler a baissé de 33% à Minami-Soma alors que la reconstruction demande beaucoup de main d’œuvre.

Où en est le développement des énergies renouvelables au Japon ?

En 2012, suite à la catastrophe nucléaire de Fukushima, le Japon a changé sa législation pour favoriser le développement des énergies renouvelables grâce à un tarif de rachat avantageux. Mais l’accès au réseau électrique n’est pas simple, les compagnies distribuant l’électricité préférant favoriser leur propre production. Et les études environnementales pour la géothermie et l’éolien sont longues à mener et plus complexes que pour une centrale nucléaire ou une centrale à charbon. En parallèle, le Japon a autorisé l’exploitation de 48 nouvelles mines de charbon.

Quant au nucléaire, il reste dans les limbes. Les milieux économiques japonais ne croient pas au plan énergétique du pays qui prévoit que le nucléaire représentera 20 à 22% de la production électrique en 2030. Même si les experts dûment sélectionnés ont approuvé. La Japan Association of Corporate Executives, qui compte 1 400 membres, estime que ce ne sera peut-être même pas 10% et appelle à un investissement dans les renouvelables (voir le document en japonais et les principaux points traduits en anglais par Reuters).

Dans la plupart des provinces, l’énergie nucléaire et l’électricité thermique sont classées comme ressources de base et ont un accès privilégié au réseau. En cas de surproduction, ce sont les énergies renouvelables qui sont écartées, ce qui limite leur rentabilité. C’est l’inverse en Europe où les énergies renouvelables sont prioritaires sur les réseaux électriques. Cette politique a pour but d’avantager les grandes compagnies qui veulent rentabiliser leurs centrales. Mais c’est stupide car les énergies renouvelables, à l’exception de la biomasse, ont les coût d’exploitation les plus faibles.

Par conséquent, même si les panneaux solaires fleurissent un peu partout, le Japon reste à la traîne en terme d’énergies renouvelables. La part du solaire a atteint 3,4% en 2015 contre 0,4% en 2012. Et comme le tarif de rachat a diminué, les investissements dans le solaire se sont ralentis. Le gouvernement prévoit 7% en 2030.

Le Japon a les troisièmes ressources géothermiques de la planète, mais n’en utilise que 2% actuellement. Et cela a peu évolué depuis la catastrophe nucléaire de 2011. L’eau thermale, disponible dans presque tout le pays est surtout utilisée pour les bains (onsen). Et 80% des ressources sont en zone protégée. La capter pour d’autres usages, ne semble pas simple à faire accepter.

Une association de propriétaires de onsen est opposée au développement de la géothermie par crainte d’une baisse de la température des bains ou des volumes d’eau disponibles. Et comme les bains chauds sont un loisir national qui représente une forte activité économique, la géothermie ne se développe pas, malgré les incitations financières.

Pour le moment, les initiatives concernent surtout de petites installations qui pompent moins de 7 000 kW. Pour le moment, il n’y a que trois gros projets qui ont abouti, pour un total de 60 000 kW. Le gouvernement veut tripler la part de la géothermie d’ici 2030, mais le démarrage est lent. Elle est actuellement de 520 000 kW.

La biomasse, et en particulier la filière bois, a un des meilleurs rendements financiers. Mais son développement reste aussi très lent.

En revanche, si les 48 nouvelles mines de charbon sont exploitées, le Japon ne pourra pas atteindre ses engagements, pourtant modestes, de baisse de ses émissions de de CO2. Le Japon est aussi le pays qui a le plus contribué au développement de la filière charbon à l’étranger.

Redémarrage du réacteur n°3 d’Ikata

Shikoku Electric a commencé, à 9h, à redémarrer le réacteur n°3 de sa centrale d’Ikata dans la province d’Ehimé. Il utilise du combustible MOx et était à l’arrêt depuis 5 ans et 3 mois. La réaction en chaîne devrait débuter le 13 août matin, la production d’électricité, le 15 et le réacteur devrait atteindre sa pleine puissance le 22 août. Une bonne centaine de personnes ont manifesté leur opposition près de l’entrée de la centrale.

Deux autres réacteurs de la centrale de Sendaï dans la province de Kagoshima sont en fonctionnement et c’est tout. Ils devraient être arrêtés cet automne, après 13 mois d’exploitation. Le réacteur d’Ikata est le seul à utiliser du MOx, qui utilise du plutonium extrait des combustibles usés.

Ce réacteur est à 170 km de l’épicentre des séismes de Kumamoto. La ligne tectonique médiane qui va de Kyûshû à Honshû, passe à 5 km de la centrale. Elle est réputée inactive, mais depuis Kumamoto, de nombreux riverains sont inquiets. Selon un sondage local, 54% des habitants de la province sont opposés au redémarrage. Des groupes de citoyen ont déposé des plaintes auprès de trois tribunaux différents (Matsuyama, Hiroshima, Ôïta) pour obtenir la suspension de l’exploitation du réacteur, comme pour la centrale de Takahama.

Les plans d’urgence, jugés peu réalistes par de nombreux riverains, demeurent un problème majeur, bien qu’ils fassent partie intégrante de la sûreté dans le cadre de la défense en profondeur. Il y a 124 000 résidents dans un rayon de 30 km, dont 5 000 qui vivent sur une péninsule et qui pourraient pas pouvoir évacuer par la terre (voir le plan). Le gouverneur, en donnant son accord au redémarrage, a rejeté ces arguments, affirmant que le sol est solide autour d’Ikata. Ailleurs, il y a aussi de nombreux tunnels. Certains pourraient s’effondrer en cas de fort séisme, comme l’ont reconnu des experts.

Pour la péninsule, le gouvernement prévoit une évacuation par les airs et/ou la mer en cas de blocage. Cela risque de prendre beaucoup de temps alors que les rejets radioactifs peuvent intervenir rapidement, comme à Fukushima.

Le ministre de l’industrie a tenu à se féliciter en expliquant que ce réacteur avait redémarré après avoir « gagné la compréhension locale » (sic) et que c’était significatif du point de vue du programme de recyclage du plutonium. Du blabla sans intérêt et complètement déconnecté de la réalité. Les riverains sont, en majorité, opposés à ce redémarrage et le recyclage est une vue de l’esprit : le combustible MOx n’est pas retraité ensuite.

A moyen terme, si le réacteur n°2 de cette centrale est aussi remis en service, la piscine de combustibles usés sera pleine au bout de 6 à 7 ans. Et comme il n’y a pas d’autre entreposage de prévu pour le moment, il faudra à nouveau arrêter cette centrale…

Refaisons un petit bilan du parc nucléaire japonais :

  • Sur 54 réacteurs avant la catastrophe, 12 sont arrêtés définitivement.
  • Sur les 42 réacteurs restant, il y a eu une demande de redémarrage pour 26.
  • Sur ces 26 réacteurs, 5 sont autorisés à fonctionner, mais 3 sont exploités. L’exploitation des deux autres est bloquée par une décision de justice.
  • Trois réacteurs de plus de 40 ans satisfont aux nouvelles règles de sûreté, mais leur redémarrage nécessite des travaux importants qui vont prendre plusieurs années.

Bref, ce n’est pas très brillant.

TEPCo condamnée à indemniser la famille d’une victime de l’évacuation de l’hôpital de Futaba

L’évacuation de l’hôpital et de l’hospice de Futaba situés dans la commune d’Ôkuma, à quelques kilomètres de la centrale accidentée, avait été particulièrement dramatique puisqu’elle avait entraîné une cinquantaine de décès directs.

Une patiente âgée de 88 ans, atteinte de démence, avait disparu lors de l’évacuation et n’a jamais pu être retrouvée. La famille a demandé à être indemnisée, mais TEPCo a refusé. Elle a donc saisi la justice qui lui a donné raison : TEPCo devra payer environ 22 millions de yens (195 000 euros) d’indemnisation. La famille demandait le double.

La compagnie avait reconnu avoir une part de responsabilité dans le décès des patients de Futaba, mais conteste parfois la somme demandée. Pour cette personne, TEPCO prétend que l’accident nucléaire ne serait pas à l’origine de sa disparition. Ce serait le séisme qui lui aurait permis de sortir et de se perdre, les serrures électriques s’étant toutes ouvertes. Mais la famille prétend que l’évacuation de la zone a empêché les recherches et que la patiente s’est retrouvée seule dans une ville désertée.

La cour a jugé que le personnel de l’hospice a correctement veillé sur elle après le séisme et sa disparition aurait pu être évitée si l’accident nucléaire n’avait pas eu lieu. En effet, le personnel a dû aussi évacuer et il ne restait plus que quelques personnes pour veiller sur les derniers patients.

Le personnel a confirmé que la patiente était présente jusqu’au 14 mars, c’est à dire deux jours après l’ordre d’évacuation. Pour rappel, les autres patients avaient été évacués en bus, sauf ceux qui ne pouvaient pas partir d’eux-même. Quand l’armée est finalement venue chercher les dernières personnes, le 16 mars, la patiente avait disparu. Son corps n’a jamais été retrouvé et elle a été officiellement été déclarée décédée en septembre 2013. Cela faisait quatre ans et demi qu’elle était dans cet hospice.

Pour d’autres victimes de l’évacuation de cet hôpital et hospice, la cour a fixé le niveau d’indemnisation à 20 million de yens, comme pour un accident de la route, puis a réduit cette somme de 20 à 40% pour prendre en compte les affections chroniques du patient. Mais dans ce cas, TEPCo devra payer 100% de cette somme car le décès est uniquement dû à l’évacuation du personnel.